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L'art contemporain face à la loi
par origenius 2012-04-21 14:44:03
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L'art dit "contemporain" est pour le commun des mortels un objet de mépris ou, beaucoup plus rarement, d'admiration. Pour les uns c'est un ramassis de choses laides qui cultive la provocation, et pour les autres une nouvelle forme d'expression qui vaut bien l'art authentique.

Christine Sourgins est historienne de l'art et conférencière. Son article aborde un sujet méconnu du grand public : la transgression de la loi par l'art dit "contemporain." Ce moyen d'expression est en effet le seul qui ait le droit de bafouer, en toute impunité, les lois de la République. Prises d'otage, infanticides, sacrilèges... Cette étude, commandée en exclusivité par Défi culturel, révèle pour la première fois au grand public le statut incroyable dont jouit actuellement l'art dit "contemporain."

L’Art dit contemporain n'est pas la partie vivante de l'art moderne, encore moins l'art abstrait. Cet art, à la une des journaux, exposé dans les centres d'art officiels ou collectionné par les grands spéculateurs n'est pas, comme l'on pourrait le croire, l'art de tous nos contemporains mais d'une toute petite partie : les artistes héritiers de Marcel Duchamp, soutenus par des réseaux financiers, médiatiques et, surtout en France, étatiques.

Pour éviter toute équivoque, cet Art contemporain est abrégé en AC. Cette pratique artistique remonte à l'urinoir de Duchamp ; la "Fontaine" de 1917 est un readymade : "un objet appartenant à la vie quotidienne, détourné de sa fonction utilitaire, devenant œuvre d'art par la volonté de l'artiste". Grâce au détournement et à la provocation, présents dès l'origine, l'AC, qui va en découler des décennies plus tard, sera prédateur et conquérant : par le biais du ready-made, toute chose, tout comportement, acquiert le statut d'art. Duchamp outrepasse les limites de la définition séculaire de l'art, il accomplit, au sens étymologique, une transgression de l'art.

Vers 1960, cette pratique duchampienne, longtemps marginale, devint de plus en plus centrale, et son non-conformisme vira au dogme. Depuis lors, l'AC est une transgression de l'art devenue un art de la transgression. Sa logique interne le place donc régulièrement en conflit avec la loi.


Vols et infractions subventionnés


Pour ses tenants, la pratique duchampienne a une fonction critique, utile à la société, et la liberté d'expression en est une condition sine qua non. Mais cette liberté n'est donc pas, comme pour Montaigne, "de pouvoir toute chose sur soi", elle repose sur l'illimité absolu, l'absence de toute contrainte, le fameux "il est interdit d'interdire".

Par conséquent, toute restriction touchant l'action ou la parole d'un artiste est taxée d'abominable censure. Si pour sacraliser un sanitaire, il suffit de le mettre au musée, de même, un acte délictueux, lorsqu'il est conceptualisé, ou commenté par les critiques patentés des centres d'art officiel, devient tabou, intouchable, incontestable. Le catalogue du Fnac note, sans état d'âme, l'existence de "vols conceptuels" (*), et l'artiste Hervé Paraponaris exposa à la Fiac, en 1994, Tout ce que je vous ai volé, une collection de menues rapines qui sera saisie par la police lors de sa présentation au MAC marseillais en 1996. Il s'en suit la mise en garde à vue de

(*) Le Fond National d'Art contemporain collectionne l'AC avec l'argent des contribuables. Un choix de 200 œuvres du FNAC (1985-1999), Éditions du Chêne, 2001, p. 79.

l'artiste pour vol et du commissaire de l'exposition, pour recel ! Six objets seront restitués à leurs propriétaires, les 36 autres disparaîtront dans les méandres du Palais de justice. En 2009, l'artiste revient à Marseille pour "Post Production", une réplique récidiviste voulant se réapproprier l'œuvre évanouie (dessins des objets disparus, reconstitution du procès, photographies des lieux, "classements analytiques des vols réalisés"), "autant de métamorphoses visuelles donnant naissance à de nouveaux travaux".

L'infraction peut même devenir, on le voit, un fond de commerce. (*)

(*) Voir C. Sourgins "Crime, apologie et Art contemporain", Conflits actuels, N° 11, printemps-été 2003, pp. 85 à 94.

L'artiste estampillé AC, n'a pas de compte à rendre devant l'éthique ni la loi, sa seule responsabilité est médiatique : le retentissement dans les médias ayant valeur d'absolution. Il a satisfait au seul critère d'excellence reconnu par l'AC : il a réalisé une œuvre "pertinente".

Les maîtres de la confusion et de la frustration

Ainsi Alain Declercq s'est fait une spécialité d'œuvres qui questionnent les relations à l'autorité, au secret d'état ou au terrorisme œuvrant au centre d'art de Brétigny, il expose clairement sa pratique : "j'ai maquillé une voiture civile pour la transformer en voiture de police (...) et je proposais au public d'emprunter cette voiture, comme un stand de location. Fabriquer cette voiture était déjà un acte illégal mais protégé par le contexte du centre d'art, et pour que la voiture ne soit pas saisie, il fallait afficher un panneau "œuvre d'art" à proximité du véhicule !

Par contre, sortir dans la rue avec cette voiture faisait basculer réellement le principe en acte délictueux et on risquait une forte amende et 6 mois de prison ferme. Peu de gens sont vraiment sortis avec et le sentiment qui dominait était plus la trouille de se faire arrêter par de vrais flics, plutôt que de jouer au cow-boy. Mettre les gens face à leurs propres conventions est la chose qui m'intéresse le plus, même si en tant que propriétaire du véhicule, j'accompagnais les visiteurs dans leurs possibles déviances... (*) . On notera le respect de la loi ravalé au rang de convention personnelle.

(*) Catalogue "Hardcore, vers un nouvel activisme", Palais de Tokyo 2003, p.75. Cette exposition regroupait des œuvres particulièrement transgressives.

L'AC se veut aussi pédagogue à l'encontre du public, le poussant à remettre en cause ses "conventions". En 2000, Beaubourg, pour sa réouverture, exposait "Miroir qu'on casse" de Philippe Ramette : un fragile miroir rond, accompagné d'un maillet ; l'auteur avait beau déclarer "c'est un objet dont je n'imagine pas l'utilisation mais la perpétuelle attente", le musée provoquait bel et bien le visiteur au vandalisme avec un sadisme tranquille. Que se passera-il le jour où un visiteur passera à l'acte ? (*)

(*) Sur Pinoncelli martelant l'urinoir de Duchamp, cf. C. Sourgins, "L'effet Pinoncelli", Commentaire, N°114, été 2006, p. 457 à 461. Pinoncelli argua de sa qualité d'artiste et ne fut pas condamné.

L'affaire suivante en donne une idée : elle s'est produite aux USA mais pourrait arriver en France. Nous abordons le registre de la sexualité où l'AC est fort actif. En 2010, dans le cadre d'une rétrospective en hommage à Marina Abramovic, le MOMA à New York rejoue une ancienne performance de l'artiste, "Imponderabilia" créée en 1977 quand elle travaillait avec son compagnon Ulay : au musée, les deux artistes se plaçaient, nus, de chaque côté de l'embrasure d'une porte.

Le spectateur, qui doit passer dans cet espace rétréci, a un choix cornélien : à qui doit-il tourner le dos ? En 2010, Abramovic & Ulay sont remplacés par un couple de jeunes comédiens, nus dans une embrasure : mais, scandale, un visiteur s'avise d'avoir la main baladeuse ! Évacué par les services de sécurité, le visiteur a été radié du musée. (*) Voilà un apprentissage de la frustration qui donne le droit d'être frôlé mais pas de toucher, bref, un dressage déguisé en libertinage.

(*) L’œil, juin 2010, p.18

La prise d'otages élevée au rang des beaux arts

Tout ce qui est labellisé "AC" par le milieu de l'art échappe à la loi commune : "Présumés innocents. L'art contemporain et l'enfance", fut une exposition organisée en 2000 par le musée d'art contemporain de Bordeaux, le CAPC, qui présentait, entre autres, la vidéo d'Elke Krystufek où l'utilisation du concombre tenait plus du vibromasseur que de la cuisine occitane... Un père de famille, choqué par tout ce qu'avait vu son enfant lors d'une visite scolaire, porta plainte, puis l'association de protection de l'enfance "La Mouette" se porta partie civile, pour "diffusion de messages violents à caractères pornographiques ou contraires à la dignité accessibles à un mineur".

Les organisateurs sont mis en examen. Très vite, les commentateurs oublient que ce n'est pas vraiment les œuvres mais la visite obligée des scolaires qui pose problème (pour les centres d'art, le public "captif " des écoles peut représenter 60% de la fréquentation). Le Conseil pour la création artistique présidé par Marin Karmitz, ne s'inquiète pas des enfants mais s'alarme "d'une décision qui menace gravement les libertés de pensée, de création et d'expression des artistes".

Très vite l'affaire tourne au procès médiatique de l'association plaignante, accusée de porter sur l'enfance une vision rétrograde, de l'encager dans des "prisons sucrées". Les pro-AC, pour venir à la rescousse des mis en examen, firent même le procès des enfants, accusés d'être des "pervers polymorphes" selon l'expression de Freud. Parmi les trois organisateurs, certains eurent de la promotion : l'un est devenu depuis directeur de l'École nationale supérieure des Beaux Arts de Paris, une autre responsable de l'Art contemporain au Louvre ; ils furent renvoyés en juin 2009 devant le tribunal correctionnel ; e cour d'appel en cour de cassation, l'affaire traîna : il est difficile d'enquêter sur des œuvres éphémères, une fois l'exposition achevée.
Et tout finira par un non lieu en mars 2011. Même lorsqu'il met en cause l'innocence enfantine, l'AC est hors d'atteinte. (*) Il en profita pour se renforcer : désormais les organisateurs unissent l'utile à l'agréable.

(*) Cf. C. Sourgins, "L'innocence de l'Art contemporain", Commentaire, N°118, été 2007, p. 527 à 531.

L'exposition des photographies de Larry Clarke (*), une vision crue et sombre de l'adolescence, fut interdite au moins de 18 ans par la mairie de Paris : d'où polémique, scandale, battage médiatique... qui déplacèrent les foules vers les charmes de l'interdit. La transgression de la loi est un bon "plan com". Visiblement, en haut lieu, les artistes sont jugés plus fragiles que les enfants.

(*) Au musée d'Art moderne de la ville de Paris du 8/10/10 au 2/01/11.

Une œuvre d'Alain Séchas, "Professeur suicide", consiste en une vidéo montrant un personnage, dont la tête est dessinée sur un ballon gonflé, qui enseigne à de plus petites figurines du même type... le maniement d'une aiguille. Cette œuvre fut reproduite dans le numéro spécial de la revue Beaux-arts, consacré à l'Art à l'école (*), éditée avec le concours du Centre National de Documentation Pédagogique, de la Mission de l'Éducation Artistique et de l'Action Culturelle, bref des instances tout à fait officielles. L'œuvre sera même acquise par le FNAC.
Pourtant la loi réprime la provocation au suicide (cf. les procès liés au livre Suicide mode d'emploi) et le nombre de suicides est élevé chez les jeunes, régulièrement victimes du jeu du foulard... (**)

(*) "L’Art à l'école", hors série de Beaux-Arts magazine, sorti en octobre 2001, p.41.

(**) C. Sourgins, "L'Art contemporain à l'assaut de l'école", Conflits actuels, N°9, printemps 2002, », p. 164 à 176.

Les matériaux de l'AC : la chair, le sang et les larmes

Au chapitre des mauvais traitements et incitations diverses, les animaux font régulièrement les frais des exactions artistiques. Certes une œuvre comme celle de Sun Yuan montrant des animaux pris dans du ciment à prise rapide et agonisant pendant le vernissage (*) ne pouvait être produite qu'en Chine.

(*) "Représenter l'horreur", numéro spécial Art Press, mai 2001, p. 64.

En Europe, la loi et les associations de défense des animaux veillent : la "cause est équipée" comme disent les sociologues. Mais la loi peut être détournée : "Don't Trust Me, Ne me fais pas confiance", d'Adel Abdessemed, est une série de six vidéos où une main tenant une massue abat un porc, un bœuf, un mouton, un cheval, une biche.

L'œuvre fut exposée en 2008 au Magasin à Grenoble, sans réactions particulières, car les bêtes ont été tuées au Mexique, où la pratique est légale. Montrée en mars 2008 au San Francisco Art Institute (SFAI), l'exposition dut fermer rapidement face à la mobilisation des défenseurs des animaux... qui furent taxés d'extrémistes ne comprenant rien à l'art, et se laissant emporter par leur sensiblerie. (*)

(*) L'exemple a été donné par les grands de l'AC, dont Yves Klein. "Il faut détruire les oiseaux jusqu'au dernier" (Manifeste de l'Hôtel Chelsea, New York 1961)

L'AC ne fait pas que flirter dangereusement avec les limites de la loi ; il invente un droit nouveau : le droit d'inventaire, celui de voir uniquement ce qui fait plaisir. Otto Muehl est un actionniste viennois, il utilise le corps (le sien ou celui des autres) pour réaliser des performances où la pulsion se "libère" jusqu'à la violence. Le 23 janvier 1990 Muehl qui a créé une "commune", en fait une secte, est condamné à sept ans de prison pour abus sexuel sur mineur, viols et avortement forcés. Libéré, il devient le héros de la "lutte antifasciste contre la morale bourgeoise".

En 2001, il parade à un colloque organisé au Louvre, accueilli comme un martyr et un messie. La condamnation de Muehl est passée sous silence dans le catalogue de l'exposition du Louvre : exercice du droit d'inventaire. (*)

(*) Jean Clair dans De Immundo, Galilée, 2004, raconte ce parcours édifiant, p 73.

Qu'aurait fait la justice française si le groupe chinois "Cadavre" avait agi sur son territoire ? Avec cette œuvre (cuisiner et manger un fœtus humain), le cannibalisme est devenu de "l'art", commenté dans Art Press, revue d'AC cotée (*).

(*) Art Press, 2001, numéro hors série, Représenter l'horreur, p. 62, avec la banalisation de l'horreur, la distanciation qui convient à un propos scientifique. En 2001, l'œuvre de Xiao Yu, montrée à Berne, composée d'une tête de fœtus humain fixée sur le corps d'une mouette, le tout dans du formol, déclencha une polémique.

Au jeu du "cadavre exquis" la justice peut donner des signaux contradictoires. En 2008, à Sainte-Hilaire de Marville (Meuse), des dizaines de tombes chrétiennes furent profanées, le Procureur évoqua une action de "profanation gothique", l'expression revenait à prendre acte d'une sorte d'AC "appliqué", les jeunes pratiquant en somme, une "performance" dans le cadre du cimetière.

L'exposition "Our Body, à corps ouvert", composée de cadavres humains disséqués et "plastinés", avançait un intérêt artistique (les cadavres sont mis en scène, à vélo, jouant aux échecs...) et une fonction pédagogique. Elle attira 30 millions de visiteurs dans le monde. Mais, en septembre 2010, la France est le premier pays à interdire juridiquement ce type d'exposition à des fins commerciales.

Cependant même la Shoah est régulièrement transgressée. En 1996, Libera crée un camp de concentration en lego (comme si c'était un jeu d'enfant ?). Cette œuvre fut exposée au musée du Jeu de Paume (où les Allemands stockaient les œuvres d'art volées aux déportés, l'AC se veut contextuel) (*) sans que quiconque n'ose envisager une infraction à la loi Gayssot.

(*) Numéro hors série d'Art Press, juin 2003, "Le tabou d'Auschwitz" d'Eliane Burnet p.72 à 80. Jean Clair, De Immundo, op.cit., p.106 et suivantes : d'autres transgressions nazifiles.

En 2010, en Pologne, une affiche géante orne une galerie d'art de Poznan, on y voit une femme nue, couchée, portant un masque de Mickey et posant devant un drapeau à croix gammée ; la gérante de la galerie résume à l'AFP la position du milieu international de l'AC : "Nous n'avons pas dû l'enlever car c'est une œuvre d'art. Si c'était tout juste la croix gammée, il y aurait eu propagation de symboles nazi. La loi autorise leur utilisation dans un contexte artistique et scientifique".

L'AC se situe volontiers en amont du législateur qui peine à suivre : ainsi la transgression de la différentiation des espèces n'est pas traditionnellement balisée par le code pénal. Le duo d'artistes de "Art Orienté Objet" (Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin) ont des projets dignes de mutants : s'injecter du sang de cheval (*), produire des hybrides de dermes humain/cochon etc. La loi constitue une faible digue contre certaines "performances" : "Compte tenu de la déroute totale des idées éthiques et esthétiques issues de l'âge des Lumières, (l'artiste) propose de mettre un terme au contrat social actuel. Il faudrait le remplacer par (...) une transgression zoophile qui n'a pas sa place en Occident (...) l'animal est l'avenir de l'Homme" (**).

(*) Voir la performance de 2011, May the Horse Live in me, Galerie Kapelica, Ljubljana, Slovenia.

(**) Art now, Taschen, 2002, p. 256, à propos d'Oleg Kulik, qui, à quatre pattes, se transforme en chien, nu avec un collier, flaire et mord les passants etc.


L'art de la privatisation des idées et de la création


L'AC a anticipé, voir préparé certaines évolutions législatives. Yves Klein s'est approprié le ciel et un bleu allant jusqu'à le breveter (*), J. P. Raynaud continue : "Je m'approprie l'idée de peinture, elle est supérieure à la peinture". Mais de quel droit ? Les concepts ou les couleurs sont à tout le monde (en droit ce qui est protégé est, non pas l'idée, mais l'expression de celle-ci). À force d'appropriations tous azimuts, ces artistes n'ont-ils pas ouvert dans les cervelles la voie à Monsanto et à tous ceux qui veulent breveter le vivant ?

(*) La formule de ce bleu a été enregistrée le 19 mai 1960 à l'INPI sous enveloppe soleau.

L'artiste post-moderne recycle, pirate, remixe par coupé/collé, se comporte comme un "hacker", un pirate contemporain : le patrimoine est une banque de données à piller sans vergogne et le droit d'auteurs anciens ou d'artistes non-duchampiens est constamment menacé. Pourtant, les artistes conceptuels voudraient bien protéger leur pratique conceptuelle. Jakob Gautel avait apposé, en lettres d'or, le mot "Paradis" au-dessus de la porte d'un des WC de l'asile psychiatrique de Ville-Evrard. Me Agnès Tricoire, avocat à la cour, spécialiste en propriété intellectuelle a réussi à faire protéger l'œuvre.

Gautel n'a pourtant inventé ni le mot, ni l'écriture, ni le concept de Paradis ; la seule utilisation de lettrines est bien faible pour justifier la décision du juge (peu au fait de l'AC sans doute), car c'est bien le décalage entre l'inscription et le lieu, qui constitue un détournement, donc une œuvre immatérielle. Ce "Paradis" figurant sans autorisation sur une photo de Bettina Rheims a été jugé une contrefaçon (30.000 euros de dommages et intérêts en 2008).


Catharsis ou catastrophe intellectuelle et juridique ?



La légitimation de la transgression, y compris légale, est pédagogique et veut faire penser le visiteur ; ou bien elle repose sur le détournement de la notion de "catharsis". Celle-ci, par la représentation d'un acte réprimé, permettrait au spectateur de se défouler et de ne pas commettre d'acte répréhensible. Mais la catharsis/épuration des passions, telle que la concevait Aristote, passait par le dispositif théâtral et les ruses de la représentation au second degré. L'AC, lui, agit au réel "pour de vrai". Pourtant, les tenants de l'AC, ne jurent que par la catharsis sans considérer le phénomène de "mimêsis" qui, par l'exemple, peut inciter le spectateur à passer à l'acte. Toujours le droit d'inventaire.

Dans l'idéologie de l'AC, la transgression mène à une sorte de transcendance, la pratiquer c'est être l'élu d'une nouvelle religion qui procure l'exaltation des 3 D (Défi, Délit, Déni) et donne un sentiment de toute puissance dans la jouissance d'une impunité parfois subventionnée. L'AC a prétention à faire la loi, à la réécrire en bougeant sans arrêt les frontières de l'interdit, mais l'AC rêve d'aller plus loin. Le contrôle qu'exerce la loi sur le citoyen n'est certes pas toujours agréable ni ressenti comme juste, mais il a le mérite d'être explicite (telle infraction = telle sanction).

L'AC lui substitue un contrôle implicite, un apprentissage en douceur de la servitude volontaire, une soumission à la doxa dominante, celle du relativisme véhiculé par l'AC : tout est possible, tout se vaut, tout est permis, mais pour les maîtres de l'art seulement. Le visiteur, lui, d'incitation en frustration, de déconditionnement en stimuli artistique, acquiert des réflexes conditionnels, salive ou aboie comme le chien de Pavlof. L'AC se substituerait bien, in fine, à l'idée même de loi.


Christine Sourgins


Cordialement à tous

Origenius

     

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