Homélie sur l'Evangile de St Jean par St Jean Chrysostome par ami de la Miséricorde 2012-12-27 11:22:26 |
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HOMÉLIE LXXII de Saint Jean Chrysostome
Sur l’Evangile de Saint Jean
Il se présente ici une question digne de notre attention et de nos recherches; pourquoi, tous étant dans l'inquiétude et dans la crainte, et le chef lui-même dans le trouble et dans la terreur, Jean, comme s'il eût été dans la joie, se couche sur le sein de Jésus, et non-seulement il s'y repose, mais aussi il y laisse tomber sa tête; et ce n'est point là seulement la question qui est digne de nos recherches, mais encore ce qui suit. Quoi? Ce que Jean dit de lui-même : « Le disciple que Jésus aimait». Pourquoi aucun autre n'a parlé de lui en ces termes? Et d'ailleurs les autres aussi étaient aimés? Mais celui-ci l'était plus que tous les autres. Que si nul autre n'a parlé de lui en ces termes, et si Jean lui-même est le seul qui l'ait fait, il n'est rien en cela qui nous doive surprendre. Saint Paul, dans l'occasion, en a usé de même, il a dit : « Je connais un homme, « qui fut ravi il y a quatorze ans ». (II Cor. XXII, 2.) Et encore le saint Apôtre a raconté beaucoup de choses qui ne lui font pas médiocrement honneur.
Jean entend cette parole : « Suivez-moi » (Matth. IV, 21) ; sur-le-champ il quitte ses filets et son père, et il suit : croyez-vous que ce soit là peu de chose ? Et que Jésus l'ait pris avec Pierre, et l'ait mené à l'écart sur une montagne (Id. XVII-1); selon vous, est-ce là peu de chose? Et encore qu'il soit entré avec son Maître dans la maison du grand prêtre (1)? Mais Jean lui-même, quel éloge n'a-t-il pas fait de Pierre ? Il n'a point passé sous silence ces paroles de Jésus-Christ: « Pierre, m'aimez-vous plus que ne font ceux-ci ? » (Jean, XXI, 15.) Partout il le représente vif et bouillant, et sincèrement attaché à son Maître. Au reste, c'est par un grand amour pour Jean que Pierre fit cette demande : « Et celui-ci, Seigneur, que deviendra-t-il ? » (Jean, XXI, 21.)
Nul autre n'a parlé de Jean de la sorte, et Jean lui-même ne l'aurait point fait si l'occasion présente ne l'y eût engagé. Si, après avoir rapporté que Pierre avait fait signe à Jean de demander « qui était le traître », il n'eût rien ajouté, sûrement il nous aurait jeté dans l'inquiétude et dans le doute, et nous aurait mis dans la nécessité d'en chercher la raison; voilà pourquoi il l'apporte lui-même, en disant : « Il se reposa sur le sein de Jésus».
Lorsque vous entendez que Jean était couché sur le sein de Jésus, et qu'il était si familier avec son Maître, croyez-vous avoir appris peu de chose? Mais si vous demandez ce qui lui procurait cet honneur et cet avantage, je vous dirai que c'est l'amour que Jésus avait pour lui ; c'est pourquoi il dit : « Celui que Jésus aimait ». Pour moi, je pense que Jean eut un autre sujet de faire cette question, et que c'était pour se montrer innocent du crime dont le Maître accusait l'un d'entre eux. Voilà pourquoi il interroge hardiment et avec confiance ; et en effet, pour quelle autre raison ne fait-il cette demande que lorsque le chef des Apôtres lui fait signe? C'est afin que vous ne croyiez pas que Pierre s'adresse préférablement à lui, comme étant plus grand que les autres, aussi Jean déclare que c'est à cause que Jésus l'aimait beaucoup.
Pourquoi Jean se reposa-t-il sur le sein de Jésus-Christ? C'est parce qu'en général les disciples n'avaient pas encore une digne opinion de lui, et à l'égard de Jean, il soulageait par là son affliction. Il y a toute apparence qu'ils avaient tous le visage fort triste; car si leur âme était pleine de trouble et de tristesse, leur visage sans doute l'était beaucoup plus encore. Jésus-Christ les console donc et par ses paroles, et par la réponse qu'il fait à cette demande, et il invite Jean à reposer sa tête sur son sein. Mais remarquez que cet évangéliste est très-éloigné du faste et de l'ostentation; il ne se nomme pas, mais il dit : « Celui que Jésus aimait ». De même que fait saint Paul, lorsqu'il dit : « Je connais un homme qui fut ravi il y a quatorze ans ».
Voici enfin la première fois que Jésus désigne ouvertement le traître, sans toutefois le nommer. Comment? En disant: « C'est celui à qui je présenterai du pain que je vais tremper ». Cela même est un reproche de la perfidie de Judas, traître envers celui dont il partageait la table et le pain. Que ce repas, pris en commun, n'ait pas eu le pouvoir de le retenir, je le passe; mais quel homme n'aurait pas été fléchi par ce morceau de pain présenté de la main d'un tel Maître? Eh bien! son coeur n'en est point attendri. Voilà pourquoi Satan entra aussitôt dans lui, se riant, se jouant de son impudence. Tant qu'il a été du nombre et dans la société des apôtres, Satan n'a osé entrer en lui, et il s'est contenté de l'attaquer du dehors. Mais aussitôt que Jésus-Christ l'a fait connaître et l'a exclu du sacré collège, le démon s'est librement jeté sur lui, et s'en est mis en possession. Judas étant si méchant et si incorrigible, il ne convenait pas qu'il demeurât davantage dans la maison de son Maître. Voilà pourquoi Jésus le chassa; Satan s'empare alors de ce membre retranché, et le traître quittant les Apôtres, sortit de nuit. Jésus lui dit : « Mon ami, faites au plus tôt ce que vous faites; mais nul de ceux qui étaient à, table ne comprit cela ».
2. Quelle insensibilité ! Comment ne s'est-il pas laissé fléchir, et n'a-t-il pas été couvert de honte et de confusion ? comment est-il devenu plus hardi et plus impudent? comment est-il sorti? Au reste, cette parole de Jésus : « Faites au plus tôt » , n'est point un ordre ni un conseil; c'est un reproche, c'est une marque du désir qu'il a que ce malheureux change et se convertisse; mais son coeur s'étant endurci, le Seigneur l'a abandonné. « Mais », dit l'évangéliste, « nul de ceux qui étaient à table n'a compris cela ». Sur quoi on peut agiter une grande question : comment les disciples ayant demandé : « Qui est-ce? » Et Jésus ayant répondu : « C'est celui à qui je donnerai le morceau de pain trempé », ils ne comprirent pas encore pourquoi leur Maître avait dit cela. Peut-être répondit-il si bas que personne ne l'entendit. Jean ayant sa tête inclinée sur le sein de son Maître, lui parla peut-être à l'oreille, en sorte que le traître ne fut point découvert peut-être Jésus répondit de manière qu'il ne se fit point entendre. Et alors, malgré ces paroles significatives de Jésus : « Mon ami, faites au plus tôt ce que vous faites », ils ne comprirent point ce qu'il voulait dire.
Jésus-Christ parlait de la sorte, pour faire voir que ce qu'il avait dit aux Juifs sur sa mort, était véritable, savoir : « J'ai le pouvoir de quitter la vie, et j'ai le pouvoir de la reprendre; et personne ne me la ravit». (Jean, X, 18.) Donc, tant que Jésus-Christ a voulu conserver la vie, personne n'a pu la lui ravir; mais lorsqu'il a permis qu'on la lui ôtât, alors il a été facile de la lui ôter. C'est aussi pour insinuer toutes ces choses qu'il a dit : « Faites au plus tôt ce que vous faites ». Et à ces paroles, les disciples ne connurent point encore le traître; ils l'auraient peut-être mis en pièces, s'ils l'avaient connu; peut-être Pierre l'aurait tué. Voilà pourquoi nul de ceux qui étaient à table ne comprit ce que Jésus avait dit. Quoi ! Jean ne le comprit pas? Non, Jean ne le comprit pas lui-même; il ne put penser qu'un disciple fût capable d'une si grande méchanceté et d'une si noire perfidie. Comme ils étaient bien éloignés de se porter à un si grand crime, ils ne pouvaient soupçonner que d'autres en fussent capables. Comme aussi le Maître leur avait dit auparavant : « Je ne dis pas ceci de vous tous », et n'avait jamais dénoncé le coupable; maintenant, de même, ils ont cru qu'il parlait de quelqu'un d’autre.
« Il était nuit », dit l'évangéliste, « lorsque Judas sortit ». Pourquoi me marquez-vous la nuit? C'est afin que vous connaissiez la hardiesse et l'effronterie de cet homme, dont le temps même de la nuit n'a pu arrêter la violence. Mais cette circonstance ne le fit point connaître encore. Les disciples donc, saisis de crainte et d'une grande frayeur, étaient dans le trouble, et ils n'avaient point compris le vrai sens de ces paroles : mais « ils pensaient que Jésus avait dit cela à Judas, afin qu'il donnât quelque chose aux pauvres ». Car le divin Sauveur avait grand soin des pauvres, pour nous apprendre à montrer un grand zèle pour le même objet. Et ils avaient raison de penser de la sorte, puisque Judas avait la bourse.
Mais, dira quelqu'un : nulle part il n'est dit qu'on ait donné de l'argent à Jésus-Christ. Seulement l'évangéliste rapporte que des femmes qui lui étaient attachées, et qui le suivaient pour écouter sa doctrine, fournissaient de leurs biens de quoi subvenir à sa nourriture et à ses besoins; mais il ne laisse nullement penser qu’on ne lui ait jamais donné de l'argent. Pourquoi donc celui qui défend à ses disciples de ne porter avec eux dans leurs voyages, ni sac, ni argent, ni bâton, faisait-il lui-même porter une bourse pour le service des pauvres ? C'est pour vous apprendre que celui même qui n'a rien et qui porte sa croix, doit sur toutes choses avoir un grand soin d'assister les pauvres. Car le Seigneur faisait bien des choses uniquement pour notre instruction.
Les disciples crurent donc que Jésus avait dit cela à Judas, afin qu'il donnât quelque argent aux pauvres. Et néanmoins que le Sauveur ait patienté jusqu'au dernier jour, et qu'il n'ait pas voulu le diffamer, ni le faire connaître jusqu'à ce moment, ce traître n'en a point été touché ni amolli. Nous devons imiter, mes frères, cette douceur et cette charité : quelque grands et énormes que soient les péchés de nos frères, nous ne devons pas les divulguer. Encore plus tard, notre divin Maître donna un baiser à Judas, lorsque celui-ci venait pour le trahir, lorsqu'il se présentait à lui pour commettre l'action la plus noire et la plus horrible; lorsqu'il venait le prendre pour le livrer à la croix et à la mort la plus ignominieuse ; c'est alors même qu'il lui donne de nouveaux témoignages de sa bonté et de sa Miséricorde*. Et il appelle cela gloire, pour nous apprendre que ce qui paraît le plus honteux et le plus ignominieux, nous illustre et nous couvre de gloire, lorsque c'est pour Dieu que nous le faisons.
Source : abbaye-saint-benoit.ch
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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