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Marie-Madeleine, la première à voir le Christ ressuscité
par baudelairec2000 2013-04-01 01:29:50
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La séquence de ce jour, le célèbre Victimae paschali, fait parler Marie Madeleine qui, dans trois évangiles sur quatre (saint Jean ne mentionne pas ce fait), se rend avec les autres saintes femmes au tombeau du Christ afin de l'embaumer. Deux évangélistes, Marc et Jean, précisent que Marie-Madeleine eut le privilège de voir la première le Christ ressuscité.

"Jésus étant donc ressuscité le matin du premier jour de la semaine, il apparut d'abord à Marie-Madeleine, de laquelle il avait chassé sept démons" (Marc).

Le récit de Jean est lui plus précis quant au rôle et à la place de Marie-Madeleine:

"Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine se rendit au sépulcre, dès le matin, avant que les ténèbres fussent dissipées, et elle vit la pierre enlevée du sépulcre. Elle courut donc, et vint trouver Simon-Pierre et l'autre disciple que Jésus aimait et leur dit:

- Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où ils l'ont mis.

Pierre sortit avec l'autre disciple, et ils allèrent au sépulcre. Ils couraient tous deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au sépulcre. Et s'étant penché, il vit les linceuls posés à terre; mais il n'entra pas. Simon-Pierre qui le suivait, arriva à son tour et entra dans le sépulcre; il vit les linges posés à terre, et le suaire qui couvrait la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé dans un autre endroit. Alors l'autre disciple qui était arrivé le premier au sépulcre entra aussi; et il vit, et il crut: car ils ne comprenaient pas encore l'Ecriture, d'après laquelle il devait ressusciter d'entre la morts. Les disciples s'en retournèrent donc chez eux.

Cependant Marie se tenait près du sépulcre, en dehors versant des larmes; et, en pleurant, elle se pencha vers le sépulcre; et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avaient été mis le corps de Jésus, l'un à la tête, l'autre aux pieds. Et ceux-ci lui dirent:

- Femme, pourquoi pleurez-vous?

Elle leur dit:

- Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis.

Ayant dit ces mots, elle se retourna et vit Jésus debout; et elle ne savait pas que c'était Jésus. Jésus lui dit:

- Femme, pourquoi pleurez-vous? Qui cherchez-vous?

Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit:

- Seigneur, si c'est vous qui l'avez emporté, dites-moi où vous l'avez mis, et j'irai le prendre.

Jésus lui dit:

- Marie!

Et elle se retourna et lui dit en hébreu:

- Rabboni! c'est-à-dire Maître.

Jésus lui dit:

- Ne me touchez point, car je ne suis pas encore remonté vers mon Père. Mais allez à mes frères, et dites-leur:

- Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.

Marie-Madeleine alla annoncer aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur, et qu'il lui avait dit ces choses."




On pourra lire le commentaire de ce passage de saint Jean par saint Thomas; je me contente de reprendre ici le texte du commentaire de l'Evangile de Jean disponible sur Docteur angélique free.fr. Pour rendre la lecture de saint Thomas plus aisée, j'ai supprimé les notes en bas de page.



" Après avoir rapporté les mystères de la Passion du Christ, l'Évangéliste révèle ici sa Résurrection.

Premièrement il révèle comment la Résurrection du Christ fut manifestée aux femmes ; deuxièmement, comment elle fut manifestée aux disciples

I – LE CHRIST MANIFESTE SA RÉSURRECTION AUX SAINTES FEMMES La Résurrection du Christ a été manifestée aux femmes dans un certain ordre : d'abord par le tombeau ouvert, ensuite par l'apparition de l'ange, et enfin par la vision du Christ.



A. LE TOMBEAU OUVERT L'Évangéliste commence par exposer la vision qu'eut la femme, puis l'annonce de ce qu'elle a vu et, en troisième lieu, la recherche de ce qui a été annoncé.

– La vision qu'eut la femme. OR LE PREMIER JOUR DE LA SEMAINE, LE MATIN, QUAND LES TÉNÈBRES DURAIENT ENCORE, MARIE-MADELEINE VINT AU SÉPULCRE, ET VIT LA PIERRE ROULÉE DU TOMBEAU. Ici se présentent quatre choses qu'il faut considérer.

Premièrement, le temps de la vision : LE PREMIER JOUR DE LA SEMAINE, à savoir le dimanche. En effet, le jour du Sabbat était considéré par les Juifs comme le plus solennel, et c'est pourquoi tout autre jour était nommé à partir de lui. De là vient qu'ils disaient « le premier jour de la semaine », « le deuxième jour de la semaine », etc. Matthieu dit : Le premier jour de la semaine (prima sabbati); mais Jean dit UNA SABBATI, à cause du mystère, parce qu'en ce jour où eut lieu la Résurrection commença comme une nouvelle création - Envoie ton esprit et ils seront créés, et tu renouvelleras la face de la terre. - Dans le Christ Jésus, ni la circoncision ne vaut quelque chose ni l’incirconcision, mais la création nouvelle. Au commencement, dans la Genèse, Moïse n'a pas dit du premier jour « il y eut un premier jour » (dies primus), mais « un jour unique » (dies unus). Voilà pourquoi l'Évangéliste se sert de la parole de Moïse pour suggérer cette rénovation. Il le fait aussi parce que commençait ce jour-là le jour d'éternité qui est un seul jour sans l'interruption de la nuit, parce que le soleil qui l'a fait ne se couche jamais - Cette ville n'a pas besoin de la lumière du soleil ou de la lune, car la gloire de Dieu l'illumine et sa lumière, c'est l'Agneau. -Il y aura un jour, connu du Seigneur, sans jour ni nuit, et il y aura de la lumière à l'heure du soir.

Deuxièmement est indiquée la personne qui voit : LE MATIN, QUAND LES TÉNÈBRES DURAIENT ENCORE, MARIE-MADELEINE VINT AU SÉPULCRE. Mais il y a ici un doute, car Marc dit : Marie-Madeleine, Marie de Jacques et Salome; et au sépulcre, Matthieu mentionne également l'autre Marie. Selon Augustin il faut dire que Marie-Madeleine était plus fervente et avait plus de dévotion pour le Christ que les autres femmes. De là vient que Luc dit : De nombreux péchés lui sont remis car elle a beaucoup aimé. Voilà pourquoi l'Évangéliste la nomme de manière spéciale et que c'est à elle en premier lieu que le Seigneur apparut.

En troisième lieu est mentionnée l'heure, quel en fut le moment : LE MATIN, QUAND LES TÉNÈBRES DURAIENT ENCORE. Luc dit que Marie-Madeleine et les autres femmes, voyant le lieu du sépulcre, préparèrent les aromates, mais que parce que déjà pointait le sabbat, elles gardèrent le silence selon le commandement. Donc, dès la fin du sabbat, avant la lumière du premier jour de la semaine, Marie vint au tombeau, car l'ardeur excessive de son amour la pressait. Mais ici se pose une question littérale : puisque Marc dit De grand matin, le soleil s'étant levé, pourquoi donc l'Évangéliste dit-il QUAND LES TÉNÈBRES DURAIENT ENCORE ? Réponse : il faut dire que ce que dit Marc s'entend de l'aurore : le soleil s'étant déjà levé, non qu'il apparût sur la terre mais parce qu'il approchait de nos régions.

En quatrième lieu est mentionné ce que Marie voit : ELLE VIT LA PIERRE ROULÉE DU TOMBEAU, ce qui était le signe soit que quelqu'un avait emporté le Christ, soit qu'il était ressuscité. Et comme le dit Matthieu, Fange du Seigneur descendit du ciel; par cela il ne faut pas entendre que la pierre aurait été roulée avant la Résurrection du Christ, mais après. En effet, le Christ est sorti du sein clos de la Vierge sans avoir encore un corps glorieux. Il n'est donc pas étonnant qu'il soit sorti du sépulcre avec son corps glorieux. En effet, la pierre a été roulée pour que, voyant que le Christ n'était pas là, on crût plus facilement à sa Résurrection.

ELLE COURUT DONC ET VINT TROUVER SIMON-PIERRE ET L'AUTRE DISCIPLE QUE JÉSUS AIMAIT, ET LEUR DIT : « ON A ENLEVÉ LE SEIGNEUR DU TOMBEAU, ET NOUS NE SAVONS PAS OÙ ON L'A MIS. » (20, 2). En effet, à cause de son trop grand amour, elle n'a pas tardé à annoncer aux disciples ce qu'elle a vu ; mais ELLE COURUT ET VINT TROUVER SIMON-PIERRE ET L'AUTRE DISCIPLE QUE JÉSUS AIMAIT - Ce jour est un jour de bonne nouvelle ; si nous nous taisons et refusons de l’annoncer jusqu'au matin, on nous convaincra de crime. Ainsi celui qui entend les paroles de Dieu doit-il en toute hâte les dire aux autres - Que celui qui entend dise : Viens ! Mais Marie est venue vers ceux qui étaient les disciples principaux et qui aimaient le Christ d'une manière plus fervente, afin qu'ils cherchent ensemble ou souffrent ensemble. Et elle leur dit : ON A ENLEVÉ LE SEIGNEUR DU TOMBEAU. En effet, ayant vu le sépulcre vide et n'ayant pas encore en son cœur que le Christ était ressuscité, elle dit : ET NOUS NE SAVONS PAS OÙ ON L'A MIS. Elle donne ici à entendre qu'elle n'est pas allée seule au tombeau et qu'encore à présent elle doute de la Résurrection. Ce n'est donc pas sans raison que l'Évangéliste a dit que LES TÉNÈBRES DURAIENT ENCORE.

PIERRE SORTIT DONC, AINSI QUE L'AUTRE DISCIPLE, ET ILS VINRENT AU TOMBEAU. (20, 3). L'Évangéliste rapporte d'abord le zèle de ceux qui cherchent pour arriver à découvrir, et cela en sortant : PIERRE SORTIT DONC, AINSI QUE L'AUTRE DISCIPLE. En effet, celui qui veut scruter les mystères du Christ doit d'une certaine manière sortir de lui-même et des mœurs de la terre.

ILS COURAIENT TOUS DEUX ENSEMBLE. (20, 4). Ensuite il rapporte l'ordre ou le mode de la recherche. En premier lieu quant à la course, puisqu'ILS COURAIENT TOUS DEUX ENSEMBLE, eux qui aimaient le Christ plus que tout.

MAIS L'AUTRE DISCIPLE COURUT EN AVANT PLUS VITE QUE PIERRE, ET IL ARRIVA LE PREMIER AU TOMBEAU. ET, S'ÉTANT PENCHÉ, IL VIT LES LINGES POSÉS LÀ ; CEPENDANT IL N'ENTRA PAS. (20, 4-5). En second lieu quant à l'arrivée, puisque L'AUTRE DISCIPLE COURUT EN AVANT PLUS VITE QUE PIERRE. On rapporte d'abord comment Jean est arrivé le premier, puis comment Pierre l'a suivi. Mais note que ce n'est pas sans raison que l'Évangéliste raconte ces détails avec tant de diligence. En effet, par ces deux disciples sont désignés deux peuples, à savoir celui des Juifs et celui des Gentils – par Pierre, qui était le plus âgé, le peuple des Gentils, et par Jean, qui était le plus jeune, le peuple des Juifs. Car, bien que les Juifs aient reçu en premier lieu la connaissance du Dieu unique et vrai, cependant le peuple des Gentils est le plus ancien dans le monde, car les Juifs eux-mêmes sont sortis des Gentils. Ces deux peuples couraient ensemble la course du monde : les Juifs par la lettre de la Loi, les Gentils par la loi naturelle. Ou encore ils courent ensemble par le désir naturel de la béatitude et de la connaissance de la vérité, que tous les hommes, par nature, désirent connaître. MAIS L'AUTRE DISCIPLE, à savoir le plus jeune, COURUT EN AVANT PLUS VITE QUE PIERRE, parce que les Gentils sont parvenus plus tard que les Juifs à la connaissance de la vérité, car alors Dieu n'était connu qu'en Judée. C'est pourquoi l'Écriture dit : 11 n'a pas fait de telles choses pour toutes les nations et ses jugements, il ne les leur a pas manifestés.

ET IL ARRIVA LE PREMIER AU TOMBEAU car il a été le premier à considérer les mystères du Christ, et la promesse au sujet du Christ a été faite en premier lieu aux Juifs, à qui appartiennent l'adoption des fils, la gloire, l'alliance, la législation, le culte, les promesses et aussi les pères de qui est issu le Christ selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles. Amen.

ET, S'ÉTANT PENCHÉ, IL VIT LES LINGES POSÉS LÀ ; CEPENDANT IL N'ENTRA PAS. (20, 5) ET S'ÉTANT PENCHÉ, à savoir sous le joug de la Loi - Tout ce que le Seigneur prescrira, nous le ferons -, IL VIT LES LINGES POSÉS LÀ, à savoir certaines préfigurations de tous les mystères du Christ -Jusqu'à aujourd'hui, un voile demeure sans être levé quand on lit l'Ancien Testament. CEPENDANT, IL N'ENTRA PAS ; parce qu'il ne parvint pas à la connaissance de la vérité tant qu'il refusa de croire en celui qui était mort. Ceci est dit, en Luc, du frère aîné qui, entendant la musique et les danses faites pour son frère revenu, refusa d'entrer, alors que, cependant, l'entrée est promise par David lorsqu'il dit : J'entrerai vers l'autel de Dieu.

PIERRE, QUI LE SUIVAIT, VINT AUSSI – (20, 6). Il s'agit ici de l'arrivée de Pierre. Selon le sens littéral, le fait qu'ils couraient ensemble était le signe d'une dévotion fervente ; mais Jean est arrivé plus vite parce qu'il était plus jeune que Pierre, son aîné. Mais selon le mystère, Pierre suit Jean parce que les Gentils convertis au Christ ne devaient pas être rassemblés dans une Église autre que l'Église des Juifs, mais être greffés sur un olivier et une Église qui existaient déjà. C'est pourquoi l'Apôtre, en faisant leur éloge, dit : Mais vous, frères, vous êtes devenus les imitateurs des Églises qui sont dans le Christ en Judée.

L'entrée: [IL] ENTRA DANS LE TOMBEAU, ET VIT LES LINGES POSÉS LÀ, ET LE SUAIRE QUI AVAIT ÉTÉ SUR SA TÊTE, POSÉ NON PAS AVEC LES LINGES, MAIS ENROULÉ DANS UN LIEU À PART(20, 6-7). En troisième lieu est rapporté l'ordre de leur entrée, puisqu'il ENTRA DANS LE TOMBEAU. Il est dit d'abord comment Pierre est entré le premier, puis comment Jean est entré. L'Évangéliste dit donc que Pierre entra dans le tombeau. Certes, selon le sens littéral, si Jean, qui était arrivé le premier, n'entra pas, ce fut par révérence à l'égard de Pierre à qui il réservait d'entrer le premier. Mais selon le mystère, cela indique que le peuple des Juifs, qui entendit le premier les mystères de l'Incarnation, se convertit à la foi plus tard que le peuple des Gentils - Les païens qui ne cherchaient pas la justice ont embrassé la justice, celle qui vient de la foi ; tandis qu’Israël, qui suivait une loi de justice, n'est pas parvenu à la loi de justice.

Et Pierre VIT LES LINGES POSÉS LÀ. Jean ne vit que les linges, que Pierre vit pareillement : en effet, nous ne rejetons pas l'Ancien Testament, puisque le Seigneur ouvrit l'intelligence [des disciples d'Emmaùs] à l'intelligence des Écritures. Mais Pierre vit en outre LE SUAIRE QUI AVAIT ÉTÉ SUR SA TÊTE - Le chef [en latin caput, qui signifie « tête »] du Christ, c'est Dieu. Donc, voir le suaire qui avait été sur la tête de Jésus, c'est avoir foi en la divinité du Christ, que les Juifs n'ont pas voulu accepter. Ce suaire est décrit comme étant séparé des autres linges, et ENROULÉ, et DANS UN LIEU À PART, car la divinité du Christ est cachée et séparée de toute créature en raison de son excellence – Il est au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles, amen. Il vit le suaire roulé presque à la manière d'un cercle : en effet, lorsqu'on roule des linges, on ne voit en eux ni début ni fin, [ce qui est un symbole de la majesté de la divinité qui n'a pas commencé à être ni ne cesse d'être - Jésus Christ est le même hier, aujourd'hui et pour les siècles.

Mais ils le virent DANS UN [UNIQUE] LIEU, car Dieu n'habite pas là où se trouve une division des esprits, mais ceux-là méritent sa grâce qui sont un par la charité. Ou bien on peut le comprendre autrement : par le suaire, par lequel la sueur de ceux qui travaillent est habituellement essuyée, on peut entendre le labeur de Dieu parce que, même si en lui-même il demeure toujours en repos, il déclare pourtant qu'il travaille lorsqu'il porte les lourdes perversités des hommes - Elles me sont un fardeau, j'ai travaillé en les supportant. Et c'est principalement ce labeur que le Christ a enduré dans l'humanité qu'il a assumée - II présentera sa mâchoire à celui qui le frappe, il sera rassasié d'opprobres. Ce suaire, donc, se trouve éloigné à part, car la Passion de notre Rédempteur est loin de la nôtre, qui en est séparée. En effet, par les linges, qui se rapportent aux membres comme le suaire à la tête, on peut entendre les passions des saints ; le suaire, à savoir la Passion du Christ, en est séparé, car le Christ a porté sans faute ce que nous, nous supportons avec des fautes - Le Christ est mort, juste pour les injustes.

Mais pourquoi l'Évangéliste raconte-t-il tout cela avec autant de soin ? Selon Chrysostome7, il faut répondre qu'il voulait écarter la fausse opinion divulguée par les Juifs, selon laquelle le corps du Christ avait été enlevé en cachette, comme on le voit en Matthieu. En effet, si certains l'avaient emporté de cette manière, ils ne l'auraient certainement pas dénudé, surtout parce qu'ils auraient dû faire cela avec hâte en raison de la présence des gardes. Et ils ne se seraient pas non plus souciés d'enlever le suaire, de le rouler et de le poser dans un lieu à part ; mais si cela était arrivé, ils auraient simplement laissé le suaire après avoir pris le corps. Une autre raison est le fait que la sépulture fut effectuée avec de la myrrhe et de l'aloès qui collent les linges au corps, de telle manière qu'ils n'auraient pas pu être si rapidement séparés du corps.

ALORS ENTRA AUSSI L'AUTRE DISCIPLE QUI ÉTAIT VENU LE PREMIER AU TOMBEAU(20, 8). L'Évangéliste mentionne ensuite l'entrée de Jean. Celui-ci en effet ne resta pas dehors mais il entra après Pierre, car à la fin du monde la Judée aussi sera acquise à la foi en la Rédemption . Ou autrement, selon le mystère : ces deux disciples représentent deux genres d'hommes, à savoir ceux qui s'adonnent à la contemplation de la vérité - ceux-ci sont signifiés par Jean - et ceux qui s'attachent à l'obéissance aux commandements, lesquels sont signifiés par Pierre. De fait, Simon se traduit par « obéissant ». Il arrive très souvent, en effet, que le contemplatif parvienne le premier à la connaissance des mystères du Christ par son aptitude à apprendre, mais qu'il n'entre pas ; car parfois l'intelligence est première mais l'amour ne suit que tardivement, ou ne suit pas. Mais l'actif, par la véhémence de sa ferveur et son zèle, même s'il comprend plus tardivement - Par tes commandements j'ai acquis l'intelligence1 -, cependant entre plus vite, si bien que ceux qui furent les derniers à arriver deviennent les premiers à connaître.

IL VIT ET IL CRUT. CAR ILS N'AVAIENT PAS ENCORE COMPRIS L'ÉCRITURE SELON LAQUELLE IL FALLAIT QU'IL RESSUSCITÂT D'ENTRE LES MORTS(20, 8-9). Il indique ici l'effet de la recherche. On pourrait d'abord penser que le sens est le suivant : IL VIT cela et IL CRUT que le Christ était ressuscité. Mais, selon Augustin, cela n'a pas de sens, car on a ensuite : ILS N'AVAIENT PAS ENCORE COMPRIS L'ÉCRITURE. Il faut donc dire qu'IL VIT le tombeau vide et qu'IL CRUT ce que la femme avait dit, à savoir qu'on avait emporté le Seigneur. Alors suit le verset : ILS N'AVAIENT PAS ENCORE COMPRIS L'ÉCRITURE, car leur intelligence n'avait pas encore été ouverte à l'intelligence des Écritures. Mais le Christ ne leur a-t-il pas prédit sa Passion et sa Résurrection ? - Et le troisième jour il ressuscitera. Je réponds en disant que, parce qu'ils avaient l'habitude d'entendre de Jésus des paraboles, parmi les choses qu'il leur disait ouvertement il y en avait beaucoup qu'ils ne comprenaient pas, et ils croyaient qu'il voulait signifier quelque chose d'autre. Ou bien, selon Chrysostome, IL VIT les linges ainsi posés en ordre, ce qui n'aurait pas été fait si le corps avait été enlevé en cachette, et IL CRUT, d'une foi vraie, que le Christ s'était relevé de la mort. Et alors ce qui suit : CAR ILS N'AVAIENT PAS ENCORE COMPRIS L'ÉCRITURE, se rapporte à ce qu'il dit : IL VIT ET IL CRUT, comme s'il disait : avant de voir, il n'avait pas compris l'Écriture SELON LAQUELLE IL FALLAIT QU'IL RESSUSCITÂT D'ENTRE LES MORTS. Mais quand il vit, il crut qu'il était ressuscité des morts.




Β. L'APPARITION DES ANGES.



Après avoir rapporté comment Marie-Madeleine est venue voir le tombeau ouvert, l’Évangéliste montre ici comment elle est parvenue à la vision des anges, et premièrement il montre la dévotion de cette femme, puis la vision des anges; enfin il rapporte les paroles que les anges lui adressent.


La dévotion de Marie.


LES DISCIPLES DONC S'EN RETOURNÈRENT CHEZ EUX. MAIS MARIE SE TENAIT DEHORS PRÈS DU TOMBEAU, PLEURANT. ET, TOUT EN PLEURANT, ELLE SE PENCHA ET REGARDA DANS LE TOMBEAU(20, 10-11). La dévotion de cette femme, qui mérita la vision des anges, est mise en lumière de trois manières. Sa dévotion est mise en lumière en premier lieu par sa constance que, d'abord, le retour des disciples a rendue louable, car LES DISCIPLES, ne connaissant pas encore l'Écriture selon laquelle il fallait que Jésus ressuscitât d'entre les morts, S'EN RETOURNÈRENT CHEZ EUX, c'est-à-dire là où ils habitaient et d'où ils étaient venus au tombeau en courant. En second lieu, sa constance est louable du fait qu'elle s'attarde : car MARIE SE TENAIT DEHORS PRÈS DU TOMBEAU, PLEURANT. En effet, après le départ des disciples, un amour plus fort et plus fervent maintenait en ce lieu cette femme qui par sa nature était plus faible. Mais il y a ici une question, car Marc dit que les femmes sortirent du tombeau ; elles y étaient donc entrées. Pourquoi donc Jean dit-il qu'elle SE TENAIT DEHORS ? Réponse : il faut dire que le tombeau du Christ était creusé dans la pierre et qu'autour de lui se trouvait un jardin clos, comme on l'a vu plus haut. Parfois, donc, les évangélistes appellent « tombeau » seulement le petit lieu (loculum) où le corps avait été enseveli, et parfois tout le lieu qui était clos. Ainsi, lorsqu'il est dit qu'elles sortirent du tombeau, il faut le comprendre de tout le jardin clos. Mais ce qui est dit - MARIE SE TENAIT DEHORS - doit s'entendre : devant le lieu du sépulcre de pierre, mais cependant à l'intérieur de cet espace où les femmes étaient déjà entrées et où elle, Marie, se tenait en raison de la constance de son amour, constance qui avait enflammé son esprit - Soyez fermes et inébranlables, toujours abondants dans l'œuvre du Seigneur.

En second lieu sa dévotion est mise en lumière par l'abondance de ses larmes, car elle pleurait - Pleurant, elle a pleuré pendant la nuit. Il y a en effet deux genres de larmes : des larmes de componction pour la purification des péchés - Je laverai chaque nuit mon lit [de mes pleurs] ; j'arroserai ma couche de mes larmes - et des larmes de dévotion dans le désir des réalités célestes. Certes, Marie-Madeleine a abondé en larmes de componction au temps de sa conversion quand, en aimant la vérité, elle a lavé de ses larmes les taches de ses fautes, elle qui avait été pécheresse dans la ville - De nombreux péchés lui sont remis car elle a beaucoup aimé. Elle a encore abondé en larmes de dévotion lors de la Passion et de la Résurrection du Christ, comme on le voit ici.

En troisième lieu sa dévotion est mise en lumière par la diligence de sa recherche. C'est pourquoi il est dit ET, TOUT EN PLEURANT, ELLE SE PENCHA ET REGARDA DANS LE TOMBEAU. Car ces pleurs provenaient du désir de son amour. En effet, la nature de l'amour est de vouloir avoir la présence de l'aimé, et s'il ne peut l'avoir en réalité, il la possède au moins par la connaissance - Là où est ton trésor, là aussi est ton cœur. Marie pleurait donc amèrement, car ses yeux qui cherchaient le Seigneur et ne le trouvaient pas se livraient aux larmes, souffrant encore plus de ce qu'il avait été enlevé du tombeau ; car il ne restait aucun souvenir d'un maître si grand, dont la vie avait été enlevée. Et c'est pourquoi, puisqu'elle ne pouvait l'avoir, voulant du moins voir le lieu où il avait été déposé, ELLE SE PENCHA ET REGARDA DANS LE TOMBEAU. Il nous est ici donné à entendre que nous devons regarder la mort du Christ avec humilité de cœur - Tu as caché ces choses aux sages et aux prudents et tu les as révélées aux tout-petits. ELLE (...) REGARDA, pour nous donner l'exemple de regarder sans cesse la mort du Christ avec les yeux de l'esprit. En effet, à celui qui aime il ne suffit pas d'avoir regardé une fois, alors que la force de son amour décuple son intention de chercher.

ELLE SE PENCHA ET REGARDA, car la charité du Christ la pressait - La charité du Christ nous presse. Ou plutôt, selon Augustin, il y eut dans son âme un instinct divin pour qu'elle regarde et qu'elle voie quelque chose de plus élevé, à savoir les anges - Ceux qui sont menés par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.




– La vision des anges.




ELLE VIT DEUX ANGES VÊTUS DE BLANC, ASSIS, UN À LA TÊTE ET UN AUX PIEDS, LÀ OU AVAIT ÉTÉ DÉPOSÉ LE CORPS DE JÉSUS(20, 12). L'Évangéliste traite ensuite de la vision des anges, au sujet de laquelle il aborde quatre points.

Premièrement, ce que Marie-Madeleine a vu : DEUX ANGES, pour montrer que tous les ordres des anges se soumettaient au Christ, aussi bien ceux qui se tiennent devant lui que ceux qui le servent - Que tous ses anges l'adorent, ce qui est tiré d'un psaume. Mais ici surgit une question, puisque Matthieu et Marc disent que Marie et les autres femmes ont vu un seul ange se tenant à côté du tombeau, alors qu'ici on parle de deux anges, et à l'intérieur. Mais les deux sont vrais, car Matthieu et Marc racontent ce qui est arrivé en premier lieu, à savoir qu'elles sont d'abord venues et que, découvrant que le corps avait été emporté, elles sont retournées vers les disciples. Et ce que Jean raconte est arrivé au retour, lorsque Marie revint avec les disciples et qu'après leur départ elle resta là.

Deuxièmement, l'Évangéliste décrit l'habit des anges, VÊTUS DE BLANC, montrant par là la clarté de la Résurrection et la gloire du Christ ressuscité - Ils marcheront avec moi vêtus de blanc. Dans l'Apocalypse il est dit aussi que l'armée qui est dans le ciel le suivait en vêtements blancs , c'est-à-dire glorieux.

Troisièmement, il décrit leur position : ASSIS, ce qui signifie le repos et la puissance du Christ qui, se reposant désormais de toutes ses tribulations, règne dans sa chair immortelle, siégeant à la droite du Père - Siège à ma droite. - Il siégera sur le trône de David et sur son royaume.

Quatrièmement, il décrit l'ordre, UN À LA TÊTE ET UN AUX PIEDS, ce qui peut se référer à trois choses. D'abord aux deux Testaments : en effet, l'original grec du mot « ange », en latin angelus, signifie « envoyé » (nuntius). Or les deux Testaments avaient annoncé (annuntiaverunt) le Christ, car il est dit en Matthieu : La foule qui le précédait et celle qui le suivait criaient : « Hosanna au fils de David. » Ainsi, l'ange assis à la tête signifie l'Ancien Testament et celui qui est assis aux pieds, le Nouveau.



Les paroles des anges.




ILS LUI DEMANDÈRENT : « FEMME, POURQUOI PLEURES-TU ? » ELLE LEUR RÉPONDIT : « PARCE QU'ON A ENLEVÉ MON SEIGNEUR, ET JE NE SAIS PAS OÙ ON L'A MIS. » (20, 13). L'Évangéliste traite ici de la parole des anges, rapportant d'abord leur interrogation puis la réponse de la femme. ILS LUI DEMANDÈRENT : « FEMME, POURQUOI PLEURES-TU ? ». Au sujet du premier point il faut savoir que les anges, sachant que la femme doutait encore, s'enquièrent de la cause de ses pleurs, en commençant d'une certaine manière par des choses éloignées. C'est pourquoi le texte dit : ILS, à savoir les anges, LUI DEMANDÈRENT : « POURQUOI PLEURES-TU ? » Comme s'ils disaient : Ne pleure pas, c'est tout à fait vain, car au soir, de la Passion, sera réservé le pleur et au matin, de la Résurrection, la joie. - Que ta voix se repose des pleurs et tes yeux des larmes, car il y a une récompense pour ton œuvre. Il faut noter ici, selon Grégoire, que ces saintes paroles qui excitent en nous des larmes d'amour, consolent les mêmes larmes en nous promettant l'espérance de notre Rédempteur - Selon la multitude des douleurs qui étaient dans mon cœur, tes consolations ont réjoui mon âme.

Mais la femme, croyant qu'ils avaient interrogé comme par ignorance, pense qu'ils ne sont pas des anges mais des hommes, et elle leur expose la cause de ses pleurs : ON A ENLEVÉ MON SEIGNEUR, c'est-à-dire le corps de mon Seigneur. Là elle désigne la partie par le tout, comme nous confessons que le Seigneur Jésus Christ, le Fils de Dieu, a été enseveli, alors que seule sa chair a été ensevelie puisque sa divinité n'a pas abandonné sa chair. ET JE NE SAIS PAS OÙ ON L'A MIS, ce qui était la cause de sa désolation : elle ne savait pas où aller et le trouver pour consoler sa douleur. Mais avoir une chose qui a appartenu à l'ami, cela va-t-il consoler celui qui aime ? Selon Augustin, cela va plutôt le faire souffrir. C'est pourquoi il dit lui-même qu'il fuyait tous les lieux dans lesquels il avait vécu avec son ami. Et cependant, Chrysostome dit que cela va le consoler. Mais les deux sont vrais. En effet, dans toutes les réalités où joie et tristesse sont mêlées, l'espérance de la réalité désirée est cause de joie - Joyeux dans l'espérance, patients dans la tribulation. Cependant elle est aussi cause de tristesse, car l'espérance déçue afflige l'âme, mais ce n'est pas selon la même raison. En effet, en tant que par l'espérance la réalité aimée se présente comme pouvant être obtenue, cette réalité cause la joie ; mais la réalité espérée en tant qu'elle est absente en acte, attriste. Tel est le cas ici : la réalité qui appartient à l'ami, en tant qu'elle rend présent l'ami, est cause de joie pour celui qui aime, mais en tant qu'elle rappelle à la mémoire que l'ami a été enlevé, elle cause la tristesse.



- C. LA VISION DU CHRIST




Ici l'Évangéliste montre comment cette femme est parvenue à voir le Christ ; il rapporte d'abord la vision du Christ, puis montre que cette femme l'a reconnu; enfin, il expose l'instruction de cette femme par le Christ.

Il mentionne premièrement la vision que la femme a du Christ, puis il rapporte les paroles du Christ .

LORSQU'ELLE EUT DIT CELA, ELLE SE RETOURNA EN ARRIÈRE ET VIT JÉSUS DEBOUT ; ET ELLE NE SAVAIT PAS QUE C'ÉTAIT JÉSUS(20, 14). Il dit donc d'abord LORSQU'ELLE, Marie-Madeleine, EUT DIT CELA, aux anges, ELLE SE RETOURNA EN ARRIÈRE. Mais Chrysostome demande : cette femme qui parlait avec les anges, qu'elle considérait au moins comme des hommes respectables, pourquoi se retourne-t-elle sans attendre la réponse à ce qu'elle leur avait dit ? Réponse : il faut dire qu'après que la femme eût répondu aux anges, le Christ vint, et que les anges lui manifestèrent leur révérence en se levant ; voyant cela, la femme, étonnée, regarda en arrière pour savoir devant quoi ils s'étaient levés. De là vient que Luc rapporte que les anges ont été vus debout. Ainsi, s'étant retournée en arrière pour regarder, ELLE (...) VIT JÉSUS DEBOUT ; ET ELLE NE SAVAIT PAS QUE C'ÉTAIT JÉSUS. En effet, elle voyait sous une apparence non glorieuse celui que les anges, le voyant glorieux, honoraient. Il nous est aussi montré par là que si quelqu'un désire voir le Christ, il doit se tourner vers lui - Tournez-vous vers moi, dit le Seigneur des armées, et je me tournerai vers vous. Au sens mystique, cela signifie que cette femme avait tourné le dos au Christ par l'infidélité ; mais quand son âme s'est convertie pour le connaître, elle s'est retournée en arrière.

Mais pourquoi ne l'a-t-elle pas reconnu, puisqu'il était le même ? Disons qu'il en fut ainsi soit parce que celui qu'elle avait vu mort, elle ne le croyait pas ressuscité, soit parce que ses yeux étaient empêchés de le reconnaître, comme il est dit des deux disciples allant à Emmaus.

L'Évangéliste expose d'abord l'interrogation du Christ, puis la réponse de la femme. JÉSUS LUI DIT : « FEMME, POURQUOI PLEURES-TU ? QUE CHERCHES-TU ? » (20, 15). Au sujet du premier point, il faut savoir que cette femme progresse peu à peu; car les anges s'enquièrent de la cause de ses pleurs, mais le Christ interroge pour savoir ce qu'elle cherche. En effet, les pleurs étaient causés par le désir de la recherche. Il interroge donc pour savoir qui elle cherche pour augmenter son désir, afin qu'en nommant qui elle cherchait, son amour devienne plus ardent et qu'ainsi elle recherche toujours - Recherchez sans cesse sa face.

L'Évangéliste rapporte ensuite la réponse de la femme, et d'abord l'opinion qu'elle avait de celui qui interrogeait. Puis il rapporte les paroles de sa réponse. ELLE, PENSANT QUE C'ETAIT LE JARDINIER, LUI DIT : « SEIGNEUR, SI C'EST TOI QUI L'AS EMPORTÉ, DIS-MOI OÙ TU L'AS MIS, ET MOI J'IRAI LE PRENDRE. » (20, 15)

Elle pensait que C'ÉTAIT LE JARDINIER, car elle savait que les gardes, terrifiés à cause des anges, avaient déjà fui et que personne n'occupait les lieux, sauf celui qui les cultivait. Comme le dit Grégoire, cette femme tout en se trompant ne se trompa pas en croyant que le Christ était le jardinier ; car il plantait dans son cœur les semences des vertus par la force de son amour - J'ai dit : j'arroserai les plantations de mon jardin, et j'enivrerai le fruit de ma prairie.

Elle lui répondit : SEIGNEUR, SI C'EST TOI QUI L'AS EMPORTÉ, DIS-MOI – elle l'appelle SEIGNEUR pour capter sa bienveillance. Mais comme celui-ci venait d'arriver et qu'elle ne lui avait pas dit qui elle cherchait, pourquoi dit-elle : SI C'EST TOI QUI L'AS EMPORTÉ ? Qui, lui ? Il faut dire que la force de l'amour réalise ceci dans l'âme, qu'elle croit que nul autre n'ignore celui auquel elle pense toujours. De là vient que lorsque le Seigneur demanda en Luc : Quelles sont ces paroles que vous échangiez entre vous ? on lui répondit : Tu es le seul pèlerin à Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci !

Mais pourquoi dit-elle : SI C'EST TOI QUI L'AS EMPORTÉ, DIS-MOI OÙ TU L'AS MIS, ET MOI J'IRAI LE PRENDRE ? Admirable audace de cette femme, que l'aspect d'un mort ne terrifie pas et qui dans sa vaillance désire plus qu'elle ne le peut : emporter le lourd cadavre d'un mort ! Mais c'est bien ce que dit la première épître aux Corinthiens : La charité espère tout. Elle voulait donc le prendre, de peur que les Juifs ne s'acharnent sur le corps inanimé, et désirait le transporter dans un autre lieu inconnu.


Marie reconnaît le Christ. JÉSUS LUI DIT : « MARIE. » ELLE, SE RETOURNANT, LUI DIT : « RABBOUNI ! » (CE QUI VEUT DIRE MAITRE). L'Évangéliste traite ensuite de la reconnaissance du Christ par la femme, et d'abord de son appel quand Jésus dit « MARIE » à celle qu'il avait appelée plus haut du nom commun de « femme ». Ici, il l'appelle par son nom propre, MARIE, pour montrer la connaissance spéciale qu'il a des saints - Lui qui compte la multitude des étoiles et à toutes leur donne un nom. —Je te connais par ton nom ; et pour montrer que, bien que toutes les réalités soient mues par Dieu d'une certaine motion générale, cependant une grâce spéciale 10 est nécessaire pour la justification de l'homme.

On voit ensuite l'effet de l'appel : ELLE, SE RETOURNANT, LUI DIT : « RABBOUNI ! » (CE QUI VEUT DIRE MAÎTRE). Mais est-ce qu'elle ne regardait pas vers le Christ qui l'avait appelée ? Je réponds : selon Augustin, il faut dire que ceci se réfère à la disposition intérieure de son esprit : en effet, d'abord lorsqu'elle se retourna physiquement (corpore) elle pensa que le Christ était ce qu'il n'était pas, à savoir le jardinier ; mais à présent, elle est convertie de cœur car elle a reconnu ce qu'il était.

On peut dire aussi qu'elle croyait qu'il était quelqu'un d'autre. C'est pourquoi tandis qu'il lui parlait, préoccupée de ce qu'elle portait dans son cœur, elle ne le regarda pas, lui, mais regarda tout autour, cherchant à voir un signe de celui qui avait été enseveli. C'est pourquoi le Christ, l'appelant de nouveau, l'appela par son nom propre en lui disant « MARIE », comme s'il lui disait : « Où regardes-tu ? Reconnais celui par qui tu es reconnue. » Et c'est pourquoi aussitôt, appelée par son nom, elle en reconnut l'auteur en disant « RABBOUNI ! » (CE QUI VEUT DIRE MAÎTRE), car c'est ainsi qu'elle l'appelait d'habitude. En cela il nous est donné de comprendre que l'appel du Christ est la cause de notre justification et de la vraie confession.




Marie est instruite par le Christ.



L'Évangéliste montre ici comment Marie est instruite par le Christ, d'abord par une interdiction, puis par une affirmation .


JÉSUS LUI DIT : « NE ME TOUCHE PAS, CAR JE NE SUIS PAS ENCORE MONTÉ VERS MON PÈRE. » (20, 17) Il nous rapporte d'abord son admonition puis en donne la raison. Le Christ admoneste Marie pour qu'elle ne le touche pas, en lui disant NE ME TOUCHE PAS. Bien qu'on ne lise pas ici que la femme voulut le toucher, selon Grégoire nous devons comprendre par là que Marie, prosternée aux pieds de Jésus, voulut embrasser les traces de celui qu'elle reconnaissait. Et il donne ensuite la raison : CAR JE NE SUIS PAS ENCORE MONTÉ VERS MON PÈRE, ce qui semble indiquer qu'après sa Résurrection et avant de monter au ciel, le Seigneur n'a pas voulu être touché par les hommes ; mais on voit le contraire en Luc : Touchez et voyez qu'un esprit n'a ni chair ni os. Et si tu dis qu'il a voulu être touché par les disciples et non par les femmes, cela ne peut pas tenir, car Matthieu dit de Madeleine et des autres femmes qu'elles s'approchèrent et lui saisirent les pieds.

Il faut donc comprendre, selon le sens littéral, que cette femme vit deux fois les anges sur son chemin. D'abord avec les autres femmes elle vit un ange assis sur la pierre, comme le disent Matthieu et Marc. Puis à son retour elle vit deux anges à l'intérieur du tombeau, comme le dit Jean. De manière semblable, en chemin elle vit deux fois le Christ : une première fois dans le jardin, quand elle le prit pour le jardinier, comme on l'a vu plus haut ; une deuxième fois sur le chemin, quand elle courait avec les autres annoncer aux disciples ce qu'elle avait vu, afin qu'ils fussent plus affermis dans la foi en la Résurrection, et alors elles s'approchèrent et saisirent ses pieds, comme le disent Matthieu et Marc.

Au sens mystique il y a deux raisons pour lesquelles le Christ n'a pas voulu être touché. La première, c'est que cette femme représentait l'Église des Gentils qui ne devait pas toucher le Christ par la foi avant qu'il ne fût monté vers le Père - L'assemblée des peuples t'environnera, et à cause d'elle remonte dans les hauteurs. La deuxième raison est que, selon Augustin, le toucher est comme le terme de la connaissance. En effet, quand nous voyons une réalité, nous la connaissons d'une certaine manière ; mais par le toucher nous en avons une connaissance achevée. Or cette femme avait foi dans le Christ comme en un homme saint, et c'est pourquoi elle l'appelait « maître » ; elle n'était pas encore parvenue à le connaître comme égal au Père et un avec Dieu. C'est pourquoi il dit : « NE ME TOUCHE PAS, c'est-à-dire ne fais pas de ce que tu crois de moi la fin de ta connaissance, CAR dans ton cœur JE NE SUIS PAS ENCORE MONTÉ VERS MON PÈRE parce que tu ne crois pas que moi je suis un avec lui », ce que cependant elle crut plus tard. En effet, au plus intime de ses sens le Christ, d'une certaine manière, monta vers le Père, lui qui avait tant grandi en elle qu'elle le connaissait égal au Père.

On peut dire aussi, selon Chrysostome, que cette femme, voyant le Christ ressuscité, crut qu'il existait dans la même qualité de chair en laquelle il avait été auparavant, possédant une vie mortelle ; c'est pourquoi elle voulait être avec lui comme avant la Passion et, en raison de sa joie, n'imaginait rien de plus grand, bien que la chair du Christ, en ressuscitant, fût devenue bien meilleure. Aussi, voulant la faire revenir de cette compréhension, il lui dit : NE ME TOUCHE PAS ; comme pour dire : ne pense pas que j'aie dorénavant une vie mortelle et que je vive avec vous de la même manière qu'auparavant - Si nous avons connu le Christ selon la chair, ce n'est plus ainsi que nous le connaissons maintenant. C'est ce qu'il ajoute : CAR JE NE SUIS PAS ENCORE MONTÉ VERS MON PÈRE. Et ce n'est pas alors un avertissement mais la réponse à une question tacite, comme s'il disait : « Tu me vois demeurant ici, non que je n'aie pas une chair glorieuse mais parce que JE NE SUIS PAS ENCORE MONTÉ VERS MON PÈRE ». En effet, avant son Ascension, il voulut affermir dans le cœur des Apôtres la foi en sa Résurrection et en sa divinité.



« MAIS VA VERS MES FRÈRES ET DIS-LEUR : JE MONTE VERS MON PÈRE ET VOTRE PÈRE, VERS MON DIEU ET VOTRE DIEU. » MARIE-MADELEINE VINT ANNONCER AUX DISCIPLES : « J'AI VU LE SEIGNEUR ET VOILÀ CE QU'IL M'A DIT. » (20, 17-18). L'Évangéliste rapporte ici une recommandation affirmative. Et d'abord il montre la recommandation, puis la promptitude de Marie à obéir. Il dit donc : MAIS VA VERS MES FRÈRES, à savoir les Apôtres, qui sont ses frères par conformité de nature - Il dut en tout être assimilé à ses frères -, et par l'adoption de la grâce car ils sont fils adoptifs du Père dont lui-même est le Fils par nature - J'annoncerai ton nom à mes frères3. Il faut ici noter le triple privilège qui fut octroyé à Madeleine. D'abord un privilège prophétique, car elle a mérité de voir les anges ; le prophète, en effet, est l'intermédiaire entre les anges et le peuple. Ensuite, elle est au-dessus des anges, du fait qu'elle voit le Christ sur lequel les anges désirent se pencher. Enfin elle a reçu un rôle apostolique ; bien plus, elle est devenue apôtre des Apôtres en ceci qu'il lui fut confié d'annoncer aux disciples la Résurrection du Seigneur pour que, de même qu'une femme apporta au premier homme des paroles de mort, ainsi aussi une femme annonce la première à des hommes les paroles de vie.

ET DIS-LEUR : JE MONTE VERS MON PÈRE ET VOTRE PÈRE -Je m'en vais vers celui qui m'a envoyé. - Celui qui est descendu est le même que celui qui est monté au-dessus de tous les deux. Mais Arius a pris appui sur ce verset pour son erreur : parce que Jésus dit MON PÈRE ET VOTRE PÈRE, il a voulu conclure que Dieu est Père du Fils de la même manière qu'il est notre Père, et Dieu du Fils comme il est notre Dieu. Mais à cela on doit répondre que, manifestement, l'intention avec laquelle le Christ dit cela se comprend à partir des circonstances du discours. En effet il a dit plus haut VA VERS MES FRÈRES : ceux-là, le Christ les a pour frères en tant qu'il est homme - donc il dit ces paroles en tant qu'il est homme -, et selon cela le Christ est soumis au Père comme la créature au créateur ; en effet, le corps même du Christ est une certaine créature.

Ou autrement, selon Augustin – le Christ parle ici de lui selon l'une et l'autre nature. En effet, ce qu'il dit - JE MONTE VERS MON PÈRE ET VOTRE PÈRE - relève de la nature divine selon laquelle il a pour Père Dieu, avec qui il a même nature et auquel il est éga1. Et ainsi, il faut comprendre autrement MON et VOTRE : il est le mien par nature et le vôtre par la grâce ; comme pour dire : ce que vous êtes, des fils adoptifs par la grâce, c'est par moi que vous l'avez - Dieu a envoyé son Fils (...) pour que nous recevions l'adoption des fils de Dieu. - Ceux qu’il a connus par avance pour être conformes à l'image de son Fils, pour que celui-ci soit l'aîné d'une multitude de frères. Et ce qu'il dit ensuite - MON DIEU ET VOTRE DIEU - se rapporte à la nature humaine selon laquelle il est gouverné par Dieu. Il dit ainsi MON DIEU, à qui moi en tant qu'homme je suis soumis, et VOTRE DIEU dont je suis à votre égard le médiateur, parce que par lui nous sommes en paix avec Dieu, et ainsi il est « notre » Dieu - Justifiés par la foi, nous avons la paix par notre Seigneur Jésus Christ par qui nous avons accès à la grâce dans laquelle nous sommes établis, et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire des fils de Dieu. - C'est Dieu qui se réconciliait le monde dans le Christ.


On voit ensuite la promptitude de l'obéissance de Marie lorsque l'Évangéliste dit : MARIE-MADELEINE VINT ANNONCER AUX DISCIPLES : « J'AI VU LE SEIGNEUR ET VOILÀ CE QU'IL M'A DIT. » Elle VINT, du lieu où était l'espace du jardin devant la pierre du tombeau, ANNONCER AUX DISCIPLES - J'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis. - Ce que j'ai entendu du Seigneur Dieu des armées, du Dieu d'Israël, je vous l'ai annoncé."

     

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 Marie-Madeleine, la première à voir le Christ ressuscité par baudelairec2000  (2013-04-01 01:29:50)


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