Mais cette scène elle-même aurait pu manifester la perte de repères de ce vieillard par le torrentiel 2011-10-30 06:40:46 |
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face à sa déchéance, dans un malentendu d'autant plus déchirant que le Christ en sa Passion est venu porter, accompagner, transcender toutes les déchéances.
En contrepoint de cette prise de position assez théorique, je vous raconterai cette anecdote issue de la longue période d'agonie de mon père, où cet homme indépendant et de décision personnelle, respectueux de la religion, mais peu pratiquant, orphelin de père à dix ans et un rien voltairien, qui, bien-portant, trouvait que les images que l'on donnait du paradis avait quelque chose d'une vaste farce, perdit peu à peu l'usage de tous ses membres inférieurs et donc la dignité, la continence.
Un jour, venantn le visiter et parvenant, ce qui était très rare à établir un peu de communication avec lui (car il était généralement mutique et refusait de s'alimenter), je lui adresse la demande un peu bateau, la question qu'on pose parce que l'on se dit que, si l'on était dans la situation (mais justement, on n'est pas dans la situation):
"Mais ça ne t'arrive jamais de te révolter contre Dieu?"
Or quelle ne fut pas ma surprise d'entendre mon père me répondre avec presque de l'indignation dans la voix:
"s'il y a quelqu'un qui n'a pas le droit de dire ça, c'est bien toi."
Et de faire à l'une de ses amies cette autre confidence:
"J'ai été un mauvais mari, un mauvais père" (ce qui était faux), "je le paye et je suis bien content de le payer."
Mais d'ajouter quand même:
"J'ai trop aimé la liberté" (un peu comme Louis XIV aurait dit: "j'ai trop aimé la guerre"); "mais s'il me fallait aujourd'hui encore choisir entre être un bon mari ou un bon père et la liberté, je choisirais encore la liberté".
Ce sont les paradoxes de l'être humain: mon père est mort comme le patriarche Job en voie de reddition à dieu, muni des derniers sacrements de l'Eglise que ma mère, son ex-femme, avait tout fait pour qu'il reçoive.
Désolé, dans ce qui suit, de redescendre d'un cran à travers, là encore, une anecdote qui concerne les enfants.
Au cours d'une messe du dimanche qui précéda le dimanche de la Passion, il fut donné par les enfants, dans ma paroisse de l'époque, sous la houlette de leur catéchiste, une sorte de chemin de croix où la catéchiste, qui l'avait écrit, commençait à chaque fois par décrire l'état du monde qui outrageait le Christ.
Et puis, elle faisait lire aux enfants:
"Mais nous, les enffants, en réparation de tout ce que te font subir ces gens indifférents, malveillants, corrompus, nous voulons t'offrir un bouquet de roses."
Ce chemin de croix me choqua tellement que je faillis me lever et partir.
Dans un premier temps, les enfants (qui ne lisaient pas le récit des outrages) entendaient égrener la liste des péchés des autres. Tout se passait comme si, en même temps qu'on les culpabilisait de faire partie de ce monde, on les exceptait de participer, par leurs propres péchés commis aujourd'hui, à ce qui avait rendu possible la condamnation du christ.
Et, la minute suivante, on les blanchissait. Ils déposaient des roses, ils étaient des purs parmi les impurs et tout rentrait dans l'ordre.
Il y a un catéchisme indifférent à la Passion du christ. Mais ce catéchisme-là, qui la prend au sérieux, mais pour se hausser du col, n'est pas plus équilibré.
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