Le bienfait d’une saine théologie par Abbé Néri 2013-03-18 15:04:47 |
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Face aux questions que soulève la lecture de la Sainte Écriture, on peut mieux apprécier l’aide d’une saine théologie, et dans ce domaine principalement celle du docteur angélique.
En lissant les différentes réactions à propos de l’expression « enfants de Dieu » attribué à tous les hommes, je pense que l’enseignement de saint Thomas d’Aquin sur la manière d'attribuer la « Paternité » à Dieu peut résoudre les diverses difficultés qu’on y rencontre :
(I pars q. 33) Article 3 — Le nom de “ Père ”, dit de Dieu, signifie-t-il en première intention une propriété personnelle ?
Objections :
1. Logiquement, le terme commun est présupposé au terme propre.
Or, le nom de “ Père ”,
- pris au sens personnel, est propre à la personne du Père ;
- pris comme attribut essentiel, il est commun à toute la Trinité :
car c’est à la Trinité entière que nous disons : “ Notre Père ”.
C’est donc comme attribut essentiel, et non au sens personnel, que ce nom de “Père” se vérifie à titre premier et principal.
2. Quand un nom garde la même définition dans ses diverses applications, il n’y a pas à distinguer d’ordre ni de degrés dans l’attribution.
Or, qu’il s’agisse de la Personne divine Père du Fils ou qu’il s’agisse de toute la Trinité “ Notre Père ” ou “ Père des créatures ”,
- dans les deux cas on se réfère à une même notion de paternité ou de filiation ;
Car, selon S. Basile, recevoir l’être est une condition commune aux créatures et au Fils.
Par conséquent, le nom de Père, en Dieu, ne s’attribue pas premièrement au sens personnel, et secondairement au sens essentiel.
3. Il n’est pas de comparaison possible entre des attributions qui, sous un même nom, ne répondent pas au même concept.
Or, dans l’épître aux Colossiens (1,15), le Fils se trouve rapproché des créatures sous cet aspect de filiation ou de génération :
“ Lui, l’image du Dieu invisible, le Premier-né de toute créature. ”
Il s’agit donc d’un même concept dans les deux cas.
Autrement dit, en Dieu, il n’y a pas priorité d’attribution de la paternité personnelle sur la paternité comme attribut de l’essence.
En sens contraire, l’éternel a priorité sur le temporel.
Or, c’est de toute éternité que Dieu est Père de son Fils ;
Et seulement dans le temps qu’il est Père de la créature.
Donc en Dieu la paternité se vérifie premièrement envers le Fils, et secondairement envers la créature.
Réponse :
Un terme analogique :
- Convient premièrement au sujet où se réalise parfaitement toute la raison formelle signifiée par ce terme ;
- puis secondairement au sujet où elle se réalise partiellement ou sous un certain aspect ; à ce dernier sujet, on l’attribue par comparaison avec celui qui la réalise parfaitement, car l’imparfait dérive du parfait.
Ainsi le nom de “ lion ” se dit au premier chef de l’animal, en qui se réalise toute l’essence du lion ; c’est lui qu’on nomme lion au sens propre ; ensuite, par dérivation, on donnera ce nom à l’homme en qui on retrouve quelque chose du lion, son audace ou sa force, par exemple ; on l’appelle un lion par métaphore.
Or, il ressort clairement de ce qui précède que la raison formelle de paternité et de filiation se trouve parfaite en Dieu le Père et en Dieu le Fils, puisque le Père et le Fils ont une seule et même nature et gloire.
Mais, dans la créature, s’il y a filiation par rapport à Dieu, ce n’est plus au sens parfait, car le Créateur et la créature n’ont pas la même nature ; il n’y a ici de filiation qu’en raison d’une certaine similitude entre les natures.
Et plus cette similitude sera parfaite, plus on approchera d’une véritable filiation.
De fait, Dieu est appelé Père de certaines créatures, en raison d’une simple similitude de vestige :
- c’est le cas des créatures sans raison. Selon Job (38, 28) :
“ Qui est le Père de la pluie ? qui donc a engendré les gouttes de rosée ? ”
Il y en a d’autres dont Dieu est le Père, parce qu’elles portent son image :
- ce sont les créatures raisonnables.
“Dieu n’est-il pas ton Père, dit le Deutéronome (32, 6), lui qui t’a possédé, qui t’a fait et qui t’a créé ? ”
Il y en a dont Dieu est le Père à raison de cette similitude qu’est la grâce :
- ceux-là prennent le nom de fils adoptifs, parce que le don de la grâce qu’ils ont reçu les habilite à l’héritage de la gloire éternelle.
Selon S. Paul (Rm 8, 16. 17) :
“ L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes fils de Dieu ; et si nous sommes fils, nous sommes aussi héritiers. ”
Il y en a enfin dont Dieu est le Père à raison de cette similitude qu’est la gloire, parce qu’ils possèdent déjà l’héritage de la gloire, dont S. Paul dit (Rm 5, 2) :
“ Nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire des fils de Dieu. ”
Il est donc clair que la paternité s’attribue à Dieu :
- premièrement et principalement au sens où elle évoque la relation entre deux Personnes divines,
- et secondairement au sens où elle évoque une relation de Dieu à la créature.
Solutions :
1. Dans notre pensée, il y a priorité logique des attributs communs absolus sur les propriétés personnelles, car ces attributs sont impliqués dans la notion des propriétés, et sans réciprocité.
Qui dit : le Père, dit du même coup : Dieu, sans pour autant que la réciproque soit vraie.
Mais il y a priorité des attributs propres évoquant les relations personnelles, sur les attributs communs qui disent relation aux créatures, car la Personne procédant à l’intime de la divinité procède aussi comme principe de la production des créatures.
En effet, le verbe conçu dans la pensée de l’artiste procède de celui-ci avant l’œuvre. Priorité de nature, cela s’entend, puisque l’œuvre reproduit la conception de l’esprit.
De même, le Fils procède du Père avant la créature à laquelle n’est attribué le nom de “ fils ” que dans la mesure où elle reçoit par participation la ressemblance du Fils.
C’est ce que dit S. Paul (Rm 8, 29) :
“ Ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à devenir conformes à l’image de son Fils. ”
2. Quand on dit que “ recevoir” est une condition commune à la créature et au Fils, il ne s’agit pas de communauté univoque, mais d’une similitude lointaine qui suffit à donner lieu au titre de “ Premier-Né des créatures ”.
Ainsi le texte déjà cité, après avoir dit que certains deviendraient conformes à l’image du Fils de Dieu, ajoute :
“ afin que lui-même soit le premier-né d’un grand nombre de frères ”.
Mais celui qui est naturellement Fils de Dieu a sur tous les autres ce privilège de posséder par nature ce qu’il reçoit, au dire du même S. Basile.
Et pour cette raison il s’appelle “le Fils unique ”, comme on le voit en S. Jean 1,18 :
“ Le Fils Unique, qui est dans le sein du Père, lui-même nous l’a fait connaître. ”
3. La troisième objection se trouve ainsi résolue.
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