S'il y avait bien continuité entre l'avant et l'après V II... par Scrutator Sapientiæ 2013-02-09 23:28:40 |
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Bonsoir et merci, jejomau.
1. S'il y avait bien continuité, non marginale, ni négligeable, mais centrale, entre le Magistère antérieur au Concile et le Magistère postérieur au Concile, il y aurait probablement davantage de références explicites aux textes des Conciles antérieurs à Vatican II et aux textes des Papes antérieurs à Jean XXIII, dans les exhortations apostoliques et lettres encycliques, qui n'ont pas manqué, depuis le début des années 1960.
2. Il y a ainsi un test que toute personne disposant d'une documentation un tant soit peu consistante peut faire, en relevant le nombre de citations des Conciles et des Papes antérieurs à Jean XXIII et à Vatican II, notamment chez Paul VI et chez Jean-Paul II : la continuité magistérielle, ne serait-ce que sous l'angle, si j'ose dire, de la continuité documentaire, se constate, ou pas, mais ne s'auto-décrète pas, ou ne s'auto-proclame pas.
3. Notamment sous un angle quantitatif, il n'est donc peut-être pas totalement impossible de penser et de dire qu'il y a eu, dans cet ordre d'idées, à la fois
- survalorisation des documents du Concile et de l'après-Concile,
et
- sous-valorisation des documents des Conciles antérieurs.
4. Cela amène à penser,
- ou bien que le fond de ce qui a été précisé ou rappelé, pour aller vite, de Trente à Pie XII, est considéré comme n'ayant plus à être précisé ni rappelé, dans d'assez nombreux domaines,
- ou bien que la forme qui a été utilisée hier, dorénavant (jugée) inadaptée, a laissé la place à une autre forme, différente, mais respectueuse, à tout le moins en filigrane, du fond,
- ou bien qu'il y eu à la fois un dépassement dialectique et un effet d'éviction :
a) un dépassement dialectique, en ce que V II ne contredit pas formellement l'avant V II, mais le dépasse dialectiquement,
b) un effet d'éviction, en ce que la forme nouvelle s'est substituée au fond qui lui était antérieur, et fait office, dans les faits, de nouveau fond, porteur d'une relative autonomie thématique, par rapport à ce fond antérieur.
5. A mes yeux, la clef de compréhension de toute cette affaire, c'est la véritable signification de l'expression : Concile pastoral : un Concile pastoral, dans le cas de Vatican II,
- ce n'est pas un Concile qui se propose d'aller à la rencontre des besoins surnaturels des brebis,
mais
- c'est un Concile qui se propose d'aller à la rencontre des désirs relationnels des pasteurs.
6. En ce sens, si la marque de fabrique du tridentinisme est le controversisme, la marque de fabrique du pastoralisme est le consensualisme, facteur d'auto-censure magistérielle, au sein et à la tête de l'Eglise, sur tous les sujets, sur tous les thèmes, qui ne peuvent être abordés d'une manière consensuelle que si leur fondement ou leur contenu est désactivé ou dénaturé, dévitalisé, édulcoré, euphémisé.
7. Pour cette raison, nous sommes bien plus en présence d'une praxis langagière que d'une doxa formellement hérétique, cette praxis étant porteuse d'un risque de déficit d'expression chrétienne, à chaque fois qu'elle s'adresse à des croyants non chrétiens, comme si la caritas veritatis, en matière religieuse, consistait, non à dire la vérité, à savoir que le seul vrai Dieu est Père, Fils, Esprit, mais à la taire.
8. Le scandale absolu, je termine là-dessus, n'est pas le "errare humanum est" des années 1960, mais réside dans le "perseverare diabolicum" des décennies qui ont suivi, le long de la ligne consensualiste, pastoraliste, de l'accompagnement humanisateur, par l'Eglise, des hommes et du monde d'aujourd'hui.
Et c'est cette ligne, me semble-t-il, qui commence à être à bout de souffle, aujourd'hui.
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.
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