Concile non réorientable, mais n'a-t-on pas discuté pour le réorienter ? par Scrutator Sapientiæ 2013-03-02 10:11:20 |
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Bonjour et merci, Chouan.
Apparemment, en tout cas à partir de 1976, Mgr LEFEBVRE estime le Concile non réorientable, mais, tout aussi apparemment, la FSSPX n'a-t'elle pas discuté avec Rome, en 2009-2010 et 2010-2011, notamment dans l'espoir de contribuer à ce qu'il soit réorienté ?
1. D'un côté, et tout d'abord, on lit ceci :
" Pourquoi ce titre “J’accuse le Concile” ? Parce que nous sommes fondés à affirmer, par des arguments tant de critique interne que de critique externe, que l’esprit qui a dominé au Concile et en a inspiré tant de textes ambigus et équivoques et même franchement erronés n’est pas l’Esprit Saint, mais l’esprit du monde moderne, esprit libéral, teilhardien, moderniste, opposé au règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Toutes les réformes et orientations officielles de Rome sont demandées et imposées au nom du Concile. Or ces réformes et orientations sont toutes de tendances franchement protestantes et libérales.
C’est dès le Concile que l’Eglise, ou du moins les hommes d’Eglise occupant les postes-clés, ont pris une orientation nettement opposée à la Tradition, soit au Magistère officiel de l’Eglise.
Ils se sont pris pour l’Eglise vivante et maîtresse de vérité, libre d’imposer aux clercs et aux fidèles de nouveaux dogmes : soit le progrès, l’évolution, la mutation et une obéissance aveugle et inconditionnelle. Ils ont tourné le dos à la véritable Eglise de toujours, lui ont donné de nouvelles institutions, un nouveau sacerdoce, un nouveau culte, un nouvel enseignement toujours en recherche, et cela toujours au nom du Concile.
Il est aisé de penser que quiconque s’opposera au Concile, leur nouvel évangile, sera considéré comme hors de la communion de l’Eglise. On peut leur demander de quelle Eglise ? Ils répondent de l’Eglise conciliaire.
Il est donc indispensable de démythiser ce Concile qu’ils ont voulu pastoral en raison de leur horreur instinctive pour le dogme, et pour faciliter l’introduction officielle dans un texte d’Eglise des idées libérales. Mais l’opération terminée, ils dogmatisent le Concile, le comparent à celui de Nicée, le prétendent semblable aux autres sinon supérieur !
Heureusement cette opération de démythisation du Concile commence et a bien commencé avec le travail de M. le professeur Salet dans le “Courrier de Rome” sur la déclaration de “La liberté religieuse”. Il en conclut que cette déclaration est hérétique.
Que de sujets à bien étudier et analyser par exemple :
- ce qui concerne les rapports des évêques et du pape, dans la constitution de “l’Eglise”, “des évêques”, “des missions” ;
- le sacerdoce des prêtres et des fidèles dans les préliminaires de “Lumen gentium” ;
- les fins du mariage dans “Gaudium et spes” ;
- la liberté de la culture, de la conscience et le concept de la liberté dans “Gaudium et spes”;
- l’œcuménisme et les relations avec les religions non chrétiennes, avec les athées, etc.
On y décèlerait rapidement un esprit non catholique. De ces recherches le lien se ferait naturellement avec les réformes issues du Concile.
Alors une singulière lumière éclaire le Concile. Elle provoque nécessairement la question : ceux qui ont réussi cette admirable manœuvre l’avaient-ils préméditée avant le Concile ? Qui sont-ils ? Se sont-ils réunis avant le Concile ?
Peu à peu les yeux s’ouvrent sur une conjuration stupéfiante préparée de longue date. Cette découverte oblige à se demander : quel a été en toute cette œuvre le rôle du pape ? Sa responsabilité ? En vérité, elle paraît accablante, malgré le désir de l’innocenter de cette affreuse trahison de l’Eglise.
Mais si nous laissons à Dieu et aux futurs vrais successeurs de Pierre de juger de ces choses, il n’en est que plus certain que le Concile a été détourné de sa fin par un groupe de conjurés et qu’il nous est impossible d’entrer dans cette conjuration, quand bien même il y aurait beaucoup de textes satisfaisants dans ce Concile. Car les bons textes ont servi pour faire accepter les textes équivoques, minés, piégés.
Il nous reste une seule solution : abandonner ces témoins dangereux pour nous attacher fermement à la Tradition, soit au Magistère officiel de l’Eglise pendant vingt siècles.
Nous espérons que les pages qui suivent jetteront une lumière de vérité sur les entreprises subversives des adversaires de l’Eglise, conscients ou inconscients.
Ajoutons que les appréciations des clercs et des catholiques libéraux, des protestants, des francs-maçons sur le Concile ne font que confirmer nos appréhensions. Le cardinal Suenens affirmant que ce Concile a été 89 dans l’Eglise n’aurait-il pas raison !
Alors notre devoir est clair : prêcher le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ contre celui de la déesse raison. + Marcel Lefebvre Paris, le 27 août 1976 "
2. D'un autre côté, et ensuite, on lit ceci :
" La face cachée des discussions doctrinales est peut-être la plus apparente, la plus perceptible, la moins attendue cependant de ces pourparlers ouverts à Rome le 26 octobre dernier. Il y a un an, alors que le cardinal Castrillón Hoyos, grand partisan des accords pratiques, imposait à la Fraternité Saint-Pie X un « ultimatum » avec échéance à la clef, les relations entre le Saint-Siège et l’œuvre de Mgr Lefebvre traversaient un petit orage. Les esprits s’échauffaient, les journalistes caricaturaient, des autorités diocésaines jusqu’à quelques responsables des communautés Ecclesia Dei, les hommes d’Église vilipendaient : la Fraternité n’avait pas à exiger de parler d’égal à égal. Cette récalcitrante devait se plier, voire se courber, pire… elle devait ramper. Il lui fallait se contenter d’une régularisation qui était à portée de main. Tout dépendait d’elle. Déjà les Cassandre décrétaient des jours de deuil face à des supérieurs que l’on disait aveuglés et déconnectés, devant des prêtres et des fidèles auquel on brandissait toujours le mot magique pour faire peur : « schisme » !
Pourtant, le 21 janvier, une bombe a touché l’Église romaine. En acceptant de lever l’excommunication touchant les quatre évêques de la Fraternité, le pape Benoît XVI subissait de plein fouet une campagne de dénigrement sans précédent menée de main de maître par le journalisme le plus rouge épaulé par quelques prélats non moins empourprés. Ce faisant, il tirait toutes les ficelles du monde catholique qui se trouvait davantage altéré en trois longs mois qu’au cours des vingt précédentes années. Le temps s’est curieusement accéléré à Rome. On attendit deux ans la libération de la messe traditionnelle, une année la levée des excommunications, six mois l’ouverture des discussions doctrinales.
Dès lors, ce qui s’avérait hier impossible aux yeux d’un grand nombre, devint soudain souhaitable et judicieux pour la plupart d’entre eux. Des discussions jugées hier saugrenues et déplacées constituaient aux yeux des médias comme des prélats la clef pour ouvrir la porte du dénouement de la crise. Désormais, celui qui était appelé un an auparavant le « flic helvétique » recevait chez lui les journalistes du catholicisme bien-pensant et était dépeint comme un chef diplomate, mesuré et habité par le sens de l’Église.
Au-dessus de la mêlée, le vicaire du Christ continuait son plan comme un joueur d’échec poursuit résolument et patiemment sa partie. En débutant son pontificat, il indiquait qu’il était impossible de déconnecter le Magistère du reste de la Tradition et il affirma quelques semaines plus tard que le second concile du Vatican, pourtant vieux de plus de quarante ans, n’avait pas encore été compris et que sa réception restait à faire. Jamais pourtant, si l’on met de côté quelques exceptions, le pape n’a encore apporté cette grille de lecture si nécessaire pour comprendre les textes conciliaires.
Ce « jamais » prend cependant fin à l’automne 2009. Le 26 octobre dernier, le pape a ouvert des pourparlers qui ont pour but de donner une interprétation droite et justifiée du Concile. Le communiqué de la salle de presse du Saint-Siège empêche de s’y tromper. Tous les thèmes évoqués par le Père Lombardi, son porte-parole, sont ni plus ni moins les grands sujets de Vatican II. C’est bien à une relecture de ce concile que l’on va procéder. Et à ce grand chantier de la réinterprétation et du raccrochage à la Tradition où les notae previae vont sans doute se multiplier comme des étais ou des arcs-boutants, le pape a décidé – chose inouïe – de confier la moitié des avis à … des prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X !
Mais les discussions doctrinales, si elles semblent confinées dans quelque salle – aussi prestigieuse soit-elle – du Palais du Saint-Office, ont en réalité lieu partout dans l’Église, dans les colonnes des journaux, même sur internet, sur les blogs et les forums. C’est la face cachée – et pourtant la plus visible – des discussions doctrinales qui réorientent toute la catholicité vers ce qu’avance la Fraternité, c’est-à-dire la théologie telle qu’elle a été pensée jusqu’à l’introduction d’une nouvelle ligne dans l’Église.
Les esprits prennent conscience que le Souverain Pontife a fait de la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre, plus qu’une société à régulariser, une instance qui a son mot à dire dans la réinterprétation du Concile. Dès lors, on discute, on parlemente. En regardant le passé, on parvient à dépasser Vatican II. Le prêtre italien Giovanni Scalese faisait part de ses attentes :
« Il s'agit plutôt d'un problème de clarté. Une clarté que Mgr Fellay et les lefebvristes ne sont pas les seuls à attendre, mais dont toute l'Église ressent un urgent besoin. »
En faisant une certaine introspection, on parvient à considérer le chaos dans lequel est plongé l’Église. En jugeant sa formation, on perçoit les erreurs qui s’y sont accumulés. À cet égard, les récents propos de Mgr Patrick Chauvet, sont assez symptomatiques. Sur les antennes de Radio Notre-Dame il y a trois jours, le vicaire général de l'archidiocèse de Paris n’hésitait pas à critiquer les errements théologiques de son séminaire :
« Je ne peux pas mettre une croix sur deux mille ans de Christianisme » dit-en en poursuivant : « La question du vocabulaire ! J’ai été formé comme cela. On nous a seriné : la notion de nature, d’essence, de personne, tout cela bouge, ça n’existe plus. Oui, mais le problème, c’est que les conciles ont parlé du Christ avec la notion de personne et de deux natures. Je veux bien qu’on change, mais si on change les mots, il faut qu’il y ait le même contenu derrière chaque mot. Quand on me dit sur l’Eucharistie, le mot de transsubstantiation, ça n’existe plus, personne ne comprend plus rien sur la substance, alors on dit « transignification ». Moi je ne peux pas accepter ce mot comme théologien car « transignification » ne veut pas dire transsubstantiation. Donc là il va y avoir des dialogues. Alors qu’il y ait une recherche théologique, après tout, c’est normal, mais cette recherche théologique ne doit pas troubler la foi des fidèles. Que, entre eux, ils réfléchissent, mais au moment où on proclame quelque chose, il faut que ce soit pour les fidèles, vraiment, une bande théologique pour avancer vers le salut. »
Était-il possible d’entendre ces aveux il y a tout juste un an, il y a tout juste six mois ? Pouvait-on entendre cette critique feutrée de l’esprit conciliaire avant l’été ? Nous sommes arrivés au cœur du problème doctrinal, créant une onde de choc rendue impossible si on s’était contentée de régler des normalisations canoniques pour telle ou telle société religieuse.
Bien entendu, les Cassandre d’hier n’ont pas totalement disparu et ceux qui ne juraient que par les accords pratiques ne veulent pas croire dans le succès de ce projet de restauration. Il leur manque, semble-t-il, cette pincée de surnaturel qui change la face de la terre.
« Sine tuo nomine, nihil est in homine, nihil est in innoxium », dit la séquence au Saint Esprit : « Sans ton secours, il n’y a rien dans l’homme, rien qui soit innocent. »
En 2000, lorsque l’abbé Paul Aulagnier a rencontré à Campos le cardinal Castrillón Hoyos, ce dernier lui a indiqué que la demande de la libération de la messe était inaccessible. Pourtant, le 7 juillet 2007 a existé. Les champs de l’Église ne sont pas des cuisines électorales. Si l’on y cueille des fruits divins, c’est parce que les âmes ont cru et se sont unies au sacrifice du Christ qui répand des grâces insondables. Le Veni Sancte Spiritus continue ainsi :
« Flecte quod est rigidum, fove quod est frigidum, rege quod est devium – Rendez souple ce qui est inflexible, réchauffez ce qui est glacé, redressez ce qui est dévié. »
N’est-ce pas ce en quoi croient aujourd’hui le pape Benoît XVI et Mgr Bernard Fellay, deux hommes qui passent plus de temps devant le tabernacle que dans les journaux ? Ennemond , In Christus Imperat du 1er novembre 2009 "
3. N'y a-t-il pas là une petite contradiction, ou, en tout cas, une petite difficulté, au sein même de la FSSPX, une difficulté dont les origines sont amplement antérieures au revirement romain de juin 2012 ?
Merci beaucoup pour toute explication, et bien sûr bonne journée.
Scrutator.
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