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Il était une fille de Lorraine…
par Emmanuel 2012-01-06 11:42:53
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En d'autres lieux forumistique, voici ce que j'ai vu et qui correspond aussi à l'actualité du jour/de l'année.

J'ajoute à titre d'information : demain, messe traditionnelle en la cathédrale d'Orléans à 11h00 (la cathédrale est à quelques minutes de la gare ; et Orléans est à moins d'une heure de train de la gare d'Austerlitz à Paris...)



En 2012, nous fêtons le 600e anni­ver­saire de la nais­sance de sainte Jeanne d’Arc. Pour inau­gu­rer cette année consa­crée à la ber­gère de Dom­rémy, voici ce joli texte (à lire sur Et Maintenant Une Histoire) :



Que c’est donc grande pitié au royaume de France ! Depuis bien­tôt cent ans que dure cette guerre, que de mi­sères et de dévas­ta­tions ! Reconnaît-​on encore la France, la douce France, jadis le plus riche pays qui fût au monde, dans cette terre rava­gée, aux récoltes avares, au com­merce incer­tain, aux routes aban­don­nées ? France, très chère France, ne finiront-​ils donc point par te quit­ter pour rega­gner leurs îles, les mau­dits Anglais, les « Godons » comme on dit, d’où est venu tout cet acca­ble­ment ? Que faudra-​t-​il encore pour que tes fils s’unissent contre l’ennemi com­mun au lieu de se déchi­rer en clans fra­tri­cides, Arma­gnacs contre Bour­gui­gnons ? Hélas, tout est si triste et l’horizon si noir que c’en est vrai­ment à perdre l’espérance… De quoi par­ler sinon du mal­heur des temps ?

Et l’on en parle, on en parle par­tout, dans le moindre des vil­lages, où cha­cun se demande si, demain, une troupe d’Anglais ou de par­ti­sans de Bour­gogne ne vien­dra pas mettre le feu aux mai­sons, mas­sa­crer les familles, voler le bétail et piller l’église. Une petite fille née vers le début de ce XVe siècle, — en 1412 par exemple, — depuis qu’elle a été en âge d’écouter, n’aura guère entendu que des récits de mas­sacres et de désastres. A trois ans a-​t-​elle pu com­prendre, quand son père a raconté la ter­rible défaite subie par la fleur des che­va­liers fran­çais et l’odieux mas­sacre, ordonné par le roi d’Angleterre, de trois mille des plus nobles pri­son­niers ? Mais elle se sou­vien­dra tou­jours d’avoir vu, à sept ans, de ses yeux vu, la bataille que se livrèrent, à une lieue de son vil­lage, les Fran­çais enne­mis, à grands coups de haine sau­vage, et où tant revinrent bles­sés, ensan­glantés, et d’où maints aussi ne sont pas reve­nus… Encore toute petite, elle aura su par cœur la com­plainte qu’on chante dans toutes les provinces :

« Ayez pitié, beau sire Dieu,

tant en France qu’en autres lieux !

Ce serait dou­leur à outrance

que le si noble royaume de France

fût par mâle ten­ta­tion mis entier en perdition… »

A-​t-​on même un roi dans le royaume de France ? Au pauvre prince fou, dont on par­lait avec tant de tris­tesse, a suc­cédé on ne sait vrai­ment pas qui ! Les uns disent un petit Anglais, qui est encore presque au ber­ceau. Et les autres, un gamin débile, le dau­phin Charles, que nul sacre n’a fait encore recon­naître et qui, à Bourges, selon ce qu’on raconte,pense plus aux fêtes qu’aux com­bats. «Ayez pitié, beau sire Dieu ! »

Orléans, la grande ville, la der­nière place qui garde encore la Loire et empêche l’Anglais de déva­ler sur Bourges et tout le reste de la France, est assiégé depuis des mois, sans que per­sonne ne veuille ou ne puisse cou­rir à sa déli­vrance. Car cette année 1428, y a-​t-​il chose plus affreuse « que le si noble royaume de France… mis entier en perdition ? »

* * *

A Dom­rémy, en Lor­raine, une petite fille pense, depuis long­temps, à toutes ces choses, et elle en souffre dans son cœur. Elle a seize ans, mais paraît bien davan­tage. Elle est grande, robuste, de teint frais, de bon main­tien. Ses yeux,bien droits, sont pleins de lumière. Qui la connaît la dit pure, sage, d’une grande réserve et d’une exem­plaire piété ; et pour l’intelligence, cette pay­sanne en remon­tre­rait à bien des savants.

Ce n’est pas un grand vil­lage que Dom­rémy, qua­rante ou cin­quante feux à peine,— et ce n’est pas une mai­son bien belle que celle où habite cette enfant. Ses parents sont d’honnêtes pay­sans, fermes au tra­vail, fidèles à l’Église comme il en est maints en la France de ce temps. Juste à la limite des terres sou­mises au Dau­phin Charles et de celles qui ne le recon­naissent pas, Dom­rémy sait com­bien est dou­loureuse cette guerre et qu’il est grand temps de la voir se ter­mi­ner. La grande pitié du royaume serre le cœur de la petite fille. Qui donc y met­tra fin ?

Chaque jour elle va à l’église, qui est jus­te­ment toute proche de sa mai­son. Il n’est même pas besoin que la voix des cloches l’appelle à quelque office pour qu’elle y aille prier. Elle aime le silence de la petite nef, et l’odeur de l’encens qui y flotte. De tous les saints qu’on y voit en sta­tue, elle s’est fait racon­ter l’histoire : Mon­sei­gneur Saint Rémy, qui fut évêque de Reims et bap­tisa le roi Clo­vis, ce jour où le Saint-​Esprit lui-​même, sous la forme d’une colombe, lui apporta du ciel une ampoule d’huile bénite ; sainte Cathe­rine et sainte Mar­gue­rite, qui l’une et l’autre mou­rurent mar­tyres parce qu’elles ne vou­lurent ni tra­hir leur foi ni souiller leur pureté. Et, le plus grand de tous, plus puis­sant que les plus saints des hommes, saint Michel, l’archange, dont M. le Curé affirme qu’il est le chef des armées célestes et que nul ne l’a jamais vaincu ! D’ailleurs, cela ne fait aucun doute que saint Michel est invin­cible : ne vient-​il pas de le prou­ver ? Les Anglais qui assiégeaient,quelque part du côté de la Nor­man­die et de la Bre­tagne, le Mont qui porte son nom, n’ont-ils pas été contraints de battre en retraite ? Le Mont Saint-​Michel a été sauvé par son protec­teur du ciel.

La petite fille de Lor­raine songe et prie. Ne viendra-​t-​il pas un jour où tous ces saints qui aiment le royaume de France implo­re­ront le Sei­gneur pour lui ? N’enverra-t-il pas quelqu’un pour bou­ter les Anglais dans leurs îles, pour déli­vrer Orléans de leur menace, pour mener à Reims le petit Dau­phin Charles, afin qu’il soit enfin sacré Roi ? Les com­mères du vil­lage, celles qui, sur la place, bavardent, répètent sou­vent un dic­ton qui est connu de toute la France : « Ce que mau­vaise femme a fait, vierge sage l’aura défait. » La mau­vaise femme, nul n’en doute, c’est la reine Isa­beau qui a aban­donné son fils le Dau­phin Charles et a signé un traité hon­teux avec les Anglais. Mais qui sera la Vierge Sage ?

* * *

La petite fille de Dom­rémy a un secret. Jamais elle n’en a parlé à per­sonne, même pas à Hau­viette et Men­gette, ses deux plus chères amies. Cela a com­mencé il y a plus de trois ans, au cours de l’été, en l’an de grâce 1425 du Sei­gneur. Un jour qu’elle gar­dait ses trou­peaux, comme jadis Gene­viève la ber­gère, l’orage l’a for­cée à s’abriter dans une cha­pelle aban­don­née. Peut-​être s’y est-​elle endor­mie ? Peut-​être a-​t-​elle rêvé ? Comme elle était nette cepen­dant la voix qu’elle a cru entendre, lui criant : « Va au secours du Dau­phin ! » Puis, plus tard, comme elle était dans le jar­din près de l’église,elle a vu une grande lumière,et une voix, la même voix encore, elle en était sûre ! s’était fait entendre : « Je viens de Dieu pour t’aider à te bien conduire. Sois hon­nête et pieuse ; sois assi­due à l’église et je te pro­té­ge­rai.» Alors elle est tom­bée à genoux et, d’un seul élan de son âme, elle avait juré de se consa­crer à Dieu seul et de le ser­vir sa vie durant.

Depuis lors, ces mys­té­rieuses appa­ri­tions sont reve­nues bien sou­vent. Des figures comme elle n’en avait jamais ren­con­trées sur la terre, si belles, si étin­ce­lantes que le regard pou­vait à peine se poser sur elles… L’une est sem­blable à un oiseau mer­veilleux qui serait en même temps un beau jeune homme : saint Michel, l’archange… Elle a com­pris que c’était lui. Et près de lui, ces douces images, ces femmes aux traits res­plen­dis­sants ? Sainte Cathe­rine, sainte Mar­gue­rite, ses amies de la petite église, pré­sentes auprès d’elle dans toute leur gloire, droites sur l’herbe de la prai­rie ou dans une clai­rière de la chê­naie. Devient-​elle folle ? Non, non. Tout cela est vrai ; elle le sait, elle en est sûre. L’archange et les deux saintes sont venus sur la terre pour s’adresser à elle ; et leur mes­sage, elle le comprend.

Mais elle en a peur. Depuis trois ans que les mys­té­rieux visi­teurs célestes se montrent à elle, com­bien de fois ne lui ont-​ils pas répété les mêmes paroles ? Dieu a entendu la prière de son âme pure. Il a eu pitié du royaume de France. Quelqu’un va être chargé de sau­ver Orléans, de bou­ter les Anglais dans leur îles, de faire sacrer le Dau­phin Charles à Reims. Elle ! Ce serait elle ! Et la petite fille de se débattre, de pro­tes­ter. Depuis quand sont-​ce les jeunes filles qui mènent les armées et gagnent les batailles ? Depuis quand une pay­sanne de Lor­raine a-​t-​elle plus de science et de force que les che­va­liers du roi ? Il y a ainsi des jours, des mois, trois années qu’elle se débat, bien sou­vent en larmes, et que l’archange Michel ordonne, et que les Saintes lui adressent de fer­ventes implorations.

Le prin­temps 1428 est venu, tout chargé de mau­vaises nou­velles. La ville d’Orléans, dit-​on, est com­plè­te­ment blo­quée. Bed­ford, le chef anglais, annonce que bien­tôt il sera le maître de toute la France. Et les appa­ri­tions se font plus pres­santes, plus impé­rieuses. Dans le soleil de midi, dans le cré­pus­cule du soir, maintes fois la lumière surna­turelle scin­tille et les voix du ciel se font entendre. Une fois de plus, saint Michel a crié : « Fille de Dieu, obéis ! quitte ton vil­lage et pars ! Au nom du Roi du Ciel, que ton éten­dard se lève ! Har­di­ment, dresse-​le et cours à la bataille ! Dieu t’aidera ! »

* * *

La fille de Lor­raine a obéi. Elle sait exac­te­ment ce qu’elle doit faire : l’archange le lui a ensei­gné. Après tant de mois d’hésitation, de crainte, comme il est doux et repo­sant d’obéir à Dieu ! Hum­ble­ment, elle a accepté d’être un instru­ment entre Ses Mains Toutes-​Puissantes, de se lan­cer dans cette aven­ture extra­or­di­naire, de dire à la face du monde qu’elle déli­vrera Orléans, qu’elle fera sacrer le Dau­phin roi de France et qu’elle vain­cra l’Anglais.

C’est à Vau­cou­leurs qu’elle doit se rendre et au sire Robert de Bau­dri­court, capi­taine de la châ­tel­le­nie, qu’elle doit par­ler. Imaginez-​la… En cachette de ses parents elle est venue, la petite pay­sanne, vêtue comme une de ses pareilles, sans rien qui pût la dis­tin­guer. Elle est entrée dans le châ­teau fort, au milieu des sei­gneurs, des hommes d’armes ; il ne fal­lait rien de moins que l’appui de saint Michel lui-​même pour lui don­ner ce cou­rage. Parmi tant de gens, elle a piqué droit sur le Capi­taine, qu’elle n’avait jamais vu de sa vie, mais qu’une puis­sance mys­té­rieuse lui a désigné.

« Je viens de la part de Mes­sire, pour que vous me don­niez une armure, un che­val d’armes, une bonne escorte de sol­dats et que vous me fas­siez conduire auprès du Dau­phin de France ! Car j’ai mis­sion de le mener à Reims rece­voir le sacre, lorsque les Anglais auront été vain­cus et que Orléans aura été sauvée ! »

Bien sur­pris, le capi­taine Robert de Bau­dri­court. Que lui veut cette petite fille ? Avec son beau regard franc, ses che­veux noirs bien coif­fés et sa figure si ouverte, elle n’a pour­tant pas l’air d’une folle.

– Mes­sire, dis-​tu ? Qu’est ce sire dont tu parles ?

– Celui qui pos­sède le royaume de France comme tous les royaumes de la terre : le roi du ciel.

Un moment il en est demeuré muet. Que Dieu puisse tout, il le sait bien, car il est bon chré­tien. Mais pour de telles affaires se servirait-​il de cette mau­viette ? Lui aussi pense comme la petite elle-​même a pensé jadis : ce n’est point une tâche de fille de mener les armées et de déli­vrer Orléans.

– Allons, rentre chez toi, dit-​il d’une voix qui vou­drait être rude et cepen­dant reste ami­cale. Retourne chez ton père. Il te don­nera sans doute une bonne taloche pour t’ap­prendre à racon­ter de telles sor­nettes et à venir me déranger !

* * *

Mais voici qu’à peine est-​elle retour­née chez ses parents — à qui il a fallu avouer l’histoire et qui n’en ont pas été bien contents, — que des nou­velles pires encore arrivent. Une troupe d’Anglais et de Bour­gui­gnons approche. Elle assiège Vau­cou­leurs. Il a fort à faire pour se défendre, le sire Robert de Vau­cou­leurs, mais peut-​être, au fond de lui-​même, pense-​t-​il par­fois à l’enfant rayon­nante qui, avec son assu­rance pai­sible, lui a dit qu’elle était char­gée de déli­vrer la France et d’y rame­ner la paix.

La petite fille de Dom­rémy, elle, n’a pas été décou­ra­gée par ce pre­mier échec. Les voix du ciel se sont de nou­veau fait entendre pour elle et elles l’ont conso­lée ; la lumière sur­na­tu­relle l’a de nou­veau enve­lop­pée. Main­te­nant elle n’a plus peur de pro­cla­mer à haute voix sa mis­sion. A Hau­viette et à Mengette,elle dit un jour :« II y a, je vous le déclare, entre Cous­sey et Vau­cou­leurs une fille qui, avant un an, fera sacrer le roi de France. » Et son ton est si ferme et si simple que ses amies ne rient pas : elles, dans leur cœur, elles ont cru.

Bien­tôt tout le vil­lage en chu­chote. Et l’on ne sait que pen­ser. Peut-​être ses parents feraient-​ils mieux de la marier au plus vite, au lieu de la lais­ser conti­nuer ses rêve­ries. Jus­te­ment voici qu’un gar­çon se pré­sente ; il pré­tend qu’il veut l’épouser et qu’elle le lui a pro­mis. Jusque devant M. le Curé, il répète qu’il a reçu sa pro­messe, qu’il en veut faire sa femme. Mais, ô stu­peur ! avant même que le prêtre ait tran­ché de l’affaire, voici qu’un matin on trouve mort le galant trop prompt à inven­ter des faux enga­ge­ments. Et l’on com­mence sérieu­se­ment à se deman­der, dans le vil­lage, s’il n’y a pas dans tout cela œuvre du Diable… ou de Dieu !

Ainsi passe l’été, s’écoule l’automne, et l’hiver com­mence. Après bien des semaines d’un dur siège, les enne­mis ont dû s’en aller, sans avoir pris Vau­cou­leurs. Mais la situa­tion demeure affreuse. Des bandes de détrous­seurs, des sol­dats sans armée, rôdent tou­jours dans la cam­pagne lor­raine, pillant et brû­lant. D’Orléans les nou­velles arrivent de plus en plus mau­vaises : les habi­tants n’ont plus guère de vivres, la gar­ni­son est épui­sée. Mais les voix reten­tissent tou­jours aux oreilles de la jeune fille. « Qu’attends-tu ? Pars ! Retourne à Vau­cou­leurs ! Va revoir le Capi­taine… » Et, de nou­veau, elle obéit.

Au châ­teau, Bau­dri­court ne refuse pas de la rece­voir. A-​t-​il réflé­chi ? A-​t-​il, lui aussi, reçu un appel secret ? Grave, il écoute l’enfant lui redire : « Appre­nez, Mes­sire, que Dieu m’a fait maintes fois savoir que je dois aller vers le gen­til Dau­phin et le faire sacrer roi de France. Don­nez –moi des hommes d’armes, j’irai à lui et,avec son armée, je déli­vre­rai Orléans ! »

– Soit, je te crois ! J’écrirai au Roi et s’il accepte de te rece­voir, je te don­ne­rai bonne escorte et tu t’en iras à tes risques et périls, à tra­vers tant de pro­vinces enne­mies, pour lui parler.

Tan­dis qu’elle attend que le Dau­phin réponde, le bruit de son his­toire se répand de plus en plus. Il y en a qui y croient, il y en a qui s’en moquent. Bien­tôt trois che­va­liers viennent la trou­ver et se mettent à son ser­vice. Eux, ils ont confiance en elle ! Si elle part, ils par­ti­ront pour lui ser­vir de garde. Mais il y a aussi ceux qui refusent d’admettre cette bizarre aven­ture. Et ceux-​là per­suadent le Sire de Bau­dri­court qu’il fau­drait d’abord s’assurer que ce n’est pas une sor­cière. Et on l’asperge d’eau bénite ! Et on la prie de se confes­ser. Comme toutes ces épreuves tournent au béné­fice de la jeune fille, le Capi­taine est bien près de croire lui-​même en elle…

Un jour, elle revient à lui. L’heure a sonné, et les voix du ciel l’ont annon­cée. « Ne tar­dez plus, Mes­sire, au nom de Dieu ! Car aujourd’hui même, près d’Orléans,le Dau­phin a subi grand dom­mage. Si vous ne m’envoyez à lui, bien­tôt il en aura plus grand encore. » C’était le 12 février 1429. Le même jour, — la nou­velle en par­vint à Vau­cou­leurs une semaine plus tard,— l’armée de secours envoyée pour ravi­tailler Orléans, avec tout un char­ge­ment de vivres, de légumes, de harengs, avait été sur­prise par les Anglais et détruite.

Alors Bau­dri­court comprend.

* * *

Ouvrez la porte forte de la ville ! Lais­sez pas­ser cette troupe de guer­riers ! Au milieu des hommes d’armes, por­tant cui­rasses, casques et jam­barts, voyez-​vous cette mince cava­lière vêtue comme un jeune gar­çon, en pour­point noir et en chausses sombres, qui avance, le visage rayon­nant de joie et d’espérance, la main posée sur une petite épée ? C’est l’envoyée de Dieu qui part pour sau­ver la France, selon ce que lui ont dit l’archange saint Michel, sainte Cathe­rine et sainte Mar­gue­rite. Elle part vers Or­léans qui attend d’elle sa déli­vrance ; elle part vers le Dau­phin qui attend d’elle son trône ; mais elle part aussi vers Rouen, où, sur le bûcher, une mort affreuse l’attend… C’est Jeanne d’Arc, vous l’avez recon­nue, la Sainte de la Patrie, qui part vers son destin…

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En complément : Avec Jeanne

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