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par Hugues 2012-01-04 16:04:17
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Bonjour à vous.

J'avais copié-collé (en vrac) quelques articles parus lors de la sortie du film Amen. J'espère que cela pourra vous aider. J'ai aussi un fichier pdf, mais je ne sais pas comment l'insérer ici.

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Pie XII

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"Quand l'Histoire contredit la fiction" titre aujourd’hui à la Une Le Figaro qui explique : "L'affiche du film «Amen» de Costa-Gavras, demain dans les salles (en France, ndlr), continue d'alimenter les polémiques. Jean-Yves Riou, directeur d'«Histoire du christianisme magazine», rappelle que les faits historiques sont moins caricaturaux que ce que laisse entendre le cinéaste." A l'appui ce document historique exclusif : la couverture d'une brochure de masse distribuée en 1931 par le diocèse de Cologne, où la Croix du Christ fait voler en éclats la croix gammée. A côté, l'affiche du film. Et la "légende" explique : "L'affiche du film et la réalité historique".
"Un pape conjuré détestant les nazis. Une Eglise allemande persécutée et alliée objective des juifs aux yeux des nazis. Et si l'Histoire contredisait la fiction ?"; sous ce titre, Jean-Yves Riou, directeur de la revue Histoire du Christianisme Magazine, apporte aujourd'hui à la une du Figaro des témoignages historiques indiquant que "Pacelli aimait les Allemands mais détestait les nazis".
Nous reproduisons cette enquête avec l'autorisation de l'auteur. "Histoire du christianisme Magazine" aborde d'autres questions du pontificat de Pie XII (nn. 7 et 9).

"Les alliés noirs et rouges de la juiverie mondiale"

 « Ich bin da ! » A l'autre bout du fil le père Leiber a compris. Joseph Méller vient d'arriver à Rome et désire le rencontrer discrètement. Leiber est jésuite et secrétaire particulier de Pie XII. Méller travaille pour l'Abwher, le contre-espionnage militaire, c'est un rouage essentiel du projet de coup d'Etat dirigé par le général Beck, un ami de Pie XII. Le but des conjurés : renverser Hitler et négocier une paix honorable pendant qu'il est encore temps. Pour sonder les Anglais, les Allemands ont imaginé passer par le pape. Cet épisode, resté dans l'Histoire sous le nom des conversations romaines, se situe en 1940, après l'invasion de la Pologne et, avant, qu'Hitler n'attaque à l'Ouest. Le complot ne se concrétisera pas, mais, ainsi que l'écrit l'historien anglais Owen Chadwick : "Jamais dans l'Histoire un pape n'a été engagé d'une façon aussi délicate dans une conspiration tendant à renverser un tyran par la force". Mal connue, cette affaire, éclaire - surtout - la nature des liens qu'Eugenio Pacelli, ancien nonce à Munich puis à Berlin (1917-1929), entretenait avec l'Allemagne, avant de devenir pape sous le nom de Pie XII (1939).

Pacelli aimait les Allemands mais détestait les nazis. Il savait l'incompatibilité radicale du national-socialisme et du christianisme. Tout comme la majorité des cadres du catholicisme allemand. Tout comme les cadres nazis. Ainsi, Rosenberg : "Le catholicisme est, à côté du judaïsme démoniaque, le second système d'éducation d'espèce étrangère qui doit être vaincu psychiquement et spirituellement, si un peuple allemand, conscient de l'honneur, et une véritable culture nationale doivent naître un jour".
Devant la montée des périls, le 1er janvier 1931, le cardinal Bertram, président de la conférence épiscopale allemande, met les fidèles en garde contre le "christianisme positif" prôné par les nazis : une religion de la race et de l'Etat, un christianisme "purifié de ses souillures juives"; il est relayé le 10 février par une déclaration épiscopale qui interdit aux catholiques l'adhésion au NSDAP (Parti ouvrier national-socialiste allemand), sous peine d'être écartés des sacrements, voire privés de sépulture religieuse.

La brochure populaire que Le Figaro présente, ici, en exclusivité, démontre amplement cet antagonisme qui se manifeste dans les textes mais, aussi, dans la rue : insultes, agressions physiques, prises d'assaut d'évêchés par les jeunesses hitlériennes, arrestations et déportations. Et, enfin, lors des élections libres du 31 juillet 1932 : partout où les catholiques sont majoritaires, partout les nazis sont minoritaires.

L'accession d'Hitler au pouvoir complique la donne (30 janvier 1933). Il devient le chef légitime de l'Etat, souhaite un concordat, et multiplie les promesses de paix civile et religieuse. Les chefs de l'Eglise s'inquiètent : une opposition systématique aux nazis ne va-t-elle pas renforcer les préjugés anti-catholiques de nombreux Allemands. Depuis l'unité allemande (1861-1870) et le Kulturkampf (offensive culturelle anti-catholique, 1871-1878), les catholiques - 21,2 millions, soit un tiers de la population allemande, en 1933 - sont suspectés d'être de mauvais Allemands !

Le 30 mars 1933, les évêques lèvent, donc, à contrecœur, l'interdiction pour les catholiques d'adhérer au NSDAP, sans pour autant revenir sur la condamnation des erreurs doctrinales et éthiques. Certains, tel Mgr Schulte, cardinal-archevêque de Cologne, dérapent en autorisant la présence des étendards à la croix gammée dans les églises et la réception des sacrements en uniforme du parti ! A Rome, le cardinal Pacelli fulmine.

C'est dans ce contexte, à la demande d'Hitler, qu'un concordat est signé le 20 juillet 1933 entre le IIIe Reich et le Vatican. Kirkpatrick, chargé d'affaires de Grande-Bretagne près le Saint-Siège, écrit au Foreign Office le 19 août 1933 : "(Pacelli) n'a fait aucun effort pour dissimuler son dégoût pour les procédés du gouvernement d'Hitler. (...) (il) a également déploré l'attitude du gouvernement allemand dans les affaires intérieures, ses persécutions contre les juifs (…) le règne de la terreur auquel la nation tout entière était soumise.. (...) Un pistolet, dit-il était pointé contre sa tête et il n'avait pas d'alternative... (..) Si le gouvernement allemand violait le concordat, - et le Vatican était certain qu'il allait le faire - il y (aurait) au moins un document sur lequel fonder la protestation".

L'épiscopat se divise : faut-il continuer à dénoncer ou composer pour faire évoluer le régime ? De fait, Hitler a ouvert une brèche dans le front des évêques allemands. Ceux qui résistent, regroupés autour de Preysing (Berlin) et de son cousin, Galen (Munster), sont des proches de Pacelli qui informe Pie XI de l'évolution de la situation.

Comme prévu par Pacelli, entre 1934 et 1937, le Kirchenkampf (la lutte contre l'Eglise) s'intensifie. Les nazis attaquent sur tous les fronts : stérilisation obligatoire des malades mentaux, assauts contre les organisations de jeunesse, la presse, les écoles et les organisations professionnelles catholiques, procès de mœurs ou de trafic de devises contre des religieux. L'épiscopat réagit, mais en ordre dispersé.

C'est de Rome que vient la riposte. Février 1937 : Pacelli convoque Bertram, Schulte et les trois prélats les plus combatifs : Faulhaber, Preysing et Galen. Faulhaber rédige un premier texte que Pacelli complète de sa main. Résultat : le 21 mars 1937, l'encyclique « Mit Brennender Sorge » (Avec un souci brûlant) est lue dans les 15 000 chaires d'Allemagne. Cette condamnation claire est vécue comme une déclaration de guerre par les nazis qui répondent à la "provocation" par la violence.

Le pogrom de novembre 1938 contre les juifs est l'occasion d'une nouvelle escalade de la violence : à Munich, le gauleiter Wagner dirige ses attaques contre "la juiverie mondiale et ses alliés noirs et rouges", désignant ainsi le cardinal Faulhaber (appelé le Judenkardinal) à la vindicte de la foule, qui prend d'assaut la résidence épiscopale, faisant voler en éclat toutes les vitres à coups de pierres.

Désormais les évêques poussent les catholiques à la résistance passive et font des déclarations de plus en plus dures contre le régime, jusqu'à cette lettre pastorale collective (août 1943), dite Lettre des dix commandements, dans laquelle ils écrivent : "Tuer est mauvais en soi..., même si cela a été perpétré prétendument pour le bien commun : contre les malades mentaux, contre les blessés incurables... contre des prisonniers de guerre ou des détenus désarmés contre des hommes de races et d'origines étrangères". Göring se plaint amèrement : "L'Eglise catholique persiste à se conduire de manière indigne. Nous leur présenterons la facture à acquitter après la guerre".

Jean-Yves Riou, directeur d'Histoire du christianisme magazine.
© Histoire du Christianisme Magazine

A lire aussi:
19 Aspects du fondamentalisme national en Allemagne de 1890 à 1945, Louis Dupeux, Presses universitaires de Strasbourg, 2001, 300 p., 34 euros
20 Histoire religieuse de l'Allemagne, sous la direction de Paul Colonge et Rudolf Lill, Cerf, Paris, 2000, 440 p., 44,21 euros

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Dans son article intitulé: "Quand Pie XII redoute Hitler plus que Staline !", Yves-Marie Hilaire, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université Charles-de-Gaulle, Lille III et conseiller éditorial d'Histoire du christianisme magazine, révèle, à partir de rapports inédits des ambassadeurs de France près le Saint-Siège, l'Etat d'esprit du Vatican sur l'évolution de la guerre en Europe. Un article publié aujourd'hui par le Figaro et que nous reproduisons avec l'aimable autorisation d'Histoire du Christianisme Magazine.

"Quand Pie XII redoute Hitler plus que Staline !"

"Je redoute Hitler encore plus que Staline". Deux mois après l'agression nazie contre l'Union soviétique, dans une correspondance du 21 août 1941, l'ambassadeur de France près le Saint-Siège, Léon Bérard, rapporte à l'amiral Darlan cette confidence de Pie XII. Bérard raconte la scène : "Un membre du Sacré-Collège a félicité le pape de ne pas avoir fait la moindre allusion à la guerre contre l'URSS lors de la remise des lettres de créance du nouveau ministre de Roumanie (en guerre contre l'URSS aux côtés de l'Allemagne, ndlr). Le pape a répondu au cardinal : "Soyez sans crainte, je redoute Hitler encore plus que Staline. Et Bérard ajoute : cette appréciation est d'autant plus remarquable que le danger communiste n'a jamais cessé d'être au premier plan des préoccupations du Vatican". Les rapports des deux ambassadeurs de France, Wladimir d'Ormesson (mai à octobre 1940) puis Léon Bérard (jusqu'en août 1944), livrent des informations inédites sur l'état d'esprit du Vatican face à l'évolution de la guerre en Europe. On y apprend que Hitler est considéré comme l'ennemi de la civilisation chrétienne et que le pape place tous ses espoirs dans la résistance britannique et l'aide américaine. Et surtout : que l'attaque de l'URSS, n'est en rien considérée comme une "croisade". Ces rapports sont disponibles aux archives du ministère des Affaires étrangères, série Z, Europe-Saint-Siège 1939-1945. Le 24 juillet 1940, après avoir rencontré Mgr Tardini, substitut de la secrétairerie d'Etat, d'Ormesson écrit: "Pour le Saint-Siège, le bolchevisme reste évidemment l'ennemi numéro un mais ceci ne le rend pas beaucoup plus indulgent pour le nazisme que l'on ménage parce qu'il est proche et qu'on le craint mais que l'on déteste. A cet égard Mgr Tardini, qui appelle Hitler "Attila motorisé", me confiait également qu'il considérait que l'Espagne comme l'Italie étaient plus que jamais en ce moment entre les mains de l'Allemagne".

Le 21 août 1940, Myron Taylor, envoyé du président des Etats-Unis, Roosevelt, est reçu par le pape: "Le pape estime que seule la résistance de l'Angleterre serait capable d'enrayer l'hégémonie allemande, et il n'a pas caché à Myron Taylor tout l'espoir qu'il mettait en elle", écrit encore l'ambassadeur de France.

Le 13 septembre 1940, d'Ormesson est reçu le matin par le pape. Il raconte: "Je demande quelle est la position actuelle de l'Eglise en Allemagne. Le pape répond qu'elle est aussi mauvaise que possible, que la déchristianisation s'y poursuivait avec méthode et avec une âpreté particulière en Autriche. (...) Le pape n'a pas caché l'admiration que lui inspirait la tenue morale de la nation britannique, malgré les bombardements auxquels elle est soumise. Il m'a fait un vif éloge du roi et de la reine restés dans la capitale et donnant l'exemple".

Le 28 octobre 1940, d'Ormesson livre son rapport d'ensemble sur sa mission. Concernant l'attitude du Saint-Siège, il écrit: "Elle est très favorable à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, nettement hostile à l'Allemagne, encore plus à l'URSS, affectueuse et désolée envers l'Italie. (...) Le Saint-Siège redoute avant tout le triomphe total de l'Allemagne. Pour l'Europe, pour l'Italie, enfin pour l'Eglise. (...) Le Saint-Siège a cru que l'Angleterre avait des atouts pour une négociation après la défaite française... Quand il a vu la résistance britannique s'affirmer, se prolonger, il a pensé que la Grande-Bretagne pourrait peut-être sauver bien davantage encore, le Vatican a placé tous ses espoirs dans cette résistance et dans l'aide des Etats-Unis. (...) Pas la moindre trace de naziphilie au Vatican : Hitler est vraiment considéré comme l'ennemi de la civilisation chrétienne". L'ambassadeur pense qu'une seule chose pourrait modifier cette situation (...) C'est un changement radical d'attitude de l'Allemagne envers l'URSS et un conflit entre ces deux puissances. Le bolchevisme étant le principal ennemi de l'Eglise, l'Allemagne en serait réhabilitée". Dans ce cas, il pourrait y avoir une éventuelle "croisade" contre l'URSS.

Lorsque le 22 juin 1941, les nazis déclenchent l'opération Barbarossa, le Vatican va-t-il changer de ligne de conduite ? La correspondance du pétainiste Léon Bérard prouve le contraire.

Le 22 février 1941, Bérard rédige un grand rapport destiné à Darlan, intitulé Le Saint-Siège et la guerre, rétrospective. Extraits: "Le Saint-Siège aperçoit une opposition foncière, théoriquement irréductible entre la doctrine de l'Eglise et celle dont s'inspire le national-socialisme" (quatre pages sur le sujet). Bérard rappelle ensuite l'encyclique "Mit brennender Sorge" (1937) et la "Lettre des congrégations romaines des séminaires et universités" (1938) portant condamnation du racisme. Selon lui : "Le Saint-Siège estime que le nazisme tel qu'il s'est manifesté au monde implique une confusion totale du temporel et du spirituel. Et là-dessus, l'Eglise ne saurait transiger qu'au prix de ce qui serait à ses yeux une abdication".

Le 4 septembre, Bérard rapporte à Darlan un entretien avec Mgr Tardini : « Celui-ci fait état de la déception des puissances de l'Axe (en guerre avec la Russie, ndlr), surtout en Italie (...) du fait qu'aucune des paroles du Saint-Siège depuis deux mois ne contient d'allusion à la "croisade" contre le bolchevisme ». De son côté, toujours selon Bérard, le cardinal Maglione, secrétaire d'Etat, ne cache pas son admiration pour le patriotisme, l'endurance et la ténacité du peuple anglais.

Le 21 janvier 1942, Bérard rapporte les propos de plusieurs diplomates allemands en poste à Rome dans l'une ou l'autre des deux ambassades (auprès du Saint-Siège et auprès de l'Italie): "Il n'y aura pas de place pour le Saint-Siège dans l'Europe de l'ordre nouveau". Et plus loin: "On fera du Vatican un musée, aurait déclaré l'un d'eux et non des moindres". Bérard ajoute encore: "Au Vatican, on ne se fait guère d'illusion : en pleine guerre, le fait que le régime hitlérien observe si peu de ménagements à l'égard des confessions chrétiennes dans le Reich... est considéré comme une indication des mesures radicales qui seraient prises au lendemain d'une victoire".

© Yves-Marie Hilaire ZF02022604

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Extrait de l'interview du cardinal Jean-Marie Lustiger sur Europe 1 au Journal d'André Dumas du 14 février 2002, 12h15

A. Dumas : Oliviero Toscani adore décidément la provocation. Il l'avait déjà démontré à maintes reprises dans ses affiches publicitaires pour Benetton. Cela concerne cette fois l'affiche du film "Amen" de Costa Gavras qui va sortir le 27 février. Mgr Lustiger, Vous avez vu cette affiche ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
Cardinal Jean Marie Lustiger : Elle m'inquiète terriblement. Non pas seulement comme chrétien, comme catholique, mais comme citoyen pour l'ordre public.
A. Dumas : Il faut la décrire d'abord pour nos auditeurs.
Cardinal Jean Marie Lustiger : Et bien, ils vont la voir bientôt sur les murs des villes. C'est sur fond noir une croix gammée à laquelle il manque en bas un bras. C'est donc la croix chrétienne confondue, identifiée à la croix nazie. Et on ne voit que deux petits portraits d'un officier allemand découvert, sans coiffure, et d'un ecclésiastique. Les deux photos ne comptent pas. En réalité ce qui va compter c'est le graphisme et les couleurs.
A. Dumas : Et vous trouvez cela terriblement choquant.
Cardinal Jean Marie Lustiger : Je ne trouve pas cela choquant. C'est un fauteur de haines, ce graphisme. Vous comprenez bien que ce n'est pas en tant qu'Eglise seulement que je proteste parce que je me sentirais offensé, je suis blessé dans ma foi parce que je connais le nazisme mieux que M. Toscani. (…) On risque de voir demain sur les cimetières, sur les Eglises, le graphisme très intelligent de M. Toscani, comme un graphisme de haine, de la même façon qu'on trouve des croix gammées sur certaines tombes ou sur les synagogues. (…) A mon avis, c'est utiliser la violence, la haine, comme un signe provocateur pour faire vendre un film. (…) Répandre ce signe aussi visible, aussi facile à imiter, entrant dans la civilisation des symboles qui est la nôtre, à une jeunesse qui ne connaît rien du nazisme, qui ne connaît pas grand-chose de l'Eglise, qui ne connaissait rien de la déportation, qui reprend les signes nazis pour exprimer je ne sais quelle protestation, qui va démolir les cimetières, je trouve que c'est irresponsable. Tout cela, c'est pour gagner de l'argent.

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Entretien: « Amen. un mauvais film pour la repentance » Trois questions à Jean-Yves Riou, directeur d´HCM A quelques semaines du début de la polémique à propos du film "Amen", Jean-Yves Riou fait le point en trois questions trois réponses.

Comment évolue la polémique autour d'Amen ?
J'entends des choses très bizarres, y compris en milieu chrétien, y compris dans les médias chrétiens. Notamment sur la repentance. Que l'on se comprenne bien, entre la défense d'un pape « outragé » et six millions de victimes : il n'y a pas photo ! Et notre préoccupation doit d'abord aller à la compréhension de ce qu'a été cette tragédie. Je l'ai déjà suggéré dans notre numéro du magazine sur le film : la Shoah est un drame singulier et cosmique, qui doit être médité. La responsabilité des chrétiens, si responsabilité il y a, doit être jugée à l'aune de ce qu'a été ce crime. Point. Mais ce n'est pas ce film – intéressant à cause des questions métaphysiques qu'il pose – qui va nous aider à trouver de bonnes réponses à de bonnes questions. Tout simplement parce que la thèse du film relève du hold-up intellectuel. Si j'osais, je dirais que cela me fait penser au bouquin de Laurence Lacour sur l'Affaire Villemin.

Pourtant on explique qu'il faut distinguer l'affiche du film ?
Cela n'a aucun sens. Non seulement il n'est pas possible de distinguer l'affiche du film mais on ne peut distinguer, l'affiche et le film, du livret que les journalistes ont reçu. Tout se tient. J'ai trop de respect pour M. Costa-Gavras pour penser qu'il soit incohérent. Pour le dire autrement : j'ai rarement vu une Une de magazine ne correspondant pas au contenu. L'affiche explique la collusion du christianisme et du nazisme, ou la co-responsabilité face à la Shoah. C'est M. Toscani qui le dit. Je suggère que l'on postule qu'il sache mieux le message qu'il souhaite faire passer qu'un juge, voire qu'un évêque. Chacun son travail, non ? En tout cas, c'est méthodologiquement plus sûr. J'ajoute que le débat autour de l'affiche ne m'a pas intéressé : cette affiche je ne l'avais même pas comprise avant de lire Toscani. Il faut dire que je n'imaginais pas que l'on puisse avancer l'idée d'une collusion entre la croix du Christ et la croix gammée. C'est tellement stupide que ç'en est presque désarmant. Quant au film, il dit quoi ? Il dit que le Vatican n'a pas condamné le crime parce qu'il avait peur du « péril rouge » et, au moins indirectement, parce qu'il préférait les « bruns » - rempart contre le bolchevisme - aux « rouges ». Le point suivant : c'est dans le livret remis aux journalistes : Pie XII était peut-être raciste, voire antisémite... ce qui expliquerait sa connivence brune, etc. Cette thèse est fausse, une véritable erreur judiciaire !
Et c'est grave ?
Ce n'est pas grave pour les relations judéo-chrétiennes qui sont fortes. Mais c'est doublement grave. D'abord, parce que ce film conforte les préjugés installés dans l'opinion publique. Ensuite parce que c'est un mauvais film pour la repentance. Il y a deux types de spectateurs : ceux - minoritaires - qui savent, et qui peuvent donc prendre de la distance avec le film, et ceux - majoritaires - qui ne savent pas et qui vont tout mélanger. Les échos qui remontent aujourd'hui en provenance de la base sont : « Ils se sont trompés hier, ils se trompent encore aujourd'hui ! » C'est d'ailleurs l'idée de Costa-Gavras : le chrétien de base ne peut être si mauvais mais l'Eglise catholique n'est qu'une institution politique poursuivant ses buts propres. L'option préférentielle pour les pauvres, c'est aussi se préoccuper de ceux qui n'ont pas toujours les outils intellectuels, voire spirituels, pour discerner, non ? La formation est tout de même un enjeu grave, pointé à juste titre par la Lettre aux catholiques de France. Alors, quand on laisse entendre qu'Amen est un bon film pour la repentance , cela fait désordre. Je sens l'agacement monter chez bien des historiens et cela désole le journaliste que je suis. Selon moi, la repentance est une intuition théologique géniale mais qui rencontre encore de fortes résistances. Parler de repentance sur des bases historiques faussées, c'est marquer un but contre son camp. On ne peut solder l'Histoire sous prétexte de repentance et de pastorale. C'est même la condition sine qua non de la repentance, non ?

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Jean-Yves Riou est le directeur de la revue trimestrielle "Histoire du Christianisme" (HCM) qui a déjà publié un numéro entier sur Pie XII ("Pie XII, Pape de Hitler ?", n. 7, mai 2001). Zenit lui demandé son point de vue historique sur le film de Costa Gavras "Amen" présenté au Festival du film de Berlin et qui s'inspire de la pièce de Rolf Hochhuth "Le Vicaire" (1963). Jean-Yves Riou a rencontré le réalisateur et publie un entretien avec celui-ci dans le prochain numéro de la revue HCM (n. 9, "La Shoah et Pie XII : les trois tentations de Costa-Gavras", sortie le 21 février en France).

Jean-Yves Riou, vous avez déjà publié un numéro de Histoire du Christianisme Magazine sur Pie XII, et vous en publiez un deuxième à l'occasion du film "Amen" que Costa Gavras a réalisé à partir de la pièce de Rolf Hochhuth "Le Vicaire". Vous avez vu le film, quelles sont vos premières impressions ?
Très mitigées. Bien sûr, Amen fait mémoire de la Shoah et c'est une bonne chose. La Shoah reste toujours un sujet d'actualité et de méditation. Bien sûr, Amen médiatise la figure de Kurt Gerstein, et je trouve cela important car c'est peut-être une forme de réponse publique aux délires négationnistes (ceux qui nient l'existence des chambres à gaz, ndlr). Et puis, Amen pose des questions de fond : l'indifférence, la responsabilité morale, le silence de Dieu au cour du mal, le sens de la vie... Ce sont d'excellentes questions et il est bien normal de les poser et de les entendre. Encore que je vous rassure, ce n'est pas M. Costa-Gavras qui les a inventées. Mais, selon moi, ce film donne de très mauvaises réponses. Et pour une raison très simple : c'est que l'Histoire a été sacrifiée sur l'autel du "pamphlet" cinématographique. En fait, la question du "comment ?" intéresse peu M. Costa-Gavras, il passe directement à la question du "pourquoi" ? Et là, il nous donne ses réponses qui ne sont que des opinions.

Vous ne diriez donc pas, comme on n'a pu le lire dans une dépêche récente, que c'est un "bon" film ?
S'il s'agit d'un jugement cinématographique, alors, oui, pourquoi pas, Amen est un bon film, mais je n'ai que la compétence du spectateur pour en parler. S'il s'agit d'un jugement sur la légitimité des questions posées, alors, oui, Amen est un bon film. Mais s'il s'agit du fond historique et de l'image que le film donne de l'Eglise catholique pendant la guerre, alors, Amen est un film tout bonnement caricatural. Au lieu d'aider à réfléchir, il va seulement conforter des préjugés et faire de l'Eglise catholique un bouc émissaire commode. Sait-on, par exemple, que l'Eglise catholique, selon le consul de Milan, Pinchas Lapide, juif lui-même, fut l'institution qui sauva le plus de juifs pendant la guerre (entre 700 000 et 860 000) ? (Three Popes and the Jews, 1967).

Le personnage clé du jeune père Fontana a-t-il une consistance historique ?
Non, contrairement à Gerstein, Riccardo Fontana est un personnage de fiction. En regardant ce film, le spectateur va être confronté à un dilemme permanent : s'agit-il de fiction ou s'agit-il d'Histoire ? Je comprends bien sûr les contraintes du média-cinéma mais, ici, le sujet est grave. Sur Fontana, on pourrait dire, aussi, qu'il représente une image inversée du jeune Pacelli : c'est un diplomate en poste à Berlin, un Romain, issu d'une famille de juristes au service du Saint-Siège... Et que pourrait signifier cette image inversée ? Mais tout simplement que la générosité se fourvoie dès qu'elle s'empêtre dans l'institutionnel. Bref, la religion est acceptable comme phénomène individuel, Riccardo est très sympathique et Mathieu Kassovitz très bon dans le rôle, mais une fois institutionnalisée la religion n'est qu'un lieu de pouvoir comme les autres, voire pire car dissimulé sous de bons sentiments.

Kurt Gerstein, l'officier SS, dans le film, rencontre le nonce à Berlin Mgr Orsenigo et le met au courant du traitement réservé aux juifs en Pologne. Comment s'est passée la rencontre, historiquement ?
Gerstein le dit lui-même dans son rapport cité au procès de Nuremberg : il n'a jamais rencontré le nonce. C'est donc une scène de fiction sur laquelle repose tout le film. Il est exact que Gerstein s'est présenté à la nonciature. On ne sait pas exactement quand (1942 ? 1943 ?). On sait qu'il a parlé avec un membre de la nonciature mais on ne sait trop qui ? C'est tout. Il faut aussi imaginer la réaction du personnel de la nonciature devant l'arrivée d'un type qui débarque en uniforme SS et qui prétend faire des révélations. Comment ne pas penser à une provocation ? Il existait d'ailleurs des précédents. Croire le contraire, c'est ne pas vouloir comprendre ce qu'étaient les nazis - à savoir, une bande de criminels et de la pire espèce - et ne pas comprendre ce qu'est un Etat totalitaire où règne le mensonge, la délation et la propagande.

Le film, comme la pièce, apparaît comme un réquisitoire contre le "silence" de Pie XII?
Oui, absolument. Le message est : Pie XII savait et s'est tu, et il s'est tu parce que c'était un "politique" obnubilé par la menace communiste, obnubilé par la survie de sa propre Eglise et de ses intérêts mesquins et peut-être, un peu, aussi, parce qu'il était raciste et antisémite. Autant de points qui ne tiennent absolument pas la route. Ainsi que nous l'avons démontré dans notre n° 7 d'Histoire du christianisme magazine.

Du point de vue de l'Histoire, peut-on dire que Pie XII a "parlé" ou non ? Que savait-il ?
Il faut distinguer avant et après le début de la solution finale. En 1942 on commence à savoir que le crime nazi est en marche mais certainement pas comme on le sait aujourd'hui. Penser le contraire est un anachronisme. Il existe des indices lourds, des informations remontent, mais elles sont tellement incroyables qu'on à peine à y croire, y compris dans les milieux juifs. Et puis évidemment les nazis dissimulent. Pie XII a rompu trois fois son fameux "silence" : dans une allocution au consistoire de Noël 1940, mais à l'époque la solution finale n'a pas commencé. Le 24 décembre 1942, c'est le radio-message de Noël montré dans le film, mais dans une version aseptisée, et le 2 juin 1943, devant le Sacré-Collège.

Pourquoi le discours de Noël 1942 est aussi long : qu'est-ce que Pie XII voulait dire exactement ?
Comme le montrent les travaux de l'historien Peter Gumpel, Sj, le discours de Pie XII est une réfutation point par point du programme "Neue Ordnung" (le Nouvel Ordre) annoncé par Hitler, y compris de ses thèses racistes. Evidemment on ne ferait jamais un telle réfutation dans ce style aujourd'hui : mais c'était le début de la radio on faisait cela à l'époque.

Pourquoi n'a-t-il pas employé le mot "juif"?
Le sujet a été discuté, notamment avec les Américains. Fallait-il employer le mot juif ? Il a été décidé que non, car le mot mettait Hitler dans une fureur dangereuse (on le sait par un rapport du nonce à Berlin qui avait vécu une telle expérience) et en espérant ne pas aggraver les déportations. On peut retrouver ces informations dans les Actes et documents du Saint-Siège, publiés entre 1965 et 1982, à la demande de Paul VI.

Peut-on dire que les nazis aient compris ce que dénonçait Pie XII?
Mais, bien sûr. Tout le monde a compris le message de Noël 1942. Les services secrets du Reich ont écrit que le pape "défendait les juifs criminels de guerre". Le New York Times a écrit que le pape défendait les juifs.
Au fond, la question posée par le film est : si Pie XII avait nommément désigner le crime nazi que ce serait-il passé ? M. Costa-Gavras semble penser que cela aurait pu, au pire, gripper la machine nazie, au mieux, la stopper. Et il avance ses preuves notamment, l'opération T4 contre les personnes handicapées : une protestation de l'Eglise ayant stoppé le crime. Mais la vérité, c'est que les nazis s'arrêtent... pour reprendre de plus belle. Et ça Amen ne le dit pas. En 1943, devant les cardinaux Pie XII explique pourquoi, il ne dénonce pas plus fort les criminels. Pourquoi refuser de l'entendre ? Il connaissait parfaitement les nazis et il existait des précédents de protestations publiques ayant très mal tourné : la Hollande, par exemple.

A votre avis, quelle est l'enjeu de ce film ?
On fait un film sur le passé pour interroger le présent. Je pense que c'est là l'intention profonde de M. Costa-Gavras. Il s'interroge sur l'indifférence, hier et - aujourd'hui-, sur le triomphe du cynisme, hier et - aujourd'hui-... L'enjeu, où les enjeux du film, dépasse donc le seul cas de Pie XII. En effet, pourquoi faire de Pie XII un bouc émissaire ? Ce n'est pas rationnel. Sauf à noter que "l'affaire Pie XII" commence dans les années soixante. Elle est presque contemporaine de la société de consommation et des sixties triomphantes. Ce n'est pas anecdotique. Selon moi, derrière "l'affaire Pie XII", il y a le christianisme. Plus précisément le christianisme dans son expression majoritaire, c'est-à-dire le catholicisme. Pourquoi ? parce que l'Eglise catholique est aujourd'hui encore la seule communauté qui prétend dire un bien et un mal "objectivable", c'est-à-dire non dépendants de la seule volonté individuelle. Et bien cette prétention est jugée irrecevable : ce film voudrait démontrer qu'une institution "politique" qui s'est autant trompée hier ferait mieux de se taire aujourd'hui. L'enjeu, ici, c'est la recevabilité ou la non-recevabilité, de la parole biblique pour nos sociétés. Si elle n'est pas recevable, comme d'ailleurs beaucoup de nos contemporains le pensent, ce sont inévitablement les plus pauvres et les plus faibles qui en pâtiront. Je pense, d'ailleurs, que les fondements du crime nazi sont métaphysiques. En cherchant à tuer Israël, les nazis ont cherché à tuer la parole biblique. Pourquoi ? Parce que la parole biblique, comme par un effet de miroir, renvoyait aux nazis la négation de leur propre volonté de puissance.

La revue "Histoire du christianisme Magazine" (HCM) n° 9: "La Shoah et Pie XII : les trois tentations de Costa-Gavras", est disponible chez les marchands de journaux à partir du jeudi 21 février (dans les grandes villes uniquement) et en librairie, sinon par correspondance : CLD, BP 203, 37 172 Chambray-les-Tours, (13, 50 euros, port compris). Renseignements (numéro en France) : 33 02 47 28 20 68.

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Golda Meir, ministre des affaires étrangères d'Israël en 1958 : "pendant la décennie de terreur nazie, quand notre peuple a subi un martyre terrible, la voix du pape s'est élevée pour condamner les persécuteurs et pour invoquer la pitié envers leurs victimes".

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