L'individu contemporain a plutôt le désir de se prendre pour Dieu. par Scrutator Sapientiæ 2011-12-25 23:09:52 |
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Bonsoir et joyeux Noel à jejomau,
I. Nous assistons, au bas mot depuis le début des années 1960, à la mise en forme et en oeuvre juridique, logistique, médiatique, politique, de ce qui constitue à la fois une mouvance collective et une accumulation de tendances individuelles : "l'individu contemporain" est
- aliéné, et non animé,
- aveuglé, et non éclairé,
- asphyxié, et non inspiré,
- désorienté, et non orienté,
- désintégré, et non unifié,
par la banalisation, la concrétisation, la légitimation et la technicisation de son désir de se prendre pour Dieu.
II. Nous en avons de très nombreux exemples dans "l'agir concret des êtres concrets" ; pour aller vite, c'est cette mouvance et cette tendance qui se manifestent chez tous ceux et toutes celles qui entendent bien imposer, à eux-mêmes et aux autres, le fait de BOUGER et de CHANGER, de MODIFIER ou de MULTIPLIER, simultanément ou successivement :
- changer de conjoint et/ou multiplier ses partenaires,
- changer de personnalité et/ou multiplier ses relations,
- changer de religion et/ou multiplier ses opinions,
- changer une ou plusieurs parties de son corps et/ou son sexe,
- changer ses pratiques sexuelles et/ou multiplier ses pratiques sexuelles,
où l'on veut, quand on veut, comme on veut, avec qui l'on veut, ou contre qui l'on veut, même si c'est pour finir
- par se retrouver presque tout sale et presque tout seul, dans sa petite vie intérieure,
et
- par comprendre que le résultat de tout cela est obtenu, en définitive, contre soi-même.
III. De qui JFK était-il le nom, jusqu'à sa mort ? De quoi DSK était-il le nom, jusqu'à sa chute ? L'un et l'autre étaient le nom du désir de se prendre pour Dieu.
C'est la banalisation, dans le corps social, et la légitimation, dans l'esprit public, de l'assouvissement de ce désir de se prendre pour Dieu qui constituent les deux faces du même obstacle, considérable, qui se tient en travers de toute possibilité de ré-évangélisation de l'Amérique du Nord et de l'Europe de l'Ouest.
IV. Appelons cela par d'autres noms :
- le culte de la performance "sensationnelle" sans pertinence "significative",
- le culte de la domination agréable, mais fugace et futile, des autres, et non de la coopération profitable, car féconde et profonde, avec les autres,
- le culte de l'absolutisation et de l'intensification du moment présent ;
à chaque fois, nous avons le même raisonnement, même fonctionnement, la même "économie pulsionnelle" :
1 - d'une part, j'ai déjà ou j'aurai bientôt le droit de le faire ; et puis, si cela tourne mal, j'aurai de quoi acheter, sinon le procureur, du moins d'excellents avocats, et de quoi intimider les témoins ou les victimes, compte tenu de ma superficie médiatique ou de ma surface sociale ;
2 - d'autre part, j'ai les moyens corporels, culturels, matériels ou spirituels de le faire
a - même si ces moyens corporels ou matériels sont déployés grâce à de la facticité (la chirurgie esthétique, des substances chimiques, des relations tarifées par tiers payées)
b - même si ces moyens culturels ou spirituels sont déployés grâce à du conformisme sociologique ou grâce à de la duplicité idéologique ;
3 - en outre, si je le fais, cela sera flatteur pour mon ego, ou pour l'idée que je m'en fais, à l'endroit ou au moment où je le fais ;
4 - enfin, si je le fais, c'est parce que l'on n'a qu'une vie, et qu'elle est parfois courte et souvent ennuyeuse : deux raisons de plus pour assouvir son désir de se prendre pour Dieu, donc pour tout se permettre et pour ne rien se refuser ;
5 - DONC j'ai bien raison de le faire, et j'aurais grand tort de ne pas le faire, de m'abstenir ou de me retenir, de me priver d'une privauté.
V. Il appartient à l'Eglise de cesser de regarder cette mouvance ou tendance avec les lunettes roses avec lesquelles elle regarde fréquemment les signes des temps, depuis désormais cinquante ans, et de dénoncer, non des personnes, mais des principes et des pratiques qui relèvent de ce qu'il faut bien appeler une nouvelle normativité comportementale,
- partisane, aujourd'hui, de l'avortement, demain, de l'euthanasie,
mais aussi, parallèlement et simultanément
- militante en faveur, notamment, des bébés phoques et des ours polaires (contre lesquels je n'ai rien, je le précise).
VI. Ainsi, quand Mgr FISICHELLA nous dit que "le désir de l’homme est de connaître Dieu," dans l'absolu, philosophique et théologique, je comprends à peu près ce que cela devrait pouvoir dire, mais au concret, aujourd'hui, in vivo, je suis plutôt témoin du fait que le désir de l'individu contemporain est de se prendre pour Dieu.
VII. Déplorer le fait que "l'on (qui ?) veuille que Dieu soit mis de côté" n'est rien, si cette déploration ne débouche pas sur la dénonciation, contre-offensive, en quelque sorte, de la promotion, dans l'ordre médiatico-symbolique, audio-visuel, éducatif, culturel, au sens large,
- de l'adolescentisme ou de l'indifférentisme en matière religieuse,
- du conformisme ou du court-termisme dans l'ordre des préoccupations,
- de l'individualisme et de l'utilitarisme dans l'ordre des activités,
- du matérialisme et de la somatolâtrie, l'idolâtrie du corps,
- du mépris ou de l'oubli de Dieu, Père, Fils, Esprit, par la grande majorité des hommes et des femmes d'aujourd'hui,
- de l'orgueil (ennemi de l'humilité) ou de la paresse (ennemie de la sagesse) des êtres concrets dans le domaine spirituel.
VIII. Ce qui est nécessaire et préalable à toute possibilité de ré-évangélisation consiste donc à dénoncer, d'une manière explicite et spécifique, les stratégies ou les tactiques d'encouragement à l'assouvissement du désir de se prendre pour Dieu qui influencent l'individu contemporain, en même temps qu'elles le rendent étranger
- à une grande partie de son caractère, de son énergie, de sa fermeté, de son humanité, de sa personnalité, dans le meilleur sens du terme,
ET
- à l'accomplissement, libérateur et responsabilisant, mais "en esprit et en vérité", de sa vocation à connaître et à aimer le Dieu Trinité.
IX. En matière d'évangélisation, ou de réévangélisation, que vaudra une deuxième annonce ou une nouvelle annonce de Celui qui est "la Voie, la Vérité, la Vie", si elle ne comporte pas DAVANTAGE (il y a un grand et triste état de nécessité sur ce point) la dénonciation de la culture ambiante, qui est une voie sans issue, jalonnée de mensonges, et qui ne débouche que sur la mort, spirituelle et morale ?
X. Que vaudra une telle entreprise ecclésiale, si elle persiste à se placer, par endroits ou par moments, sous le signe de l'irénisme réaliste, au lieu de se placer résolument sous le signe, beaucoup moins consensuel et sympathique, du dramatisme prophétique ?
Encore une fois joyeux Noel, bonne nuit et bon début de semaine.
Scrutator.
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