François l'avide par Abbé Néri 2013-05-15 21:23:07 |
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C'est le terme que saint Bonaventure emploi pour exprimer le zèle pour le salut des âmes qui animait saint François dans sa profonde charité.
Au chapitre IX du livre qui il a écrit pour raconter la vie de saint François se trouve le récit de la rencontre du saint avec le sultan de Babylone que n'est un rien un prélude du dialogue inter-religieux ! Mais une courageuse prédication de la foi véritable.
Si vous avez envie d'une saine et pieuse lecture voici donc ce texte :
CHAPITRE IX. Ardeur de la charité de François, et de son désir du martyre.
"Qui pourra dire comme il convient combien ardente était la charité de François, l'ami de l'Époux?
Semblable à un charbon embrasé, il paraissait pénétré tout entier du feu du divin amour.
Au seul nom d'amour du Seigneur il était saisi , ému et enflammé comme si un instrument mélodieux eût frappé de ses accords la lire de son cœur.
Il disait qu'offrir un semblable trésor en reconnaissance des aumônes reçues était une noble prodigalité , et que ceux-là devaient être jugés insensés, qui le regardaient comme moins digne d'estime que de misérables deniers; car le prix du divin amour est vraiment inappréciable; il suffit pour nous faire acquérir le royaume des cieux , et celui-là mérite d'être aimé beaucoup , qui nous a tant aimés.
Désireux de saisir en tout l'occasion de s'embraser de ce céleste amour , il se réjouissait en toutes les œuvres de la main du Seigneur, et il s'en servait comme d'autant de miroirs brillants pour s'élever à la cause et à la raison vivifiante de leur être.
Dans ce qui était beau , il contemplait la beauté suprême: il poursuivait son Bien-Aimé partout où il avait imprimé une trace de sa présence , et chaque créature était pour lui comme un degré pour arriver à la possession de celui qui est souverainement désirable.
Il goûtait comme en autant de ruisseaux et avec un sentiment incroyable de dévotion cette bonté première répandue en tous les êtres; et l'accord admirable des qualités diverses dont Dieu les a enrichis et des actes qui en dérivent, était pour lui comme un concert céleste qui l'excitait, à l'exemple du Prophète , à chanter les louanges du Seigneur.
Jésus crucifié demeurait en tout temps sur son cœur comme un bouquet de myrrhe, et l'incendie violent de son amour lui faisait souhaiter avec ardeur d'être entièrement transformé en lui.
Il l'honorait aussi avec une dévotion toute singulière pendant les quarante jours qui suivent l'Épiphanie , c'est-à-dire pendant le temps où il se cacha dans le désert.
Il cherchait alors la solitude la plus profonde, s'enfermait dans sa cellule, se mortifiait autant qu'il le pouvait dans le boire et le manger, et s'appliquait sans interruption à jeûner , à faire oraison et à célébrer les louanges de Dieu.
Il était donc entraîné vers Jésus-Christ par une telle ardeur d'amour et son Bien-Aimé se montrait également si plein d'amour envers lui, qu'il semblait jouir sans interruption de sa présence , ainsi qu'il l'avoua plusieurs fois à ses compagnons.
Le sacrement du corps du Seigneur l'embrasait d'une ferveur qui le pénétrait tout entier; il était dans l'admiration et la stupeur à la vue d'une condescendance si tendre et d'une charité si empressée. Il communiait souvent et avec tant de dévotion que les autres se sentaient animés de ferveur en le voyant devenir comme un homme ivre après avoir reçu l'Agneau immaculé et souvent même tomber en extase.
Il avait aussi pour la mère de Jésus-Christ un amour indicible , parce que le Seigneur de toute majesté s'est rendu par elle notre frère et que nous avons par son entremise obtenu miséricorde.
Plaçant en elle, après le Sauveur , sa confiance principale , il la choisit pour avocate de sa personne et de ses enfants , et il jeûnait en son honneur avec beaucoup de dévotion depuis la fête des saints apôtres Pierre et Paul jusqu'à l'Assomption.
Il s'était également uni par un lien indissoluble d'amour aux esprits angéliques dont l'ardeur dévorante s'efforce d'enflammer les âmes des élus , de les élever au-dessus de cette terre et de les porter à Dieu.
Après l'Assomption il jeûnait pendant quarante jours et s'appliquait sans interruption à la prière pour leur témoigner les sentiments de son cœur.
Mais le zèle dont il brûlait pour le salut des âmes lui inspirait une tendresse spéciale pour l'archange saint Michel , chargé de les présenter au tribunal du Seigneur.
Les exemples des saints étaient comme autant de charbons enflammés qui allumaient en lui un incendie tout divin.
Il avait la plus vive dévotion envers tous les apôtres , et surtout envers saint Pierre et saint Paul, à cause de la charité ardente dont ils furent animés pour Jésus-Christ.
Pour leur témoigner son respect et son amour il offrait au Seigneur un carême particulier en leur honneur.
Le pauvre de Jésus n'avait en sa puissance que deux oboles à offrir : c'était son corps et son âme; mais il les offrait si assidûment pour l'amour de son Sauveur, qu'il lui immolait en tout temps son corps par un jeûne rigoureux et son esprit par des désirs enflammés : l'un était comme l'holocauste sacrifié dans le parvis du temple, et l'autre comme le parfum que l'on brûlait dans l'intérieur du tabernacle.
Mais l'ardeur de sa charité , en le transportant de telle sorte en Dieu, dilatait sa tendresse pour ses frères selon la nature et la grâce.
Il n'est pas étonnant, au reste, qu'un homme dont la bonté naturelle était si grande pour toutes les créatures , se sentît entraîné par la charité de Jésus-Christ à un amour encore plus vif pour des âmes en qui il voyait l'image de son Créateur et le prix du sang de son Sauveur.
Il ne pouvait se croire l'ami de Jésus-Christ, s'il n'avait pour les âmes rachetées par lui le zèle le plus empressé.
Il disait donc que rien n'était préférable au salut des âmes, puisque le Fils unique de Dieu avait daigné être attaché pour elles à la croix.
De là sa persévérance dans la prière, ses courses et ses prédications, ses efforts à donner le bon exemple.
Si l'on blâmait ses austérités excessives , il répondait qu'il était obligé de servir d'exemple aux autres.
Sa chair innocente et si parfaitement soumise à son esprit n'avait sans cloute plus besoin d'être châtiée à cause de ses propres offenses ; cependant en vue de ses frères il la soumettait sans cesse à de nouvelles peines et à de nouveaux fardeaux, et il la conduisait par des sentiers difficiles.
Car , disait-il , quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité en mon cœur et si je ne donne pas à mes frères des exemples de vertu , je suis de peu d'utilité pour les autres et d'aucune pour moi-même.
Le triomphe glorieux des saints martyrs , en qui le feu de l'amour ne put être éteint ni la force ébranlée, ce triomphe, dis-je , le remplissait d'une sainte envie et allumait en son cœur un incendie de charité.
Il désirait, lui aussi , dans l'ardeur de son amour, de cet amour qui met dehors la crainte , s'offrir à Dieu à travers les flammes du martyre comme une hostie vivante, témoigner par le sacrifice de son corps sa reconnaissance à Jésus-Christ mourant pour nous, et porter ainsi le reste des hommes à aimer le Seigneur.
La sixième année après sa sortie du siècle , tout embrasé de ce désir, il résolut d'aller prêcher la foi et la pénitence aux Sarrasins et aux infidèles de la Syrie.
Il s'embarqua donc pour ce pays; mais le vaisseau , poussé par des vents contraires, fut contraint de relâcher sur les côtes d’Esclavonne. Après y être demeuré quelque temps sans trouver aucun moyen de se rendre où l'appelaient ses désirs, trompé dans ses espérances le saint conjura pour l'amour de Dieu des marins prêts à partir pour Ancône de le recevoir sur leur navire.
Mais comme il ne pouvait payer , ils le refusèrent obstinément. Alors François, plein de confiance en la bonté du Seigneur, se cacha secrètement sur le vaisseau avec son compagnon.
Peu de temps après un homme se présenta , envoyé de Dieu , comme on le croit, au secours de son pauvre , apportant avec lui les provisions nécessaires à la durée du trajet.
Il appela du navire un homme craignant Dieu, et lui dit :
« Gardez soigneusement ces provisions pour les pauvres religieux cachés sur votre vaisseau, et soyez fidèle à les leur distribuer avec charité lorsqu'ils en auront besoin. »
Or, il arriva que durant plusieurs jours la violence du vent empêcha les matelots d'aborder nulle part, et leurs vivres étant consommés, il ne resta plus que ce qui avait été donné à François en aumône.
Ces provisions étaient bien faibles; mais la vertu divine les multiplia, et le vaisseau se trouvant retardé durant plusieurs jours par le mauvais temps , elles suffirent abondamment aux besoins de tout l'équipage jusqu'au port d'Ancône.
Les marins, qui avaient compris à quels dangers terribles ils venaient d'être exposés , et vu les merveilles du Seigneur au milieu de l'abîme , reconnurent qu'ils étaient redevables de la vie à François et en rendirent grâces au Très-Haut, dont la bonté et la puissance se manifestent toujours d'une manière admirable en faveur de ses amis et de ses serviteurs.
Après s'être éloigné de la mer, il parcourut le pays répandant partout la semence du salut , et il en rapporta des fruits abondants.
Mais celui du martyre avait séduit son cœur ; il préférait aux mérites de toutes les vertus une mort glorieuse pour le nom du Seigneur.
Il prit donc le chemin de Maroc afin d'annoncer l’Évangile de Jésus-Christ au Miramolin et à sa nation, et d'arriver ainsi à la palme après laquelle il soupirait.
Le désir qui l'entraînait était si ardent que, malgré la faiblesse de son corps , il précédait de loin son compagnon de voyage, tant il était pressé d'arriver, et que l'âme toute pleine d'une sainte ivresse , il semblait voler. Mais en Espagne, le ciel, qui le réservait à d'autres choses, lui envoya une grave maladie qui l'empêcha d'aller où il souhaitait.
L'homme de Dieu se jugeant donc encore nécessaire en ce monde aux enfants à qui il avait donné le jour, s'en retourna vers les tendres brebis confiées à sa sollicitude, bien qu'il crût pour lui la mort un gain véritable.
Mais l'ardeur de la charité était un aiguillon qui le poussait vers le martyre , et il tenta une troisième fois d'aller propager au prix de son sang la foi en l'auguste Trinité.
La treizième année de son renoncement au monde , il se rendit en Syrie et s'exposa à des dangers de toutes sortes pour arriver jusqu'au sultan de Babylone.
Il y avait alors entre les chrétiens et les Sarrasins une guerre implacable ; les camps des deux armées étaient fort rapprochés, et l'on ne pouvait passer de l'un dans l'autre sans péril d'être massacré, car le sultan avait promis une pièce d'or à tous ceux qui lui apporteraient la tête d'un chrétien.
Mais le vaillant soldat de Jésus-Christ, plein de l'espoir d'être bientôt au terme de ses vœux, résolut de se mettre en route , sans se laisser effrayer par la mort , ou plutôt excité par son désir.
Après avoir prié, se sentant fortifié par le Seigneur, il redisait avec confiance ces paroles du Prophète :
« Quand je marcherais au milieu des ombres de la mort, je ne craindrais aucun mal, parce que vous êtes avec moi » (Ps. 22).
Ayant donc pris pour compagnon frère Illuminé , homme vraiment digne de ce nom par ses lumières et sa vertu, il se mit en route.
Bientôt ils rencontrèrent deux brebis. A cette vue, le saint rempli de joie dit à son compagnon :
« Ayez confiance dans le Seigneur , mon frère, car en nous s'accomplit cette parole de l’Évangile : Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups (Mat., 10). »
Lorsqu'ils se furent avancés plus loin , ils trouvèrent les gardes avancés des Sarrasins, qui , comme des loups, accoururent et se saisirent brutalement des serviteurs de Dieu, leur firent subir des traitements cruels, et après les avoir accablés d'injures et de coups, les chargèrent de chaînes. Enfin , après les avoir maltraités et affligés de toute façon, par une disposition de la divine Providence ils les conduisirent au sultan , selon le désir du saint.
Celui-ci leur ayant demandé qui les avait envoyés et quel était le but de leur voyage , François lui répondit sans s'effrayer :
« Je ne viens point de la part d'un homme, mais de la part du Dieu très-haut, afin de vous montrer à vous et à votre peuple la voie du salut, et de vous annoncer l’Évangile de vérité. »
Ensuite il prêcha avec un tel courage , une telle force et une telle ardeur au sultan le Dieu en trois personnes et Jésus-Christ sauveur de tous les hommes, qu'en lui s'accomplissait clairement cette promesse du Seigneur :
Je mettrai en votre bouche des paroles et une sagesse auxquelles vos ennemis ne pourront résister, et qu'ils ne pourront contredire (Luc, 21).
En effet, le sultan voyant le zèle admirable et la vertu du serviteur de Dieu , l'écoutait volontiers et le pressait avec instance de prolonger son séjour auprès de lui; mais François, éclairé d'en haut, lui dit :
« Si vous voulez vous convertir à Jésus-Christ, vous et votre peuple , je demeurerai de grand cœur avec vous. Mais si vous hésitez à abandonner la loi de Mahomet pour la foi du Sauveur, faites allumer un grand feu : je le traverserai avec vos prêtres , et vous serez à même de juger alors quelle est la croyance la plus certaine et la plus sainte, et celle qui mérite l'adhésion de vos cœurs. »
« Je ne pense pas , répondit le sultan , qu'aucun de nos prêtres consentît pour la défense de sa foi à s'exposer au feu ou à subir quelque autre genre de tourment. »
En effet, il avait vu un de ses prêtres, homme de zèle et déjà avancé en âge , prendre la fuite, en entendant les propositions de François.
Alors le saint ajouta :
« Si vous voulez me promettre pour vous et pour votre peuple d'embrasser la foi de Jésus-Christ dans le cas où je sortirai sain et sauf du milieu des flammes , je les traverserai seul. Si le feu me fait sentir ses ardeurs, vous l'attribuerez à mes péchés ; mais si la puissance du Seigneur me protège, vous reconnaîtrez que le Christ est la vertu et la sagesse de Dieu , qu'il est le Dieu véritable et le Sauveur de tous les hommes. »
Le sultan déclara qu'il n'osait accepter une telle proposition dans la crainte de voir son peuple se soulever.
Cependant il lui offrit des présents considérables et d'un grand prix.
L'homme de Dieu, plein de mépris pour les choses de ce monde , et avide seulement du salut des âmes , méprisa tout cela comme de la boue.
Mais ce refus, qui montrait en lui un si parfait contempteur des biens terrestres, lui gagna encore davantage l'affection du sultan ; et quoiqu'il ne voulût ou n'osât embrasser la foi chrétienne , il supplia cependant le saint d'accepter ses dons afin de les distribuer pour son salut aux pauvres chrétiens ou aux églises.
François, qui avait en horreur de porter le fardeau des richesses et ne voyait d'ailleurs aucun sentiment de vraie piété dans l'âme du sultan , n'acquiesça en aucune façon à ce qu'il souhaitait.
Ensuite, reconnaissant qu'il n'aurait aucun succès auprès de cette nation et qu'il ne pouvait obtenir l'objet de ses désirs, averti par une révélation du ciel , il revint en Europe.
Ainsi , par une disposition de la bonté et de la miséricorde du Ciel , qui se plut à tout conduire d'une manière admirable en cette circonstance, pour récompenser la vertu de François , il arriva à cet ami de Jésus-Christ de chercher de toutes ses forces à souffrir la mort pour son amour sans pouvoir la trouver.
Il eut le mérite du martyre après lequel il avait tant soupiré , et il fut conservé pour recevoir plus tard en lui-même les marques d'une faveur toute singulière.
Ainsi , le feu divin allumé en son cœur s'y embrasa avec une intensité plus grande encore, et finit par s'en échapper avec une puissance nouvelle en traversant son corps.
O homme vraiment heureux, dont la chair, sans être frappée par l'épée du tyran , a reçu l'empreinte de l'Agneau immolé !
O homme vraiment et admirablement heureux !
Le glaive du persécuteur n'a pas mis fin à ses jours , et cependant il a possédé la palme du martyre. »
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