Renouveau dans la continuité...du renouveau théologique antérieur. par Scrutator Sapientiæ 2012-05-08 10:43:34 |
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Bonjour Théonas,
I.
Première remarque : j'ai déjà fait part, à plusieurs reprises, de mes remarques critiques, sur l'herméneutique "bénédictine" du renouveau dans la continuité, non avant tout de la Tradition-objet, mais avant tout de l'Eglise-sujet, il est vrai.
Je considère en effet qu'il s'agit d'une herméneutique
1. qui n'a rien de totalement nouveau : c'était déjà l'herméneutique "paulinienne", notamment au cours des années 1965-1968 ;
2. qui minimise l'ampleur et la portée du renouveau, plutôt SANS la continuité que DANS la continuité, vis-à-vis du Magistère et de la pastorale antérieurs, renouveau qui a été instauré au moment et au moyen du Concile ;
3. qui ne peut déboucher que sur un recentrage palliatif, et non sur une restauration curative, notamment dans le contexte européen.
Deuxième remarque : il y a une autre manière, iconoclaste, ou en tout cas indépendante, de recourir à la notion de "renouveau dans la continuité" : sous un certain angle, le Concile Vatican II est évidemment synonyme de renouveau (doctrinal, liturgique, pastoral) dans la continuité...du renouveau théologique qui a eu lieu, qui s'est produit, en amont du Concile,
- avec un premier départ, en 1937-1938,
- avec un deuxième départ, en 1945-1946,
- puis avec une décennie entière de montée en puissance, en grande partie "contra-positionnelle", par rapport au Magistère de Pie XII, dans les années 1950.
En ce sens, il est possible de dire que le Concile Vatican II est bien synonyme de renouveau, dans la continuité, id est dans le prolongement, vis-à-vis du renouveau théologique qui l'a précédé et préparé, sur d'assez nombreux points, dans les années antérieures.
Troisième remarque : si l'on part de la constatation, que je crois objective, selon laquelle c'est le tournant THEOLOGIQUE des années antérieures au Concile qui précède et prépare le tournant MAGISTERIEL du Concile lui-même, on se donne la possibilité de comprendre le dispositif et la dynamique conciliaires en pensant un peu moins aux années du Concile, c'est-à-dire aux années 1960, et un peu plus aux années du pré-Concile, c'est-à-dire aux années 1950.
Je veux dire par là que trop souvent, nous sommes d'autant plus "remontés" contre la part de renouveau immodéré, incontrôlé, pour ne part dire de rupture, inhérente au Concile, que nous sommes victimes d'une association d'idées, voire d'un raisonnement de cause à effet : les années 1960 ont commencé par le Concile et se sont terminées par l'année 1968, "DONC" le Concile est à l'origine du fait que bien des hommes d'Eglise ont plus été asservis à l'esprit du monde, tel qu'il s'est manifesté, en 1968, qu'ils n'ont résisté à cet esprit du monde.
Cette association d'idées n'est pas totalement erronée, ce raisonnement de cause à effet n'est pas complètement infondé, mais je voudrais dire que les théologiens et les évêques qui ont fait Vatican II ont été au moins aussi sensibles au renouveau intellectuel, philosophique et surtout théologique, qui a précédé et préparé le Concile, qu'au renouveau culturel et matériel, moral et social, qui s'est produit, en Europe occidentale, pendant "le tournant des années du Concile".
Quatrième remarque : là où vous posez un lien de concomitance, entre la mise en place d'une morale inversée, non plus avant tout responsable, mais avant tout libertaire, et d'une religion inversée, non plus avant tout au service du seul vrai Dieu, mais avant tout au service de tous les hommes, je suis tenté de poser un lien de causalité entre une THEOLOGIE inversée, non plus édificatrice mais émancipatrice, à coloration "anthropocentrique" et oecuméniste, et un MAGISTERE inversé, moins prescripteur et plus suggestif, à tonalité "anthropologale", respectueuse de la dignité et de la liberté de l'Homme.
Or, "l'Eglise du Concile" peut très bien à la fois
- continuer à dire OUI à cette inversion théologique et magistérielle,
- continuer à dire NON, a minima aux abus et aux excès véhiculés par cette inversion morale et par cette inversion religieuse,
sans pour autant RELIRE le Concile à la lumière de la Tradition dans un but qui serait de RELIER le Concile à la lumière de la Tradition, dans ses aspects les moins "anthrocentriques" ou "anthropologaux".
En guise de conclusion sur ce point, je veux dire qu'il pourrait être réducteur de donner à croire que le Concile a été ce qu'il a été, avant tout parce qu'il y a eu "une interaction dialectique" entre le texte du Concile et le contexte des années 1960, au point ou au risque de faire passer au second plan les textes, théologiques, qui ont précédé et préparé le texte, magistériel, du Concile.
II. Je me permets de vous renvoyer à la (re)lecture de Tertio Millenio Adveniente, comme à une assez bonne illustration magistérielle de ce que j'ai essayé de dire dans la première partie du présent message :
" 6. Jésus est né dans le peuple élu, en accomplissement de la promesse faite à Abraham et constamment rappelée par les prophètes. Ceux-ci parlaient au nom et à la place de Dieu. L'économie de l'Ancien Testament, en effet, vise essentiellement à préparer et à annoncer la venue du Christ Rédempteur de l'univers et de son Règne messianique. Les livres de l'Ancienne Alliance sont ainsi des témoins permanents d'une pédagogie divine attentive.(8) Cette pédagogie atteint son but dans le Christ. Celui-ci, en effet, ne se limite pas à parler « au nom de Dieu » comme les prophètes, mais c'est Dieu même qui parle dans son Verbe éternel fait chair. Nous touchons ici le point essentiel qui différencie le christianisme des autres religions, dans lesquelles s'est exprimée dès le commencement la recherche de Dieu de la part de l'homme. Dans le christianisme, le point de départ, c'est l'Incarnation du Verbe. Ici, ce n'est plus seulement l'homme qui cherche Dieu, mais c'est Dieu qui vient en personne parler de lui-même à l'homme et lui montrer la voie qui lui permettra de l'atteindre. C'est ce que proclame le prologue de l'Évangile de Jean: « Nul n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui l'a fait connaître » (1, 18). Le Verbe incarné est donc l'accomplissement de l'aspiration présente dans toutes les religions de l'humanité: cet accomplissement est l'œuvre de Dieu et il dépasse toute attente humaine. C'est un mystère de grâce.
Dans le Christ, la religion n'est plus une « recherche de Dieu comme à tâtons » (cf. Ac 17, 27), mais une réponse de la foi à Dieu qui se révèle: réponse dans laquelle l'homme parle à Dieu comme à son Créateur et Père; réponse rendue possible par cet Homme unique qui est en même temps le Verbe consubstantiel au Père, en qui Dieu parle à tout homme et en qui tout homme est rendu capable de répondre à Dieu. Plus encore, en cet Homme, la création entière répond à Dieu. Jésus Christ est le nouveau commencement de tout: en lui, tout se retrouve, tout est accueilli et est rendu au Créateur de qui il a pris son origine. De cette façon, le Christ est la réalisation de l'aspiration de toutes les religions du monde et, par cela même, il en est l'aboutissement unique et définitif. Si, d'un côté, Dieu, dans le Christ, parle de lui-même à l'humanité, de l'autre, dans le même Christ, l'humanité entière et toute la création parlent d'elles-mêmes à Dieu, plus encore, elles se donnent à Dieu. Ainsi, tout retourne à son principe. Jésus Christ est la récapitulation de tout (cf. Ép 1, 10) et en même temps l'accomplissement de toute chose en Dieu, accomplissement qui est à la gloire de Dieu. La religion qui a pour fondement le Christ Jésus est la religion de la gloire, c'est exister dans la nouveauté de la vie à la louange de la gloire de Dieu (cf. Ép 1, 12). Toute la création est en réalité une manifestation de sa gloire; en particulier, l'homme (vivens homo) est une épiphanie de la gloire de Dieu, il est appelé à vivre de la plénitude de la vie en Dieu. "
"Le Verbe incarné est donc (?) l'accomplissement de l'aspiration présente dans toutes les religions de l'humanité: cet accomplissement (?) est l'œuvre de Dieu et il dépasse toute attente humaine. C'est un mystère de grâce."
"De cette façon (?), le Christ est la réalisation de l'aspiration de toutes les religions du monde et, par cela même, il en est l'aboutissement (?) unique et définitif."
Il me semble que l'on peut voir dans ces deux phrases des éléments de continuité, relative ou sectorielle, entre le renouveau théologique pré-conciliaire et le renouveau magistériel conciliaire, sans que l'on puisse par ailleurs considérer que leur auteur a souscrit à la morale inversée et à la religion inversée qui se sont déployées à partir des années 1960.
Le spécifique du renouveau conciliaire résiderait donc davantage dans sa subordination au renouveau philosophique et surtout théologique antérieur que dans sa subordination au climat ambiant qui a caractérisé les années 1960, en morale et en religion.
Bonne journée.
Scrutator.
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