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le diocèse de Lille face au recul du catholicisme
par Jean Kinzler 2012-11-01 20:47:20
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Jeune centenaire, le diocèse de Lille conforte son ancrage social

Mgr Laurent Ulrich a engagé en 2010 les catholiques du Nord dans la préparation du jubilé du diocèse de Lille.

Dans un an, ce jeune diocèse célébrera officiellement le centenaire de sa création, le 25 octobre 1913.

Marqué par une histoire industrielle, ce territoire traverse des mutations que l’Église s’efforce d’accompagner.


Au cœur du vieux Lille, la Cité de l’Évangile accueille depuis peu un « livre interactif » au format encombrant dans les allées de son exposition permanente. Le contenu de ce grimoire insolite apparaît sous les yeux du visiteur grâce à un ingénieux système de projection d’images animées. Le P. Gonzague Cuvelier ne cache pas le plaisir presque enfantin qu’il éprouve à « raconter » ainsi l’histoire du diocèse du Lille, qui célèbre pendant trois ans le centenaire de sa fondation.

Au fil des pages, le spectateur revit l’essor de l’Action catholique et de la Pastorale ouvrière, les remous des années 1960 au sein du clergé, l’aventure des catéchistes à l’époque de Pierres vivantes , mais aussi le synode des jeunes de 2001, le tout premier du genre en France… « L’idée de ce grand livre s’est imposée à nous pour toucher différentes générations », confie le prêtre de 75 ans, lui-même enfant de ce plat pays dont il ne se lasse pas de retracer la jeune mémoire.

« Jeune », précise-t-il, car ce diocèse n’a été érigé qu’en 1913, par scission du voisin cambrésien, la métropole lilloise ayant acquis une stature justifiant la création d’un nouveau siège épiscopal. Aujourd’hui, ce territoire couvre la moitié du département du Nord. « En un siècle, l’Église y a laissé une empreinte considérable, celle d’un christianisme social en prise avec la vie locale », résume le P. Arnauld Chillon, coordinateur des festivités.

LE MAILLAGE TRADITIONNEL SE HEURTE AUX MUTATIONS QUE TRAVERSE L’ANCIENNE RÉGION OUVRIÈRE
De fait, le sondage publié par La Voix du Nord le 10 octobre dernier, à l’occasion du cinquantenaire de Vatican II, a de quoi laisser songeur : il y apparaît que la population nordiste demeure étroitement liée à l’Église. Le quotidien révèle que 64 % des personnes interrogées affirment se sentir catholiques ; 25 % se rendent à l’Église pour les grandes fêtes et 14 % au moins une fois par mois. Plus frappant, 90 % des sondés affirment cultiver une « très bonne opinion » des catholiques.

Lorsqu’il a découvert son nouveau diocèse, en 2008, Mgr Laurent Ulrich a immédiatement perçu le potentiel d’un tel jubilé, au point d’y consacrer trois années successives. « Les chrétiens ne sont pas absents de la vie sociale, souligne le vice-président de la Conférence des évêques de France. On les retrouve au service des jeunes et des personnes âgées, dans le monde associatif et les instances municipales, même si la baisse de nos effectifs rend notre présence dans certains quartiers plus difficile. »

D’autant que le maillage traditionnel de l’Église se heurte aux mutations que traverse l’ancienne région ouvrière, bouleversant son équilibre sociologique. Et ce n’est peut-être pas un hasard si ce centenaire coïncide avec l’émergence d’un ambitieux projet impulsé par l’Université catholique de Lille, en coopération avec la communauté urbaine : depuis 2009, la commune de Lomme a vu sortir de terre un quartier baptisé « Humanicité » autour de l’hôpital Saint-Philibert, qui dépend de la « Catho ».

« LES CHRÉTIENS NE PEUVENT PLUS SE CONTENTER DE RESTER DANS LEURS PAROISSES »
Sur plusieurs hectares, ce pôle de santé flambant neuf abrite logements sociaux, école d’infirmières, établissement de santé mentale, centre de soins palliatifs… et, depuis peu, une maison d’Église placée sous le patronage de Marthe et Marie. Résolument contemporain, ce lieu d’accueil, implanté à deux pas de la station de métro, a pour vocation d’offrir un espace de ressourcement à tous ceux qui le souhaitent : praticiens, familles…

« Pour moi, c’est vraiment ça, l’Église de demain, analyse l’une de ses animatrices, Myriam Jaupitre. Les chrétiens ne peuvent plus se contenter de rester dans leurs paroisses, à attendre que les gens viennent à eux. »

Spectaculaire, aussi, la reconversion à l’œuvre dans la « zone de l’union », friche de 80 hectares qui s’étend sur les communes de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos. Au début des années 2000, la plupart des usines de ce haut lieu de l’industrie textile ont périclité, laissant des centaines d’ouvriers sur le carreau. Depuis, un projet d’urbanisme herculéen a vu le jour pour redonner vie à ce qui est en passe de devenir un « éco-quartier » d’exception.

« PETIT À PETIT, NOUS TROUVERONS DES RÉPONSES… »
Jérôme Montois, diacre permanent d’une quarantaine d’années, membre du pôle solidarité du diocèse, a rejoint le « collectif de l’Union » afin d’apporter sa pierre à la réflexion sur l’avenir du site : « Nous militons pour que la dimension citoyenne soit présente dans ce grand réaménagement, alors que de nouvelles industries de pointe remplacent les anciennes usines. Les habitants des quartiers environnants, issus de milieux populaires, se demandent à qui ces réalisations seront destinées. » Pour l’Église, ajoute ce diacre, l’enjeu est de savoir comment « habiter » cette révolution du territoire.

À cette transition industrielle s’ajoute un autre défi de taille, en particulier dans les zones urbaines du diocèse : celui du multiculturalisme qui caractérise aujourd’hui le Nord. Roubaix, par exemple, compte une centaine de nationalités : « Nous côtoyons de nombreux musulmans, mais aussi des bouddhistes, des athées, raconte Jérôme Montois. Comment rejoindre ces populations dans des quartiers où nous sommes devenus minoritaires ? »

Cette interrogation lancinante, le P. Yves Wecxsteen, 74 ans, curé à Roubaix, le partage lui aussi : « Si l’Esprit Saint nous envoie ces croyants de diverses religions, c’est peut-être parce qu’on était trop confinés dans notre propre foi, bien au chaud… »
Mais pour ce prêtre, l’inquiétude est mauvaise conseillère : « Petit à petit, nous trouverons des réponses… »

François-Xavier Maigre, à Lille (Nord)la Croix

     

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