Messages récents | Retour à la liste des messages | Rechercher
Afficher la discussion

Il y manque une approche "linguistique" du Concile.
par Scrutator Sapientiæ 2012-11-25 08:43:30
Imprimer Imprimer

Bonjour et bon dimanche, Jean-Paul PARFU.

1. Il sera question, lors de ce congrès théologique, d'un point de vue historique, puis d'un point de vue doctrinal, sur le Concile Vatican II.

2. Un point de vue pastoral aurait peut-être pu y disposer d'une place, mais il aurait nécessité au moins une demi-journée de plus, et il aurait nécessairement porté moins sur le Concile lui-même que sur l'après-Concile ; ce n'est donc pas l'absence d'un point de vue pastoral que je suis amené à déplorer ici.

3. Je déplore, en revanche, l'absence, au moins apparente, d'une approche, d'un point de vue, "linguistique", sur le Concile Vatican II.

4. Il me semble en effet que seule la considération du Concile en tant que langage, mis en relation avec un message, en tant que langage, mis au service d'un message, oblige à se livrer à une analyse critérisée du Concile en tant que discours, au moyen d'une critique interne du vocabulaire et des argumentaires qui y sont présents, mais aussi, pour ainsi dire, de ceux qui y sont absents.

5. Il y a un lexique et une logique propres au Concile, et il est intéressant

- de relever des manques ou des oublis, dans le lexique et la logique qui sont présents au coeur des documents conciliaires,

- de repérer les interactions entre le lexique et la logique qui sont présents au sein des textes du Concile.

6. Cette approche permet de mettre en surbrillance le caractère adogmatique du Concile, ce qui ne le condamne pas nécessairement à l'hérésie ou à l'hétérodoxie, mais bien plutôt à l'ambivalence et à l'incomplétude, sur plusieurs questions essentielles.

Cette approche permet aussi de mettre également en surbrillance le caractère adidactique du Concile, si l'on veut bien considérer qu'à Vatican II, l'Eglise catholique,

- non seulement n'a rien condamné ni défini, n'a rien prescrit ni proscrit, d'une manière absolument formalisée, en recourant à la plénitude de son autorité, puis en faisant régner en son sein un maximum de discipline, pour que soit pris en compte ce qu'elle aurait dû et pu ainsi condamner ou définir ;

- mais aussi n'a rien enseigné ni exposé, d'une manière à la fois méthodique et organique, notamment sur la Foi, l'Espérance, la Charité, sur ce qu'elles impliquent, sur ce qui s'y oppose, : ce qui aurait dû et pu y être à la fois pleinement structuré, dans le corpus textuel, et pleinement structurant, pour l'esprit et la vie des fidèles, y est parfois exprimé d'une manière allusive, ou évoqué d'une manière suggestive.

7. On précisera ici ce qu'est une situation adidactique, d'après un spécialiste, ce qui figure entre parenthèses étant "de mon cru" :

" Une situation adidactique est la part de la situation didactique dans laquelle l'intention d'enseigner (de l'Eglise enseignante) n'est pas évidente au regard (donc du point de vue) de l'élève (ou du fidèle).

Le sujet (l'élève ou le fidèle) réagit comme si la situation était non didactique (non prescriptrice).

C'est à l'élève (ou au fidèle) de prendre des décisions, d'engager des stratégies, d'évaluer leur efficacité.

Le maître (l'Eglise enseignante) se refuse à intervenir comme possesseur (comme autorité explicite) des connaissances (ou des compréhensions) qu'il (qu'elle) veut voir apparaître.

L'élève sait bien que le problème (ou la problématique) a été choisi(e) pour lui faire acquérir une connaissance (ou une compréhension) nouvelle, mais il doit savoir aussi que cette (nouvelle) connaissance (ou cette nouvelle compréhension) est entièrement justifiée par la logique interne de la situation.

Dans les situations adidactiques, les interactions des élèves (ou des fidèles) avec le milieu (ou avec le monde) sont supposées suffisamment "prégnantes et adéquates" pour qu'ils puissent

- construire des connaissances (nouvelles) (ou des compréhensions nouvelles),

- formuler des stratégies d'action (nouvelles),

en utilisant les rétroactions avec ce milieu (avec le monde),

sans que leur activité soit orientée par la nécessité de satisfaire aux intentions supposées du professeur (de l'Eglise enseignante). "

Source.

" entièrement justifiée par la logique interne de la situation "

" sans que leur activité soit orientée par la nécessité de satisfaire aux intentions supposées du professeur (de l'Eglise enseignante) "

8. Remplacez, dans le paragraphe que je viens de citer, le mot "situation" par le mot "dispositif", et vous trouverez peut-être, plus ou moins comme moi, que ce paragraphe

- décrit assez bien le caractère, ou, en tout cas, la dimension adidactique du Concile Vatican II

- permet assez bien de comprendre pourquoi un Concile à coloration adogmatique et à tonalité adidactique, id est sans exposés substantiels relatifs, notamment, aux vertus théologales, a débouché sur l'après-Concile que nous connaissons et subissons depuis bientôt un demi-siècle.

9. En d'autres termes, là où Benoît XVI évoque avant tout un défaut de réception du Concile, je ne le conteste évidemment pas, mais j'essaye, à travers ce type de textes, de montrer dans quelle mesure ce défaut de réception s'explique par un défaut de conception, à la fois endogène, par rapport au Concile, et antérieur, par rapport à l'après-Concile.

Un défaut de conception non négligeable.

Bon dimanche.

Scrutator.

     

Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !


  Envoyer ce message à un ami


 Congrès théologique du "Courrier de Rome" par Jean-Paul PARFU  (2012-11-16 13:41:21)
      4, 5 et 6 Janvier 2013 ! par Jean-Paul PARFU  (2012-11-16 13:42:50)
      Il y manque une approche "linguistique" du Concile. par Scrutator Sapientiæ  (2012-11-25 08:43:30)


4 liseurs actuellement sur le forum
Mentions Légales
[Valid RSS]