Quel est ce sacré qui tremble devant le rire ? par JM Ribes par Jean Kinzler 2011-11-04 18:33:59 |
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Quel est ce sacré qui tremble devant le rire ?
Point de vue | | 04.11.11 | 13h18 • Mis à jour le 04.11.11 | 14h05
par Jean-Michel Ribes, auteur, metteur en scène et directeur du Théâtre du Rond-Point
"Un peuple heureux n'a pas besoin d'humour", disait Staline
qui en connaissait un brin sur l'humanité et ses besoins. Le
stupide attentat dont Charlie Hebdo vient d'être victime nous
montre donc que nous allons vers le bonheur, le vrai, celui
débarrassé des rigolades obscènes, des fantaisies dadaïstes, et
du rire de résistance. Nous avançons enfin, joyeux, la tête
haute, nous lover dans le cocon protecteur de l'autorité propre,
le glaive à la main, la croisade au coeur, la patrie au front, fiers
de nos valeureuses valeurs retrouvées, suivant de plus en plus
nombreux les fondamentalistes, les obscurantistes et autres
éclaireurs du renouveau français, qui nous montrent le droit
chemin de la marche arrière, vers ce paradis pétainiste perdu,
heureux de savoir que Rodrigo Garcia, Romeo Castellucci,
Cabu, Charb et les autres, seront probablement brûlés ou
enterrés de nuit, en cachette, dans une fosse commune.
Mais quel est donc ce sacré qui tremble devant le rire, que les artistes font vaciller ? Quelles sont
ces religions que la moquerie fait s'effondrer ? Quel est ce Dieu qui est blessé par une liberté de
création capable de le contredire ? Il n'existe que dans la tête vide de petits fascistes, trop contents
de se transformer en templiers fous ou en djihadistes aveugles, dansant avec les rabbins du Tea
Party qui pactisent avec les mouvements néonazis anglais. Tous ceux-là ne sont-ils pas les premiers
ennemis du vrai Dieu, du Dieu de tous ? Celui qui a sans doute beaucoup ri en 1545, en découvrant
la gravure de Lucas Cranach, montrant le pape chevauchant une truie, avec la légende de Martin
Luther : "Tu veux avoir un concile ? A sa place, reçois ma merde !" Cette gravure ne fut ni brûlée ni
détruite. C'est ce Dieu-là qu'il nous faut.
Puisque la pièce Golgota Picnic, au Théâtre du Rond-Point, est la prochaine cible annoncée des
sauveurs de la morale, qu'ils sachent qu'elle aura bien lieu malgré leurs menaces quotidiennes, que
la scène sera remplie d'une pensée libre, s'opposant à leur raison close, que le vent soufflera dans
tous les sens, à travers mais jamais à tort. Il n'y aura aux murs ni corps de martyrs torturés ni
visages de suppliciés, pas des jeunes gens crucifiés pour nous rappeler le chemin du paradis et de
l'enfer, mais seulement ce rire libertaire, trappe à bêtises et tueur de chagrin. Nous continuerons
comme le souhaitait Aragon à creuser des galeries vers le ciel, mais pas celui noir et bouché où
jouissent les intégristes.
Bonne nouvelle pour finir, tout n'est pas foutu, il y a quelque temps, on a de nouveau érigé, square
Nadar à Paris, la statue du chevalier de La Barre, brûlé le 1er juillet 1766 à l'âge de 19 ans, pour ne
pas s'être découvert devant le Saint-Sacrement.
Golgota Picnic, de Rodrigo Garcia, a été créée en janvier à Madrid. La pièce se jouera au Théâtre
du Rond-Point, à Paris, du 8 au 17 décembre.
l'édition du 05.11.11ici
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