Conversation du Pavillon bleu sur l’élection (Jean Madiran) par XA 2012-04-17 08:35:57 |
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Conversation du Pavillon bleu sur l’élection
Personnages de cette fiction
Solange (72 ans).
Camarsac (52 ans).
Antoine (40 ans).
Hubert (32 ans).
L’Abbe Giovanni Sfumatura, prêtre italien (83 ans).
Pour plus de renseignements sur ces personnages, on peut se reporter aux pages 9 à 12 et aux pages 91 à 94 des Dialogues du Pavillon bleu (Via Romana éditeur).
— Je vous préviens : cette fois, il n’y a pas d’apéritif.
— Comment ça, Solange ? proteste Antoine, qui a le privilège d’appeler Solange d’Artigues par son prénom. Vous n’auriez donc plus de votre vieux rhum de la Martinique, à couper avec un peu de sirop de sucre de canne pour l’adoucir sans le dénaturer ?
— Et mon martini-gin, dit Camarsac, soigneusement composé selon les proportions fixées à jamais par Tixier-Vignancour ? Plus rien ?
— Pas même un petit vin blanc secco d’Orvieto ? Pourtant…
— Mon cher Hubert, interrompt l’abbé Sfumatura, pour l’orvieto ce serait ma faute s’il n’y en avait plus.
— Rassurez-vous, rien nest fini, tout est toujours là bien rangé, mais sous clef.
— Solange, vous n’allez pas nous faire le coup du carême ?
— Ce serait à contresens un dimanche, reprend l’abbé, et surtout aujourd’hui où nous sommes, vous avez dû vous en apercevoir, le dimanche Laetare…
Solange
Oui mais la raison, c’est qu’aujourd’hui ce sera notre unique rencontre avant le premier tour. Je connais votre dédain à tous pour la vanité de ces élections prisonnières de l’illusion et du mensonge. Mais je sais aussi combien vite, même entre vous, une conversation sur les candidats peut s’animer aussi violemment qu’une algarade entre fans du PSG et de l’OM.
Camarsac
Alors, principe de précaution contre un éventuel échauffement excessif, pas d’alcool ?
Solange
Attendez ! Je vous ai tout de même carafé pour le repas un magnum de saint-georges-saint-émilion, un 2007 qui arrive à maturité cette année, à consommer bien entendu dans le respect du quatrième article de notre règlement intérieur : la tempérance.
Antoine
On n’aura pas à discuter longuement sur les candidatures. Le principe de l’élection à deux tours est simple et il suffit à régler ce carnaval : au premier tour on choisit, au second tour on élimine. Au premier tour je choisis le Front national, au second j’élimine Hollande.
Camarsac
Double embarras pourtant. Au premier tour on ne voterait pas Front national en général, mais on voterait Marine en particulier. Au second on n’éliminera pas Hollande, ou alors il faudrait voter Sarkozy !
Antoine
D’accord, un second tour Sarkozy-Hollande fera difficulté. Mais au premier tour je vote comme je l’ai toujours fait pour le mouvement le plus proche de nos idées, je vote pour le Front national.
Camarsac
Donc : Marine !
Antoine
Ce n’est pas si simple. D’abord je vote pour le drapeau. Je vote Front national. Je vote en souvenir de Jean-Marie Le Pen. En hommage. J’avais onze ans quand mes parents m’ont amené pour la première fois à l’un de ses meetings. C’est souvent d’un peu loin, et très grosso modo, que j’ai suivi ses combats. Quelle hauteur de vue ! Celle d’un homme d’Etat, d’un langage tellement supérieur à tous les bavardages des politiciens et de leurs commentateurs.
Hubert
Certes ! Voici ce que vient d’écrire Yves Daoudal, qui a travaillé avec lui et qui l’a bien connu : « Jean-Marie Le Pen charriait en lui toute l’histoire de France, la religieuse et la laïque, la royale et la républicaine, il avait un souverain mépris pour la pensée unique et disait ce qu’il pensait sans se préoccuper des conséquences, et ce qu’il disait était nourri par la tradition française. Et il osait dire que la politique doit être soumise à la morale et que la morale est le Décalogue. »
Antoine
Le Pen, sur les sujets les plus graves parlait comme… le Pape ! Jean-Paul II disait : « Une nation qui tue ses propres enfants n’a pas d’avenir. » Le Pen disait : « Tuer l’enfant c’est tuer la France. » Ce génocide, le plus massif de tous les temps, plus personne n’en parle.
Camarsac
Pas même Marine.
Hubert
Mais si ! Elle est justement la seule à en parler parmi les candidats.
Camarsac
Seulement pour – éventuellement – ne plus rembourser les récidivistes avec l’argent de la Sécu…
Hubert
C’est déjà ça : et ce doit être fichtrement important, puisque ça suffit pour qu’elle soit rageusement qualifiée d’« immonde » en cela, par le gouvernement Fillon. Mais en outre elle est, parmi les candidats, la seule à dire et à répéter le chiffre monstrueux du génocide par avortements. Elle dit, je cite : « Cela devrait nous interpeller qu’il y ait en France 220 000 avortements par an. » Mais elle constate que dans l’univers politique et médiatique tout le monde s’en fout.
L’abbé Sfumatura
A ce propos il me semble que vous autres Français vous avez un peu perdu de vue le caractère impératif des points non négociables de Benoît XVI.
Solange
Vous avez raison, l’abbé. Nos évêques ont laissé tomber. On ne peut pas exiger des candidats, dont aucun d’ailleurs n’est catholique pratiquant, qu’ils soient plus royalistes que le roi. Notez au demeurant que le discours politique, dans cette campagne, est très loin d’être à la hauteur de ce qui se passe en réalité, pas seulement en France : le plus grand génocide de l’histoire de l’humanité, déjà plus de sept ou huit millions de victimes rien qu’en France, et dans le monde entier, sous la présidence de l’ONU, des centaines de millions. Et cela continue sans troubler les consciences ni abaisser l’interdiction morale d’en parler.
Antoine
J’en reviens à mon vote du premier tour. Je n’adhère pas à tout ce que dit Marine. Mais j’ai choisi le drapeau dont elle est le porte-drapeau. Elle dit comme son père que la politique ne doit pas s’affranchir de la morale. On a beaucoup critiqué sa manière (trop autoritaire ?) de diriger le Front national. N’étant pas membre du Front national, je n’entre pas dans cette considération. Il se peut que le Front national soit mal dirigé : si c’est vrai c’est bien dommage mais il reste notre drapeau électoral. Si nous lui refusions notre voix, il ne nous resterait que l’abstention (ou le vote blanc) : Maurras sortirait de sa tombe pour nous accuser d’incivisme.
Hubert
Marine est épatante dans les affrontements. Elle a toujours une réplique rapide contre les sottises gauchistes des journalistes de télé ou de radio qui commencent par la prendre de haut et qui sont culbutés en moins de deux. Quel plaisir ! Au début elle faisait ses répliques les plus foudroyantes avec un gentil sourire, courtois et compatissant : c’était irrésistible. Maintenant elle est un peu trop uniformément passionnée. Certes, il y a matière à l’être, et la tension augmente à mesure qu’avance la campagne. Mais elle est plus efficace quand elle est plus calme.
Camarsac
Pourtant il est impossible d’apporter notre adhésion à toutes les énormités qu’elle dit. Je ne pense pas seulement à l’étrange insolence d’aller dire aux journalistes de La Vie (ex-catholique) : « Les curés devraient rester dans leur sacristie. » Et alors, parqués dans leurs sacristies, ils devraient laisser les églises à qui ?
Solange
On comprend bien ce qu’elle a voulu dire. Mais « les curés », comme elle dit, c’est-à-dire l’ensemble du clergé catholique en tant que tel, l’ensemble de ceux qui ont reçu l’ordination sacerdotale, n’appellent pas cet irrespect de galopin, – ou de franc-maçon.
Camarsac
Mais ce n’est pas le plus grave. Il y a de temps en temps chez elle la manifestation d’une sorte d’incompréhension du christianisme, et aussi une méconnaissance de l’histoire de France ; elle a des aperçus étonnants sur la Seconde Guerre mondiale, une conception confuse de la laïcité, une admiration (feinte ?) pour De Gaulle, tout un ensemble d’approximations inexactes ou erronées qu’elle ne me fera pas avaler.
Antoine
(agacé)
Elle ne vous en demande pas tant.
Camarsac
(furieux)
En tout cas cela m’inspire une réelle méfiance, et un pronostic très différent de votre naïveté.
Solange
(conciliante)
Allons, allons, cher ami, notre discussion électorale se situe à un niveau d’importance très inférieur à celui qui nous rassemble. Nous sommes essentiellement des réfractaires. Nous sommes réfractaires à la modernité idéologique, réfractaires aux droits de l’homme sans Dieu, réfractaires à cette démocratie moderne qui nous veut apatrides et illettrés. Nous n’avons pas l’illusion de confondre une élection présidentielle avec une soutenance de thèse pour un doctorat en philosophie politique.
Hubert
Je voterai Marine parce qu’elle est la seule, parmi les cinq candidats qui comptent, à défendre ce que Maurras appelait la plus précieuse des libertés temporelles : la liberté de la patrie. La seule aussi à parler de l’expansion islamique, de la prolifération des mosquées et des minarets, et de la viande halal que l’on nous fait manger sans crier gare, ce qui nous fait payer sans le savoir l’impôt islamique. Elle est la seule des cinq à braver la dictature idéologique qui, sous la menace de condamnation morale et juridique pour « islamophobie », cherche en fait à interdire toute critique raisonnable de l’islam.
Antoine
Un autre atout de Marine, c’est la solidité du programme économique qu’elle présente.
Camarsac
Marine économiste ? Permettez-moi de rigoler.
Antoine
Son programme économique a été établi par des disciples directs de Maurice Allais, le seul économiste français qui ait reçu le Prix Nobel d’économie. C’était en 1988. Il avait tout prévu, tout annoncé des résultats catastrophiques de la mondialisation et de la crise actuelle. C’est pourquoi le programme que présente Marine est de très loin le plus sérieux, le plus compétent, et c’est cela surtout que les médias s’efforcent de dissimuler.
Solange
Nous ne comprenons pas grand-chose aux problèmes économiques, mais la référence à Maurice Allais est décisive. Faites comme moi, allez sur internet vous renseigner sur Maurice Allais. Mais je me rappelle maintenant qu’il a toujours été honoré par le Front national.
Antoine
C’est donc sur ce Front national que l’on retombe si l’on cherche à voter pour la candidature la moins éloignée de nos idées.
L’abbé Sfumatura
Je remarque qu’aucun de vous ne propose de voter Sarkozy au premier tour.
Antoine
Evidemment !
Camarsac
Ce n’est peut-être pas mon dernier mot, mais cela risque fort de l’être : je ne me vois pas du tout votant Marine.
Hubert
C’est assurément mon dernier mot : je ne me vois pas du tout ne votant pas Marine.
Antoine
C’est mon dernier mot : au premier tour je choisis comme je l’ai dit.
Solange
Ce n’est pas mon dernier mot, mais je sens grandir une tentation de voter blanc. Je résisterai peut-être à la tentation.
L’abbé Sfumatura
C’est mon dernier mot, je vous rappelle votre Maurras : malgré ce qu’il pensait du suffrage démocratique, il s’interdisait l’abstention.
Propos recueillis par Jean Madiran
Article extrait du n° 7578 de Présent du Samedi 7 avril 2012

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