Mai 1932-Mai 2012:actualité de Caritati Christi Compulsi (Pie XI). par Scrutator Sapientiæ 2012-05-01 21:09:08 |
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Voici le début de cette lettre encyclique, datée du 3 mai 1932 :
" Vénérables Frères, Salut et Bénédiction apostolique !
1. La charité du Christ Nous poussait, le 2 octobre de l’année passée, à inviter, par l’Encyclique Nova impendet, tous les fils de l’Église catholique, tous les hommes de cœur à s’unir dans une sainte croisade d’amour et d’aide mutuelle pour alléger quelque peu les terribles conséquences de la crise économique, dans laquelle se débat le genre humain. Et c’est vraiment avec un accord et un élan admirables qu’ont répondu à Notre appel la générosité et l’activité de tous. Mais le mal est allé croissant, le nombre des chômeurs a augmenté dans presque tous les pays, et les partis avides de bouleversement en profitent pour leur propagande ; aussi l’ordre public est-il toujours plus menacé, et les dangers du terrorisme et de l’anarchie pèsent-ils toujours plus graves sur la société.
Dans un tel état de choses, la même charité du Christ Nous presse de Nous adresser de nouveau à vous, Vénérables Frères, à vos fidèles, au monde entier, pour exhorter tous les hommes à s’unir et à s’opposer de toutes leurs forces aux maux qui accablent toute l’humanité et à ceux, encore pires, qui la menacent[1].
L’AMPLEUR DE LA CRISE ACTUELLE
2. Si nous remontons, par la pensée, la longue et douloureuse suite de maux qui, triste héritage du péché, ont marqué pour l’homme déchu les étapes du pèlerinage terrestre, difficilement, depuis le Déluge, rencontrons-nous une crise spirituelle et matérielle aussi profonde, aussi universelle que celle que nous traversons maintenant : les plus grands fléaux eux-mêmes, ceux dont les traces sont restées indélébiles dans la vie et dans la mémoire des peuples, s’abattaient tantôt sur l’une nation, tantôt sur l’autre. Maintenant, au contraire, c’est l’humanité entière qui se trouve étreinte par la crise financière et économique et de façon si tenace que, plus elle cherche à se dégager, plus 1 ses liens semblent impossibles à rompre : il n’y a pas de peuple, il n’y a pas d’État, de société ou de famille, qui ne soit plus ou moins gravement accablé par les calamités ou ne sente le contrecoup de celles des autres.
Ceux-là mêmes, un tout petit nombre, qui semblent avoir entre leurs mains, avec les richesses les plus démesurées, les destinées du monde, ces quelques hommes eux-mêmes qui, par leurs spéculations, ont été et restent en grande partie la cause d’un tel mal, en sont bien souvent, eux aussi, les premières et scandaleuses victimes, entraînant avec eux dans l’abîme les fortunes d’une masse innombrable d’autres hommes ; et ainsi se vérifie terriblement pour le monde entier ce que le Saint-Esprit avait déjà proclamé de chaque pécheur en particulier : Ce qui sert à l’homme pour pécher, sert aussi à son châtiment[2].
La cupidité racine de tous les maux
3. Déplorable condition des choses, Vénérables Frères, qui fait gémir Notre cœur de Père et Nous fait sentir toujours plus intimement le besoin d’exprimer selon la mesure de Notre petitesse les sublimes sentiments du Sacré-Cœur de Jésus : J’ai pitié de cette foule[3]. Mais encore plus déplorable est la racine d’où naît cette lamentable condition de choses : car si ce que le Saint-Esprit affirme par la bouche de saint Paul est toujours vrai : La racine de tous les maux est l’amour de l’argent[4] 4, combien plus cette parole s’applique-t-elle au cas présent ! N’est-ce pas, en effet, cette avidité des biens de cette vie que le poète païen appelait déjà dans sa juste indignation auri sacra fames ; n’est-ce pas ce sordide égoïsme qui trop souvent préside aux relations individuelles et sociales ; n’est-ce pas, en somme, la cupidité, quelles qu’en soient l’espèce et la forme, qui a entraîné le monde aux extrémités que tous nous voyons et déplorons ? De la cupidité, en effet, naît la mutuelle défiance qui stérilise toutes les relations des hommes entre eux ; de la cupidité, l’odieuse jalousie qui fait considérer comme un dommage pour soi tout avantage d’autrui ; de la cupidité, le mesquin individualisme qui utilise et subordonne tout à son avantage propre, sans s’occuper des autres, bien plus, en foulant cruellement tous leurs droits. De là, ce désordre et ce déséquilibre injuste par lequel on voit les richesses des nations accumulées entre les mains de quelques individus qui règlent, selon leur caprice, le marché mondial, pour l’immense dommage des masses, comme nous l’avons exposé l’année dernière dans Notre Encyclique Quadragesimo anno.
4. Que si ce même égoïsme, abusant du légitime amour de la patrie et poussant à l’exagération ce sentiment de juste nationalisme que l’ordre légitime de la charité chrétienne non seulement ne désapprouve pas, mais sanctifie et vivifie en le réglant, si cet égoïsme s’insinue dans les relations entre peuple et peuple, il n’y a plus d’excès qui ne semble justifié, et ce qui entre individus serait par tous estimé condamnable est dès lors considéré comme permis et digne de louanges, du moment qu’on l’accomplit au nom de ce nationalisme exagéré.
À la place de la grande loi de l’amour et de la fraternité humaine, qui embrasse toutes les races et tous les peuples et les unit en une seule famille sous un seul Père qui est dans les cieux, c’est la haine qui s’insinue et pousse tout à la ruine. Dans la vie publique, on foule aux pieds les principes sacrés qui étaient la règle de toute vie en société, on en vient à saper les solides fondements du droit et de la fidélité sur lesquels devrait s’appuyer l’État, on voit contaminer et tarir les sources de ces vieilles traditions qui, dans la foi en Dieu et la fidélité à Sa loi, voyaient les bases les plus sûres pour le vrai progrès des peuples.
La guerre ouverte contre Dieu
5. Profitant d’un si grand malaise économique et d’un si grand désordre moral, les ennemis de tout ordre social, quel que soit leur nom : communistes ou autres – et cela est le mal le plus redoutable de notre temps – s’emploient avec audace à rompre tout frein, à briser tout lien imposé par une loi divine ou humaine, à engager, ouverte ou sournoise, la lutte la plus acharnée contre la religion, contre Dieu même, en exécutant ce programme diabolique : bannir du cœur de tous, même des enfants, toute idée et tout sentiment religieux, car ils savent fort bien qu’une fois enlevée du cœur des hommes la foi en Dieu, ils pourront faire tout ce qu’ils voudront. Et ainsi, nous voyons aujourd’hui ce qui ne se vit jamais dans l’histoire : le drapeau de la guerre satanique contre Dieu et contre la religion effrontément déployé par la rage abominable des impies à travers tous les peuples et dans toutes les parties de l’univers.
6. Il n’a jamais manqué de méchants ; il n’a même jamais manqué de négateurs de Dieu : mais ceux-ci étaient relativement peu nombreux, isolés, et constituant des exceptions ; ils n’avaient pas l’audace ou ne croyaient pas opportun de révéler trop ouvertement leur mentalité impie, ainsi que semble vouloir insinuer lui-même l’auteur des Psaumes quand il s’écrie : L’insensé dit dans son cœur :Il n’y a pas de Dieu ![5]. L’impie, l’athée, individualité au milieu de la multitude, nie Dieu, son Créateur, mais dans le secret de son cœur.
Aujourd’hui, au contraire, l’athéisme a déjà pénétré dans de larges masses humaines : avec ses organisations, il s’insinue aussi dans les écoles populaires, se manifeste au théâtre, et utilise, pour une plus large diffusion, les inventions les plus récentes, films cinématographiques, phonographe, concerts et conférences radiophoniques ; il a ses librairies à lui ; il imprime des opuscules dans toutes les langues, organise des cortèges publics, des expositions de documents et monuments de son impiété. Bien plus, il a constitué des partis politiques à lui, des formations économiques et militaires à lui.
L’infernale propagande de l’athéisme.
Cet athéisme organisé et militant travaille inlassablement par l’organe de ses agitateurs, au moyen de conférences et d’images, avec tous les procédés de propagande occulte et ouverte dans toutes les classes, sur toutes les voies publiques ; il donne à cette activité néfaste l’appui moral de ses propres Universités et enlace les imprudents dans les liens puissants de ses fortes organisations. À voir tant d’activité mise au service d’une cause détestable, elle Nous vient en réalité spontanément à l’esprit et aux lèvres la plainte attristée du Christ : Les enfants de ce siècle sont plus habiles entre eux que les enfants de la lumière[6].
7. De plus, les chefs de toute cette campagne d’athéisme, tirant parti de la crise économique actuelle, cherchent avec une dialectique infernale à faire croire aux masses que Dieu et la religion sont la cause de cette misère universelle. La Croix sainte de Notre-Seigneur, symbole d’humilité et de pauvreté, se trouve associée aux symboles de l’impérialisme moderne, comme si la religion était alliée à ces forces ténébreuses qui produisent tant de maux parmi les hommes.
Ils essayent ainsi, et non sans succès, d’unir la lutte contre Dieu avec la lutte pour le pain quotidien, avec le désir de posséder en propre un coin de terre, d’avoir des salaires convenables, des habitations décentes, en somme une condition de vie digne de l’homme.
Pour comble de malice, les aspirations les plus légitimes et les plus nécessaires comme les instincts les plus brutaux, tout sert à leur programme antireligieux, comme si les lois éternelles promulguées par Dieu étaient en opposition avec le bien de l’humanité, et comme s’il n’en était pas, au contraire, le seul protecteur sûr ; comme si les forces humaines, même avec les moyens de la technique moderne, étaient capables d’introduire contre la volonté du Dieu tout-puissant un ordre de choses nouveau et meilleur.
8. Hélas ! tant de millions d’hommes, croyant lutter pour l’existence, s’attachent à de telles théories dans un renversement total de la vérité, et vocifèrent contre Dieu et la religion. Et ces assauts ne sont pas dirigés seulement contre la religion catholique, mais aussi contre quiconque reconnaît Dieu comme Créateur du ciel et de la terre et comme Maître absolu de toutes choses.
Quant aux sociétés secrètes, toujours prêtes à soutenir les ennemis de Dieu et de l’Église, quels qu’ils soient, elles ne manquent pas de raviver toujours davantage cette haine insensée, qui ne peut donner ni la paix ni le bonheur, mais qui conduira certainement à la ruine.
9. Ainsi, cette nouvelle forme d’athéisme, tandis qu’elle déchaîne les plus violents instincts de l’homme, proclame avec une cynique impudence qu’il n’y aura ni paix ni bien-être sur terre tant que ne sera pas arraché jusqu’au dernier reste de religion, et supprimé son dernier fidèle. Comme s’ils croyaient pouvoir étouffer l’admirable concert dans lequel la créature chante la gloire du Créateur[7]. "
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