Son dernier article pour Itinéraires par Vianney 2012-06-19 23:25:23 |
|
Imprimer |
...si l’on excepte l’entretien sur Montherlant accordé à Rémi Fontaine qui parut en juin 1987, avait été envoyé à Madiran sous forme d’une lettre, qui parut dans le n° 302 (avril 1986) d’Itinéraires, à propos de la question juive dans l’Église, un sujet qui lui tenait à cœur. On y lit sa souffrance à voir Jean-Paul II s’écarter davantage encore que Paul VI de la doctrine catholique :
Lettre à Jean Madiran sur la question juive dans l’Église
par Michel de Saint Pierre
Cher Jean Madiran,
J’ai lu avec un intérêt très vif votre article dans ITINÉRAIRES de mars 1986, intitulé : « La question juive dans l’Église ».
Une fois de plus, vos citations — et les commentaires que vous en faites — expliquent lumineusement votre propos.
1°) Je déplore avec vous que les relations avec les juifs soient rattachées au Secrétariat de l’Unité, ce qui — compte tenu de mes nombreux séjours en Israël et des rapports que j’ai pu y entretenir avec des personnalités du rabbinat — est proprement incompréhensible pour moi.
2°) Notre « patrimoine spirituel commun », entre chrétiens et juifs, est à coup sûr important, cela ne fait pas de doute, puisqu’il s’agit ni plus ni moins de l’Ancien Testament.
3°) Mais l’ambiguïté que Paul VI, puis Jean-Paul II ont entretenue et entretiennent autour de cette notion est particulièrement choquante.
4°) Car enfin, comment ose-t-on « rapprocher » ainsi — aux yeux de la communauté catholique qui est ici scandaleusement abusée — le Dieu que nous adorons avec celui des juifs, ou avec celui des musulmans ? Sous prétexte de monothéisme, que ne dit-on pas ? Je crois que nous sommes, en effet, tout près d’entendre que musulmans et chrétiens ont, eux aussi, foi en un même Dieu.
5°) Or le Dieu des juifs, c’est évident, n’est pas le nôtre. Il faut voir avec quelle opiniâtreté farouche les « théologiens » juifs affirment que le Messie n’est pas encore venu — et que le Christ n’était donc qu’un prophète parmi les autres. À partir du moment où le Dieu Trinitaire révélé par l’Évangile est effacé, à partir du moment où la personne du Christ n’est plus divine, il ne peut s’agir, entre chrétiens et juifs, du même Dieu. Et je le répète : la spiritualité juive est non seulement contraire, mais terriblement hostile à la spiritualité chrétienne, surtout pour ce qui touche le Christ et Sa Mère.
En ce qui concerne les musulmans, je n’ai pas besoin d’insister. Pour qui a lu le Coran de première ou seconde main, comment la confusion serait-elle possible ?
6°) J’en déduis que, de la part du pape ou de ses conseillers, dire qu’il faut « en tout cas se débarrasser de la conception traditionnelle » — et surtout, oser dire (de la part d’une Commission pontificale) que nous devons prendre notre responsabilité « de préparer le monde à la venue du Messie », c’est exactement tenir un propos hérétique.
7°) Enfin, après les si étranges discours de Paul VI (à l’ONU et ailleurs), quelle tristesse est la nôtre d’entendre Jean-Paul II aller plus loin que son maître, appelant les chrétiens à pratiquer avec les juifs « une étroite collaboration vers laquelle nous pousse notre héritage commun, à savoir le service de l’homme ».
Tout cela, hélas, se tient fort bien. Je pense, pour ma part — et je pourrais même dire, j’en suis sûr, compte tenu des documents que nous avons eus entre nos mains — qu’il s’agit bel et bien là d’une massive et lente manœuvre maçonnique, tendant à faire perdre à l’Église catholique, dans un premier temps, son identité (ou du moins, à nous la faire perdre de vue) — d’autre part, à changer dans ses profondeurs une religion qui n’aura plus de « catholique » que le nom. Les documents dont je parlais plus haut nous montrent que ce dessein est déjà vieux de plus de cent ans. N’en doutons pas une seconde, cher Jean Madiran : Satan lui-même est à l’œuvre.
Enfin, ayant approché deux fois le pape Jean-Paul II, l’ayant d’autre part vu prier tout à côté de moi, à Lourdes, en 1983, je ne puis croire à une intention maligne de sa part. Mais je crois que ce Slave subit peu à peu la contagion de ses propres charismes. Non seulement il ne gouverne pas l’Eglise (qui est en fait gouvernée par Sylvestrini et Casaroli interposés), mais il commence, me semble-t-il, à divaguer (je ne vois pas d’autre mot) en matière d’œcuménisme. De cet œcuménisme dont Paul VI disait qu’il serait « la partie la plus mystérieuse de son pontificat ».
Deux exemples entre vingt autres :
— Cette photo prise récemment aux Indes, où l’on voit le pape recevant du pouce d’une jeune Indienne, sur le front, « le signe de reconnaissance des adorateurs de Shiva ». Je vous recommande à ce sujet les commentaires de l’abbé Sulmont dans son dernier bulletin que je viens de recevoir. Voici la conclusion de l’abbé Sulmont : « Les chrétiens se souviennent qu’ils ont reçu le jour de leur confirmation, sur le front, l’onction de l’Esprit-Saint, et ils ne pensent pas que cette onction ait besoin d’une surimpression quelconque pour que le message évangélique parvienne jusqu’aux extrémités du monde. » La foi dans le Christ serait-elle donc réservée, désormais, à quelques démocraties occidentales ?
— D’autre part, le pape Jean-Paul II aurait dit (et je crois que c’est rigoureusement exact) à New-Delhi : « La collaboration entre toutes les religions est une exigence pour la cause de l’humanité. Hindous, musulmans, sikhs, bouddhistes, jaïnas, parsis et chrétiens, nous sommes réunis pour proclamer la vérité sur l’homme... Les discriminations basées sur la race, la couleur, le credo, le sexe ou l’origine ethnique sont radicalement incompatibles avec la dignité humaine. » Le mot « Credo » placé entre les mots « couleur » et « sexe », c’est proprement scandaleux, au sens le plus évangélique du mot.
Compte tenu de mes relations avec certains cardinaux amis, il y a longtemps que je n’espère plus grand chose du pontificat de Jean-Paul II.
À présent, il me semble que la mesure est dépassée — et pour ma part, à 70 ans, je déclare ne pas vouloir changer d’un iota les vérités ni les exigences de la foi, telles qu’elles m’ont été enseignées. J’ai l’intention de publier les commentaires de l’abbé Sulmont sur le voyage du pape aux Indes dans l’un des prochains bulletins de CREDO...
Tout cela, je vous l’assure, ne va pas sans une grande souffrance. Voici longtemps que nous sommes quelques-uns à batailler — et vous avez toujours été au premier rang. Quant à moi, l’année 1985 passée presque entièrement à l’hôpital m’a servi de retraite, puisque je pouvais dire chaque jour mon chapelet, et puisque je pouvais chaque jour communier. Le seul problème, pour moi, est de savoir jusqu’où je puis aller dans l’exercice de l’influence qui m’est actuellement accordée. L’essentiel, c’est le bien des âmes. Et je ne veux pas, nous ne voulons pas connaître d’autre but...
Croyez, cher Jean Madiran, à mes sentiments les plus reconnaissants, fidèles et fraternels.
Michel de Saint Pierre.
13 mars 1986.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|