Tout restaurer dans le Christ : les radio-messages de Noel de Pie XII. par Scrutator Sapientiæ 2012-12-26 06:54:43 |
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Bonjour et Joyeux Noel à tous.
Voici, pour se souvenir, mais aussi face à l'avenir.
1. Radiomessage de Pie XII, Noël 1942
" NOËL ET L'HUMANITÉ SOUFFRANTE
C'est toujours avec une fraîcheur nouvelle de joie et de piété, chers fils de l'univers entier, que chaque année, au retour de Noël, de la crèche de Bethléem résonne à l'oreille des chrétiens, prolongeant doucement son écho dans leurs coeurs, le message de Jésus, lumière brillant au milieu des ténèbres. Ce message éclaire de la splendeur des vérités célestes un monde plongé dans la nuit de tragiques erreurs ; il infuse une joie débordante et confiante à une humanité accablée de l'angoisse d'une profonde et amère tristesse ; il annonce la liberté aux fils d'Adam engagés dans les chaînes du péché et du crime ; il promet miséricorde, amour et paix aux masses innombrables de ceux qui souffrent et qui sont dans la tribulation, qui pleurent sur leur félicité perdue, sur leurs énergies brisées dans la tourmente des luttes et des haines de nos jours orageux.
Les cloches sacrées, porteuses de ce message à tous les continents, ne rappellent pas seulement le don divin fait à l'humanité à l'aurore de l'ère chrétienne ; elles annoncent et proclament aussi une consolante réalité présente, une réalité toujours aussi éternellement jeune qu'elle est toujours vivante et vivifiante ; la réalité de la « véritable lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » et qui ne connaît pas de déclin. Le Verbe éternel, Voie, Vérité et Vie, naissant dans la misère d'une grotte et, par là, ennoblissant et sanctifiant la pauvreté, préludait ainsi à sa mission d'enseignement, de salut, de rédemption du genre humain ; il prononçait et consacrait une parole qui est encore aujourd'hui la parole de vie éternelle, capable de résoudre les problèmes les plus angoissants, jamais résolus et toujours insolubles pour qui les aborde avec des vues et des moyens éphémères et purement humains, problèmes pourtant qui se posent sanglants et exigent impérieusement une réponse qui satisfasse la pensée et les sentiments d'une humanité aigrie et exarcerbée.
Le misereor super turbam est pour Nous un mot d'ordre sacré, inviolable, qui vaut et qui stimule en tout temps, dans toutes les situations humaines, tout comme il était la devise de Jésus. Et l'Eglise se renierait elle-même, elle cesserait d'être mère si elle demeurait sourde au cri d'angoisse que ses enfants de toutes les classes de l'humanité font monter à ses oreilles. Elle n'entend point prendre parti pour l'une ou l'autre des formes particulières et concrètes par lesquelles les divers peuples ou Etats tendent à résoudre les problèmes gigantesques de leur organisation intérieure comme de la collaboration internationale, si ces solutions respectent la loi divine. Mais, d'autre part, « colonne et base de la vérité » (r Tim., 3, 15), gardienne par volonté de Dieu et par mandat du Christ de l'ordre naturel et surnaturel, l'Eglise ne peut pas renoncer à proclamer devant ses enfants et à la face du monde entier, les lois fondamentales inviolables, à les protéger contre toute déformation, contre toute obscurité, contre toute corruption, contre toute erreur ou contre toute fausse interprétation, d'autant plus que c'est de leur observation, et non pas seulement de l'effort d'une volonté noble et généreuse que dépend en fin de compte la solidité de tout nouvel ordre national et international réclamé par les voeux ardents de tous les peuples. De ces peuples, Nous connaissons les qualités de courage et de sacrifice, mais aussi leurs angoisses et leurs douleurs, et à tous, sans aucune exception, en ces heures d'inexprimables épreuves et conflits, Nous Nous sentons attaché par les liens d'un amour profond, impartial, indéfectible et par l'immense désir de leur apporter tous les soulagements, tous les secours qui, de quelque manière, sont en Notre pouvoir.
RELATIONS INTERNATIONALES ET ORDRE INTÉRIEUR DES NATIONS
Notre dernier message de Noël exposait les principes suggérés par la pensée chrétienne pour l'établissement d'un ordre de vie commune et de collaboration internationale conforme aux lois divines. Aujourd'hui, assuré de l'accord et de l'intérêt de tous les gens de bien, Nous voulons Nous arrêter avec une attention toute particulière et une égale impartialité sur les règles fondamentales de l'ordre intérieur des Etats et des peuples. Relations internationales et ordre intérieur sont intimement liés, l'équilibre et l'harmonie entre nations dépendant de l'équilibre intérieur et de la maturité intérieure de chaque Etat dans le domaine matériel, social et intellectuel. De fait, il est impossible d'établir un front de paix vers l'extérieur solide et assuré, à moins qu'un front de paix à l'intérieur n'inspire confiance. Seule donc l'aspiration à une paix intégrale dans les deux ordres réussira à libérer les peuples de l'affreux cauchemar de la guerre, à atténuer ou à enrayer progressivement les causes matérielles et psychologiques de nouvelles ruptures d'équilibre et de nouveaux bouleversements.
LES DEUX ÉLÉMENTS DE LA PAIX SOCIALE
Toute communauté sociale digne de ce nom tire son origine d'une volonté de paix et tend en retour à la paix, à cette « tranquille vie dans l'ordre », dans laquelle saint Thomas faisant écho à la parole connue de saint Augustin, voit l'essence même de la paix. Deux éléments primordiaux régissent donc la vie sociale : communauté dans l'ordre, communauté dans la tranquillité.
1° COMMUNAUTÉ DANS L'ORDRE
L'ordre, base de la vie sociale entre les hommes, c'est-à-dire entre des êtres intelligents et moraux tendant à atteindre un but en harmonie avec leur nature, n'est pas une simple juxtaposition de parties numériquement diverses ; il est plutôt et il doit être une tendance vers la réalisation toujours plus parfaite d'une unité interne, qui n'exclut pas les différences fondées sur la réalité et sanctionnées par la volonté du Créateur ou par des lois surnaturelles.
Une claire intelligence des bases normales de toute vie sociale est d'une importance capitale, aujourd'hui plus que jamais, alors que l'humanité empoisonnée par le virus d'erreurs ou de perversions sociales, tourmentée par la fièvre de désirs, de doctrines, de tendances divergents, se débat avec angoisse dans le désordre qu'elle-même a créé et ressent les effets de la force destructrice d'idées sociales erronées, qui laissent de côté les lois de Dieu ou sont en opposition avec elles. Et comme le désordre ne peut être vaincu que par un ordre qui ne soit pas simplement imposé et factice (tout comme l'obscurité qui, avec l'abattement et la peur qu'elle engendre, ne peut être chassée que par la lumière et non par la lueur de feux follets) ; le salut, la restauration et une amélioration progressive ne peuvent s'attendre et ne peuvent naître que d'un retour de groupements larges et influents à de justes conceptions sociales ; retour qui requiert à la fois une grâce extraordinaire de Dieu et une volonté inébranlable, disposée et prête au sacrifice, de la part d'esprits honnêtes et clairvoyants. De ces groupements plus influents et plus ouverts, capables de saisir et d'apprécier la séduisante beauté de justes lois sociales, passera et pénétrera ensuite dans les foules la conviction de l'origine véritable, divine et spirituelle, de la vie sociale, ouvrant ainsi la voie au renouveau, au progrès, à l'affermissement de ces conceptions morales, sans lesquelles les plus orgueilleuses réalisations ne représenteront qu'une tour de Babel dont les habitants, bien qu'enfermés dans une enceinte commune, parlent des langues diverses et opposées.
Dieu, cause première et ultime fondement de la vie individuelle et sociale.
De la vie individuelle et sociale, il convient de monter à Dieu, cause première et dernier fondement, en tant que Créateur de la première société conjugale, source de la société familiale, de la société des peuples et des nations. Reflétant bien qu'imparfaitement son modèle, Dieu un en trois personnes, qui, par le mystère de l'Incarnation, a racheté et exalté la nature humaine, la vie sociale, dans son idéal et dans sa fin, possède, à la lumière de la raison et de la Révélation, une autorité morale et un caractère absolu qui domine toutes les vicissitudes des temps ; elle est une force d'attraction qui, loin d'être mortifiée et amoindrie par les déceptions, les erreurs et les échecs, pousse irrésistiblement les esprits les plus nobles et les plus fidèles au Seigneur, à reprendre avec une énergie retrempée, avec de nouvelles connaissances, avec de nouvelles études et d'autres moyens et méthodes, ce qui, en d'autres temps et en d'autres circonstances, avait été vainement tenté.
Développement et perfectionnement de la personne humaine.
L'origine et le but essentiel de la vie sociale doit être la conservation, le développement et le perfectionnement de la personne humaine qu'elle aide à mettre correctement en oeuvre les règles et les valeurs de la religion et de la culture, assignées par le Créateur à chaque homme et à toute l'humanité, soit dans son ensemble, soit dans ses ramifications naturelles.
Toute doctrine ou toute construction sociale qui exclut cet aspect intérieur, l'essentielle connexion avec Dieu de tout ce qui regarde l'homme ou qui seulement la néglige, fait fausse route, et, tout en construisant d'une main, prépare de l'autre les moyens qui, tôt ou tard, saperont et détruiront l'ouvrage. Quand, au mépris des égards dus à la personne et à la vie qui lui est propre, elle ne lui réserve aucune place dans son organisation, dans son activité législative et exécutive, loin de servir la société, elle la lèse ; loin de promouvoir et d'informer la pensée sociale, d'en réaliser les attentes et les espérances, elle lui ôte toute valeur intrinsèque en l'exploitant comme une rhétorique utilitaire, qui, dans des milieux de plus en plus nombreux, ne rencontre qu'une énergique et franche réprobation.
Si la vie sociale comporte l'unité intérieure, elle n'exclut pas pour autant les différences qui résultent de la réalité et de la nature. Mais lorsqu'on s'attache avec fermeté au suprême Régulateur de tout ce qui regarde l'homme, Dieu, les ressemblances aussi bien que les différences entre les hommes trouvent leur place convenable dans l'ordre absolu de l'être, des valeurs, et aussi, par suite, de la moralité. Qu'au contraire, soit ébranlé ce fondement, aussitôt s'ouvre un dangereux fossé entre les divers domaines de la culture et se manifestent une incertitude et une fragilité des contours, des limites et des valeurs, en sorte que seuls les facteurs purement extérieurs et souvent aussi des instincts aveugles en viennent à dicter, suivant la tendance dominante du moment, laquelle des directions opposées doit l'emporter.
A la funeste économie des décennies passées, durant lesquelles toute vie civile se trouvait subordonnée à l'appât du gain, succède maintenant une conception non moins nuisible qui, regardant tout, choses et personnes, sous l'aspect politique exclut toute considération morale et religieuse. Altération et fourvoiement fatals, gros de conséquences imprévisibles pour la vie sociale qui n'est jamais plus voisine de la ruine de ses plus nobles prérogatives qu'au moment où elle s'imagine pouvoir renier ou oublier impunément l'éternelle source de sa dignité : Dieu.
La raison, éclairée par la foi, assigne dans l'organisation sociale une place déterminée et honorable à chaque individu comme à chaque société particulière. Elle sait, pour ne parler que du point le plus important, que toute l'activité politique et économique de l'Etat est ordonnée à la réalisation durable du bien commun, c'est-à-dire de ces conditions extérieures nécessaires à l'ensemble des citoyens pour le développement de leurs qualités, de leurs fonctions, de leur vie matérielle, intellectuelle et religieuse. Et cela, parce que, d'une part, les forces et les énergies de la famille et des autres organismes à qui revient une naturelle primauté, sont, à elles seules, insuffisantes, et parce que, d'autre part, la volonté salvifique de Dieu n'a pas déterminé au sein de l'Eglise une autre société universelle au service de la personne humaine et de la réalisation de ses fins religieuses.
Dans une conception sociale, pénétrée et confirmée par la pensée religieuse, l'activité de l'économie et de toutes les autres branches de la culture forme un universel et très noble foyer d'activité très riche pour sa variété cohérente dans son harmonie, où l'égalité intellectuelle des hommes et la diversité de leurs fonctions obtiennent leur droit et trouvent leur adéquate expression. Dans le cas contraire, on déprécie le travail, on humilie l'ouvrier.
Le statut juridique de la société et ses fins.
Pour que la vie sociale, telle qu'elle est voulue par Dieu, atteigne son but, il est essentiel qu'un ordre juridique lui serve d'appui extérieur, de refuge et de protection. Le rôle de cet ordre n'est pas de dominer, mais de servir, de tendre à développer et à fortifier la vitalité de la société dans la riche multiplicité de ses objectifs, en dirigeant vers leur perfection toutes les énergies particulières en un pacifique concours et en les défendant par tous les moyens appropriés et honnêtes contre tout ce qui pourrait porter préjudice à leur plein épanouissement. Un tel ordre, pour garantir l'équilibre, la sécurité, l'harmonie de la société, possède aussi un pouvoir de coercition contre ceux qui ne peuvent être maintenus que par cette voie dans la noble discipline de la vie sociale. Mais, précisément, dans le juste exercice de ce droit, une autorité vraiment digne de tel nom ne pourra pas ne pas sentir une anxieuse responsabilité en face de l'éternel Juge au tribunal duquel toute sentence inique, et spécialement tout renversement des règles voulues par Dieu, recevra infailliblement sa sanction et sa condamnation.
Les lois ultimes, profondes, lapidaires et fondamentales de la société ne peuvent être entamées par une intervention de l'esprit humain. On pourra les nier, les ignorer, les dédaigner, les violer, mais jamais les abroger avec une efficacité juridique. Sans doute, avec le temps qui passe, les conditions de vie changent aussi. Mais il ne peut jamais y avoir de lacune absolue, jamais de solution de continuité totale entre le droit d'hier et celui d'aujourd'hui, entre l'expiration des anciens pouvoirs et constitutions et l'apparition d'ordres nouveaux. De toute manière, à travers tous les changements et toutes les transformations, la fin de toute vie sociale reste identique, sacrée, obligatoire : le développement des valeurs personnelles de l'homme qui est image de Dieu. Et l'obligation demeure pour chaque membre de la famille humaine de réaliser ses fins immuables, quels que soient le législateur et l'autorité à qui il est soumis. Par conséquent, demeure aussi pour toujours sans qu'aucune opposition puisse l'abolir, le droit inaliénable de l'homme, qu'amis et ennemis doivent reconnaître, à un ordre et à une pratique juridiques, dont le devoir essentiel est de servir le bien commun.
L'ordre juridique a, de plus, la haute et difficile tâche d'assurer la concorde, soit entre les individus, soit entre les sociétés, soit également à l'intérieur de celles-ci. Le résultat sera atteint si les législateurs s'abstiennent de suivre ces théories et ces pratiques dangereuses, néfastes à la communauté et à sa cohésion, qui tirent leur origine et leur diffusion de toute une série de postulats erronés. Au nombre de ces derniers, il faut compter le positivisme juridique, qui attribue une trompeuse majesté à l'émanation de lois purement humaines et fraye la voie à une funeste dissociation de la loi d'avec la moralité ; en outre, la conception qui revendique pour certaines nations ou classes, l'instinct juridique comme impératif souverain et comme règle sans appel ; enfin, ces théories variées qui, différentes entre elles et dérivant d'idéologies contradictoires, s'accordent pourtant à considérer l'Etat ou un groupe qui le représente comme une entité absolue et suprême, au-dessus de tout contrôle et de toute critique, alors même que ses postulats théoriques et pratiques conduisent d'une manière choquante à la négation formelle des données essentielles de la conscience humaine et chrétienne.
Si l'on considère d'un regard clair et pénétrant la connexion vitale entre l'ordre social normal et l'ordre juridique véritable, si l'on ne perd pas de vue que l'unité interne avec sa variété de formes dépend de la prédominance de forces spirituelles, du respect de la dignité humaine en soi-même et dans les autres, de l'amour pour la société et pour les fins que Dieu lui a marquées, on ne peut pas s'étonner des tristes effets de ces conceptions juridiques qui, abandonnant la voie royale de la vérité, s'aventurent sur le terrain mouvant des postulats matérialistes ; mais on se rendra compte de l'urgente nécessité d'un retour à une conception spirituelle et morale, sérieuse et profonde, réchauffée à la chaleur d'une vraie humanité, illuminée à la splendeur de la foi chrétienne, qui fait voir dans l'ordre juridique un reflet extérieur de l'ordre social voulu de Dieu, un fruit lumineux de l'esprit humain, lui aussi image de l'esprit de Dieu.
Sur cette conception organique, la seule vitale, dans laquelle fleurissent en harmonie la plus noble humanité et le plus pur esprit chrétien, est gravée la maxime de l'Ecriture mise en lumière par le grand saint Thomas d'Aquin : Opus iustitiae pax, qui s'applique aussi bien au côté intérieur qu'au côté extérieur de la vie sociale.
Elle n'admet ni l'opposition ni l'alternative : l'amour ou le droit, mais la synthèse féconde : l'amour et le droit.
Dans l'un et dans l'autre élément, double irradiation d'un même esprit de Dieu, résident le programme et le cachet de la dignité de l'esprit humain ; l'un et l'autre s'intègrent mutuellement, coopèrent, s'animent, se soutiennent, se donnent la main dans la voie de la concorde et de la pacification ; le droit fraye la route à l'amour, l'amour tempère le droit et le sublime. Ensemble, ils font monter la vie humaine dans cette atmosphère sociale où nonobstant les déficiences, les obstacles et les duretés de cette terre, une communauté fraternelle de vie devient possible. Laissez, au contraire, l'esprit mauvais des idées matérialistes dominer, l'appétit du pouvoir et de la domination saisir dans ses mains brutales les rênes des événements, alors vous verrez apparaître chaque jour davantage les effets dissolvants, disparaître l'amour et la justice ; triste présage de catastrophes prêtes à fondre sur une société apostate de Dieu.
2° COMMUNAUTÉ DANS LA TRANQUILLITÉ
Le second élément fondamental de la paix, où tend comme instinctivement toute société humaine, c'est la tranquillité. O bienheureuse tranquillité ! tu n'as rien de commun avec l'attachement dur et obstiné, tenace et puérilement entêté dans ce qui est ; ni avec le refus, enfant de la paresse et de l'égoïsme, qui rechigne à appliquer l'esprit aux problèmes et aux questions que l'évolution des temps et le cours des générations avec leurs besoins et leur progrès font mûrir et tirent avec soi comme d'inéluctables nécessités du présent. Mais pour un chrétien, conscient de sa responsabilité même envers le plus petit de ses frères, il n'y a pas de tranquillité paresseuse ni de fuite, mais la lutte, l'action contre toute inaction, contre toute désertion dans la grande bataille spirituelle dont l'enjeu est l'édification, ou mieux, l'âme même de la société future.
Harmonie entre la tranquillité et l'activité.
Tranquillité, au sens où l'entend saint Thomas, et ardeur au travail, loin de s'opposer, se joignent plutôt harmonieusement aux yeux de quiconque est convaincu de la beauté et de la nécessité d'une base spirituelle de la société et de la noblesse de son idéal. Or, c'est à vous, jeunes gens, à vous qui, volontiers, tournez le dos au passé et fixez vers l'avenir vos yeux brillants d'aspirations et d'espérances, c'est à vous, jeunes gens, que, poussé par Notre grand amour et Notre sollicitude paternelle, Nous disons : l'exubérance et l'audace, à elles seules, ne suffisent pas si elles ne sont mises, comme il faut, au service du bien et d'un drapeau sans tache.
Vaines sont l'agitation, la fatigue, l'inquiétude, qui ne se reposent pas en Dieu et dans sa loi éternelle. Il faut que vous soyez animés par la volonté de combattre pour la vérité et de lui consacrer vos sympathies et vos énergies, vos aspirations et vos sacrifices ; de combattre pour les droits éternels de Dieu, pour la dignité de la personne humaine et pour la réalisation de ses fins. Là où des hommes mûrs et des jeunes gens, toujours ancrés dans l'océan de la tranquillité éternellement vivante de Dieu, coordonnent les diversités de leurs tempéraments et de leurs activités dans un véritable esprit chrétien, là où s'accouplent l'élément moteur et l'élément modérateur la différence naturelle entre les générations ne deviendra jamais un danger, mais elle conduira, au contraire, vigoureusement à la réalisation des lois éternelles de Dieu dans le cours changeant des temps et des conditions de vie.
Le monde ouvrier.
Dans un domaine particulier de la vie sociale où, durant un siècle, ont surgi des mouvements et d'âpres conflits, règne aujourd'hui le calme, du moins en apparence : dans le monde vaste et toujours grandissant du travail, dans l'immense armée des ouvriers, des salariés, des serviteurs. Si l'on considère le présent avec ses nécessités de guerre comme une donnée de fait, on pourra regarder ce calme comme une exigence nécessaire et fondée. Mais si l'on regarde la situation actuelle du point de vue de la justice d'un mouvement ouvrier légitime et ordonné, alors la tranquillité ne sera jamais qu'apparente tant que le but ne sera pas atteint.
Toujours guidée par des motifs religieux, l'Eglise a condamné les divers systèmes du socialisme marxiste et elle les condamne encore aujourd'hui, conformément à son devoir et à son droit permanent de mettre les hommes à l'abri de courants et d'influences qui mettent en péril leur salut éternel. Mais l'Eglise ne peut pas ignorer ou ne pas voir que l'ouvrier, dans son effort pour améliorer sa situation, se heurte à tout un système qui, loin d'être conforme à la nature, est en opposition avec l'ordre de Dieu et avec la fin qu'il a assignée aux biens terrestres. Si fausses, si condamnables, si dangereuses qu'aient été et que soient les voies qu'on a suivies ; qui, et surtout quel prêtre, quel chrétien pourrait demeurer sourd au cri qui monte d'en bas et réclame, dans le monde d'un Dieu juste, justice et esprit de fraternité ? Le silence serait coupable et inexcusable devant Dieu, contraire à la doctrine éclairée de l'apôtre qui, tout en prêchant la fermeté contre l'erreur, sait en même temps qu'il faut montrer beaucoup de délicatesse envers les égarés, aller à eux le coeur ouvert pour comprendre leurs aspirations, leurs espérances, leurs raisons.
Dieu, en bénissant nos premiers parents, leur dit : « Croissez, multipliez-vous et remplissez la terre et soumettez-la » (Gn 1,28). Et au premier chef de famille il a dit ensuite : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » (Gn 3,19). La dignité de la personne humaine suppose donc normalement, comme fondement naturel pour vivre, le droit à l'usage des biens de la terre ; à ce droit correspond l'obligation fondamentale d'accorder une propriété privée autant que possible à tous. Les règles juridiques positives qui règlent la propriété privée peuvent changer et en restreindre plus ou moins l'usage ; mais si elles veulent contribuer à la pacification de la communauté, elles devront empêcher que l'ouvrier, père ou futur père de famille, soit condamné à une dépendance et à une servitude économique, inconciliable avec ses droits de personne humaine.
Que cette servitude dérive de l'omnipotence du capital privé ou du pouvoir de l'Etat, l'effet est le même. Bien plus, sous la pression d'un Etat qui domine tout et qui règle toute la sphère de la vie publique et privée, qui pénètre jusque dans le domaine des idées, des convictions et de la conscience, ce défaut de liberté peut avoir des conséquences plus graves encore, comme l'expérience le montre et en témoigne.
CINQ POINTS FONDAMENTAUX POUR L'ORDRE ET LA PACIFICATION DE LA SOCIÉTÉ HUMAINE
Quiconque examine à la lumière de la raison et de la foi les fondements et les fins de la vie sociale, tels que Nous les avons brièvement exposés, et les contemple dans leur pureté, dans leur élévation morale comme dans les fruits bienfaisants qu'ils portent dans tous les domaines ne peut pas manquer d'être convaincu de la puissance de ces principes d'ordre et de pacification que des énergies tendues vers de grands idéals et résolues à affronter les obstacles pourraient offrir, disons mieux, pourraient restituer à un monde entièrement désaxé, une fois abattues les barricades intellectuelles et juridiques dressées par les préjugés, les erreurs, l'indifférence, par un long travail de laïcisation de la pensée, du sentiment et de l'action, qui a ravi et soustrait la cité terrestre à la lumière et à la force de la cité de Dieu.
Aujourd'hui plus que jamais sonne l'heure de la réparation, l'heure de secouer la conscience du monde de la lourde torpeur dans laquelle le virus des idées fausses largement répandues l'a plongée ; d'autant plus qu'à cette heure de faillite matérielle et morale, la connaissance de la fragilité et de l'inconsistance de tout ordre purement humain en est venue à dessiller les yeux de ceux-là mêmes qui, aux jours apparemment heureux, ne sentaient pas en eux, ni dans la société, le manque de contact avec l'Eternel et ne le regardaient pas comme un vice essentiel de leurs constructions.
Ce qui apparaissait clairement au chrétien qui, profondément croyant, souffrait de l'ignorance des autres, le fracas de l'épouvantable catastrophe du bouleversement actuel, qui revêt la terrible solennité d'un jugement universel et qui frappe jusqu'aux oreilles des plus tièdes, des plus indifférents, des plus étourdis, nous le met sous les yeux avec un éclat éblouissant. Vérité à coup sûr antique, qui se manifeste tragiquement sous des formes toujours nouvelles et retentit de siècle en siècle, de peuple en peuple, par la voix du prophète : Omnes qui te derelinquunt, confundentur : recedentes a te in terra scribentur : quoniam dereliquerunt venam aquarum viventium, Dominum, « tous ceux qui t'abandonnent seront confondus ! Ceux qui se détournent de toi seront inscrits sur la terre, car ils ont abandonné la source des eaux vives, le Seigneur » (Jr 17,13).
Le devoir de l'heure présente n'est pas de gémir, mais d'agir. Pas de gémissements sur ce qui est ou ce qui fut ; mais reconstruction de ce qui se dressera et doit se dresser pour le bien de la société. Aux membres les meilleurs de l'élite de la chrétienté, vibrants d'un enthousiasme de Croisés, il appartient de se grouper dans l'esprit de vérité, de justice et d'amour, au cri de : Dieu le veut ! Prêts à servir et à se sacrifier comme les anciens Croisés. Il s'agissait alors de délivrer la terre sanctifiée par la vie du Verbe de Dieu incarné, il s'agit aujourd'hui, si Nous pouvons Nous exprimer ainsi, d'une nouvelle traversée, bravant la mer des erreurs du jour et du temps pour délivrer la terre sainte des âmes qui est destinée à être le soutien et le fondement des normes et des lois immuables pour des constructions sociales d'une solide consistance interne.
En vue d'une fin si haute, de la crèche du Prince de la paix, avec la confiance que sa grâce se répande dans tous les coeurs, Nous Nous adressons à vous, chers fils, qui reconnaissez et adorez dans le Christ votre Sauveur, Nous Nous adressons à tous ceux qui Nous sont unis au moins par le lien spirituel de la foi en Dieu, à tous ceux enfin qui aspirent à se libérer des doutes et des erreurs et qui désirent ardemment une lumière et un guide. Nous vous exhortons avec toute l'insistance suppliante d'un coeur paternel, non seulement à comprendre intimement l'angoissante gravité de l'heure présente, mais aussi à en méditer les possibles aurores bienfaisantes et surnaturelles, à vous unir pour travailler tous ensemble au renouvellement de la société en esprit et en vérité.
Le but essentiel de cette croisade nécessaire et sainte est que l'étoile de la paix, l'étoile de Bethléem, se lève de nouveau sur toute l'humanité dans son brillant éclat, dans son pacifiant réconfort, promesse et présage d'un avenir meilleur, plus fécond et plus heureux.
Il est vrai que le chemin qui va de la nuit â un matin radieux sera long ; mais les premiers pas sont décisifs sur le sentier dont les cinq premières bornes milliaires portent, gravées par un stylet de bronze, les maximes suivantes :
1° Dignité et droits de la personne humaine.
Qui veut que l'étoile de la paix se lève et se repose sur la société concourt pour sa part à rendre à la personne humaine la dignité qui lui a été conférée par Dieu dès l'origine ;
qu'il s'oppose à l'excessif rassemblement des hommes à la façon d'une masse sans âme, à leur instabilité économique, sociale, politique, intellectuelle et morale, à leur manque de principes fermes et de fortes convictions, à la surabondance d'excitations instinctives et sensibles et à leur versatilité ;
qu'il favorise par tous les moyens licites et dans tous les domaines de la vie, les formes sociales qui rendent possible et qui garantissent une pleine responsabilité personnelle, aussi bien dans l'ordre terrestre que dans l'ordre éternel ;
qu'il promeuve le respect et l'exercice pratique des droits fondamentaux de la personne, à savoir : le droit à maintenir et à développer la vie corporelle, intellectuelle et morale, en particulier le •droit à une formation et à une éducation religieuses ; le droit au culte de Dieu, privé et public, y compris l'action charitable religieuse ; le droit, en principe, au mariage et à l'obtention de sa fin ; le droit à la société conjugale et domestique ; le droit au travail comme moyen indispensable à l'entretien de la vie familiale ; le droit au libre choix d'un état de vie, et donc aussi de l'état sacerdotal et religieux ; le droit à l'usage des biens matériels dans la conscience des devoirs propres et des limitations aussi sociales.
2° Défense de l'unité sociale et en particulier de la famille.
Qui veut que l'étoile de la paix se lève et se repose sur la société rejette toute forme de matérialisme qui ne voit dans le peuple qu'un troupeau d'individus séparés et sans cohésion interne, considérés comme matière à posséder et à gouverner ;
qu'il cherche à comprendre la société comme une unité interne, grandie et mûrie sous la conduite de la Providence, unité qui, dans les limites à elle assignées et suivant ses caractères particuliers, tend, grâce à la collaboration des diverses classes et professions, aux éternels et toujours nouveaux objectifs de la culture et de la religion ;
qu'il défende l'indissolubilité du mariage, qu'il procure à la famille, cellule irremplaçable du peuple, espace, lumière, repos, afin qu'elle puisse remplir sa mission de transmettre une nouvelle vie et d'élever les enfants dans un esprit conforme à ses convictions religieuses personnelles et vraies, qu'il conserve, renforce ou reconstitue, dans la mesure de ses forces, sa propre unité économique, spirituelle, morale et juridique ; qu'il prenne soin de faire participer aussi les domestiques aux avantages matériels et spirituels de la famille, qu'il pense à procurer à chaque famille un foyer où la vie familiale, matériellement et spirituellement saine, réussisse à se manifester dans sa vigueur et dans sa valeur, qu'il veille à ce que les lieux du travail et les habitations ne soient pas tellement distants que le chef de famille, éducateur des enfants, en vienne à se trouver presque étranger à sa propre maison, qu'il veille par-dessus tout à faire renaître entre l'école publique et la famille ce lien de confiance et d'aide mutuelle qui a porté, en d'autres temps, de si heureux fruits et qui se trouve aujourd'hui remplacé par la défiance là où l'école, sous l'influence ou sous la pression de l'esprit matérialiste, empoisonne et détruit ce que les parents avaient mis au coeur des enfants.
3° Dignité et prérogatives du travail.
Qui veut que l'étoile de la paix se lève et se repose sur la société donne au travail la place que Dieu lui a marquée dès l'origine. Comme moyen indispensable de possession du monde, que Dieu a voulu pour sa gloire, tout travail possède une dignité inaliénable et, en même temps, un lien étroit avec le perfectionnement personnel ; noble dignité et prérogative du travail, que ne déprime ni la peine ni le fardeau qu'il faut accepter comme conséquence du péché originel, en esprit d'obéissance et de soumission à la volonté de Dieu.
Qui connaît les grandes encycliques de Nos prédécesseurs et Nos précédents messages sait que l'Eglise n'hésite pas à tirer les conclusions pratiques qui dérivent de la noblesse morale du travail et à les appuyer de tout le poids de son autorité. Ces exigences comprennent, outre un juste salaire suffisant aux nécessités de l'ouvrier et de sa famille, la conservation et le perfectionnement d'un ordre social qui rende possible et assurée, si modeste qu'elle soit, une propriété privée à toutes les classes de la société, qui favorise une formation supérieure pour les enfants des classes ouvrières spécialement doués d'intelligence et de bonne volonté, qui encourage le zèle et l'exercice pratique de l'esprit social dans le voisinage, dans le village, dans la province, dans le peuple et dans la nation, qui, atténuant les heurts d'intérêts et de classes, ôte aux ouvriers l'impression d'être tenus à l'écart et leur procure l'expérience réconfortante d'une solidarité véritablement humaine et chrétiennement fraternelle.
Le progrès et le degré des réformes sociales de première urgence dépendent de la puissance économique de chaque nation. Seul un intelligent et généreux échange des forces entre puissants et faibles permettra d'accomplir une pacification universelle qui ne laisse pas couver les foyers d'incendie et d'infection, d'où puissent surgir de nouvelles calamités.
Des signes évidents donnent à penser que dans cette fermentation de tous les préjugés et ces sentiments de haine, inévitable mais douloureux fruit de cette psychose aiguë de guerre, la conscience n'est pas éteinte au sein des peuples de leur intime et réciproque dépendance pour le bien comme pour le mal, et même qu'elle est devenue plus vive et plus active. N'est-il pas vrai que des penseurs profonds voient de plus en plus clairement, dans le renoncement à l'égoïsme et à l'isolement national, le chemin du salut commun, et se montrent disposés à demander à leurs peuples une lourde part des sacrifices nécessaires à la pacification sociale dans d'autres peuples ? Puisse Notre message de Noël, qui s'adresse à toutes les bonnes volontés, à tous les coeurs généreux, encourager et grossir les troupes de la croisade sociale parmi toutes les nations ! Veuille Dieu donner à leurs pacifiques drapeaux la victoire que mérite leur noble entreprise.
4° Reconstitution de l'ordre juridique.
Qui veut que l'étoile de la paix se lève et se repose sur la vie sociale collabore à une reconstitution profonde de l'ordre juridique.
Le sens juridique d'aujourd'hui est souvent altéré et vicié par la proclamation et par la pratique d'un positivisme et d'un utilitarisme partisans et inféodés au service de certains groupes, classes et mouvements, dont les programmes tracent et prescrivent la voie à la législation et à la jurisprudence.
L'assainissement de cette situation peut être obtenu dès que se réveille la conscience d'un ordre juridique reposant sur le souverain 'domaine de Dieu et défendue contre tout arbitraire humain, conscience d'un ordre dont le bras protecteur et justicier s'étend aussi sur les droits imprescriptibles de l'homme et les protège contre les attaques de tout pouvoir humain.
De l'ordre juridique voulu par Dieu découle l'inaliénable droit de l'homme à la sécurité juridique et, par le fait même, à une sphère concrète de droit, défendue contre toute attaque arbitraire.
Les rapports de l'homme avec l'homme, de l'individu avec la société et l'autorité, ses devoirs civiques, les rapports de la société et de l'autorité avec les particuliers doivent être appuyés sur un fondement juridique clair et protégés au besoin par l'autorité judiciaire.
Ce qui suppose :
a) un tribunal et un juge qui prennent leurs directives dans un droit clairement formulé et délimité ;
b) des normes juridiques claires qui ne puissent être éludées par des appels abusifs à un prétendu sentiment populaire ou par de pures raisons d'utilité ;
c) la reconnaissance de ce principe que l'Etat lui-même, les fonctionnaires et les organisations qui relèvent de lui, sont tenus à la réparation et au retrait des mesures préjudiciables à la liberté, à la propriété, à l'honneur, au progrès et à la santé des particuliers.
5° Conception chrétienne de l'Etat.
Qui veut que l'étoile de la paix se lève et se repose sur la société humaine collabore à l'éveil d'une conception et d'une pratique de l'Etat fondées sur une discipline rationnelle, sur un sens humain élevé, sur la conscience chrétienne de la responsabilité ;
qu'il aide à ramener l'Etat et sa puissance au service de la société, au respect absolu de la personne humaine et de son activité pour l'obtention de ses fins éternelles ;
qu'il s'efforce et s'emploie à dissiper les erreurs qui tendent à détourner l'Etat et son pouvoir du sentier de la morale et à le dégager du lien éminemment moral qui les relie à la vie individuelle et sociale et à leur faire renier ou pratiquement ignorer sa relation essentielle de dépendance à l'égard du Créateur ;
qu'il promeuve la reconnaissance et la propagation de la vérité, qui enseigne que, même dans l'ordre temporel, le sens profond, l'ultime règle morale et la légitimité universelle du regnare consiste à servir.
CONSIDÉRATIONS SUR LA GUERRE MONDIALE ET SUR LE RENOUVELLEMENT DE LA SOCIÉTÉ
Chers fils ! Dieu veuille qu'en cet instant où Notre voix parvient à votre oreille, votre coeur soit profondément touché et ému de la gravité profonde, de l'ardente sollicitude, de l'insistance suppliante avec lesquelles Nous vous inculquons ces pensées qui veulent être un appel à la conscience universelle, un cri de ralliement pour tous ceux qui entendent peser et mesurer la grandeur de leur mission et de leur responsabilité à l'ampleur de l'universelle désolation.
Une grande partie de l'humanité, et, Nous ne craignons pas de le déclarer, un grand nombre même de ceux qui se disent chrétiens, partagent en quelque façon leur part de la responsabilité collective du développement des erreurs, des maux et du manque d'élévation morale de la société actuelle.
Cette guerre mondiale, avec tout ce qui s'y rattache, qu'il s'agisse de ses causes lointaines ou proches, ou de son déroulement et de ses effets matériels, juridiques et moraux, que signifie-t-elle d'autre que la faillite inattendue peut-être des esprits superficiels, mais prévue et redoutée par tous ceux dont le regard pénétrait à fond un ordre social qui, derrière un décor trompeur ou sous un masque de formules conventionnelles, cachait sa faiblesse fatale et son instinct effréné de lucre et de puissance ?
Tout ce qui en temps de paix demeurait comprimé a éclaté dès le déchaînement de la guerre en une lamentable série d'actes en opposition avec l'esprit humain et l'esprit chrétien. Les conventions internationales, dont l'objet était de rendre la guerre moins inhumaine en la limitant aux combattants, de déterminer les lois de l'occupation et de la captivité des vaincus, sont, en maints endroits, restées lettre morte ; et qui peut prévoir la fin de cette progressive aggravation ?
Les peuples veulent-ils donc demeurer témoins inactifs d'un si désastreux progrès ? Ou ne faut-il pas plutôt que, sur les ruines d'un ordre public qui a donné les preuves si tragiques de son incapacité à procurer le bien du peuple, s'unissent tous les coeurs droits et magnanimes dans le voeu solennel de ne s'accorder aucun repos jusqu'à ce que, dans tous les peuples et toutes les nations de la terre, devienne légion la troupe de ceux qui, décidés à ramener la société à l'inébranlable centre de gravitation de la loi divine aspirent à se dévouer au service de la personne humaine et de la communauté ennoblie par Dieu ?
Ce voeu, l'humanité le doit aux innombrables morts tombés sur les champs de bataille ; le sacrifice de leur vie dans l'accomplissement de leur devoir est l'holocauste offert pour un nouvel ordre social meilleur.
Ce voeu, l'humanité le doit à la multitude infinie et douloureuse de mères, de veuves, d'orphelins, qui se sont vu arracher la lumière, la force et le soutien de leur vie.
Ce voeu, l'humanité le doit aux innombrables exilés que l'ouragan de la guerre a transplantés hors de leur patrie et dispersés en terre étrangère et qui pourraient faire leur la plainte du prophète : Hereditas nostra versa est ad alienos, domus nostrae ad extraneos, « notre héritage a passé à des étrangers, nos maisons à des inconnus » (Lm 5,2).
Ce voeu, l'humanité le doit aux centaines de milliers de personnes, qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive.
Ce voeu, l'humanité le doit aux milliers et milliers de non-combattants, femmes, enfants, infirmes, vieillards, auxquels la guerre aérienne — dont Nous avons déjà depuis le début dénoncé maintes fois les horreurs — a, sans discernement ou sans y regarder d'assez près, enlevé la vie, les biens, la santé, les maisons, les asiles de la charité et de la prière.
Ce voeu, l'humanité le doit au fleuve de larmes et d'amertumes, à l'accumulation de douleurs et de tourments causés par la ruine meurtrière de l'horrible conflit qui crient vers le ciel, implorant le Saint-Esprit de venir délivrer le monde du débordement de la violence et de la terreur.
INVOCATION AU RÉDEMPTEUR DU MONDE
Où pourriez-vous donc déposer ce voeu pour la restauration de la société avec plus de tranquille et de confiante assurance et avec une foi plus efficace, qu'aux pieds du « Désiré de toutes les nations » couché devant nous en sa crèche, avec tout le charme de sa douce humanité de petit enfant et, en même temps, avec tout l'émouvant attrait de sa mission rédemptrice qui commence ? En quel lieu cette noble et sainte croisade pour la purification et le renouvellement de la société pourrait-elle trouver sa plus expressive consécration et son stimulant le plus efficace, sinon à Bethléem où, dans l'adorable mystère de l'Incarnation, se révéla le nouvel Adam, aux sources de vérité et de grâce de qui de toutes manières l'humanité doit venir chercher l'eau salutaire si elle ne veut pas périr dans le désert de cette vie ? De plenitudine eius nos omnes accepimus, « nous avons tous reçu du débordement de sa plénitude» (Jn 1,16). Sa plénitude de vérité et de grâce, aujourd'hui comme depuis vingt siècles, déborde sur le monde avec une force qui n'est pas diminuée ; sa lumière est plus puissante que les ténèbres, le rayon de son amour plus fort que le glacial égoïsme qui empêche tant d'hommes de grandir et de faire dominer ce qu'il y a de meilleur en eux. Vous, Croisés volontaires d'une nouvelle et noble société, levez le nouveau labarum de la régénération morale et chrétienne, déclarez la guerre aux ténèbres d'un monde séparé de Dieu, à la froideur de la discorde entre frères, déclarez la guerre au nom d'une humanité gravement malade et qu'il faut guérir au nom d'une conscience chrétienne rehaussée.
Que Notre bénédiction, Nos souhaits paternels et Nos encouragements accompagnent votre généreuse entreprise et demeurent sur tous ceux qui ne reculent pas devant de durs sacrifices qui sont armes plus puissantes que le fer contre le mal dont souffre la société ! Que sur votre croisade pour un idéal social, humain et chrétien, resplendisse, consolatrice et entraînante, l'étoile qui brille sur la grotte de Bethléem, astre augurai et immortel de l'ère chrétienne ! A sa vue, tous les coeurs fidèles ont puisé, puisent et puiseront la force : Si consistant adversum me castra, in hoc ego sperabo, « quand toutes les armées se dresseraient contre moi, j'espérerai en lui » (Ps 26,3). Là où resplendit l'étoile, là est le Christ : Ipso ducente, non errabimus ; per ipsum ad ipsum eamus, ut cum nato hodie puero in perpetuum gaudeamus, « sous sa conduite, nous ne nous égarerons pas ; par lui, allons à lui pour nous réjouir éternellement avec l'Enfant né aujourd'hui ». " Pie XII, le 24 décembre 1942.
2. Radiomessage de Pie XII, Noël 1944
1. Benignitas et humanitas apparuit Salvatoris nostri Dei, « Dieu notre Sauveur a fait paraître sa bonté et son amour pour les hommes » (Tt 3,4). Pour la sixième fois déjà depuis le début de cette horrible guerre, la liturgie sainte de Noël salue de ces paroles, qui respirent une paix sereine, la venue parmi nous du Dieu Sauveur. L’humble et pauvre crèche de Bethléem attire de toutes parts, avec une force inexprimable, la pensée de tous les croyants.
2. Au fond des cœurs enveloppés de ténèbres, affligés, abattus, descend, pour les envahir en entier, un grand torrent de lumière et de joie. Les fronts abaissés se relèvent sereins, car Noël est la fête de la dignité humaine, la fête de « l’admirable échange par lequel le Créateur du genre humain, en prenant un corps vivant, a daigné naître de la Vierge, et par sa venue nous a dispensé sa divinité » (Ant. 1 in 1 Vesp. in Circumc. Dom.).
3. Mais notre regard se porte spontanément de l’Enfant lumineux de la crèche sur le monde qui nous entoure, et le soupir douloureux de l’évangéliste saint Jean monte à nos lèvres : Lux in tenebris lucet et tenebrae eam non comprehenderunt, « la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas accueillie » (Jn 1,5).
4. Car, hélas ! pour la sixième fois encore, l’aube de Noël se lève sur des champs de bataille toujours plus vastes, sur des cimetières où s’accumulent toujours plus nombreuses les dépouilles des victimes, sur des terres désertes où quelques rares tours vacillantes marquent dans leur silencieuse tristesse les ruines de villes naguère florissantes et prospères, où des cloches tombées ou enlevées ne réveillent plus les habitants de leur chant joyeux de Noël. Ce sont autant de témoins muets qui dénoncent cette tache dans l’histoire de l’humanité qui, volontairement aveugle devant la clarté de Celui qui est la splendeur et la lumière du Père, volontairement éloignée du Christ, est descendue et tombée dans la ruine et dans l’abdication de sa propre dignité. La petite lampe elle-même s’est éteinte dans beaucoup d’églises majestueuses, d’ans beaucoup de modestes chapelles, où, près du tabernacle, elle avait partagé les veilles de l’Hôte divin sur le monde endormi. Quelle désolation ! Quel contraste ! N’y aurait-il donc plus espoir pour l’humanité ?
Aurore d’espérance.
5. Béni soit le Seigneur ! Des lugubres gémissements de la douleur, du sein même de l’angoisse déchirante des individus et des pays opprimés, se lève une aurore d’espérance. Dans une partie toujours croissante de nobles esprits surgissent une pensée, une volonté de plus en plus claire et ferme : faire de cette guerre mondiale, de cet universel bouleversement, le point de départ d’une ère nouvelle pour le renouvellement profond, la réorganisation totale du monde. A cet effet, tandis que les armées continuent à s’épuiser en luttes meurtrières avec des moyens de combat toujours plus cruels, les hommes de gouvernement, représentants responsables des nations, se réunissent pour des conversations, pour des conférences afin de déterminer les droits et les devoirs fondamentaux sur lesquels devrait être reconstruite une communauté des Etats, de tracer le chemin vers un avenir meilleur, plus sûr, plus digne de l’humanité.
6. Antithèse étrange que cette coïncidence d’une guerre dont l’âpreté tend au paroxysme et du remarquable progrès des aspirations et des projets vers une entente pour une paix solide et durable ! On peut bien sans cloute discuter la valeur, l’applicabilité, l’efficacité de tel ou tel projet, le jugement à porter sur eux peut bien rester en suspens ; mais il n’en est pas moins vrai que le mouvement est en cours.
Le problème de la démocratie.
7. En outre — et ceci est peut-être le point le plus important — à la lueur sinistre de la guerre qui les enveloppe, dans la chaleur cuisante de la fournaise où ils se trouvent emprisonnés, les peuples se sont comme réveillés d’une longue torpeur. Ils ont pris en face de l’Etat, en face des gouvernants, une attitude nouvelle, interrogative, critique, "défiante. Instruits par une amère expérience, ils s’opposent avec plus de véhémence aux monopoles d’un pouvoir dictatorial, incontrôlable et intangible, et ils réclament un système de gouvernement qui soit plus compatible avec la dignité et la liberté des citoyens.
8. Ces multitudes inquiètes, bouleversées par la guerre jusqu’en leurs assises les plus profondes, ont acquis aujourd’hui l’intime persuasion — auparavant peut-être vague et confuse, mais désormais incoercible — que, si la possibilité de contrôler et de corriger l’activité des pouvoirs publics n’avait pas fait défaut, le monde n’aurait pas été entraîné dans le tourbillon désastreux de la guerre, et qu’afin d’éviter à l’avenir qu’une pareille catastrophe se répète il faut créer dans le peuple lui-même des garanties efficaces.
9. Dans cet état d’esprit, faut-il s’étonner que la tendance démocratique envahisse les peuples et obtienne largement le suffrage et le consentement de ceux qui aspirent à collaborer plus efficacement aux destinées des individus et de la société ?
10. Il est à peine nécessaire de rappeler que, selon l’enseignement de l’Eglise, « il n’est pas défendu de préférer des gouvernements modérés de forme populaire, pourvu que reste sauve la doctrine catholique sur l’origine et l’exercice du pouvoir public », et que « l’Eglise ne réprouve aucune des formes variées de gouvernement, pourvu qu’elles soient aptes en elles-mêmes à procurer le bien des citoyens » (Léon XIII Encycl. « Libertas », 20 juin 1888, in fin).
11. Si donc, en cette solennité qui commémore à la fois la bonté du Verbe incarné et la dignité de l’homme (dignité entendue non seulement sous l’aspect de la personne, mais aussi dans la vie sociale),
12. Nous portons Notre attention sur le problème de la démocratie, pour examiner selon quels principes elle doit être réglée pour pouvoir se dire une vraie et saine démocratie, répondant aux circonstances de l’heure présente, il est clairement indiqué que la sollicitude diligente de l’Eglise ne va pas tant à sa structure et à son organisation extérieure — qui dépendent des aspirations propres de chaque peuple — qu’à l’homme lui-même qui, loin d’être l’objet et comme un élément passif de la vie sociale, en est au contraire et doit en être et demeurer le sujet, le fondement et la fin.
13. Si l’on admet que la démocratie, entendue dans son sens large, admet des formes diverses, et peut se réaliser aussi bien dans des monarchies que dans des républiques, deux questions se présentent à Notre examen :
14. (1)° Quels doivent être les caractères distinctifs des hommes vivant en démocratie et sous le régime démocratique ? (2)° Quels sont les caractères distinctifs des hommes qui, dans une démocratie, détiennent le pouvoir public ?
I.) CARACTÈRES PARTICULIERS DES CITOYENS EN RÉGIME DÉMOCRATIQUE
15. Exprimer son opinion personnelle sur les devoirs et les sacrifices qui lui sont imposés ; ne pas être contraint d’obéir sans avoir été entendu, voilà deux droits du citoyen qui trouvent dans une démocratie, comme le nom l’indique, leur expression. C’est à la solidité, à l’harmonie, aux bons résultats de ce contact entre les citoyens et le gouvernement de l’Etat qu’on peut reconnaître si une démocratie est vraiment saine et équilibrée, et quelle est sa force de vie et de développement. Pour ce qui touche ensuite à l’extension et à la nature des sacrifices réclamés de tous les citoyens — en un temps comme le nôtre où l’activité de l’Etat est si vaste et si décisive — la forme démocratique du gouvernement apparaît à beaucoup comme un postulat naturel imposé par la raison elle-même. Cependant, quand on réclame « plus de démocratie et une meilleure démocratie », cette exigence ne peut avoir d’autre sens que de mettre le citoyen toujours plus en mesure d’avoir une opinion personnelle propre, de l’exprimer et de la faire valoir d’une manière conforme au bien commun.
Peuple et « masse ».
16. De là découle une première conclusion nécessaire avec sa conséquence pratique. L’Etat ne contient pas en lui-même et ne réunit pas mécaniquement dans un territoire donné une agglomération amorphe d’individus. Il est, et doit être en réalité, l’unité organique et organisatrice d’un vrai peuple.
17. Peuple et multitude amorphe, ou, comme on a coutume de dire, « masse », sont deux concepts différents. Le peuple vit et se meut par sa vie propre ; la masse est de soi inerte, et elle ne peut être mue que de l’extérieur. Le peuple vit de la plénitude de la vie des hommes qui le composent, dont chacun, à la place et de la manière qui lui sont propres, est une personne consciente de ses propres responsabilités et de ses propres convictions. La masse, au contraire, attend l’impulsion du dehors, jouet facile entre les mains de quiconque en exploite les instincts et les impressions, prompte à suivre, tour à tour, aujourd’hui tel drapeau et demain tel autre. L’exubérance vitale d’un vrai peuple répand la vie, abondante et riche, dans l’Etat et dans tous ses organes, leur infusant, avec une vigueur sans cesse renouvelée, la conscience des propres responsabilités, le sens vrai du bien commun. La force élémentaire de la masse peut n’être aussi qu’un instrument au service d’un Etat qui sait habilement en faire usage. L’Etat lui-même, aux mains d’un ou de plusieurs ambitieux, groupés artificiellement par leurs tendances égoïstes, peut, en s’appuyant sur la masse, devenir une simple machine, imposer arbitrairement sa volonté à la meilleure partie du peuple : l’intérêt commun en reste lésé gravement et pour longtemps, et la blessure ainsi faite est bien souvent difficile à guérir.
18. Il résulte clairement de là une autre conclusion : la masse, telle que Nous venons de la définir, est l’ennemie principale de la vraie démocratie et de son idéal de liberté et d’égalité.
19. Dans un peuple digne de ce nom, le citoyen a conscience de sa propre personnalité, de ses devoirs et de ses droits ; la conscience de sa propre liberté se joint au respect de la liberté et de la dignité des autres. Dans un peuple digne de ce nom, toutes les inégalités, qui dérivent non du libre caprice, mais de la nature même des choses, inégalités de culture, de richesses, de position sociale, sans préjudice, bien entendu, de la justice et de la charité mutuelle, ne sont nullement un obstacle à l’existence et à la prédominance d’un authentique esprit de communauté et de fraternité. Bien au contraire, loin de nuire aucunement à l’égalité civile, elles lui confèrent son sens légitime, à savoir que chacun a le droit, en face de l’Etat, de vivre honorablement sa propre vie personnelle, au poste et dans les conditions où l’ont placé les desseins et les dispositions de la Providence.
20. Par opposition à ce tableau de l’idéal démocratique de liberté et d’égalité dans un peuple gouverné par des mains honnêtes et prévoyantes, quel spectacle offre un Etat démocratique laissé au caprice arbitraire de la masse ! La liberté, en tant que devoir moral de la personne, se transforme en une prétention tyrannique de donner libre essor aux impulsions et aux appétits humains aux dépens d’autrui. L’égalité dégénère en un nivellement mécanique, en une uniformité sans nuance aucune : sentiment de l’honneur vrai, activité personnelle, respect de la tradition, dignité, tout ce qui, en un mot, donne à la vie sa valeur, s’effondre peu à peu et disparaît. Il y survit seulement, d’une part, les victimes trompées par la fascination apparente de la démocratie, confondue ingénuement avec l’esprit même de la démocratie, avec la liberté et l’égalité, et, d’autre part, des profiteurs plus ou moins nombreux qui ont su, grâce à la puissance de l’argent ou de l’organisation, s’assurer par-dessus les autres une condition privilégiée et le pouvoir lui-même.
II. CARACTÈRE DES HOMMES QUI DANS LA DÉMOCRATIE DÉTIENNENT LE POUVOIR PUBLIC
21. L’Etat démocratique, qu’il soit monarchique ou républicain, doit, comme n’importe quelle autre forme de gouvernement, être investi du pouvoir de commander avec une autorité vraie et effective. L’ordre absolu des êtres et des fins, qui montre dans l’homme une personne autonome, c’est-à-dire un sujet de devoirs et de droits inviolables d’où dérive et où tend sa vie sociale, comprend également l’Etat comme société nécessaire, revêtue de l’autorité sans laquelle il ne pourrait ni exister ni vivre. Si donc les hommes, en se prévalant de la liberté personnelle, niaient toute dépendance par rapport à une autorité supérieure munie du droit de coercition, ils saperaient par le fait même le fondement de leur propre dignité et liberté, c’est-à-dire cet ordre absolu des êtres et des fins.
22. Ainsi établis sur cette même base, la personne, l’Etat, le pouvoir public avec leurs droits respectifs se trouvent tellement liés et unis entre eux qu’ils se soutiennent ou s’écroulent tous ensemble.
23. Et comme cet ordre absolu, aux yeux de la saine raison et surtout de la foi chrétienne, ne peut avoir d’autre origine qu’en un Dieu personnel, notre Créateur, il suit de là que la dignité de l’homme est la dignité de l’image de Dieu, que la dignité de l’Etat est la dignité de la communauté morale voulue par Dieu, que la dignité de l’autorité politique est la dignité de sa participation à l’autorité de Dieu.
24. Aucune forme d’Etat ne saurait se dispenser d’avoir égard à cette intime et indissoluble connexion ; moins que toute autre la démocratie. Par conséquent, si celui qui détient le pouvoir public ne la voit pas, ou s’il la néglige plus ou moins, il ébranle dans ses bases sa propre autorité. De même, s’il ne tient pas suffisamment compte de cette relation, s’il ne voit pas dans sa charge la mission de réaliser l’ordre voulu par Dieu, le danger surgira que Pégoïsme du pouvoir ou des intérêts l’emporte sur les exigences essentielles de la morale politique et sociale, que les vaines apparences d’une démocratie de pure forme ne servent souvent que de masque à tout ce qu’il y a en réalité de moins démocratique.
25. Seule la claire intelligence des fins assignées par Dieu à toute société humaine, jointe au sentiment profond des sublimes devoirs de l’œuvre sociale, peut mettre ceux à qui est confié le pouvoir en mesure d’accomplir leurs propres obligations dans l’ordre législatif, judiciaire ou exécutif, avec cette conscience de leur propre responsabilité, avec cette objectivité, cette impartialité, cette loyauté, cette générosité, cette incorruptibilité, sans lesquelles un gouvernement démocratique réussirait difficilement à obtenir le respect, la confiance et l’adhésion de la meilleure partie du peuple.
26. Le sens profond des principes d’un ordre politique et social, sain et conforme aux règles du droit et de la justice, est de particulière importance chez ceux qui, dans n’importe quelle forme de régime démocratique, possèdent, complètement ou en partie, comme représentants du peuple, le pouvoir législatif. Et puisque le centre de gravité d’une démocratie normalement constituée réside dans cette représentation populaire, dont les courants politiques rayonnent dans tous les domaines de la vie publique, tant pour le bien que pour le mal, la question de l’élévation morale, de l’aptitude pratique, de la capacité intellectuelle des députés au parlement, est pour tout peuple de régime démocratique une question de vie ou de mort, de prospérité ou de décadence, d’assainissement ou de perpétuel malaise.
27. Pour accomplir une action féconde, pour se concilier l’estime et la confiance, tout corps législatif doit, comme l’attestent d’incontestables expériences, accueillir dans son sein une élite d’hommes spirituellement éminents et au caractère ferme, qui se considèrent comme les représentants du peuple tout entier et non pas comme les mandataires d’une foule, aux intérêts particuliers de laquelle sont souvent, hélas ! sacrifiés les vrais besoins et les vraies exigences du bien commun. Une élite d’hommes qui ne soit restreinte à aucune profession ni à aucune condition, mais qui soit l’image de la vie multiple de tout le peuple. Une élite d’hommes de conviction chrétienne solide, de jugement juste et sûr, de sens pratique et équitable, et qui, dans toutes les circonstances, restent conséquents avec eux-mêmes ; des hommes de doctrine claire et saine, aux desseins solides et droits ; avant tout, des hommes qui, par l’autorité qui émane de leur conscience pure et rayonne largement autour d’eux, soient capables d’être des guides et des chefs, spécialement dans les temps où les nécessités pressantes surexcitent l’impressionnabilité du peuple et le rendent plus facile à être dévoyé et à s’égarer ; des hommes qui, dans les périodes de transition, généralement travaillées et déchirées par les passions, par les divergences d’opinions et par les oppositions de programmes, se sentent doublement tenus de faire circuler dans les veines enfiévrées du peuple et de l’Etat l’antidote spirituel des vues claires, de la bonté empressée, de la justice également favorable à tous, et la tendance résolue à l’union et à la concorde nationale d’ans un esprit de sincère fraternité.
28. Les peuples dont le tempérament spirituel et moral est suffisamment sain et fécond trouvent en eux-mêmes et peuvent donner au monde les hérauts et les instruments de la démocratie, qui vivent dans ces dispositions et savent les mettre réellement en pratique. Au contraire, là où manquent ces hommes, d’autres viennent occuper leur place pour faire de l’activité politique l’arène de leur ambition, une course au gain pour eux-mêmes, pour leur caste ou pour leur classe, et c’est ainsi que la chasse aux intérêts particuliers fait perdre de vue et met en péril le vrai bien commun.
L’absolutisme d’Etat.
29. Une saine démocratie fondée sur les principes immuables de la loi naturelle et des vérités révélées sera résolument contraire à cette corruption qui attribue à la législation de l’Etat un pouvoir sans frein ni limites, et qui, malgré de vaines apparences contraires, fait aussi du régime démocratique un pur et simple système d’absolutisme.
30. L’absolutisme d’Etat (qui ne saurait se confondre, comme tel, avec la monarchie absolue, dont il n’est pas question ici) consiste en effet dans le principe erroné que l’autorité de l’Etat est illimitée, et qu’en face d’elle, même quand elle donne libre cours à ses vues despotiques en dépassant les frontières du bien et du mal, on n’admet aucun appel à une loi supérieure qui oblige moralement.
31. Un homme pénétré d’idées justes sur l’Etat, l’autorité et le pouvoir dont il est revêtu en tant que gardien de l’ordre social, ne pensera jamais à léser la majesté de la loi positive dans les limites de sa compétence naturelle. Mais cette majesté du droit positif humain n’est sans appel que s’il se conforme, ou du moins ne s’oppose pas, à l’ordre absolu établi par le Créateur et mis en une nouvelle lumière par la révélation de l’Evangile. Elle ne peut subsister qu’autant qu’elle respecte le fondement sur lequel s’appuient également la personne humaine, l’Etat et le pouvoir public. C’est là le critère fondamental de toute forme saine de gouvernement, y compris la démocratie, critère qui doit servir à juger la valeur morale de toute loi particulière.
III. NATURE ET CONDITIONS D’UNE ORGANISATION EFFICACE DE LA PAIX
L’unité du genre humain et la société des peuples.
32. Nous avons voulu, chers fils et chères filles, profiter de l’occasion de la fête de Noël pour indiquer par quels chemins une démocratie qui corresponde à la dignité humaine peut, en harmonie avec la loi naturelle et avec les desseins que Dieu manifeste dans la Révélation, parvenir à de bienfaisants résultats. Nous sentons profondément, en effet, l’importance capitale de ce problème pour le progrès pacifique de la famille humaine ; mais Nous connaissons en même temps les hautes exigences que cette forme de gouvernement impose à la maturité morale de chaque citoyen. C’est une maturité à laquelle on se flatterait en vain de pouvoir parvenir pleinement et sûrement, si la lumière de la grotte de Bethléem n’éclairait pas le sentier obscur par lequel les peuples, au sortir de la tempête présente, s’acheminent vers un avenir qu’ils espèrent plus serein.
33. Jusqu’à quel point pourtant les représentants et les pionniers de la démocratie seront-ils convaincus dans leurs délibérations que l’ordre absolu des êtres et des fins, rappelé par Nous à plusieurs reprises, implique aussi, comme exigence morale et comme couronnement du développement social, l’unité du genre humain et de la famille des peuples ? De la reconnaissance de ce principe dépend l’avenir de la paix. Aucune réforme mondiale, aucune garantie de paix ne peut en faire abstraction sans s’affaiblir et se renier elle-même. Si au contraire cette même exigence morale trouvait sa réalisation dans une société des peuples qui saurait éviter les défauts de structure et les faiblesses des solutions précédentes, alors, la majesté de cet ordre réglerait et dominerait également les délibérations de cette société et l’application de ses moyens de sanction.
34. Pour la même raison, on comprend que l’autorité d’une telle société des peuples devra être réelle et effective sur les Etats qui en sont les membres, de manière pourtant que chacun d’entre eux conserve un droit égal à sa souveraineté relative. C’est seulement de cette manière que l’esprit d’une saine démocratie pourra pénétrer également dans le domaine vaste et épineux de la politique extérieure.
Contre la guerre d’agression comme solution des controverses internationales.
35. Du reste, un devoir oblige tout le monde, un devoir qui ne souffre aucun retard, aucun délai, aucune hésitation, aucune tergiversation : celui de faire tout ce qui est possible pour proscrire et bannir une fois pour toutes la guerre d’agression comme solution légitime des controverses internationales et comme moyen de réalisation des aspirations nationales. On a vu dans le passé beaucoup de tentatives entreprises dans ce but. Toutes ont échoué. Et elles échoueront toujours toutes, aussi longtemps que la partie plus saine du genre humain ne sera pas fermement résolue et saintement obstinée, comme par un devoir de conscience, à remplir la mission que les temps passés avaient commencée sans assez de sérieux et de résolution.
36. Si jamais une génération a dû entendre s’élever au fond de la conscience le cri : « guerre à la guerre », c’est certainement la présente. Elle est passée à travers un océan de sang et de larmes, comme peut-être n’en ont jamais connu les temps passés ; elle en a vécu si intensément les indicibles atrocités que le souvenir de tant d’horreurs devra rester imprégné dans sa mémoire et jusqu’au plus profond de son âme, comme l’image d’un enfer, dont quiconque conserve au cœur des sentiments d’humanité ne pourra jamais avoir de plus ardent désir que d’en fermer les portes pour toujours.
Formation d’un organisme commun pour le maintien de la paix.
37. Les résolutions jusqu’ici connues des commissions internationales permettent de conclure qu’un point essentiel de tout aménagement futur du monde serait la formation d’un organisme chargé du maintien de la paix, d’un organisme investi d’un commun accord d’une autorité suprême et qui aurait aussi dans ses attributions d’étouffer dans son germe toute menace d’agression isolée ou collective. Personne ne pourrait saluer cette évolution avec plus de joie que celui qui a défendu depuis longtemps le principe que la théorie de la guerre, comme moyen apte et proportionné de solution pour les conflits internationaux, est désormais dépassée. Personne ne saurait souhaiter plus ardemment plein et heureux succès à cette collaboration commune, qui est à entreprendre avec un sérieux d’intention inconnu jusqu’ici, que celui qui s’est employé consciencieusement à amener la mentalité chrétienne et religieuse à réprouver la guerre moderne et ses monstrueux moyens de lutte.
38. Monstrueux moyens de lutte ! On ne saurait contester que le progrès des inventions humaines, qui devait marquer l’avènement d’un plus grand bien-être pour toute l’humanité, a été détourné de son but pour être employé à détruire ce que les siècles avaient édifié. Mais par là même s’est manifestée toujours plus évidente l’immoralité de cette guerre d’agression. Et si maintenant, à la reconnaissance de cette immoralité s’ajoute la menace d’une intervention juridique des nations et d’un châtiment infligé à l’agresseur par la société des Etats, en sorte que la guerre se sente toujours sous le coup de la proscription et toujours sous la surveillance d’une action préventive, alors, l’humanité sortant de la nuit obscure où elle est restée si longtemps submergée, pourra saluer l’aurore d’une nouvelle et meilleure époque de son histoire.
Son statut excluant toute imposition injuste.
39. A une condition toutefois : c’est que l’organisation de la paix à laquelle les garanties mutuelles et, si besoin est, les sanctions économiques et même l’intervention armée devant donner force et stabilité, ne consacre définitivement aucune injustice, ne lèse aucun droit au détriment d’aucun peuple (qu’il appartienne au groupe des vainqueurs, des vaincus ou des neutres), ne perpétue aucune imposition ou charge, en dehors de celles qui sont seules temporairement permises comme réparation des dommages de guerre.
40. Que certains peuples aux gouvernants desquels, ou peut-être aussi à eux-mêmes en partie, on attribue la responsabilité de la guerre aient à supporter durant quelque temps les rigueurs de mesures de sécurité, jusqu’au moment où les liens de confiance mutuelle violemment brisés se seront peu à peu renoués, est chose humainement explicable et, selon toute probabilité, pratiquement inévitable. Néanmoins, ces peuples devront avoir, eux aussi, l’espoir bien fondé, dans la mesure de leur loyauté et de leur coopération effective aux efforts pour la restauration future, de pouvoir devenir, tout comme les autres Etats, avec la même considération et les mêmes droits, associés à la grande communauté des nations. Leur refuser cet espoir serait le contraire d’une sagesse prévoyante, assumer la grave responsabilité de barrer le chemin à une libération générale de toutes les conséquences désastreuses, matérielles, morales et politiques du gigantesque cataclysme qui a secoué jusque dans ses dernières profondeurs la pauvre famille humaine, mais qui en même temps lui a indiqué la route vers de nouveaux buts.
Les austères leçons de la douleur.
41. Nous ne voulons pas renoncer à la confiance que les peuples, qui sont tous passés par l’école de la douleur, auront su en retenir les austères leçons. Et pour Nous confirmer dans cet espoir, Nous avons des paroles d’hommes qui ont éprouvé davantage les souffrances de la guerre et qui ont trouvé des accents généreux pour exprimer, en même temps que l’affirmation des exigences propres de sécurité contre toute future agression, leur respect des droits vitaux des autres peuples et leur aversion pour toute usurpation des mêmes droits. Il serait vain d’attendre que ce jugement sage, dicté par l’expérience de l’histoire et par un sens politique élevé, soit, dans l’effervescence actuelle des esprits, généralement accepté par l’opinion publique, ou même seulement par une majorité. La haine, l’incapacité de se comprendre réciproquement ont fait se lever entre les peuples qui ont combattu les uns contre les autres un nuage trop dense pour pouvoir espérer que l’heure soit déjà venue où un faisceau de lumière commence à éclairer le tragique panorama des deux côtés de l’obscure muraille. Mais il y a une chose que Nous savons, c’est que le moment viendra et peut-être plus tôt qu’on ne le pense, où les uns et les autres reconnaîtront que, tout considéré, il n’y a qu’un moyen de sortir du réseau embrouillé dans lequel la lutte et la haine ont enlacé le monde, c’est-à-dire le retour à une solidarité trop longtemps oubliée, à une solidarité qui ne se limite pas à tels ou tels peuples, mais qui soit universelle, fondée sur la connexion intime de leurs destinées et sur les droits qui appartiennent également à chacun d’eux.
La punition des délits.
42. Personne, certes, ne pense à désarmer la justice à l’égard de qui a profité de la guerre pour commettre des délits réels et prouvés de droit commun ; les soi-disant nécessités militaires pouvaient tout au plus y servir de prétexte ; elles ne sauraient jamais les justifier. Mais si elle prétendait juger et punir, non plus des individus, mais collectivement des communautés tout entières, qui pourrait ne pas voir dans un pareil procédé une violation des règles qui président à n’importe quel jugement humain ?
IV. L’ÉGLISE, PROTECTRICE DE LA VRAIE DIGNITÉ ET DE LA LIBERTÉ HUMAINE
43. En un temps où les peuples se trouvent en face de devoirs tels qu’ils n’en ont peut-être jamais rencontré à aucun tournant de leur histoire, ils sentent bouillonner dans leurs cœurs tourmentés le désir impatient et comme inné de prendre les rênes de leur propre destin avec plus d’autonomie que par le passé. Ils espèrent réussir ainsi plus facilement à se défendre contre les irruptions périodiques de l’esprit de violence qui, comme un torrent de lave incandescente, n’épargne rien de tout ce qui leur est cher et sacré.
44. Grâce à Dieu, on peut croire passé le temps où l’appel aux principes de la morale et de l’Evangile pour la vie des Etats et des peuples était dédaigneusement exclu comme utopique. Les événements de ces années de guerre se sont chargés de réfuter, d’une manière plus dure qu’on ne l’aurait jamais pu penser, les propagateurs de semblables doctrines. Le dédain montré par eux contre ce prétendu irréalisme s’est changé en une épouvantable réalité : brutalité, injustice, destruction, anéantissement.
45. Si l’avenir appartient à la démocratie, un rôle de premier ordre dans sa mise en œuvre devra revenir à la religion du Christ et à l’Eglise, messagère de la parole du Rédempteur et continuatrice de sa mission de salut. C’est elle, en effet, qui enseigne et qui défend la vérité ; c’est elle qui communique les forces surnaturelles de la grâce, pour réaliser l’ordre des êtres et des fins établi par Dieu, fondement dernier et règle directrice de toute démocratie.
46. Par son existence même, l’Eglise se dresse en face du monde comme un phare resplendissant qui rappelle constamment cet ordre divin. Son histoire porte le clair reflet de sa mission providentielle. Les luttes que, contrainte par l’abus de la force, elle a dû soutenir pour la défense de la liberté reçue de Dieu furent, en même temps, des luttes pour la vraie liberté de l’homme.
47. L’Eglise a la mission d’annoncer au monde, désireux de formes meilleures et plus parfaites de démocratie, le message le plus élevé et le plus nécessaire qui puisse être : la dignité de l’homme, la vocation à la filiation de Dieu. C’est le cri puissant qui, de la crèche de Bethléem, résonne jusqu’aux extrémités de la terre aux oreilles des hommes, en un temps où cette dignité est le plus douloureusement abaissée.
48. Le mystère de Noël proclame cette dignité inviolable de l’homme avec une vigueur et une autorité sans appel qui dépasse infiniment celle à laquelle pourraient parvenir toutes les déclarations possibles des droits de l’homme. Noël, la grande fête du fils de Dieu apparu dans la chair, la fête où le ciel se penche vers la terre avec une grâce et une bienveillance ineffables, Noël est aussi le jour où la chrétienté et l’humanité, devant la crèche, dans la contemplation de la benignitas et humanitas Salvatoris nostri Dei, « bonté et de l’humanité de Dieu notre Sauveur », deviennent plus intimement conscientes de l’unité étroite que Dieu a établie entre elles. Le berceau du Sauveur du monde, qui a restauré la dignité humaine dans toute sa plénitude, est le point indiqué où se peut sceller l’alliance entre tous les hommes de bonne volonté. C’est là qu’au pauvre monde déchiré par les discordes, divisé par les égoïsmes, empoisonné par les haines, la lumière sera accordée, l’amour rendu, et qu’il lui sera donné de s’acheminer, dans l’harmonie cordiale, vers le but commun, afin de trouver finalement la guérison de ses blessures dans la paix du Christ.
V. — CROISADE DE CHARITÉ
49. Nous ne voulons pas achever Notre message de Noël sans dire un mot vibrant de gratitude à tous ceux, Etats, gouvernements, évêques, peuples, qui, en ces temps d’inexprimables malheurs, Nous ont puissamment aidé à entendre le cri de douleur qui Nous parvient de tant de parties du monde et à tendre Notre main secourable à tant de fils et de filles aimés, que les vicissitudes de la guerre ont réduits à une extrême pauvreté et à la misère.
50. Il est juste de rappeler, en premier lieu, l’œuvre immense d’assistance déployée, malgré la difficulté extraordinaire des transports, par les Etats-Unis d’Amérique et, pour ce qui concerne particulièrement l’Italie, par l’excellentissime représentant personnel auprès de Nous de M. le président de cette Union.
51. Il Nous est agréable d’exprimer autant d’éloge et de reconnaissance à la générosité du chef de l’Etat, du gouvernement et du peuple espagnols, du gouvernement irlandais, de l’Argentine, de l’Australie, de la Bolivie, du Brésil, du Canada, du Chili, de l’Italie, de la Lithuanie, du Pérou, de la Pologne, de la Roumanie, de la Slovaquie, de la Hongrie et de l’Uruguay, qui ont rivalisé de nobles sentiments de fraternité et de charité, dont l’écho ne résonnera pas en vain dans le monde.
52. Tandis que les hommes de bonne volonté s’efforcent de jeter un pont spirituel pour unir les peuples, cette action pure et désintéressée revêt un aspect et une valeur de particulière importance.
53. Lorsque les dissonances de la haine et de la discorde, qui dominent l’heure présente, ne seront plus, nous le souhaitons tous, qu’un triste souvenir, on verra mûrir avec plus d’abondance encore les fruits de cette victoire de l’amour vivant et magnanime sur le poison de l’égoïsme et des inimitiés.
54. Puissent tous ceux qui ont participé à cette croisade de charité trouver un stimulant et une récompense dans Notre Bénédiction apostolique et dans la pensée qu’au jour de la fête de l’amour monte pour eux vers le ciel, du fond d’innombrables cœurs angoissés, mais non point oublieux dans leur misère, la prière de reconnaissance : « Daignez accorder, Seigneur, à tous ceux qui nous font du bien à cause de votre nom, la vie éternelle ». " Pie XII, le 24 décembre 1944.
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