Apparition ou émergence d'un nouveau point non négociable ? par Scrutator Sapientiæ 2011-10-31 23:53:19 |
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Bonsoir jejomau,
A la fin de votre message, vous faites allusion aux évènements parisiens les plus récents, et j'y fais à présent allusion à mon tour.
Jusqu'à présent, et à ma connaissance, les "points non négociables" étaient presque tous relatifs à des questions relevant essentiellement de la morale, familiale ou sociale, domestique ou politique.
Or, on constate peut-être aujourd'hui l'apparition ou l'émergence d'un nouveau point non négociable : une demande de respect, par les croyants des autres religions et par les non croyants, y compris les artistes, les écrivains, les membres des organismes médiatiques ou politiques, une demande de respect public des différents fidèles et des différentes religions, de respect public, ou, en tout cas, d'absence de mépris public
- de telles ou telles convictions religieuses
ou
- des individus et communautés adhérant à telle ou telle religion.
Dans une certaine mesure, les juifs et les musulmans bénéficient, plus que les chrétiens, en général, et que les catholiques, en particulier, de la prise en compte de ce point non négociable, de cette demande d'absence de mépris public, par les mêmes catégories d'acteurs : les artistes, les écrivains, les membres des organismes médiatiques et ceux des institutions politiques.
Je ne vois pas ce qui s'opposerait à ce que les catholiques demandent à bénéficier eux-aussi de cette absence de mépris public des convictions chrétiennes ou des fidèles chrétiens.
J'ai déjà évoqué ici même la relation existant entre la maîtrise de soi et le respect d'autrui, à propos de ce que j'ai appelé, je crois, au printemps dernier, la liberté responsable en matière religieuse.
Sans doute les catholiques ont-ils le devoir de cultiver la maîtrise d'eux-mêmes, y compris face à telle ou telle provocation artistique, qu'ils sont susceptibles d'assimiler à une transgression symbolique discriminante ou pénalisante, humiliante ou insultante.
Mais ils ont aussi le pouvoir de (se) demander publiquement pourquoi ils ne bénéficieraient pas, eux-aussi, de la même absence de mépris public des convictions et des fidèles qui semble être accordée beaucoup plus volontiers, par les créateurs ou par les transmetteurs d'oeuvres ou d'idées, de culture ou d'opinions, aux convictions et aux fidèles relevant des autres religions.
J'ai parfaitement conscience du fait que ce que j'envisage ici est difficilement délimitable et serait difficile à traduire, par exemple, en termes juridiques.
Je crois pourtant que nous en sommes arrivés au point suivant : l'opinion publique a le droit de savoir
- que la christianophobie est en passe de devenir une évidence artistique ou littéraire, un prérequis culturel, voire l'un des fondements de telle ou telle composante de politiques publiques, en matière d'éducation ou de santé,
- que les catholiques ne demandent PAS PLUS, mais aussi PAS MOINS, que ce dont les croyants non chrétiens bénéficient déjà souvent, en "terre" artistique ou littéraire, médiatique ou politique : l'absence de mépris public des convictions religieuses ou des individus et des communautés qui adhèrent à ces convictions.
Enfin, je ne sais pas s'il y aura un avant et un après 2011 dans ce domaine, et je sais bien que la majorité de nos contemporains ne comprendrait pas immédiatement que l'on mettre aujourd'hui en avant l'essence de la distinction, par ailleurs si importante, entre liberté et licence.
Mais il va falloir que nous trouvions les moyens, le vocabulaire et les argumentaires appropriés, pour leur préciser ou pour leur rappeler que ce que certains artistes produisent, ce que certains écrivains écrivent,
- n'est pas la contrepartie, toujours nécessaire, mais parfois malheureuse, car déplorable ou regrettable, de la liberté la plus grande possible laissée à presque tous dans presque tous les domaines,
- mais est la contrefaçon de la plus élémentaire liberté responsable, contrefaçon qui, par effet cumulatif, est de nature à démobiliser ou à désorienter une part croissante de l'esprit public et du corps social.
L'enjeu, en d'autres termes, c'est d'exhorter tout un chacun à ne pas ou à ne plus confondre
- la recherche de "l'intensité", de la notoriété ou de la provocation, d'une manière méprisante, car destructrice ou transgressive
et
- la recherche d'une liberté responsable, pensée et vécue dans un minimum de profondeur et de qualité, pour soi-même et pour les autres.
Si les christianophobes subventionnés commencent à avoir des imitateurs, y compris en dehors de leur sphère d'origine, cela signifie qu'il y aura encore plus de cynisme émancipateur et de sophisme justificateur, depuis le haut et jusqu'au bas de la société.
Les chrétiens en général, et les catholiques, en particulier, en feront probablement les frais, avant d'autres et plus que d'autres, mais qui peut garantir aujourd'hui, à un croyant non chrétien ou à un non croyant, qu'il ne sera pas un jour lui-même victime de l'ambiance asservissante et irresponsable que le "business culturel contre le Christ" aura engendrée ?
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.
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