Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose par Jean Kinzler 2012-01-14 21:15:09 |
|
Imprimer |
Aux Philippines, la question du mariage homosexuel revient régulièrement dans ce pays plutôt libéral comparé au reste de l'Asie, où a été organisée par exemple la première Gay Pride du continent. Suite aux propos du pape devant le corps diplomatique à l'occasion de ses voeux , la télévision philippine a consacré un certain nombre de reportages à la question du mariage entre personnes de même sexe, en interrogeant, dans ce pays majoritairement catholique, l'archevêque émérite de Lingayen-Dagupan au nom de la Conférence des évêques philippins. Comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous, l'archevêque dit ceci aux caméras: "J'éprouve de la sympathie pour les personnes homosexuelles. Je n'ai pas de problème avec elles. Je veux simplement leur dire que même si je leur disais que c'était bien qu'elles se marient, ce serait un gros mensonge". Et plus loin dans le reportage: "Que peut-il sortir de leur union? Rien! Ils sont deux, ils restent deux, et ils meurent en étant toujours deux. Mais il n'y a pas de possibilité pour eux de faire réellement union, encore moins de procréer". Interprété par le magazine philippin en ligne Urban Meter, cela donne, sous le titre "Les personnes infertiles ne peuvent se marier, dit l'Eglise catholique": "Dans ses récentes déclarations sur le rôle du mariage, l'archevêque Cruz a réaffirmé la position de l'Eglise catholique selon laquelle le sexe dans le mariage n'est là qu'à des fins de procréation uniquement, et que ceux qui ne peuvent ou décident de ne pas procréer commettent un péché mortel aux yeux de Dieu". Depuis, l'article tourne sur Twitter, où il figure en bonne place auprès de l'archevêque espagnol appelant au viol et du mariage gay menaçant l'humanité, deux autres déformations de la parole catholique dans les médias ces jours-ci.
En Angleterre, le Guardian, sous la plume d'Andrew Brown, tente de faire cesser la polémique sur l'interprétation médiatique des propos de Benoît XVI lors de ses voeux aux diplomates, qui avaient été répercutés par Reuters puis dans la presse sous la forme "Benoît XVI pense que le mariage gay est une menace pour l'humanité": "Le pape est catholique; c'est peut-être dans la nature des médias d'être fraîchement étonné par ce fait tous les deux mois. Il est également vrai que la bureaucratie vaticane est arrogante, secrète, se méfie des étrangers, et utilise un jargon presque impénétrable. Parfois, en tant que journaliste, vous avez à expliquer ce qu'elle veut dire. Mais rien de tout cela n'explique, encore moins n'excuse, l'affirmation selon laquelle il aurait dit que le mariage homosexuel était une menace pour l'avenir de l'humanité. Il ne l'a pas dit".
>"Violez les femmes parce qu'elles le méritent". C'est mot pour mot ce que le journal L'Express.be met dans la bouche de Mgr Francisco-Javier Martinez Fernandez, archevêque de Grenade, rebaptisé pour l'occasion Javier Jimenez, s'appuyant sur une traduction de l'écrivain portugais Manuel Antonio Pina, connu pour ses positions anti-catholiques. En cause, un paragraphe de l'homélie de Noël de l'archevêque, qui dit ceci: "Mais tuer un enfant sans défense, et que ce soit sa propre mère qui le fasse! Cela revient à donner aux hommes le droit absolu, sans limite, d'abuser du corps de la femme, parce que la tragédie c'est elle (la femme) qui l'avale, et elle l'avale comme si c'était un droit: droit de vivre toute sa vie affligée par un crime qui laisse toujours des traces dans la conscience et pour lequel ni les médecins ni les psychiatres ni toutes les techniques ne connaissent de remède". Rien là que de très classique dans le discours de l'Eglise, qui dit depuis longtemps que l'avortement est une violence faite aux femmes. Pina, et avec lui, des dizaines de sites et blogs athées, et - plus grave - un journal belge font mine de croire qu'il s'agit là d'un appel à violer les femmes qui avortent. La polémique enfle depuis hier sur les réseaux sociaux qui partagent à tout va le passage incriminé d'une homélie que l'on peut trouver dans son intégralité ici, ou voir sur cette vidéo, qui a été vue plus de 25.000 fois à l'heure où nous publions:
> Ce qui est étonnant, c'est que l'homélie en question ne date pas de cette année mais de... Noël 2009. Par quelle opération cette vieille homélie est-elle ressortie pour faire un tel buzz? Mystère. Mais ce qui est le plus troublant, finalement, c'est la façon dont "l'info" a été reprise sans aucun recul, par les blogs, médias et y compris sur les murs Facebook et comptes Twitter de nombreux catholiques scandalisés, comme si même chez ceux qui connaissent de l'intérieur la doctrine morale catholique un appel au viol de la part d'un archevêque était plausible. C'est peut-être le signe le plus frappant de la profondeur de la crise de confiance de fidèles plus déboussolés qu'on ne l'imagine par les scandales pédophiles à répétition de ces dernières années.
Mais ce n'est pas la première fois, loin de là, que l'épiscopat espagnol se voit caricaturer de la sorte. Le 23 novembre dernier, le cardinal Rouco, archevêque de Madrid, s'est fait accuser d'avoir dit que le mariage homosexuel était responsable de la crise économique. Or, son discours était un tout petit peu plus nuancé: comme on peut le voir dans le texte incriminé, il a dit ceci: "Mais il est particulièrement urgent de pointer les causes les plus profondes de la crise[...]. Elles sont, pour faire court et dans le fond, dans la perte de valeurs morales, qui découlent du relativisme et de l'oubli de Dieu et de sa sainte Loi, et dont les conséquences sont la corruption politique et économique, la cupidité, la recherche de l'intérêt personnel à tout prix, le mépris de la vie humaine à travers des politiques et une conduite antinataliste et pro-avortement, l'affaiblissement et la dissolution institutionnelle du mariage et de la famille, l'instrumentalisation et la détérioration de l'éducation. Cela ne peut que conduire aux situations sociales et économiques les plus délicates". Rien que le Secours catholique et bien d'autres ne disent, finalement, en pointant la fragilisation de la famille comme une cause importante de précarité économique.SOURCE
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|