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Ego desidero, ego sentio, ergo sum.
par Scrutator Sapientiæ 2012-10-25 23:49:46
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Bonsoir et merci, Bernard Joustrate.

Je précise d'emblée que ce qui suit est sans grands rapports, ou en tout cas sans lien direct, avec ce que relate cet article paru dans le Progrès de Lyon.

En d'autres temps, on se serait peut-être dit : ego considero, ego cogito, ergo sum.

En notre temps, on ne se dit pas : ego desidero, ego sentio, ergo sum, mais on le vit sans se le dire.

A partir du moment

- où l'Etat se hâte de courir à la rencontre des personnes qui prennent leurs désirs pour des réalités, afin de leur donner l'autorisation formelle, quand ce n'est pas la possibilité matérielle, de transformer leurs désirs en réalités, quelles que soient les origines de ces désirs et les conséquences de leur réalisation ;

- où la médiatisation de la mercatolâtrie, la sacralisation, par les médias, de la logique et de l'optique qui sous-tendent "le divin Marché", aboutit à ce que les êtres concrets commencent à croire "sincèrement" et "spontanément" que tout s'achète et que tout se vent ;

- où l'individu contemporain, qui se croit post-moderne, alors qu'il est néo-pa-i-en,

a) croit d'autant plus s'affirmer qu'il s'efface, en réalité, derrière la primauté conférée à ses désirs, à ses sensations, à ses sentiments, qu'il entend bien réussir à imposer aux autres, dans l'espace public, au lieu d'essayer de les maîtriser, dans sa propre sphère privée ;

b) croit d'autant plus s'affermir qu'il s'amollit, en réalité, puisque, dans l'ordre de son désir, il ne se refuse rien, ne résiste à rien, ne se retient en rien, et succombe à tout ;

à partir de ce moment là, nous sommes en présence d'une mutation anthropologique, qui a commencé, notamment d'après Bernard STIEGLER, dans l'Amérique des années 1920, et qui est peut-être bien, à cette échelle, sans précédent, dans toute l'histoire de l'humanité.

A partir de là, on comprend mieux, dans le cadre d'une analyse de la mentalité ou de la psychologie collective de nos contemporains, pourquoi il y a autant d'endettements indéfinis et si peu d'engagements déterminés : désirer toujours plus, consommer toujours plus, de nouveaux biens ou de nouveaux droits, pour ressentir toujours plus, en empruntant le plus possible et en remboursant le plus possible, tout se permettre ou tout se promettre, mais aussi ne rien se refuser et ne jamais se retenir...

Je ne sais pas pourquoi, mais je pense ici au titre de deux ouvrages de Jean BAUDRILLARD :

- d'une part, Simulacres et Simulations

- d'autre part, Les stratégies fatales.

Tous ces simulacres et toutes ces simulations, qui dissimulent et manifestent bien des complaisances envers "soi-même" et bien des connivences avec ses "semblables", ne peuvent se terminer que par le déploiement de stratégies fatales, qui seront cruellement

a) fatales aux (futures) victimes de ces simulacres et situations,

b) fatales à ceux qui dénoncent ces complaisances et ces connivences,

c) fatales, enfin, à ceux-là mêmes qui auront déployé ces stratégies, pour "développer" leur "personnalité" ou "revendiquer" leur "singularité", sans jamais se rendre compte qu'ils auront été manipulés, récupérés, pour ainsi sire, de A à Z.

Un jour prochain, pour continuer à faire diversion, dans l'esprit public, pour continuer à susciter des divisions, à l'intérieur des personnes et entre les personnes, on nous expliquera peut-être que la meilleure preuve du fait que la situation s'améliore, à FUKUSHIMA, réside dans le fait que des homosexuels ont "enfin" pu se marier à proximité.

Le brouillage des repères cognitifs et normatifs, la captation de l'attention, dans une direction, la question sexuelle, opposée à une autre direction, la question sociale (dans le cadre de laquelle une véritable guerre est menée contre les économies et les sociétés), constituent les procédés les plus précis, les plus précieux, les plus propices, à l'endormissement nécessaire et préalable à l'asservissement des individus et des communautés.

Que l'on me comprenne bien, je ne porte pas de jugement sur ni contre les personnes dont il est question, dans l'article du Progrès de Lyon, mais j'essaie d'interroger les soubassements de cette mutation anthropologique, qui condamne les adultes à une influençable et interminable adolescence, à un droit à l'errance actuellement affiché dans presque tout son principe, mais que ne sera jamais assumé dans tous ses effets, présents et à venir.

"Debout face à Bush, couché devant Blondel", avait écrit Nicolas BAVEREZ, à propos de Jacques CHIRAC, entre 2002 et 2007.

"Debout face au réel, couché devant son désir", suis-je tenté d'écrire ce soir.

Bonne nuit à tous.

Scrutator.

     

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 D'encore mieux à encore mieux par Bernard Joustrate  (2012-10-25 21:13:37)
      Ego desidero, ego sentio, ergo sum. par Scrutator Sapientiæ  (2012-10-25 23:49:46)


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