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L'islam.. C'est quoi ?
par jejomau 2011-12-13 15:29:44
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Encore une fois, le Bulletin d'Amérique nous offre une réflexion remarquable sur l'Islam. Tant sur le plan historique que théologique. Déjà, ce site avait proposé une belle étude axée sur un ouvrage intitulée "réflexions sur la Révolution en Europe" portant également sur l'arrivée de l'Islam dans nos sociétés occidentales et les conséquences majeures qui ne manquerait pas de s'ensuivre.



Aristide pose les questions suivantes :

La question politique la plus importante qui se pose aujourd’hui à l’Occident, et peut-être même à l’humanité dans son ensemble, est sans doute : qu’est-ce que l’islamisme ? Qu’est-ce que cette violence perpétrée au nom de l’islam et qui, depuis les attentats du 11 septembre 2001, semble se répandre peu à peu sur toute la planète ?

Il souligne qu'une telle question - La question politique - se "transforme donc en question théologique : pour faire face à ce problème crucial de l’islamisme nous sommes obligés de nous pencher sur l’islam en tant que tel, de chercher à le connaitre et à l’évaluer dans toutes ses dimensions". Il fait appel à l'écrivain Robert Reilly qui a écrit "The Closing of the muslim mind."Selon Reilly, l’islamisme est la conséquence directe, bien qu’éloignée, de ce qu’il appelle la fermeture de l’esprit musulman, c’est à dire la victoire au sein de l’islam sunnite, il y a des siècles de cela, d’une certaine école théologique : l’école Ash’arite, radicalement antirationaliste. Ce qu'il décrit ainsi : « Cette expulsion de la raison — ce suicide intellectuel — est selon lui la cause principale de la plupart des pathologies spirituelles dont souffre le monde musulman ». Aristide nous montre enfin que le livre de Robert Reilly a ainsi un double mérite. "Le premier est celui de nous montrer la profondeur du problème auquel doit faire face l’Occident, mais aussi les musulmans eux-mêmes, qui sont au quotidien les premiers à souffrir de ce suicide intellectuel presque millénaire. Le second est celui de nous rappeler que les idées, mêmes très abstraites, peuvent finir par avoir des conséquences concrètes immenses".

Puis il rappelle l'importance du combat fantastique qui se joue entre "la rencontre de l’islam et la pensée grecque à compter de l’an 622 après Jésus-Christ (an I de l’Hégire pour les musulmans)". "En conquérant les territoires de l’Empire byzantin sur le pourtour de la Méditerranée, les Arabes se trouvèrent en contact avec une civilisation qui leur était supérieure à tous points de vue, et notamment du point de vue du savoir."

Mais si les conquérants musulmans assimilent facilement la médecine, la science, etc... en revanche la découverte de la philosophie et de la théologie chrétienne deviennent des obstacles.

"La philosophie et la théologie ébranlaient en effet directement la foi des conquérants et les obligeaient à poser, pour la première fois, la question du rapport entre la raison et la révélation. Dieu peut-il être connu rationnellement ? La révélation contenue dans le coran est-elle compatible avec l’enseignement de la raison ? La raison est-elle capable d’appréhender des principes moraux indépendamment de la révélation ? Telles furent quelques-unes des questions imposées à l’islam par sa rencontre avec la pensée grecque"

Il montre qu'un courant de l'Islam a réussi à l'époque dans sa recherche de synthèse avec la pensée Occidentale. "La doctrine Mu’tazilite peut ainsi, schématiquement, être caractérisée comme une tentative de concilier la foi et la raison, à la manière de ce que fit Thomas d’Aquin pour le christianisme. Selon les Mu’tazilites Dieu est raison, la création est la manifestation de cette raison, et Dieu a fait à l’homme le don de la raison pour lui permettre de L’appréhender, à travers Sa création puis à travers Sa révélation"

Conséquence : Les implications pratiques de ces propositions théologiques sont essentiellement au nombre de trois. Tout d’abord, si la révélation divine peut contenir des mystères qui sont au delà de la raison, elle ne saurait contenir d’enseignements qui sont contraires à la raison. Le coran doit donc être interprété en accord avec les exigences de la raison. Tout passage inconciliable avec ces exigences doit être interprété de manière allégorique, pour lever la contradiction. En second lieu, la création obéit à un certain ordre rationnel que l’homme peut discerner par ses propres moyens. La philosophie et la science naturelle sont donc possibles et même souhaitables. Enfin, l’homme a la capacité de distinguer objectivement entre le bien et le mal et de se conduire en fonction des indications de sa raison.

Malheureusement, "dès le milieu du 9ème siècle, sous le règne du calife Ja’afar al-Mutawakkil, le Mu’tazilisme cessa d’être la doctrine officielle." A sa place s’est imposée l’école Ash’arite (du nom de son fondateur Abu Hasan al-Ash’ari), dont le plus éminent représentant est sans doute al-Ghazali (1058-1111), sans conteste le théologien le plus influent de toute l’histoire de l’islam.

Les Ash’arites rejettent toutes ces limites à la puissance divine. "Dieu est omnipotent, par conséquent il n’est limité par rien, il n’est tenu par rien, même pas par sa propre nature. Pour les Ash’arites, Allah n’a pas de nature, Allah est pure volonté : Il est ce qu’Il veut, Il fait ce qu’Il veut, Il ordonne ce qu’Il veut, et sa volonté le définit entièrement. Dieu n’est pas prévisible, Dieu n’est pas juste, Dieu n’est pas rationnel, contrairement à ce qu’affirment les Mu’tazilites. Ainsi Allah pourrait parfaitement punir l’innocent ou manquer à ses propres promesses s’Il le voulait".

Conséquence : La première conséquence est que ce que les philosophes appellent « nature » n’existe pas. Il n’existe pas d’ordre naturel des choses, pas d’autonomie de la création par rapport à la volonté divine. Ce que nous appelons « les lois de la nature », ou « les lois de la physique », comme par exemple la loi de la gravité, ne sont rien d’autre que le produit de la volonté divine, qui pourrait changer à chaque instant. Rien dans l’univers ne se produit indépendamment de la volonté de Dieu. Cela signifie que chaque événement « naturel » n’est rien d’autre que le produit d’un acte particulier de la volonté divine. Cette pierre tombe uniquement parce qu’Allah a voulu qu’elle tombe à cet instant. Ce corps flotte sur l’eau uniquement parce qu’Allah a voulu qu’il flotte et continue à le vouloir. Mais rien ne nous permet d’affirmer que ce corps continuera à flotter l’instant d’après, car rien ne nous permet d’affirmer qu’Allah continuera à vouloir qu’il flotte.

"On pourrait dire que pour les Ash’arites tout événement naturel est un miracle"

Ainsi, par exemple, il est inutile, et même impie, de chercher à expliquer l’interdiction de boire du vin par le fait que l’ivresse serait mauvaise pour l’homme, c’est à dire de donner une explication rationnelle à cette interdiction. Le vin est interdit parce que Dieu l’a interdit, et rien d’autre. Accepter sans chercher à savoir, sans expliquer pourquoi (« bila kayfa »), devient la marque de la piété.

Tel est l'Islam . Et "dès lors la question cruciale devient celle de l’authenticité des textes coraniques et des témoignages touchant aux paroles et aux actions du Prophète (hadiths)."

Cela explique l’absolue domination de la jurisprudence islamique (fiq) au sein des universités du monde musulman – universités qui n’ont en général que le nom de commun avec les universités du monde occidental – et l’importance de la mémorisation dans l’éducation musulmane

Cela signifie aussi que la liberté de conscience n’a pas sa place dans la religion musulmane (ou tout au moins dans sa version sunnite, marquée par la théologie Ash’arite)

La troisième grande conséquence est la disparition du libre-arbitre. Puisque Dieu est omnipotent, l’homme ne peut pas être libre : si l’homme était la cause de ses propres actions, comment Dieu pourrait-il être omnipotent ? De la même manière que Dieu seul est responsable à chaque instant de tous les évènements « naturels », il est également responsable de chacune des actions des êtres humains. La théologie Ash’arite est donc une doctrine de la prédestination.

D’un point de vue politique, il est impossible de ne pas remarquer que la théologie Ash’arite a des implications très nettement despotiques. Cette théologie fait en effet de la volonté divine les seuls fondements du bien et du mal. Elle apprend donc à ses adeptes à identifier la justice avec la puissance : littéralement, la loi, la seule loi, est celle du plus fort. "Par une logique implacable, ce qui vaut pour Allah vaut aussi pour les gouvernants sur cette terre : le plus puissant impose sa loi, sans qu’il soit – en principe – seulement possible de murmurer contre son despotisme."

D’un point de vue « social », ou si l’on veut du point de vue des mœurs, la version Ash’arite de l’islam favorise à la fois le fatalisme et la superstition, prise au sens large, c’est à dire l’irrationalité, la pensée magique.

La croyance que Dieu dirige directement l’univers tout entier a aussi pour conséquence d’habituer chacun à chercher des explications supra rationnelles à tout événement. La superstition et les théories du complot trouvent un terrain particulièrement propice à leur épanouissement dans de telles habitudes. Par exemple, "un mollah Egyptien lance un appel à la télévision pour que soient interdites les boutiques de café Starbuck, car leur logo représenterait la reine juive Esther. Ou encore : un conseiller culturel au ministère iranien de l’éducation fait une conférence télévisée pour expliquer que le dessin animé « Tom et Jerry » est le produit d’un complot juif, destiné à améliorer l’image des souris car en Europe, avant guerre, les Juifs étaient parfois comparés à des souris ou à des rats"...

D’un point de vue économique, le monde arabo-musulman se caractérise par une stagnation remarquablement uniforme. "Depuis plus de sept siècles, aucune invention ou découverte scientifique majeure n’est venue d’un pays musulman, et aujourd’hui l’Espagne ou l’Inde produisent à elles seules un plus grand pourcentage de la littérature scientifique mondiale que quarante six pays musulmans combinés."


Après leur échec devant les murs de Vienne en 1683, les Ottomans, qui dominaient le monde arabo-musulman, ne cesseront plus de reculer. Or « Pour tout peuple ou toute communauté le déclin politique est toujours une expérience douloureuse, mais il est sans doute particulièrement insupportable pour les musulmans ,dans la mesure où ceux-ci prennent pour modèle le Prophète et ses compagnons ». Pour eux : Allah les a abandonné et se détourne d'eux.

C'est de là que provient l'islamisme. L’islamisme est d’abord une certaine doctrine, une certaine compréhension de l’islam. "Politiquement, il s’inspire des deux grands totalitarisme du 20ème siècle : le nazisme et le communisme, ce qui justifie assez largement que l’islamisme soit parfois désigné par le terme d’islamo-fascisme (même si celui d’islamo-communisme serait tout aussi approprié)."

Maududi écrit ainsi : « l’islam cherche à détruire tous les Etats et tous les gouvernements partout sur la terre qui sont opposés à l’idéologie et au programme de l’islam, quelque soit le pays ou la nation concernée. Le but de l’islam est d’établir un Etat sur la base de sa propre idéologie et de son propre programme, sans se soucier de savoir quelle nation assume le rôle de porte étendard de l’islam ou quelle nation est affaiblie dans le processus d’établissement d’un Etat idéologique islamique. »

Dans cette perspective, le principal ennemi de l’islamisme est la démocratie libérale, qui lui apparait moins comme une sorte de régime politique que comme une religion concurrente, puisqu’elle prétend remplacer la souveraineté d’Allah par la souveraineté humaine.

Du point de vue des islamistes la destruction des Etats-Unis n’est pas qu’un but politique, elle est une nécessité métaphysique pour transformer le monde... Robert Reilly lui, en tout cas, prend très au sérieux la menace islamiste. Il voit très bien que l’islamisme, s’il a relativement peu de militants actifs, a beaucoup de sympathisants de par le monde et que ce sont ses idées qui semblent gagner du terrain chez les musulmans.

Dès lors, que devons nous faire ? "Ayant diagnostiqué, sans doute avec raison, un problème d’origine théologique, Robert Reilly suggère un remède théologique. Les musulmans doivent réconcilier leur foi avec les exigences de la raison"

La question n’est pas seulement théorique. Si la foi ne peut pas être parfaitement conciliée avec la raison, cela signifie que la solution à l’islamisme ne peut pas se situer uniquement à un niveau théologique, en invitant les musulmans à adopter une théologie qui leur permettrait d’embrasser la modernité. D’une part car il n’est pas certain qu’une telle théologie existe. D’autre part car, à la différence des Occidentaux qui ont initié la modernité, les musulmans d’aujourd’hui ont sous les yeux la modernité en action.

Mais "de pieux musulmans auront-ils vraiment envie de parcourir le même chemin que nous, sachant où ce chemin risque de les mener ? Cela n’est pas sûr.

La seconde réserve qu’appelle la thèse de Reilly est qu’il n’est pas clair que l’islam puisse être détaché de l’Ash’arisme. Ou pour le dire autrement : il est incontestable que le christianisme contient en son sein des éléments qui lui ont permis d’accepter finalement la modernité, souvent après de rudes combats : rendre à César ce qui appartient à César, Dieu comme raison, etc. En est-il de même pour l’islam ?
"













     

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