Jean Madiran , il manque toujours une explication...., par Anne Charlotte Lundi 2012-01-13 09:10:07 |
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-Ce qui est à César-.
Si la doctrine de Charles De Koninck concernant la primauté du bien commun et la critique du personnalisme était connue en France dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il y a d’autres chapitres de sa pensée qui nous parviennent avec la publication de ses Œuvres en langue française, entreprise depuis 2009 par les Presses de l’Université Laval à Quibec (cf. Présent du 10 décembre dernier). Et ce qu’il dit par exemple dans son « Ce qui est à César » (Œuvres, tome II, première partie, p. 97 et suivantes) est toujours très actuel, car cela rejoint nos préoccupations et débats conciliaires d’aujourd’hui, mais sans les résoudre.
Notez la date, c’est en 1963, c’est-à-dire au début du Concile, que fut publié son Ce qui est à César. On y lit notamment :
« Si maintenant on juxtapose les textes du Magistère ecclésiastique sur cette question [la laïcité], rien n’est plus facile que de trouver celui-ci en flagrante contradiction avec lui-même. Et il est très vrai qu’à supposer qu’on fasse abstraction des circonstances historiques, contingentes, où l’Eglise s’est prononcée, qu’on ne tienne pas compte des significations diverses des mots selon le temps et le contexte, le Magistère se serait contredit. Mais les temps ont changé, le sens des mots a changé. »
Cela se présente comme une explication susceptible de dénouer les doutes, les questions, les contestations concernant les différences (allant jusqu’à la contradiction) entre l’enseignement du Magistère jusqu’en 1958 et certaines nouveautés issues du Concile et de son « esprit ». Mais cette explication, abondamment reprise littéralement ou en substance sur tous les sujets en débat depuis un demi-siècle, n’explique rien. Elle est beaucoup trop vague, aveuglément trop générale, et quelque peu désinvolte. Si l’on entreprend de la préciser cas par cas, elle s’effondre.
Pour s’en tenir au cas précis que vise Charles De Koninck, qui est celui de la « laïcité », l’explication est sans valeur, puisque depuis sa naissance (dans les années soixante à quatre-vingt du XIXe siècle), le mot n’a pas changé de sens pour ceux qui l’ont inventé et qui l’ont peu à peu imposé dans l’usage et dans les constitutions républicaines.
Si l’on écarte les embrouilles politiciennes et les astuces variables du vocabulaire électoral, on découvre que la « laïcité » acceptée dès le début par la démocratie-chrétienne et rejetée par le Magistère catholique, acceptée aussi dès 1963 par Charles De Koninck, est bien la laïcité de la « séparation », au sens de Littré en 1872 et de Renan en 1882.
Pour Renan la laïcité c’est « l’Etat neutre entre les religions, tolérant pour tous les cultes et forçant l’Eglise à lui obéir sur ce point capital ». Pour Littré c’est « la conception politique et sociale impliquant la séparation de la religion et de la société civile ». D’ailleurs le mot « séparation » n’a pas lui non plus changé de sens. Le Magistère était contre la « séparation » jusqu’à Vatican II ; il a fini par l’accepter (lettre de Jean-Paul II à l’épiscopat français, publiée le 12 janvier 2005). Tout cela est exposé en détail dans notre livre La laïcité dans l’Eglise, paru en 2005.
L’expression de Renan : « forcer l’Eglise à lui obéir sur ce point » peut paraître insolente. Et elle l’est. Mais elle est exacte. Ce sont bien, en fait, les pouvoirs temporels qui ont « forcé » l’Eglise d’abord à subir, puis à reconnaître la laïcité, c’est-à-dire la séparation entre la religion et la politique. Ils l’ont fait à mesure que, à la suite de la Révolution française, eux-mêmes cessaient peu à peu d’être chrétiens.
L’existence de contradictions (au moins littérales) entre la doctrine traditionnelle du Magistère et la plupart des nouveautés conciliaires a donc été reconnue dès 1963 par Charles De Koninck. Ces nouveautés nous ont été présentées revêtues de l’argument d’autorité, qui en soi est valable, mais en l’occurrence insuffisant. Gherardini assure : on nous affirme la continuité entre les nouveautés et la Tradition, mais on ne nous la montre pas. D’une manière analogue nous demandons une explication magistérielle concernant l’emploi officiel différent, voire contradictoire, des mots laïcité, socialisation, démocratie, droits de l’homme, etc. La seule explication connue à ce jour est celle de Charles De Koninck, et elle ne tient pas.
Présent du vendredi 13 janvier
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