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A partir d'un texte récent du Cardinal André Vingt-Trois.
par Scrutator Sapientiæ 2012-11-30 08:01:55
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Bonjour à tous,

Tout d'abord, je souhaite une bonne fête à tous les André, y compris au Cardinal André Vingt-Trois, je l'écris sans la moindre ironie.

Ensuite, voici :

1.

Mgr RICARD.

2.

Adresse du Cardinal André VINGT-TROIS au Saint Père

" Très Saint Père,

Les évêques qui ont la joie de vous rencontrer aujourd’hui représentent les cinq provinces ecclésiastiques de Paris, Besançon, Dijon, Lille et Reims auxquels se joignent les diocèses d’Alsace-Moselle, l’Exarque des Ukrainiens, les évêques de l’éparchie des Arméniens et l’évêque aux Armées. Ce groupe important couvre largement le quart Nord-Est de la France. Comme chacune des provinces aura l’occasion de vous exprimer ses particularités, vous me permettrez d’évoquer simplement quelques grandes caractéristiques dont nous partageons les effets.

Nos diocèses sont marqués par les évolutions de la sociologie de nos régions. Au cours des dernières décennies, des secteurs entiers de cette partie de la France ont vu régresser ou disparaître ce qui était un beau potentiel industriel : les bassins miniers, la sidérurgie, l’industrie lourde, industrie textile, les régions agricoles s’interrogent sur leur avenir dans le cadre des négociations européennes, etc. Cet écroulement économique a pesé lourdement sur nos populations et entraîné un appauvrissement humain considérable. Les diocèses les plus ruraux ont subi une perte de population importante et un vieillissement préoccupant, même si nous discernons des signes d’une évolution positive. Enfin, la Région de l’Ile-de-France, avec près d’un cinquième de la population française connaît, avec d’autres métropoles du nord et de l’est, une concentration de populations très diverses et très inégalement intégrées à la vie sociale. Beaucoup de nos concitoyens sont saisis par le désarroi et l’inquiétude.

C’est dans cette situation que les fidèles laïcs de nos diocèses s’efforcent de rendre témoignage au Christ et de participer à la mission de l’Église. Immergés dans une culture dont les références chrétiennes sont très souvent oubliées ou inconnues, ils ont moins de prêtres pour les encadrer et les soutenir. L’avenir de leur vie ecclésiale repose davantage sur leur implication personnelle et sur la grâce de leur baptême et de leur confirmation. Dans ces conditions difficiles, nous sommes témoins de la fidélité de beaucoup de nos fidèles, de leur générosité et de leur détermination à vivre de la foi. Confrontés à des idéologies diverses, ils ressentent le besoin d’une formation chrétienne renouvelée pour rendre compte de leur espérance. Dans chacun de nos diocèses nous nous efforçons de répondre à cette attente et de nous entraider pour le faire. Nous devons aussi rendre grâce à Dieu pour les nombreuses propositions de sessions et de retraites que des communautés ou des mouvements proposent pendant les périodes de repos. Dans beaucoup de nos diocèses, nous engageons le meilleur de nos forces dans la pastorale auprès des jeunes et dans la recherche et l’accompagnement des vocations sacerdotales.

Le ministère des prêtres et des diacres est souvent éprouvant et nous travaillons avec foi et persévérance à renouveler l’appel aux ministères ordonnés tout en développant les moyens de formation permanente et de soutien spirituel pour les prêtres. Leur réduction numérique et leur vieillissement encouragent à mieux cerner la spécificité de leur ministère d’enseignement, de sanctification et de gouvernement. Malgré ces efforts et notre confiance en Dieu, nous ne pouvons pas toujours surmonter une certaine inquiétude sur l’avenir de nos communautés chrétiennes. Dans beaucoup de diocèses, les célébrations dominicales sont vécues sur des villes que les habitants des villages doivent rejoindre. La qualité et la densité spirituelle de la liturgie méritent cet effort. Mais nous avons encore un long chemin à parcourir dans ce sens.

Le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II est dans nos diocèses une occasion providentielle de revenir au dynamisme spirituel du Concile. Encouragés par votre appel à vivre une Année de la Foi, nous souhaitons en même temps faire connaître le Concile et en développer une interprétation autorisée dans la continuité de la Tradition ecclésiale. Pour nous, le Concile est historiquement achevé, mais il est encore devant nous : il doit encore fructifier et nourrir la mission de l’Église dans le monde de ce temps. Avec vous, nous souffrons de voir certains de nos frères s’adonner au « libre examen » et définir par eux-mêmes la vérité dogmatique. Nous savons avec quelle patience vous essayez de ramener ces fils à la raison et nous vous y aidons autant que nous le pouvons.

La récente session du synode des évêques sur La nouvelle évangélisation et la transmission de la foi chrétienne renouvelle l’aspiration de nos communautés chrétiennes à aller au-devant de ceux qui ont laissé se distendre leurs liens avec l’Église. Nous sommes encouragés à mettre en œuvre des initiatives pour relancer une première annonce de la Bonne Nouvelle dans notre société sécularisée.

Dans les débats de société auxquels nous sommes confrontés, nous essayons de susciter et de rejoindre les questionnements et les interrogations des hommes de bonne volonté. Enracinés dans la tradition judéo-chrétienne, nous nous efforçons de formuler, à la lumière de la foi, les impératifs de la morale universelle de telle sorte que ceux qui cherchent le bien puissent y souscrire quand bien même ils ne sont pas chrétiens. Vos interventions, tant à Paris qu’à Londres ou à Berlin nous éclairent et nous encouragent dans la recherche d’une formulation toujours plus accessible à la raison humaine.

Notre rencontre aujourd’hui est pour nous un temps de communion intense avec le Successeur de Pierre et nous vous prions de nous conforter dans notre mission en nous accordant votre bénédiction apostolique. "

Je trouve que ces deux textes, et surtout le deuxième, donnent l'impression qu'il est, par auto-censure ou par fatalisme, impensable ou impossible

- d'une part, de remonter des effets, que l'on s'autorise à déplorer, à leurs causes, que l'on s'interdit de dénoncer,

- d'autre part, de sortir d'une logique de gestion, palliative, du déclin de l'Eglise qui est en France.

1. Il est question "des évolutions de la sociologie de nos régions", mais la première des évolutions est axiologique, sur le terrain des principes et de l'esprit public, et non sociologique, sur le terrain des pratiques et du corps social, et c'est le siècle des "Lumières" qui a donné le coup d'envoi à cette évolution axiologique.

2. Il est question de la régression ou de la disparition "de ce qui était un beau potentiel industriel", mais alors, que dire des causes profondes de la régression ou de la disparition de ce qui était un beau potentiel confessionnel ?

3. Il est question d'un "écroulement économique", dans l'ordre du bonheur en ce monde, mais alors, que dire des causes profondes de l'autre écroulement économique, dans l'ordre du salut en Dieu ?

4. Il est question d'une culture "dont les références chrétiennes sont très souvent oubliées ou inconnues", mais alors, que dire d'une culture dont les références chrétiennes sont très souvent, non seulement dédaignées, mais, "parfois", détestées, non seulement méconnues, mais, "parfois", méprisées ?

5. Il est question de "conditions difficiles", au sein même de l'Eglise, mais alors, que dire des conduites "faciles" d'hier, qui sont à l'origine des conditions difficiles d'aujourd'hui ?

6. Il est question de la "réduction numérique" et du "vieillissement" des prêtres, mais alors, que dire des causes de cette réduction numérique et de ce vieillissement, causes qui sont apparues dans toute leur importance et toute leur influence à un moment où il y avait encore beaucoup de jeunes prêtres, en tous cas, par rapport à aujourd'hui ?

7. Il est question de "la qualité et de la densité spirituelle de la liturgie", qui méritent l'effort des fidèles, mais alors, que dire des raisons pour lesquelles et des moyens par lesquels "nous avons encore un long chemin à parcourir dans ce sens" ?

8. Il est question du "dynamisme spirituel du Concile" ;

a) d'une part, il faudra peut-être se décider un jour à aller en direction d'une tentative de caractérisation A LA FOIS objective ET officielle, ecclésiale ET réaliste, de ce dynamisme spirituel ;

b) d'autre part, si ce dynamisme spirituel est encore si présent ou si puissant, comment se fait-il donc que ce dynamisme spirituel ait été contredit, démenti, par la dévitalisation spirituelle de l'après-Concile ?

9. Il est question, enfin,

- de la souffrance "de voir certains de nos frères s’adonner au « libre examen » et définir par eux-mêmes la vérité dogmatique",

- de la patience avec laquelle Benoît XVI essaie de ramener ces fils à la raison et de l'aide que lui apportent, autant qu'ils le peuvent, les évêques français.

Mais alors, pourquoi laisser certains journalistes catholiques, et surtout certains théologiens catholiques, continuer à sévir, en toute impunité et en toute insouciance, au sein de diocèses, d'ordres religieux, ou de publications périodiques, puisqu'ils y encouragent précisément cet esprit de libre examen qui aboutit en effet à ce que certains de nos frères définissent par eux-mêmes la vérité dogmatique ?

10. Si la situation actuelle est subie par les catholiques fidèles à l'Eglise catholique et à la Foi catholique, il faut qu'il se disent que cette situation, subie par eux, clercs ou laics,

a) a été et est toujours voulue par les uns, qui ont fait faire et qui font toujours faire plusieurs choses hétéro-destructrices du christianisme catholique, depuis l'extérieur de l'Eglise,

b) a été et est toujours permise par les autres, qui ont laissé faire et qui laissent toujours faire plusieurs choses auto-destructrices du christianisme catholique, depuis l'intérieur de l'Eglise.

A mon sens, il est totalement antonomique de vouloir à la fois

- commencer à réévangéliser, dans la durée et en profondeur, que ce soit en France ou ailleurs, notamment en Europe occidentale,

et

- continuer à se cramponner à de mélange d'irénisme, selon lequel l'Eglise n'a pas d'ennemis déclarés, et de fatalisme, amnésique et schizophrène, selon lequel les difficultés d'aujourd'hui

a) ne découlent pas des facilités, catéchétiques, théologiques, liturgiques et pastorales, d'hier et d'aujourd'hui,

et

b) n'appellent pas un examen de conscience et une remise en cause sur "la conception" : le Concile, et sur "la réception" : l'après-Concile.

Bonne journée.

Scrutator.

     

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 A partir d'un texte récent du Cardinal André Vingt-Trois. par Scrutator Sapientiæ  (2012-11-30 08:01:55)


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