"Tepidorum Candor" : les éléments d'un Syllabus actualisé. par Scrutator Sapientiæ 2012-02-05 18:47:52 |
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Bonsoir,
Ceci ne constitue, une fois de plus, qu'une "tentative de contribution", par nature amendable et perfectible.
Merci par avance pour vos remarques et suggestions.
"Tepidorum Candor" : les éléments d'un Syllabus actualisé.
("Tepidorum Candor" voulant dire : la candeur des tièdes)
" I. Il est précisé ou rappelé qu'il est prescrit de croire
- non seulement en l'égale légitimité et en l'égale possibilité, dans l’ordre juridico-politique, dans la sphère du social et du temporel,
- mais aussi en l'égale authenticité et en l'égale crédibilité, dans l’ordre pneumatico-religieux, dans la sphère de la morale et du spirituel,
de toutes les croyances ou pratiques religieuses ou spirituelles, dans leur coexistence pacifique et dans leur convergence spirituelle, toutes les croyances ou religions étant a priori vraisemblables.
II. Certes, la majorité des catholiques a le droit de croire en l’authenticité, en la crédibilité, en la légitimité, en la possibilité, et en la vraisemblance de leur foi, de leur manière de croire en Dieu, mais cette manière de croire est aussi solide et valide que la manière de croire en Dieu propre à n’importe quelle communauté religieuse ou spirituelle.
III. Le criterium de solidité et de validité d’une croyance ou pratique religieuse ou spirituelle n’est pas son inspiration divine, son origine historique, ni son fondement ou son contenu, notamment doctrinal, mais l’attitude générale et généreuse de ses adeptes ou fidèles, attitude porteuse
- d’appréciation bienveillante et de dialogue chaleureux,
- de fraternité et d’humanisme, de dignité et de liberté,
- d’ouverture positive sur la modernité et sur les nouveautés,
- de respect et de souci des droits de l’homme,
- de sincérité et de tolérance,
non seulement à l’égard des autres croyants, mais aussi à propos des autres croyances.
IV. Il est possible, pour un chrétien, d’adhérer au Credo, en tant que manière de croire en Dieu, de penser Dieu, de dire Dieu, de parler de Dieu,
- 1. d’une part, uniquement dans la mesure où cela correspond à la spontanéité de sa sensibilité religieuse ou spirituelle,
- la sincérité qu’il investit dans la croyance propre à sa religion étant presque tout ou étant primordiale,
- la véracité qu’il attribue à la doctrine propre à sa religion n’étant presque rien ou étant secondaire,
- 2. d’autre part, uniquement dans la mesure où cela ne l’incite pas à envisager ou imaginer que SA religion soit LA religion.
V. Il est possible de croire, en ce sens que cela n’est pas impensable, mais aussi en ce que la connaissance de et par la foi est toujours approximative, et n'est ni impossible, ni certaine ; en effet,
- 1. d’une part, la religion chrétienne est d’autant moins l’unique nécessaire qu’elle n’est pas l’unique salutaire,
- 2. d’autre part, la religion chrétienne
a) n’est pas une religion placée sous le signe de la certitude intellectuelle, de l’exactitude théologique,
b) mais est, tout comme les autres croyances ou religions, placée sous le signe de la rectitude existentielle,
- non avant tout dans les relations spirituelles avec Dieu,
- mais avant tout dans les relations pacifiques avec les autres croyants et avec les autres croyances.
VI. Ainsi, la crédibilité et la légitimité du fondement et du contenu de la foi exprimée par la majorité des catholiques constituent une possibilité, si et seulement si on considère le dépôt de la foi, sous bénéfice d'adaptations, d'évolutions, d'innovations, comme
- plus ou moins concevable ou vraisemblable,
- quelque peu envisageable ou imaginable,
- modérément explicitable ou formalisable,
- potentiellement acceptable ou convenable,
- relativement pensable ou tendanciellement plausible.
VII. On rappellera ici que l’explicitation de l’exhaustivité, de la radicalité et de la spécificité du fondement et du contenu de la foi exprimée par la majorité des catholiques est toujours allégorique ou métaphorique, évolutive et figurative, non réaliste, mais symbolique, conjoncturelle ou conventionnelle.
VIII. Et l’adhésion de la conscience à cette explicitation est toujours laissée à l’analyse ou à l’appréciation, à l’estimation ou à l’évaluation, au concernement ou au discernement, à l’impression ou à l’opinion, au jugement ou au sentiment, des individus eux-mêmes, l’explicitation institutionnelle du dépôt de la foi étant une forme de canalisation et de formalisation des appréciations et estimations individuelles, évolutives, agglomérées et organisées, au sein de la communauté des croyants catholiques qu’est l’Eglise des catholiques.
IX. Pour des raisons découlant d’une inadaptation confessionnelle et intellectuelle, théologique, il est archaique ou rétrograde, arriéré ou démodé, dépassé ou périmé, nostalgique ou obsolète, anachronique ou réactionnaire, obscurantiste ou retardataire, en un mot : passéiste, de croire, de penser ou de dire sa foi différemment de ce qui est décrit et prescrit du point n° I. au point n° VIII.
X. Pour des raisons découlant d’une inadaptation psychologique et sentimentale, il est abêtissant ou intimidant, angoissant ou névrosant, auto-référé ou insulariste, misanthrope ou misonéiste, terrorisant ou traumatisant, en un mot : régressif, de croire, de penser ou de dire sa foi différemment de ce qui est décrit et prescrit du point n° I. au point n° VIII.
XI. Pour des raisons découlant d’une inadaptation existentielle et relationnelle, sociologique, il est asservissant ou irrespecturux, intolérant ou intransigeant, légaliste ou rigoriste, autoritaire et communautariste ou identitaire et sécuritatiste, en un mot : sectaire, de croire, de penser ou de dire sa foi différemment de ce qui est décrit et prescrit du point n° I. au point n° VIII.
XII. Mais le plus grave est ailleurs : cette attitude, passéiste, régressive, sectaire, n’est absolument pas authentiquement évangélique ; seule l’attitude, précédemment décrite et prescrite, comme devant et pouvant être générale et généreuse, porteuse
- d’appréciation bienveillante et de dialogue chaleureux,
- de fraternité et d’humanisme, de dignité et de liberté,
- d’ouverture positive sur la modernité et sur les nouveautés,
- de respect et de souci des droits de l’homme,
- de sincérité et de tolérance,
non seulement à l’égard des autres croyants, mais aussi à propos des autres croyances, est en effet authentiquement évangélique.
XIII. Toute croyance ou religion est, par nature et par principe, un moyen religieux et spirituel, parmi d’autres authentiques, crédibles, légitimes, possibles, et vraisemblables,
- de contribuer à l’amélioration des êtres humains et de l’agir humain,
- de converger, en direction et à la rencontre des autres religions, et au même titre qu’elles, dans le cadre de la concrétisation et de la consolidation de cette contribution.
XIV. En effet, toute croyance ou religion est humanisatrice ; aucune croyance ou religion n’est plus ou moins humanisatrice qu’aucune autre croyance ou religion, et s’il arrive que des croyants, que des adeptes d’une religion, commettent des actes contraires à la dignité et à la liberté de la conscience et de la personne humaine, c’est évidemment, d’une part, par accident et par exception, d’autre part, en contradiction, et non en conformité, avec le fondement et le contenu humanisateur de leur croyance ou religion.
XV. Le dialogue interreligieux ne doit en aucun cas être mis au service de quoi que ce soit d’autre que ceci :
- l’incorporation des croyances et religions, les unes aux autres, en vue de l’amélioration des hommes et de l’humanisation du monde,
- la légitimation des croyances et religions, les unes aux yeux des autres, et toutes aux yeux des hommes et du monde ;
En aucun cas il ne devra ni ne pourra être tiré parti du dialogue interreligieux pour annoncer quelque prétendue vérité absolue et certaine que ce soit, pour dénoncer quelque erreur supposée que ce soit, ni pour exhorter qui que ce soit à quelque conversion que ce soit. Si exhortation il y a, elle est au service de la convergence.
XVI. En outre, le dialogue interreligieux est modernisateur et totalisateur,
- en ce qu’il contribue à la modernisation, au renouvellement, de toutes les croyances ou religions, les unes au contact des autres, et toutes au contact des hommes et du monde,
et
- en ce qu’il contribue à ce que chaque croyance ou religion, considérée isolément, et toutes les croyances et religions, considérées globalement, manifestent et participent, réalisent et symbolisent, représentent et signifient l'accomplissement évolutif, indéfini, de la totalisation de l’homme et du monde.
XVII. Toute distinction entre « une » religion, qui serait « la » religion, et les autres religions, qui seraient moins vraies, moins justes, moins bonnes, est culpabilisante et discriminatoire, car attentatoire à la solidité et à la validité de chaque croyance ou religion, ainsi qu’à la dignité et à la liberté de chaque croyant, quelle que soit sa religion.
XVIII. Par voie de conséquence, ce qui disqualifie des croyants catholiques critiques, dissidents, hostiles, résistants ou réticents, face au dialogue interreligieux, et face aux points de ce texte,
- n’est plus leur hétérodoxie, leur infidélité, par rapport au fondement et au contenu de la doctrine de la foi, plus ou moins connue et reconnue par la majorité des catholiques, représentés par leurs évêques,
- mais est leur absence d’adhésion, voire leur lecture critique, au contact de la seule vision authentiquement évangélique qui vaille : celle selon laquelle toutes les croyances ou religions sont, non seulement également autorisées et légitimes, dans l’ordre juridique, mais aussi également authentiques et crédibles, car toutes vraisemblables, dans l’ordre religieux lui-même.
XIX. Même une atteinte aux droits de l’homme commise, localement et ponctuellement, par des membres d’une croyance ou religion, est moins disqualificatrice, sur le plan religieux lui-même, que la propagation ou la tentative de propagation de l’opinion infondée selon laquelle,
- d’une part, une croyance ou religion est vraie, d’une vérité absolue, synonyme de certitude et de complétude,
- d’autre part, puisqu’une croyance ou religion est vraie, c’est que les autres religions peuvent comportent des éléments de vérité, mais sont globalement erronées.
XX. Enfin, il va de soi que les fidèles catholiques devront être éclairés et éduqués sur tous ces points, et en particulier sur le fait que l’existence d’une multiplicité de croyances ou de religions, monothéistes ou on, n’est en aucun cas la preuve, le reflet, le signe ou la trace d’un désordre permis par Dieu, mais est au contraire la contrepartie d’une articulation, voulue par lui, entre la créativité humaine, en matière religieuse ou spirituelle, et l’harmonisation providentielle et surnaturelle, en devenir, entre toutes les croyances ou religions.
En particulier, on prendra bien soin de leur dire que, si Dieu est amour, si Dieu est lumière, pour autant, l’amour divin et la lumière divine, qui émanent ou proviennent de l’homme, qui retournent ou s’adressent à l’homme, découlent également de chaque croyance ou religion.
On prendra également bien soin de leur dire dans quelle mesure le Credo, en particulier celui de Nicée-Constantinople, est une formule de la foi située, donc datée, qu’il convient de mettre en perspective, dans le contexte de son époque, et qui reflète, à un moment donné, les préjugés des fidèles et la prétention d’une religion, non encore adaptée ni évoluée, alors qu’elle doit et peut l’être, par innovations successives, par l’ouverture sur les autres croyances ou religions, et en vue de l’unité de tous les croyants, pour la dignité et la liberté de l’homme, au cœur de ce monde. "
Bonne fin de dimanche à tous.
Scrutator.
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