La sanctification de l’instant présent est une exigence de la vie spirituelle par jejomau 2011-08-23 23:57:23 |
|
Imprimer |
LA SANCTIFICATION DE L'INSTANT PRESENT
Lorsque l'on cherche le mot "aujourd'hui" dans les Évangiles, on le trouve 18 fois, tandis que les mots "hier" et "demain" n'apparaissent pratiquement pas sur la vie du Christ. Pourquoi ? Parce que Dieu est venu nous annoncer une Bonne Nouvelle permanente. La Bonne Nouvelle du salut est en effet perpétuellement actuelle: l'homme a été racheté par le sang du Christ hier, aujourd'hui, demain.
On peut en revanche remarquer que ce mot "aujourd'hui" ne se trouve pas dans l’Évangile de Jean, pas plus d ailleurs que le mot "demain". Cet Évangile est en effet plus théologique: il se veut d'une certaine manière hors du temps et de la succession des évènements; c'est d'ailleurs par quoi il met en valeur l'éternité et l’intemporalité de Dieu.
Les autres évangiles, pour leur part, s'attachent plus à l’événement historique. Ils ont une vocation plus apologétique, notamment celui de Saint Mathieu qui contient de nombreuses citations de l’Ancien Testament visant à prouver que le Christ est bien le messie puisqu'il accomplit toutes les prophéties annonçant la venue du Sauveur.
Si donc le mot "aujourd'hui" est assez présent dans les Évangiles dit "synoptique" c'est parce que ses derniers s'attachent essentiellement à raconter un événement unique: la venue du Sauveur dans le monde pour racheter le genre humain. Mais s'y ajoute une autre raison: le bon Dieu veut nous montrer que la seule chose sur laquelle nous ayons quelques prises est l'instant présent. Plutôt que de nous voir agiter des projets et spéculer sur l'avenir, Il nous enseigne au contraire de ne pas nous inquiéter: "Mon Père qui dans les Cieux vous connait". La parabole sur les oiseaux du ciel offre un bon exemple, où Jésus nous apprend de ne pas nous inquiéter du lendemain:
"Considérez les corbeaux: ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'ont ni cellier ni grenier; et Dieu les nourrit. Combien plus valez-vous que les oiseaux ! Qui d’entre vous d’ailleurs peut, en s’en inquiétant, ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? Si donc la plus petite chose même passe votre pouvoir, pourquoi vous inquiéter des autres ? Considérez les lys, comme ils ne filent ni ne tissent. Or, je vous le dis, Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Que si, dans les champs, Dieu habille de la sorte l’herbe qui est aujourd’hui, et demain sera jetée au four, combien plus le fera-t-il pour vous, gens de peu de foi ! Vous non plus, ne cherchez pas ce que vous mangerez et ce que vous boirez ; ne vous tourmentez pas. Car ce sont là toutes choses dont les païens de ce monde sont en quête ; mais votre Père sait que vous en avez besoin. Aussi bien, cherchez son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît"
LE PRESENT
Jésus veut tellement que nous vivions le moment présent qu'Il a voulu rester au milieu de nous par le sacrement de l'Eucharistie. Grâce en effet au miracle de la transsubstantiation, le Christ demeurera parmi nous jusqu'à la fin des temps. Prêt à être reçu et à nous recevoir disponible pour écouter nos difficultés, nos épreuves et nos croix attentif à nos besoin, le Christ est perpétuellement présent dans le monde. Il nous suffit d'entrer dans une Église pour recevoir des torrents de Grâces, et de bénédictions de son infinie miséricorde. Voilà la grandeur et la folie d'un Dieu Amour qui descend du ciel pour demeurer parmi nous, au cœur de notre vie quotidienne.
Dans ce même ordre d'idées, face à notre proportion à formuler des jugements sur autrui, Jésus veut nous apprendre à nous occuper de notre propre sanctification avant de prétendre nous intéresser à celles des autres :
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil? Ou comment peut-tu dire à ton frère : Frère laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien? Hypocrite, ôte premièrement la poutre dans ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère.»
Jésus attire aussi notre attention sur le déréglé de notre imagination; sainte Catherine de Sienne écrit ainsi dans le Dialogue :
«L'esprit se vide de la sainte pensée de Dieu pour s'emplir de l'amour des créatures. L'imagination troublée diminue la dévotion et le zèle pour la prière. Elle refroidie les bons désirs de l'âme, et elle ouvre la porte des sens; l’œil voit ce qu'il ne doit pas voir, l'oreille entend ce qui est contraire à la volonté de Dieu et au bien du prochain, la langue parle de choses inutiles, et oublie de parler de Dieu».
A cause de notre état de « viator » (voyageur), vivre l'instant présent présent devrait donc être la règle de notre passage sur terre. C'est la recette unique si l'on veut vivre de la Grâce.
Mais vivre le présent, c'est aussi bien évidement affronter le réel. Jésus lui-même nous fait demander le « pain de chaque jour » et rappelle que « la peine de chaque jour » suffit. Mais dans sa largesse, il nous donne chaque jour non seulement la grâce du Salut mais aussi toutes les grâces que nous lui demandons, comme le bon larron : « aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis ». Dans cet « aujourd'hui » se trouve tout le pardon et toute la miséricorde de Jésus. Ainsi la charité, à l'exemple du Christ, se vit dans l'instant présent. De même l'Espérance : elle est ce souhait, ce désir d'aller au ciel pour contempler le Christ pour l'éternité. Et se désir a une influence sur notre comportement présent et sur nos actes, dont la fin et la béatitude éternelle à laquelle nous sommes tous appelés.
C’est à cela que fait allusion la devise des chartreux : « la croix reste droite pendant que la monde tourne ». La croix est droite parce qu'elle figure l’éternel présent de Dieu et le message permanent du salut que le Bon Dieu veut pour chaque homme.
De même comment discerner la volonté du Bon Dieu, si ce n'est dans l'instant présent ? Si nous purifions notre volonté et nos passions, c'est là, au cœur du moment présent que le Bon Dieu s'exprime et nous montre sa volonté. Une vocation peut par exemple être découverte pendant une retraite de Saint Ignace, où justement nous quittons nos soucis quotidiens pour réserver du temps pour Dieu; et c'est dans ses moments de solitude face au Seigneur, après nous être détachés des soucis humain pour nous concentrer sur Sa Volonté et elle seule, que nous pouvons exercer de manière privilégiée notre discernement. Ce n'est pas en nous imaginant un futur hypothétique que nous discernerons, mais en cherchant la Volonté actuelle de Dieu sur nous.
Le Bon Dieu nous appelle à vivre le moment présent avec plus d'intensité. La bienheureuse Mère Térésa écrivait :
«Ce que tu fais n'est pas important ; ce qui importe c'est la façon dont tu le fais !
QU'EST-CE QUI DEPEND DE NOUS
Que pouvons nous sanctifier ? Le passé ? Certainement pas: il est derrière nous et il ne reviendra plus. L' avenir ? Il dépendra de la manière dont nous le vivrons. Par exemple si vous décidez de faire un voyage à Rome, c'est très légitimement que vous prenez le temps de le préparer. Mais en réalité, tout dépendra de la manière dont vous vivrez ce séjour : si, dans la ville éternelle, vous passez plus de temps à lécher les vitrines qu'à prier dans les Églises, vous ne sanctifierez pas beaucoup votre pèlerinage. La seule chose qui dépend donc vraiment de nous et qui puisse faire de nous un saint ou un pécheur, c'est l'instant présent. Organiser matériellement le pèlerinage peut nous sanctifier mais… pendant que nous le préparons ! Pour sanctifier le pèlerinage lui-même, il faudra le vivre pleinement quand nous y serons.
En effet seul le présent dépend de nous et de la manière dont nous le vivons. Mais il y a deux façons de vivre le moment présent : en suivant sa propre volonté ou celle du Seigneur.
MGR NGUYEN VAN THUAN
L'exemple de Mgr Nguyen Van Thuan offre une bonne illustration à notre propos. Cet évêque vietnamien passa treize ans enfermé dans des prisons, dont neuf années à l'isolement. Au début de sa détention, il ne pouvait détacher sa pensée de son peuple, de ses fidèles, et de ses prêtres, bref son diocèse. Mais bientôt il se rendit compte qu'il ne pouvait rien pour eux, puisqu'il était privé de tout contact extérieur. C'est alors qu'il comprit que c'est dans sa prière quotidienne que le Bon Dieu l'attendait au fil des jour : le bréviaire, et bien sûr la messe qu'il célébrait avec une miette de pain et une goutte de vin. Et son oraison, il comprit que son nouveau diocèse était en effet sa prison, que ses fidèles était ses geôliers, que sa cathédrale était en effet sa cellule... Cela ne lui servait à rien en effet d'imaginer la situation de ceux qu'il aimait puisqu'il n' en avait aucune nouvelle, ni de penser à sa sortie de prison puisqu'il ne savait pas quand il serait libéré. Pour survivre, il ne lui restait alors que la sanctification de l'instant présent et la fidélité à la prière. Durant sa détention, il écrivit ceci : « je dois affronter la réalité. Je suis en prison. Si j'attends le moment opportun pour réaliser quelque chose de véritablement grand, combien de fois se présenteront de semblables occasions ? Une seule chose arrivera avec certitude : la mort. Il faut saisir les occasions qui se présentent chaque jour, pour accomplir des actions ordinaires de manière extraordinaire. »
C 'est ainsi qu'il se mit à chanter des cantiques en grégorien. Son geôlier très intrigué par ses chants, lui demanda un jour s'il pouvait lui en apprendre un. Mgr Van Thuan en entonna alors quelques uns, et le gardien choisit le Veni Creator. Et à partir de ce jour, chaque matin, son geôlier chantait le Veni Creator en faisant sa toilette... Voilà comment cet évêque commença à évangéliser ce nouveau diocèse qui était sa prison.
Dans son livre « Témoins de l'espérance », Mgr Nguyen Van Thuan termine une de ses méditations par cette prière de sainte Faustine Kowalska :
O mon Dieu
Lorsque je regarde les lendemains, la peur me prend.
Mais pourquoi sonder le futur ?
Pour moi ce n'est que le moment présent qui est cher.
Car l'avenir peut ne pas s’établir dans mon âme.
Le temps passé n'est plus en mon pouvoir
Pour changer quelque chose, corriger ou ajouter.
Car ni le sage ni les prophètes ne sont parvenus à le faire.
Donc il faut remettre à Dieu ce que l'avenir contient.
Ô moment présent, tu m'appartiens tout entier
Je désire tirer profit de toi selon mes possibilités.
Et bien que je sois petite et faible,
Vous me donnez la grâce de votre Toute-Puissance.
C'est par la confiance en Votre Miséricorde,
Que j'avance dans la vie comme un petit enfant,
Et que je Vous offre chaque jour mon cœur
Brûlant d’amour pour Votre plus grande gloire.
La sanctification de l’instant présent est donc une exigence de notre vie spirituelle; on ne peut pas vivre dans le rêve, au gré de son imagination ou dans la nostalgie d'une époque résolue. Certes, penser à l'avenir est parfois nécessaire, mais ne le faisons pas en nous complaisant dans un futur hypothétique. Ainsi la conversation du monde ou la conversation de la chrétienté commence par la sanctification personnelle dans le devoir d'état, dans ses obligations, dans son travail et dans sa famille: car quand une âme s'élève, elle élève le monde".
Abbé François Cadiet dans « Tu es Petrus » n°98 (2005)
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|