Héraldique par origenius 2012-07-31 10:44:55 |
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Par cet article sur l'Ordre Chevaleresque du Croissant, nous inaugurons la rubrique héraldique, art traditionnel s'il en fut, rendant ainsi à l'art du Blason la place d'honneur qui lui a été injustement ravie.
Nous ne retracerons pas, dans le présent opuscule, même un bref historique du Blason. Nous nous contenterons de faire part de deux textes anciens, illustrant l'Ordre que nous avons choisi. Ces deux textes ont été tirés, le premier de l'"Histoire des Religions et Ordres Militaires de l’Église et des Ordres de Chevalerie", par Hermant : édité à Rouen en 1647 ; le second, de "La Vraye Science et parfaicte des Armoiries ou l'Indice Armorial de feu Maistre Lourian Geliot, advocat au Parlement de Bourgogne", de 1664.
Plutôt que d'en faire un commentaire, nous avons choisis d'apporter quelques notes, et de vous renvoyer à l'ouvrage de Monsieur Jacques Levron ; " Le Bon Roi René, Arthaud, 1973. " qui a réservé tout un chapitre à l'Ordre du Croissant.
CAHOURS D'ASPRY
(1975)
HISTOIRE DES CHEVALIERS DE L'ORDRE MILITAIRE DU CROISSANT ET DE L’ÉTOILE, ÉTABLIS EN SICILE
J'ay trouvé dans les Auteurs qui ont traité des Ordres de Chevalerie deux Princes de la maison d'Anjou, qui en differens Siec1es ont établi chacun un Ordre du Croissant, c'est ce dont nous allons parler dans ce chapitre.
Le premier est redevable de son établissement à Charles d'Anjou, frere de Saint Loûis Roy de France, qui conquit le Royaume de Naples et de Sicile sur Manfroy Fils naturel de Frédéric II qui s'étoit emparé de ces deux Royaumes, aprés avoir empoisonné Conrad son frere. Cèt Usurpateur s'étant attiré la haine de ses sujets et l'inimitié des Papes par ses violences et sa tyrannie, fut excommunié par le Pape Urbain IV qui offrit la Couronne de ces deux Siciles, comme on les nommoit en temps-là, à Charles Comte d'Anjou, avec les conditions requises de Fief et hommage au Saint Siège et d'un léger tribut, ainsi qu'avoit déjà voulu faire Innocent IV l'an dixième de son Pontificat.
Ce jeune Prince qui avoit l'humeur martiale ne crût pas devoir refuser une offre si avantageux, et ayant levé des troupes considérables il se mît en chemin pour aller recevoir les Couronnes qu'on luy présentoit de si bonne grace. Mais le Pape Urbain étant mort sur ces entrefaites, Clément IV qu'on luy donna pour successeur luy confirma la donation de son Prédécesseur, et le Couronna Roy des deux Siciles dans Saint jean de Latran, avec les cérémonies et les sermens ordinaires de fidélité au Saint Siège.
Aprés cela Charles alla presenter la bataille à Manfroy, qui fut entierement funeste à ce tyran, qui y perdit l'honneur, la vie et l'Etat tout ensemble.
Cependant comme cette Conquète toute glorieuse qu'elle fut à Charles, luy étoit encore disputée par le jeune Conradin Duc de Suaube, Fils du feu Roy Conrad et petit fils de l'Empereur Frédéric II qui tâchoit d'engager dans son party les Princes d'Allemagne : c'est ce qui l'obligea d'établir un Ordre de Chevaleire l'An 1268 à Messine, ville Capitale du Royaume de Sicile, pour gagner les principaux Seigneurs et se faire un puissant party pour empêcher la Révolte des peuples, et pour l'opposer à la puissante Armée que Conradin avoit levée par le moyen de ses amis.
Il donna le nom de Croissant à cét Ordre, et le Collier dont il honora les Princes et les Seigneurs qui formoient son auguste Cour, étoit composé d'une Chaine d'or, entrelassée d'Etoiles et de Fleurs de Lys, au bout de laquelle pendoit un Croissant, avec ses paroles pour devise :
" Donec totum impleat "
Le Pape Clement IV approuva cét Ordre étant pour lors à Perouse, et luy accorda de grands Privilèges, enjoignant aux Chevaliers de Prendre hautement les intérêts de l'Eglise, de garder l'hospitalité aux étrangers et Pelerins, et d'avoir beaucoup de charité pour les morts, en leur rendant les pieux devoir de la sepulture : De plus il leur étoit ordonné d'éviter entr'eux toutes sortes de querelles et de divisions.
Pour être reçu dans cét Ordre il faIloit faire preuve de Noblesse de quatre degrez du côté paternel, et n'avoir aucun reproche en sa personne ny en sa famille.
Cét Ordre qui est tombé avec la Royale Maison d'Anjou, a été changé en celuy de l'Etoile, qui subsiste encore en Sicile au rapport de de Justiniani. Il ne peut y avoir plus de soixante et deux Chevaliers qu'on remplace à mesure qu'ils meurent, et portent au milieu du Collier une Croix d'or sur l'estomach à huit pointes, et au milieu on y voit une Etoile telle qu'on la représente icy.
Ceux qui parlent du second Ordre de Chevalerie nommé le Croissant en sont Auteurs René d'Anjou dit le Bon, Roy de Sicile, Duc d'Anjou et Comte de Provence. L'établissement s'en fit le onzième d'Aoust de l'année 1448 (*) en la ville d'Angers, en l'honneur de Saint Maurice, pour la protection de la sainte Eglise et la gloire de ses Etats.
(*) Dès septembre 1447, un orfèvre d'Angers est invité a exécuter un collier pour l'Ordre du Roi, et dans le même temps un Marseillais fournit le même travail. Les Statuts réguliers, rédigés en 1448, sont ratifiés par le Roi en son Conseil, le 23 Septembre 1450.
Le Symbole de cét Ordre étoit un Croissant d'or, sur lequel on voyait écrit en lettres bleuës "Loz en Croissant", qui est une espèce de Logogrife, voulant dire qu'on acquiert Loz ou Loüange en Croissant en vertu et en gloire. (*)
(*) "Toutes les actions des Chevaliers ne doivent avoir d'autres buts que de se faire valoir, afin que leur loz et renommée puissent être toujours croissants, assurés que leurs prouesses seraient enregistrées dans les Chroniques de l'Ordre."
Le nombre des Chevaliers devoit être de trente-six, qui portoient sur le bras droit un Croissant d'or émaillé de rouge, au bout duquel pendoient autant de petits Bâtons d'or façonnez en Colomnes, ou de petites Aiguillettes, que les Chevaliers s'étoient trouvéz en de généreuses occasions.
De sorte que par le nombre de ces petits Bâtons pendans on pouvoit facilement juger de leur valeur et des belles actions qu'ils avoient faites. Les Chevaliers portoient aussi le Manteau de velours cramoisi rouge et le Mantelet de velours blanc, avec la doubleure et Soûtane de même, et au côté droit sous le bras un Croissant d'or pendant à une Chaine de même, attaché sur le haut de la manche, c'étoit là l'habit de cérémonie.
Lors que le Roy Henry d'Anjou fit cette Institution ; il voulut que le Chef se nommât Senateur ou Président, (*) tître qu'il ne voulut jamais prendre par modestie, quoy qu'il fut attaché à sa personne et à celle de ses successeurs, mais il se contenta de celuy de Manutenteur, ou Entreteneur, sous la protection de Saint Maurice, comme j'ay déjà dit, auquel il voulut attribuer la gloire d'être le Chef de cette Chevalerie.
(*) Le premier sénateur fut le Duc de Calabre, le second Jean Cossa, le troisième Louis de Beauveau.
La Règle que ce bon Prince donna à ces Chevaliers consistoit en plusieurs articles, dont le premier étoit que nul ne pût y être reçu, ny porter les marques de l'Ordre, s'il n'étoit Duc, Prince, Marquis, Comte, Vicomte, ou issu d'ancienne Chevalerie et Gentilhomme de ses quatre lignes, et que sa personne fut sans vilains cas de reproche.
L'assemblée de cét Ordre d'Anjou, se faisoit en l'Eglise de St Maurice d'Angers. (*)
(*) La cérémonie se déroule dans la cathédrale Saint Maurice, devant l'autel du saint, placé contre un mur du croisillon du transept.
Cèt Ordre étoit composé de plusieurs Officiers de considération, comme d'un Chancelier, et Vice-Chancelier, d'un Trésorier, d'un Greffier et Roy d'Armes. Dans le premier Chapitre qu'on tint, qui fut celuy de son Institution, on fit Chevaliers de l'Ordre plusieurs Seigneurs des plus illustres et plus anciennes familles d'Anjou, de Provence, et de Lorraine, et ceux entre'autres qu'on nomme étoient Jean d'Anjou, fils de René ; le Vicomte de Saint Ballory, Saladin d'anglure, Bertrand de Beauveau Grand Maitre de la Maison du Roy, René Président de la Chambre des Comptes à Paris et Gouverneur du Château d'Angers. (*)
(*) On pourrait citer ègalement Tanguy du Chastel, Sénéchal du Roy de France en Provence, qui comme de nombreux autres gentilshommes provencaux ou lorrains, tint à honneur d'être recu dans l'Ordre d'Anjou.
Voila les deux Ordres du Croissant que j'ay trouvez dans les Auteurs Mais ou Justiniani s'est trompé en Faisant Charles d'Anjou Roy de Naples et de Sicile, instituteur de cét Ordre (peu d'Auteurs convenant avec luy dans ce fait) ou il a confondu l'Ordre d'Anjou étably par le Roy René avec le premier, puisqu'il y rapporte le nom des mêmes Chevaliers qui furent créés dans le second. Je laisse aux Lecteurs la liberté sur cette difficulté.
Armes de René D'ANJOU, p. 33. :
écartelé de six quartiers, trois royaumes en chef, soutenu de trois duchés en pointe.
Au 1) de Hongrie, facé de huit pièces d'argent et de gueule
Au 2) de la première branche d'Anjou Sicile, qui est de France au lambel de quatre pendants de gueules
Au 3) de Jérusalem, d'argent à la croix potencée d'or, accompagnée de quatre croisettes du même.
Au 4) de la deuxième branche d'Anjou qui est de France à la bordure de gueules,
Au 5) de Bar, d'azur à deux bars adossés d'or, allumés et dentés de gueules, l'écu semé de croix d'or recroisettées, au pied fiché de même
Au 6) de Lorraine, d'or à la bande de gueule chargée de trois alerions d'argent.
Cri de Guerre : MONTJOIE - ANJOU.
Devise : d'ardent désir (accompagnée de deux chaufferettes enflammées, et plus tard d'un chapelet de patenôtre avec cette autre devis : Dévot lui suis.
A la mort d'Isabelle de Lorraine sa première femme, René changea sa devise ; sous un arc dont la corde était rompue, on lisait :
Arco perlantare, placa non sana.
Aussi : premier quartier ... de sinople au lieu de gueules... sur le tout : d'argent chargé de quatre pals de gueules, qui est Aragon.
DESNAIS : Armorial d'ANJOU.
René d'Anjou, roy de Hierusalem , de Sicile, d'Arragon, de Valence, de Sardaigne, de Maillorque et de Corsegue, Duc d'Anjou et de Bar, Comte de Provence, de Forqualquier et de Piémont, l'An M CCCC L XIV, en l'honneur de Dieu, soutien et augmentation de l'Eglise et exaltation de Chevalerie, du nombre de trente-six Chevaliers, qui portoient le Manteau de velours Cramoisy rouge doublé de Satin blanc, le Mantelet de velours blanc, la Soutane de même couleur sur le côté droit de laquelle ils portoient XLII, un Croissant d'or sur lequel estoit gravé au burin le mot LOZ qui signifioit "Loz en Croissant, et ce Croissant qui éstoit suspendu par trois chainettes au Collier fait d'une chaîne d'or à trois rangs, on y reconnoissoit la valeur et générosité des Chevaliers, par ce que l'on y attachoit et pendoit autant de petits Bastons d'or façonnés en Colomnes ou ferrets d'Aiguillettes d'or, qu'ils s'éstoient trouvez en Batailles, ou sièges de villes.
LOURRIAN GELIOT
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