Le trésors négligé de l'Eglise par Theonas 2012-12-11 11:11:22 |
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Dans leur dernière lettre, les dominicains d’Avrillé ont parfaitement défini l’esprit de combat qui anime le blog ESCHATON. « La construction de la cité terrestre est appelée le mystère d’iniquité(…) « Le mystère d’iniquité est déjà actif(…) mais quelque chose le retient »(St Paul)Qu’est-ce qui retient ce mystère d’iniquité et l’empêche de se développer ? Les Pères de l’Eglise ont pensé que c’était l’empire. Malgré ses imperfections et ses cruautés, l’empire romain respectait une certaine justice naturelle et empêchait les méchants de construire leur royaume. Quand l’empire romains s’écroula, (…)les docteurs scolastiques(…) ont pensé que ce qui retenait le mystère d’iniquité et l’empêchait de se développer, c’était la Rome spirituelle, l’influence de l’Eglise sur le monde entier.(Le culte du diable a dû alors) se retirer dans les sociétés secrètes qui ont organisé au 4e siècle la secte des manichéens, et ont continué de se propager jusqu’à notre époque. Lorsque l’influence de l’Eglise sur la société civile a commencé à diminuer, les sociétés secrètes ont pu se développer. Cette officine est la forme moderne de la cité terrestre, la cité du diable. « A notre époque, les fauteurs du mal paraissent s’être coalisés dans un immense effort, sous l’impulsion et avec l’aide d’une société répandue en un grand nombre de lieux et fortement organisée, la société des francs-maçons(Humanum Genus). La franc-maçonnerie a procédé en deux étapes : solve et coagula. Dans un premier temps elle s’est attachée à détruire les institutions chrétiennes. Soit de manière violente(….), soit de manière moins violente, mais tout aussi destructrice, par les diverses formes de socialisme et de libéralisme qui ont dissous toutes les institutions chrétiennes, dans les professions, dans les écoles, et enfin dans la famille. Mais cette première étape de destruction doit être suivie d’une deuxième, de reconstruction( coagula). C’est la fameuse « construction du Temple, qui est le but de la franc-maçonnerie. Le temple à reconstruire, c’est l’unité du genre humain. Le diable n’a jamais accepté la dispersion que Dieu a imposée aux hommes à Babel après l’édification manquée de la fameuse tour. Les francs-maçons revent de refaire cette unité de l’humanité.(…)
Face au mystère d’iniquité, s’édifie le mystère de charité. Ce mystère, c’est d’abord la sainte Trinité, la charité qui unit les personnes divines(…)Mais cette charité divine a voulu se répandre à l’extérieur . Dieu a voulu s’unir par la charité toute une cité sainte qui l’entoure(…)La charité divine se répand d’abord dans le cœur de Jésus, « fournaise ardente de charité ». Puis dans le Cœur Immaculé de Marie, parfaite reproduction du Cœur de Jésus. Enfin dans les membres du Corps mystique. A notre époque, ce mystère de charité s’est comme concentré dans le Cœur Immaculé de Marie. C’est l’essentiel du message de Fatima »
Dans cette perspective les propos que tenaient le cardinal Ratzinger dans son livre Entretien sur la foi laissent songeur. Il y déclarait notamment :« Il y a quelque chose de changé dans l’Eglise depuis les années 60, c’est-à-dire depuis le concile Vatican II.(…)Il consiste à adopter les valeurs du monde, valeurs qui viennent de deux siècles de culture libérale et qui sont désormais adoptés par l’Eglise. »
Dans son livre de théologie de référence, Les principes de la théologie catholique,jamais désavoué et réédité encore dernièrement, le cardinal Ratzinger expliquait également : «L’attachement unilatéral conditionné par la situation, aux positions prises par l’Eglise à l’initiative de Pie IX et de Pie X contre la nouvelle période de l’histoire ouverte par la révolution française, avait été dans une large mesure corrigé via facti , mais une détermination fondamentale nouvelle des rapports avec le mode tel qu’il se présentait depuis 1789 manquait encore » « En réalité, dans les pays à forte majorité catholique, régnait encore largement l’optique d’avant la révolution : presque personne ne conteste aujourd’hui que les concordats espagnol et italien cherchaient à conserver beaucoup trop de choses d’une conception du monde qui depuis longtemps ne correspondait plus aux données réelles. De même presque plus personne ne peut contester qu’à cet attachement à une conception périmée des rapports entre l’Eglise et l’Etat correspondaient des anachronismes semblables dans le domaine de l’éducation et de l’attitude à prendre à l’égard de la méthode historique moderne »
Je ne doute pas que le pape est animé de très bonnes intentions à l’égard de la Tradition et qu’il cherche à neutraliser les modernistes qui vident de tout son contenu la foi catholique. Malheureusement, je suis pour ma part convaincu que les papes depuis Vatican II ont eux-mêmes, portés par un trop grand optimisme, négligé un pan entier du combat de l’Eglise. Dans le monde que les funestes responsables des guerres mondiales avaient accouché, un monde délibérément soustrait de son orbite autour de Notre Seigneur Jésus Christ, ils n’ont plus osé prolonger le combat de l’Eglise en mettant en accusation le libéralisme, ses réseaux secrets, ses desseins sataniques. Ils ont cru pouvoir, un peu à la façon d’un Léon XIII espérant pouvoir prendre de vitesse les républicains en demandant aux catholiques de se rallier à la République, faire dévier de sa trajectoire naturelle ce monde pétris de libéralisme et d’humanisme sans Dieu en se ralliant à ses mots d’ordre : droit de l’homme, liberté religieuse, séparation des pouvoirs. Mais là ou Léon XIII ne proposait qu’une stratégie politique n’affectant en rien la doctrine catholique, les papes, dès le concile, ont cru devoir remanier la doctrine elle-même. Ils sont depuis prisonniers du carnage doctrinal qu’ils ont produit et visiblement notre pape s’y accroche encore comme à une bouée lestée de plomb.
L’Eglise dispose d’un prodigieux trésor, celui légué par les papes du XIXe et du début du XXe. Ces papes ont expliqué avec détails et précisions les buts poursuivis par la modernité politique, ils ont parfaitement identifié ses zélateurs, les intérêts qu’ils servent, ils ont démontré l’alliance ténébreuse du capital et du communisme, ont décrit à l’avance le cloaque de folies et vices dans lequel les promoteurs de la subversion cherchaient à enfermer l’humanité, ils ont avec vigueur mis à nu l’imposture des mots qui leur servent d’étendard : ceux d’émancipation, de fraternité universelle, de droits de l’homme. Plus que jamais tout ce qu’ils ont annoncé et dénoncé est confirmé sous nos yeux, plus que jamais ce trésor qu’ils nous ont légué, s’il était mis en valeur, pourrait permettre à nos contemporains de comprendre à quelle sauce ils vont être mangés et de se tourner vers notre seule vraie espérance : Jésus Christ et son Eglise. Mais malheureusement, la ruine, le mensonge, la folie meurtrière, la cupidité et les vices semblent n’avoir pas encore causé suffisamment de ravages. Si bien que Vatican II est encore et toujours présenté comme la boussole de notre temps par le pape.
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