solenne lavanda dell'altare Papale. par Adso 2013-03-25 10:18:34 |
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Suite du récit fait par l'abbé Victor Alfred Dumax (1859)
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Rome, Jeudi Saint, 8 h. du soir.
Une cérémonie encore bien capable de fixer l'attention s'est accomplie cette après-midi à Saint-Pierre. On la nomme la solenne lavanda dell'altare Papale. Vous n'êtes pas, mon cher ami, sans savoir que dans nos églises les autels représentent Jésus-Christ; et qu'à ce titre, ils sont lavés, le Jeudi saint, avec du vin et de l'eau, soit pour faire allusion au sang et à l'eau qui coulèrent du côté adorable de Jésus, soit pour rappeler les parfums, dont se servirent les saintes femmes pour l'embaumer.
Quoi qu'il en soit, comme l'autel de la Confession de Saint-Pierre, réservé, selon que je vous l'ai dit ailleurs, au Souverain Pontife, représente d'une manière plus expressive que tous les autres autels du monde la grandeur de Jésus-Christ: nulle part aussi la cérémonie dont je parle, ne se pratique avec plus de pompe que dans la basilique du grand apôtre, pour l'autel de la Confession. En voici le détail.
A la fin de l'office des Ténèbres, pendant le chant des Laudes, les sacristains du chapitre dépouillent entièrement l'autel des nappes qui le couvrent ordinairement; puis ils préparent auprès une table, sur laquelle ils placent sept vases de cristal remplis de vin, et deux bassins d'argent, dont l'un contient sept nappes de lin, et l'autre sept éponges. Une chape noire et sept étoles de même couleur sont aussi disposées sur une crédence. Après l'office, le doyen et les six plus anciens chanoines se rendent à cette crédence, et reçoivent, le premier la chape avec l'étole noire, les autres la simple étole.
Cette première partie du cérémonial étant accomplie, et les chanoines ayant tous à la main une espèce d'aspersoir en bois d'if, de buis ou plus communément de cornouiller frisé ressemblant par sa forme à un petit balai, on se dirige vers le maître-autel; le porte-croix, précédé de deux acolytes, ouvre la marche. Les clercs bénéficiers et les chanoines, dont six comme nous venons de dire, portent l'étole noire, viennent ensuite.
Après eux, s'avance le doyen, au milieu des maîtres de cérémonie.
Arrivés au pied de l'autel, tous s'agenouillent et prient quelques moments en silence. Puis le doyen se lève, et, accompagné de six chanoines assistants, il
monte sur l'autel. Un vase rempli de vin est présenté à chacun des chanoines et au doyen : ceux-ci en versent quelques gouttes, qu'ils étendent avec leur aspersoir sur toute la table de marbre de l'autel. Après les chanoines assistants, d'autres chanoines leur succèdent, six par six, selon leur rang d'ancienneté ; puis les chapelains viennent à leur tour, et, chaque fois, la même cérémonie se renouvelle.
Quand l'autel a été ainsi lavé, le doyen avec les six chanoines assistants l'essuient,d'abord avec les éponges, puis avec les nappes, qui, nous l'avons vu, sont préparées à l'avance. Durant la cérémonie, on psalmodie l'antienne Diviserunt vestimenta mea, qui dépeint si bien le dénuement de Jésus-Christ sur la croix; le Pater et l'oraison du jour, en silence, la terminent.
Je n'ai pas de réflexions à vous faire sur cette cérémonie, mon cher ami; les choses parlent assez d'elles mêmes. On ne peut y assister sans un sentiment de tristesse, et sans demandera Jésus-Christ de purifier tous les cœurs des chrétiens qui doivent être bientôt ses tabernacles au jour de Pâques, comme on purifie cet autel sur lequel il doit venir reposer, à la voix de son vicaire.
P. S. A partir du Solenne lavanda, l'autel papal reste dégarni de tout ornement jusqu'au lendemain soir. C'est aussi en ce moment que l'on éteint les cent-vingt-deux lampes qui entourent la Confession de Saint-Pierre : à l'exception de cette après-midi et de la journée de demain, elles brûlent continuellement auprès des restes du grand apôtre.—« Durant ces heures de dépouillement et de silence, quelque chose de froid et d'inaccoutumé saisit le cœur et l'impressionne plus fortement peut-être qu'en aucun autre jour de l'année...
Les proportions de la basilique, qui semblent doublées, les ténèbres mystérieuses qui régnent dans ses profondeurs les plus reculées, quelques lueurs lointaines que l'on aperçoit sous ses plus sombres arceaux pour diriger les pas de ceux qui, les derniers, quittent cet immense temple, font naître une religieuse terreur dans l'âme du pèlerin, habitué à ses splendides clartés » (Chapelles papales du chev. Moroni).
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