Messages récents | Retour à la liste des messages | Rechercher
Afficher la discussion

Que signifie Jeanne, aujourd’hui, pour nous ? par Tremolet de Villers
par Diafoirus 2011-12-29 11:37:40
Imprimer Imprimer

Nouvelles de la France qui vient

Entre Noël et l’An nouveau


… Et non pas au milieu de ces « fêtes de fin d’année » qui puent l’hypocrisie laïcarde, le méprisable respect humain et l’insulte faite à ce « Noël, Noël » qui est tellement une fête française que c’est au cri de « Noël, Noël » que les foules accueillaient Jeanne d’Arc venue les libérer, au mois de mai, de l’occupation des Godons.

L’An nouveau est précisément l’Année Jeanne d’Arc, et nous n’aurons pas trop de cette année pour nous ressourcer à l’eau pure et fraîche de Domrémy.

Que signifie Jeanne, aujourd’hui, pour nous ?
L’excellent numéro hors série du Figaro nous donne de nombreux commencements de réponse. En nos temps de féminisme, c’est une femme, et quelle femme ! O combien féminine, mais aussi, vierge. Donc jeune fille n’ayant point connu d’hommes, ce qui tranche beaucoup avec l’ordinaire du temps, aujourd’hui, comme hier, et comme toujours.

C’est par une vierge que la France est aidée, j’allais dire « des dieux » car, irrésistiblement, un tel événement nous ramène à Ulysse, à Ithaque, et à Athéna la déesse aux yeux pers, la vierge qui ramène le héros dans sa patrie, qui rend à Ithaque son roi retenu vingt ans loin du rivage par la mer infertile et vineuse.

Ulysse est une préfiguration. Venons-en à l’histoire réelle. C’est par une vierge que le « gentil dauphin », qui n’est pas au péril de la mer, mais réfugié à Bourges, va recouvrer ses droits sur le Royaume, en étant sacré Roi, à Reims.

D’abord, il faut voir, grâce à Fouquet, qui était « le gentil dauphin ». Ce portrait est d’une éloquence absolue sur les effets ravageurs de la guerre de Cent ans, et sur l’état de la dynastie. Voici un fils de fou – fou furieux qui a occis, dans sa première crise, six de ses écuyers… un grand malade à enfermer à Fresnes, section psychiatrie, il faut y être allé pour savoir ce que c’est, François Martellière, mon romancier préféré parmi les écrivains vivants, ne me contredira pas –, et d’une Allemande, la bavaroise Isabeau, à la cuisse légère – chose heureusement rarissime dans la famille de France – et au cœur encore plus incertain, mais à l’âme vénale (et là, nous sommes en plein dans notre temps de trafic d’influence, abus de confiance, corruption) qui, par le traité de Troyes, abandonne la France entre les mains du Roi d’Angleterre… Roi de France et d’Angleterre… Tel est le « gentil dauphin »…

Ensuite, il faut considérer la Cour céleste décidant d’intervenir dans un conflit que j’ai simplifié à l’extrême, mais qui, en réalité, entre Bourgogne et Armagnac, Flandre, Bretagne, Guyenne, Provence, Languedoc, Navarre et Berry, est beaucoup plus compliqué encore. Guerre de succession, procès en héritage, dont Jésus, déjà saisi de la question quinze siècles auparavant, s’est écrié : « Qui m’a fait juge de vos héritages ? » Histoire politique, judiciaire et donc temporelle, et par nature, partisane. L’Eglise, n’est-ce pas ? dans sa sagesse, est toujours au-dessus de ces querelles de partis. L’Eglise ne s’engage pas dans ces options politiques particulières.

En réalité, en France, l’Eglise, ou, du moins, les hommes qui la composent et la dirigent sont – hasard ? – avec le plus fort du moment, qui est l’Anglais, et son compère le Bourguignon, et ses affidés, Luxembourg…

« Il ne restait à la France qu’Orléans et Dieu !

« Orléans reste fidèle et Dieu suscita

« en Lorraine une Pucelle

« Qu’il nous envoya… »

La chansonnette n’est pas loin de l’essentiel historique. Mais combien de docteurs, penseurs, théologiens, chefs des prêtres et des pharisiens, sont pulvérisés dans leurs savantes théories par cette immixtion intolérable du religieux dans la politique, par cet impensable blocage politico-religieux, par le surnaturel au cœur du naturel, et, pire encore du politique, et pire du pire, de cette pointe aiguë du politique qu’est le militaire ?

Car cette vierge envoyée de Dieu est un chef de guerre.

Et, pour en rajouter encore dans l’incorrection historique, théologique, philosophique et politique, le chef de guerre, envoyé par Dieu – une fille de dix-sept ans – est aussi, et peut-être d’abord, une tête politique.

Va t’y retrouver, là-dedans, évêque, théologien, grand inquisiteur, politique avisé ! Personne n’y peut rien comprendre, sauf les poètes, les enfants, le peuple et les soldats : ceux qui ont gardé au cœur la grâce de l’émerveillement.

Pour tous les autres, c’est trop compliqué, comme l’est la situation actuelle. Mais pour les enfants, les soldats, le peuple… et ce gentil Dauphin chez qui ce ne peut être, vu l’état et la nature, que l’effet d’une grâce surnaturelle, Jeanne est la solution.

Car la vocation de Jeanne – l’incroyable de sa vocation – n’est pas tellement d’avoir libéré Orléans, vaincu les Anglais en galvanisant des troupes qui, épuisées par les défaites successives, attendaient n’importe quoi ou n’importe qui pour réagir et s’enflammer. L’incroyable est d’avoir donné sa vie, sans retour, pour ramener sur le trône, faire sacrer à Reims, ce « gentil dauphin » dont Fouquet nous a laissé le portrait. En le voyant, en considérant son ascendance immédiate, en faisant le compte de ses défaites et de ses atermoiements, qui n’aurait pas pensé : il n’a que ce qu’il mérite… ajoutant, in petto ou ab ore (dans le cœur ou sortant de la bouche), cette race est finie, à nous les responsabilités, éternel refrain de l’éternelle tentation gauloise et démocratique, en même temps que franque et aristocratique… le vrai mal français !

Jeanne a porté le fer au cœur du vrai mal français. Pour un temps qui dura plus de trois siècles, elle l’a, sinon éteint, car, aux guerres de religion, aux Frondes successives, il a toujours tenté de renaître, du moins suffisamment réduit pour que le principe de l’Un, non choisi mais donné pour commander, l’emporte.

Dans l’impressionnante richesse du témoignage de cette « fille de Dieu », nous n’avons peut-être pas assez médité cette leçon politique. Charles VII n’était pas Clovis, le valeureux guerrier franc, brutal et victorieux, ni Charlemagne, l’Empereur à l’épée triomphante, ni Philippe Auguste, le vainqueur de Bouvines, ni saint Louis, ni Philippe le Bel, ni Charles V le Sage, toutes figures qui pouvaient, à des degrés divers, inspirer l’enthousiasme et le désir, très humain, de se donner… Jeanne va à Charles VII qui n’a rien, ni physiquement, ni moralement, ni politiquement, ni militairement, ni économiquement… il n’est que faiblesse… mais c’est cette faiblesse que Dieu lui-même, par ses envoyés, lui a enjoint de faire triompher. Il n’a rien, mais Dieu a confirmé, sur lui, son choix. Et il deviendra par elle et puis aussi, après, par lui, Charles VII le victorieux.

« Rien n’est impossible à Dieu », d’une jeune fille illettrée des marches de Lorraine et d’un prince vaincu, ruiné et dépressif, Dieu a fait un grand Royaume.

Pourquoi ?

Pour manifester sa gloire ! Certes. Mais pourquoi la manifestation de sa gloire a-t-elle été de refaire, en Europe, le Royaume de France ?

Sinon, parce qu’il y a une grâce particulière attachée au royaume de France. Parce que dans l’histoire du salut, qui est une histoire, il y a une place spécifique à l’histoire de France.

Et que, pour le dire, même si d’innombrables autorités ecclésiastiques, aujourd’hui, n’y croient pas, ou n’y croient plus, ou ne veulent pas y croire, il y a une vocation spécifique, dans l’histoire du salut, pour le royaume de France.

Au temps de Jeanne, l’établissement ecclésiastique, les chefs des prêtres, les docteurs, les scribes et les pharisiens, n’y croyaient pas. Ils étaient hostiles en doctrine à ces blocages politico-religieux. Ils condamnaient Jeanne, hérétique et relapse.

Mais les enfants, les soldats, le peuple savaient que c’était Jeanne qui avait raison, et que Dieu n’était pas avec les évêques, les inquisiteurs, les docteurs, les scribes et les pharisiens, mais avec ce jeune et émouvant chef de guerre.

Cette histoire ancienne a effectué un retour prodigieux au XXe siècle. Jeanne, oubliée, contrefaite (qu’on songe à l’ignoble Voltaire), est devenue la Muse des amoureux de la France, et mieux encore, la Sainte de la Patrie.

Notre temps n’est pas son temps. Nos circonstances ne sont pas les siennes. Les caractères existentiels sont totalement différents. Mais demeure l’essentiel.

Aujourd’hui, comme hier, et comme demain jusqu’à la fin des temps, l’Eglise et le monde ont besoin d’un royaume de France.

JACQUES TREMOLET DE VILLERS

Article extrait du n° 7505 de Présent du Mercredi 28 décembre 2011

     

Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !


  Envoyer ce message à un ami


 Que signifie Jeanne, aujourd’hui, pour nous ? par Tremolet de Villers par Diafoirus  (2011-12-29 11:37:40)
      Superbe !!! par Fioretti  (2011-12-29 12:12:00)
          [réponse] par Ubique Fidelis  (2011-12-29 13:13:15)
      Avec Jeanne d'Arc ... c'est maintenant ou c'est dans ................. par Anne Charlotte Lundi  (2011-12-29 18:31:02)
      Saint Jeanne d'Arc par jejomau  (2011-12-29 18:39:46)
          "Il faut mettre fin aux luttes entre baptisés" par Chouette  (2011-12-29 18:52:42)


86 liseurs actuellement sur le forum
Mentions Légales
[Valid RSS]