Homélie - Dimanche de la Passion - abbé Patrick Faure par LouisL 2013-03-18 10:25:25 |
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Mes frères,
Nous avons vécu cette semaine un grand moment dans la vie de l’Eglise : l’élection d’un nouveau Pape, au terme d’un des conclaves les plus courts de l’histoire. Comme vous le savez, tous les pronostics ont été déjoués. Comme vous le savez aussi, ce résultat inattendu empêche les médias et les catholiques eux-mêmes de coller trop vite une étiquette sur le Pape François qui est apparu mercredi soir au balcon de Saint-Pierre de Rome. C’est lorsqu’il choisira ses collaborateurs que nous verrons mieux sa ligne d’esprit et de gouvernement pour toute l’Eglise. Et c’est lorsqu’il nommera les préfets des congrégations romaines – jusqu’à présents suspendus - que nous verrons ses reprises ou ses distances par rapport au pontificat précédent.
D’ici là, et en attendant, le nouveau souverain pontife a commencé par faire ce qu’il fallait faire, c’est-à-dire par prier, à la face du monde entier, prier pour son prédécesseur Benoît XVI, et bénir l’Eglise de Rome avec l’Eglise universelle. Vous avez vu la foule et son enthousiasme. Vous avez partagé – en tout cas je l’espère – cette joie et cette exultation d’autant plus vibrantes qu’elles étaient mondiales, et par lesquelles nous percevions un instant combien l’Eglise Catholique est immense. Avec la Vierge Marie nous devons retenir tous ces événements dans nos cœurs.
Une des leçons que nous en tirons, c’est que notre vision habituelle de l’Eglise, au lieu d’être aussi large et vive que mercredi soir, est bien plus souvent réduite à ce que nous vivons chez nous, dans les combats et les incertitudes qui, curieusement, nous marquent plus facilement que les succès ou que les joies. Il nous appartient de ne pas réduire l’Eglise à ce que nous en voyons dans notre Europe occidentale sécularisée, ou a fortiori dans notre France laïcisée. Il nous appartient de ne pas laisser les médias nourrir à eux seuls notre vision de l’Eglise en la réduisant à ce que le monde en voit ou fait voir. Nous pouvons et devons accéder à la conscience spirituelle indispensable qui perçoit la grandeur et la transcendance de l’Eglise au travers et au-delà de ses membres et de ses institutions, quelles que soient leurs faiblesses ou même leurs fautes. C’est notre foi qui est en cause, notre foi en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Et mercredi soir le pape a fait ce que le Christ demande au successeur de saint Pierre : il a confirmé ses frères dans la foi. Telle doit être en nous la résonance majeure et durable de tout nouveau pontificat.
Dit autrement, un pape qui laisse les journalistes sans voix parce qu’il fait dire à des millions de fidèles, en direct à la télévision, le Notre Père, le Je vous salue Marie, le Gloria, et y ajoute un temps de silence, n’est pas d’abord un administrateur de la Curie romaine, ou un progressiste anti-tradition, ou un conservateur anti-réforme dont on épie les premiers mots pour voir s’ils correspondent aux positions ou aux intérêts qu’on défend. C’est un pape qui tourne le monde entier vers Dieu en confirmant la foi de tous les catholiques. De cela il faut savoir être fier et heureux, et s’en souvenir.
Ensuite l’accent mis par le pape François sur le diocèse de Rome ne relativise pas la grande Eglise, mais rappelle que la grande Eglise universelle est enracinée concrètement et humainement dans la communion du pape avec les autres évêques, et dans la communion des fidèles entre eux à l’intérieur de chaque diocèse et à l’intérieur de chaque paroisse. Le nouveau Pape a demandé que nous prions les uns pour les autres, dans une même fraternité spirituelle « Prions toujours pour nous, l’un pour l’autre – a-t-il dit -, prions pour le monde entier, pour qu’il y ait une grande fraternité. »
En parlant ainsi de fraternité, le pape ne s’oriente pas subrepticement vers un humanitarisme où Dieu passerait au second plan, car, dès le lendemain de son élection, il a clairement ajouté que « si nous ne confessons pas Jésus-Christ, nous deviendrons une ONG d’assistance mais pas l’Eglise, l’Epouse du Seigneur », et, en citant l’auteur français Léon Bloy qui disait « celui qui ne prie pas le Seigneur prie le diable », le Saint-Père a aussitôt ajouté : « Quand on ne confesse pas Jésus-Christ on confesse la mondanité du diable, la mondanité du démon ». Mes frères, quand un pape s’exprime aussi crûment sur les puissances infernales, bien plus que ne l’ont jamais fait ni Jean-Paul II ni Benoît XVI, nous pouvons écouter ce qu’il nous dit sur la fraternité. Il nous demande de prier les uns pour les autres.
Il nous demande de nous unir fraternellement les uns aux autres en nous unissant d’abord à Dieu dans la prière, comme il l’a fait en s’unissant d’abord à Dieu dans sa prière pour son prédécesseur : c’est cela travailler à l’unité de l’Eglise. La preuve que notre vie chrétienne, liturgique et sociale, nous attache effectivement à Dieu et au Christ, et pas seulement à des slogans des idées ou des formes, c’est que nous devenons capables de prier les uns pour les autres, y compris pour ceux et celles que nous tenons pour nos ennemis ou qui se sont déclarés tels. « Si vous aimez ceux qui vous aiment – dit l’évangile - quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-il pas autant ? (Mt 5,46). Priez pour vos persécuteurs (Mt 5,44) et vous serez les fils du Très Haut (Lc 6,35) »
Cette prière nous est facile pour nos amis, mais difficile pour nos ennemis. Mais elle est la preuve que nous sommes unis au Christ, lui qui est mort crucifié pour ses amis et pour ses ennemis, autant de chez les juifs de Jérusalem dans l’évangile d’aujourd’hui, que de chez les païens de Rome dans la vie de St Pierre et St Paul que nous entendrons après Pâques. Que sous la conduite du successeur de Pierre notre prière s’approfondisse et s’intensifie, pour que l’unité de notre paroisse, entre fidèles de la même forme liturgique, et entre fidèles des deux formes, soit l’unité même de l’Eglise que nous disons chérir. Et qu’à partir de cette prière constante et intelligente le véritable œcuménisme, entre nous et vers les autres confessions chrétiennes, soit l’œcuménisme de la sainteté qui nous rapproche les uns des autres parce que nous nous rapprocherons d’abord de Dieu. C’est la prière qui fera notre unité. Le Christ nous l’a montré, en priant la veille de son sacrifice pour que tous ses disciples soient un.
En ce dimanche de la Passion, l’Epître aux Hébreux nous rappelle que ce sacrifice du Christ ne purifie pas seulement notre chair, c’est-à-dire nos instincts et nos pulsions, mais qu’il purifie plus encore notre conscience et notre prière, en les libérant de nos œuvres mortes - qui nous referment sur nous-mêmes et notre pessimisme - pour que nous rendions un culte au Dieu vivant, dans l’amour de l’Eglise et celui de nos frères. Nous savons que ce sacrifice du Christ est rendu présent à la messe, à l’Eucharistie, par le ministère du prêtre. Mais nous savons aussi que ce sacrifice ne purifiera effectivement nos consciences et nos prières que si nous nous engageons effectivement dans la messe, c’est-à-dire dans la mission de l’Eglise.
En d’autres termes, l’Eucharistie sera d’autant plus efficace en nos vies que nous serons plus missionnaires et témoins du Christ. Et nous en recevrons courage et force. Tel est en tout cas le soutien sur lequel s’appuient les Papes. Le nouveau souverain pontife le dit clairement au sujet de son prédécesseur : Benoît XVI a toujours eu le regard « fixé sur le Christ, présent et vivant dans l’Eucharistie… il a allumé au fond de nos cœurs une flamme qui soutiendra l’Eglise sur son chemin spirituel et missionnaire… Ne cédons jamais au pessimisme, à cette amertume que le diable nous offre chaque jour. Ne cédons pas au pessimisme et au découragement. Nous avons la ferme certitude que l’Esprit-Saint, par son souffle puissant, donne à l’Eglise le courage de persévérer, et de chercher aussi de nouvelles méthodes d’évangélisation pour porter l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre (cf. Ac 1,8. »
Mes frères, nous avons prié pour que l’Eglise qui commençait le Carême avec un pape le termine avec un pape, et nous avons été exaucés. Nous savons à quels combats et à quelle persévérance nous sommes appelés sur de nombreux fronts, et en particulier dès la semaine prochaine pour soutenir le mariage et la famille. Mais avant toute chose nous devons garder dans nos cœurs ces moments révélateurs et bénis où tant d’êtres humains dans le monde entier – même ne partageant pas notre foi – ont regardé avec respect et admiration vers l’Eglise et vers le Saint-Siège, parce qu’un nouveau pontife apparaissait dans la nuit pour faire briller la bonté du Christ et redire au monde l’espérance et la paix que lui seul peut donner. A l’approche des jours saints, demandons à Dieu la grâce de nous convertir vraiment, chacun et chacune d’entre nous, et disons-lui dans nos cœurs notre reconnaissance pour la beauté de son Eglise.
Abbé Patrick Faure, curé
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