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Textes souvenirs sur l'"affaire d’Ecône"…
par origenius 2011-07-23 21:45:54
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"C'est de ce lieu élevé, mes frères, que nous aurons un terrible compte à rendre si nous n'y sommes dans de telles dispositions, que par une humilité profonde nous soyons en même temps abaissé sous vos pieds, et que nous répandions pour vous nos prières devant Dieu, afin que Celui qui connaît le fond de vos cœurs veille Lui-même à votre garde."

Saint Augustin, évêque, sur le Ps.126.


Les circonstances ont voulu que nous répondions avec retard : et peut-être ce retard n'est-il pas une chose tout à fait inutile. Nous aurions voulu, sans doute, répondre plus tôt à ceux qui nous interrogeaient avec urgence ; mais l'entrainement des passions, les rumeurs de scandale, l'expression ici et là d'une indignation sincère, auraient peut être fait que ce que nous avions à dire n'aurait pas été reçu.

De plus, l’"affaire d’Ecône", puisque c'est de cela qu'il s'agit, a reçu depuis une illustration assez inattendue, qui vient appuyer notre propos et confirmer notre position.
On a dit et répété ici et là, et parfois avec intention, que l'affaire était compliquée, et même qu'elle suscitait un "cas de conscience". Rien n'est plus faux : tout, ici, est d'une simplicité aveuglante.

Si certains, jusque là partisans de Mgr Lefebvre, ont soit gardé un trop prudent et imprudent silence, soit manifesté publiquement leur indécision, on ne peut les en approuver. Mais d'autres, ajoutant encore à l'émoi des fidèles, ont mis en cause l'autorité pontificale, l'autorité des conciles, et d'autres choses encore, sans en avoir ni le pouvoir ni le droit.

Enfin, on a répandu parmi ces fidèles, une fois de plus, qu'il y avait ici une alternative : ou fidélité à l’Église et à la Tradition, ou soumission au Souverain Pontife. Cette façon de suggérer une alternative qui offense à la raison comme à la Foi, ne peut conduire qu'à un schisme dont on aurait bien tort de croire qu'il serait un "moindre mal" : car une fois atteint le principe de l'Autorité, l'hérésie aurait carrière de se répandre au-delà des limites qui la contiennent encore.

L'autorité pontificale, comme l'autorité des conciles, fait partie de la Tradition ; elle en est même le fondement : les promesses faites à Pierre ne sont ni conditionnelles, ni restrictives. Mais aussi, dira-t-on ne sont ni conditionnelles ni restrictives les prédictions autorisées qui annoncent l’apostasie du plus grand nombre, en un temps dont les signes précurseurs se reconnaissent assez sous nos yeux.

Ces deux évidences conjointes semblent, "faire problème", comme on dit, et c'est sur cette apparence que les ignorants se fondent pour répandre leur cécité, et les pervers, leur mensonge. Faut-il donc, une fois de plus, rappeler que les portes de l'Enfer ne prévaudront pas, et que l’Église, dans son essence, ne saurait être atteinte ?

Faut-il donc encore rappeler à ceux qui bien maladroitement prétendent par leurs propres moyens et sans mandat "défendre" la Tradition qu'ils ne font que la présenter sous un jour tel que les simples puissent en déduire qu'elle peut être atteinte et menacée par des individus ?

Le Magistère et ses décisions irrévocables ne sont pas "dans le passé", comme un cher souvenir qu'il faudrait protéger pour satisfaire au sentiment. Ils ne sont pas davantage comme un vénérable monument que l'on verrait avec peine se dégrader peu à peu. Ils sont le fait de l'Esprit-Saint immanent en l’Église, ils sont consubstantiels à l’Église.

Croit-on que cette Église repose sur une charte établie aux temps évangéliques, sur une alliance qui puisse être révoquée, comme le fut l'Alliance de l'Israël de chair ? Cette Alliance nouvelle est éternelle, et le Corps Mystique du Christ a vaincu la mort. Où est l'alternative ?
Où sont les contradictions par lesquelles on prétend diviser la Foi ? Sans doute cette prétention ne manque pas de moyens : c'est sur ces moyens que des partis en apparence opposés, suivis par ceux qu’ils abusent, établissent leur action.

Ces moyens sont ceux de la confusion délibérée et systématique, où les pécheurs en eau trouble trouvent depuis toujours leur avantage : qui peut, par exemple, savoir sûrement ce que sont les décisions du dernier Concile ? Les Constitutions Apostoliques promulguées par le Saint-Siège, qui sont les seules valides, ne sont généralement livrées au public qu'accompagnées de gloses indistinctes, de schémas et contre schémas qui n'ont d'autre valeur que l'autorité de ceux qui les proposent. Celle-ci est parfois illustrée d'avertissements utiles, et on ne saurait croire que la voix du Cardinal Ottaviani, par exemple, s'est élevée en vain.

Mais en est-il toujours de même ? Ajoutons à cela que la traduction des textes latins valides est trop souvent tendancieuse, qu'elle va parfois jusqu'à des contresens qui dénoncent ou une grande ignorance, ou une inqualifiable malhonnêteté. Disons enfin que malgré la rigueur naturelle de la langue latine, les textes originaux sont parfois imprécis, voire obscurs.

Mais voir dans cette imprécision, dans cette obscurité, dans l'ambigüité même de ces textes une hérésie formelle, c'est se montrer imprudent : c'est adopter avec témérité le point de vue de ceux qui les interprètent pour servir à leurs fins d'une façon hérétique : position bien dangereuse, où les meilleures intentions ne peuvent garantir les plus habiles d'erreurs par trop funestes.

La première d'entre elles n’est-elle pas d'ailleurs de mettre en doute l'intervention de l'Esprit-Saint dans les conciles ? La solution du problème, si problème il y a - ce que nous ne pensons pas - est pourtant bien simple : si ces textes obscurs demandent une explication, une interprétation même, on doit aller la chercher dans le Magistère, et non dans l'hérésie ; s’ils demandent à être éclairés, que ce soit à la lumière du concile de Trente, et non aux sombres feux du modernisme, duquel "intégristes" comme progressistes veulent éclairer leur lanterne.

Il n'y a sur ce point ni choix, ni alternative, et ce serait une dangereuse provocation que de prétendre le contraire. Quant à l'imprécision des textes, elle est bien, par nature, le dernier obstacle à une interprétation orthodoxe. Que si certains ont tiré du Concile de quoi alimenter l'hérésie, on peut le regretter pour eux-mêmes, et affirmer de son coté ce que l'orthodoxie professe : à cela Mgr Lefebvre n'a jamais manqué, et sans doute est-ce le plus important.

Mais n'y avait-il pas quelque légèreté à affirmer que le concile lui-même était un concile hérétique ? Que ses interprètes hérétiques aient participé au concile, la chose est peu contestable, et il n'est plus hélas nécessaire de le démontrer ; mais la chose n'est pas bien nouvelle, et l'histoire des précédents conciles en offre tant d'exemples qu'il serait fastidieux de les énumérer.

Aussi bien, est-ce la première fois que des clercs dévoyés semblent, par leur tumulte, l'emporter sur l'orthodoxie ?
Est-ce la première occasion où la foi inquiète d'elle-même et persécutée attend du Siège de Pierre un arrêt, une confirmation qui ne vienne pas ?

L'ingérence du monde n'est pas non plus une nouveauté dans l'histoire de l’Église : pour retrouver toutes ces tristes circonstances, il suffit de se reporter, et cela n'est que trop facile, aux pires jours de l'Arianisme. Si Mgr Lefebvre avait vraiment besoin d'être défendu, il faudrait le comparer au grand Saint Athanase, à son opiniâtreté qu'il est permis de condamner dans ses généreux excès, mais dont il est indispensable de reconnaître qu'elle était nécessaire et salvatrice.

Mgr Lefebvre a été repris sur des points de discipline contingents, et nous ne pouvons le suivre, on l’a vu quand il évoque un concile hérétique ou une église moderniste, proche de l'hérésie, etc…
Il n'y a qu'une Église, et elle est par nature infaillible. Loin de nous donc de crier avec d'aucuns, au vu de sa "condamnation": summum jus, summa injuria, mais plus loin de nous encore de penser qu'il est condamnable quant à la doctrine, et qu'il a tort de dénoncer des erreurs partout répandues.

N'est-il pas curieux cependant de voir que ceux qui seraient les derniers à recevoir son enseignement, qu'ils ont jusque là combattu de toutes les façons possibles, s'apitoient tout soudainement sur son sort, s'en prenant à l'occasion à une inflexibilité dont on peut souhaiter qu'elle soit effectivement un héritage du passé ?

C'est affecter de croire que Mgr Lefebvre a été condamné sur la doctrine, pour donner au public cette idée monstrueuse que l'orthodoxie est désormais "en marge". Si, ce qu'à Dieu ne plaise, sa condamnation a été de cet ordre dans l'esprit de ses censeurs, la condamnation prononcée par l’Église, étrangère à leur volonté, n'est que la semonce méritée par un langage imprudent, car elle est de celles qui ne peuvent toucher qu'un fidèle, alors qu'elles laisseraient un hérétique dans la plus totale indifférence.

Il y a cependant, dans les motifs inavoués de cette compassion hypocrite, un avertissement, et cet avertissement rejoint quelques exemples du passé : exemples de schismes qui voulaient, omettant toutefois l' "iota" de l'obéissance, conserver l'orthodoxie comme un dépôt privé ; agissant par manque de confiance dans la destinée surnaturelle de l’Église, confirmés dans leur erreur par le nombre d'indignes qu'il voyaient revêtus des plus hautes fonctions, ils se sont retranchés de la communion universelle, pour verser eux-mêmes avec le temps, dans les pires égarements.

Assurément la Foi est aujourd'hui à rude épreuve ; mais ceux qui veulent conserver intégralement son dépôt doivent avoir d'autres arguments que ceux qui entrainent le doute et la confusion. Car ce qui est pour les faibles un temps de confusion, est aussi un temps de tentation pour les "nuques raides" et les "sépulcres blanchis".

Nous voici au point où l'obéissance est un devoir mystérieux et cruel, parce qu’il ne trouve plus sa caution dans notre acquiescement individuel, dans notre courte vue que bornent les affections du sentiment. Mais si le doute, devant l'insolent triomphe de l'erreur, nous touche si facilement, combien plus facilement encore doit nous apaiser et nous garder du désespoir la parole même du Maitre de Vérité :

"Le Royaume peut se comparer à un homme qui avait semé du bon grain dans son champ. Mais pendant que les gens dormaient, l'ennemi vint, qui sema à son tour de l'ivraie au milieu du blé et s'en alla. Quand la tige eut poussé et produit l'épi, alors apparut aussi l'ivraie. Les serviteurs du propriétaire vinrent lui dire : Seigneur, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ?

Comment y a-t-il donc de l'ivraie ? Il leur répondit : c'est un ennemi qui a fait cela. Les serviteurs lui dirent : veux-tu que nous allions la ramasser ?

- Non, répondit-il, de peur qu'en ramassant l'ivraie vous n'arrachiez le blé en même temps. Laissez-les croitre ensemble jusqu'à la moisson, et je dirai aux moissonneurs : ramassez d'abord l’ivraie et brûlez-la en bottes pour la consumer; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier. ( ... ) S'approchant de Lui, ses disciples Lui dirent : explique-nous la parabole de l'ivraie dans le champ. Il répondit :

- Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, les fils du Royaume ; l’ivraie, les fils du Mauvais ; l’ennemi qui l’a semé, c’est le Diable ; la moisson, la fin du monde ; les moissonneurs, les anges ; de même donc qu’on ramasse l’ivraie et qu’on le consume au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges ; ils ramasseront pour les mettre hors de Son Royaume tous les fauteurs de scandales et ceux qui pèchent contre la loi, et ils les jetteront dans une fournaise ardente ; là seront les pleurs et les grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles entende !
(Math. XII ; 24-30 et 36-43).


Octobre 1975


Il semble que notre dernier exposé consacré à Son Excellence Mgr Lefebvre ait été mal entendu et peut-être mal écrit, il a suscité chez plusieurs partisans de ce prélat des réactions de véritable hostilité.
A vrai dire c’est sur un autre point que nous les attendions mais le sujet est assez grave et apparemment assez ambigu aux yeux de certains pour que nous y revenions longuement.

Nous avons eu selon eux deux torts : le premier de dire que l'obéissance au Pape et au concile était un devoir. Dans quel sens entendions-nous tout cela ? Nous devons le préciser ici : en quoi selon nous, Mgr Lefebvre s'est-il trompé ?

D'une part en parlant de deux Églises : l'une tendant au protestantisme, au modernisme, et vraisemblablement siégeant à Rome ; l'autre fidèle, gardant sûrement le dépôt millénaire de la Foi et siégeant on ne sait où.

D'autre part "en refusant" le dernier Concile sans pour autant le démontrer invalide. Ces deux "fautes" de Mgr Lefebvre, nous n'avons jamais eu l'intention de dire qu'elles étaient autre chose que des imprudences de langage et de plume. Elles n'étaient d'ailleurs des fautes que parce qu’elles ouvraient les portes à une polémique tendancieuse et très suspecte.

Nous pensons bien que dans l'esprit de Mgr Lefebvre, il n'y a et il n'y aura jamais qu'une Église sous l'autorité de Pierre : Son Excellence n’a pas manqué de le dire aussi clairement que possible et à plusieurs occasions. Il est extrêmement regrettable que malgré de telles précisions, certains "traditionalistes" n’aient pas hésité à faire d'un lapsus matière de bréviaire, tombant dans un piège dont la prudence de Son Excellence voulait les garder.

Piège pourtant bien grossier et désigné à la plus élémentaire clairvoyance par des faits trop significatifs : combien d’articles de presse, où l’on manifestait pour la personne de Mgr Lefebvre une admiration bien sentimentale et toute profane s’annonçaient-ils par le mot SCHISME en lettres capitales ?

Il revenait sans cesse, et on allait même, par l’effet d’une bien étrange "sympathie" jusqu’à affirmer que ce prélat pourrait bien être demain un antipape !
On laissait bien aux esprits modérés faculté de croire que cette éventualité pouvait se ramener raisonnablement à une séparation de fait dont l’aspect "juridique" resterait second, entendez par là la création d'une "petite église" dont Mgr Lefebvre, à défaut d’être "Pape" serait au moins le chef. Et c’est bien à cela, c'est à dire à une secte schismatique que l’on a prétendu conduire le mouvement suscité par l’"affaire d’Ecône" dans l’esprit du public d’abord, puis dans celui des intéressés eux-mêmes.

Une telle manœuvre ne pouvait que recevoir de puissants appuis : celui des prélats et des religieux modernistes, animés tout soudain d'une rigueur inattendue et d'un attachement inhabituel à l'autorité du Saint-Siège.
Celui, ensuite, de l’opinion publique, dont l'affectueuse sympathie vaut ici la mortelle étreinte de l'ours de la fable. Celui, enfin, de la naïve vanité des "intégristes" peu éclairée de la signification doctrinale de leurs propos et de leurs actes.

Curieusement, c'est peut-être à ces derniers que la légitimité de la position de Mgr Lefebvre apparaît le moins clairement, du moins quant au Concile. Autre chose pourtant est de dénoncer les tendances hérétiques de certains Pères et de certains "experts" au Concile, de condamner les hérésies manifestes qui l’ont suivi, et autre chose de "condamner" le concile lui-même. Celui-ci, d'une part, ne prétend rien modifier du dépôt reçu - auquel cas il aurait été clairement invalide - et doit NÉCESSAIREMENT être interprété de façon orthodoxe.

D’autre part - et c’est en quoi il n'est pas "doctrinal" - il n’apporte aucune espèce de définition nouvelle que l’on puisse approuver ou rejeter. Tout cela quelles que soient les apparences, n’a certes pas échappé à Monseigneur Lefebvre, auquel on a su rappeler, sans trop d'élégance, qu’il avait souscrit les actes conciliaires.

Mais y-a-t-il plus d’élégance à ignorer délibérément les rectifications de forme donnée par Mgr Lefebvre sur sa position doctrinale vis-à-vis du Concile ?
Ou laisser croire que sa rectification touchait le fond de sa pensée, et qu’il s’était ainsi déjugé, trahissant une "cause" qui n’a en fait jamais été la sienne ?

Ce n’est certes pas faire injure à Mgr Lefebvre que d'affirmer que cette position qui est la sienne n’a rien d'extraordinaire au cœur de l’Église éternelle contre Laquelle "Les portes de l'Enfer ne prévaudront pas", un évêque est très normalement le gardien de la Foi, le "veilleur" attentif : que ce veilleur soit à peu près le seul à remplir sa fonction, cela n’ajoute rien à celle-ci, ne manifeste rien qui ne soit en elle par nature.

Le grand Saint Athanase fut-il jamais considéré comme le chef, de fait ou de droit, de l’Église persécutée et éprouvée de son temps ?
C'est le droit et le devoir de tout orthodoxe de corriger l’erreur où qu’elle soit, et d’avertir le Pape lui-même des faiblesses qui le menaceraient : le cas n'est pas unique dans l’histoire de l’Église, et il s'en faut.

Combien de pontifes ont reçu de reproches, et combien plus amers, et cela de la part de saints, et sans que les esprits pervers parlassent de schisme et sans que les esprits faibles aient permis qu'on en parlât ?
Quand bien même le poids de la sainteté s'ajoute au poids de l’autorité hiérarchique, la voix d'un évêque ne s’élève pas plus qu'il ne se doit dans le chœur harmonieux des hommes et des anges. Si les tentations n'ont pas manqué de tous côtés pour Mgr Lefebvre, nous ne saurions lui rendre meilleur hommage qu'en reconnaissant qu’il a "gardé le ton", et qu'il a refusé bien clairement de jouer le rôle qu’on lui avait préparé.

Et que cela choque ou non ses partisans comme ses adversaires, nous devons affirmer que la valeur véritablement exemplaire des décisions qu’il a dû prendre a sa source dans le respect de l'autorité pontificale et de la dignité conciliaire. Encore faut-il bien voir en quoi celles-ci résident.

L’autorité spirituelle du Pape est une autorité intemporelle, manifestée dans la personne du successeur de Pierre, et pleinement actualisée dans le pouvoir de promulguer les définitions de la Foi, ce qui est le propre de l’infaillibilité.

Ces définitions mêmes sont en général le fait des Conciles œcuméniques, corps hiérarchique de l’Église, représentant le corps hiérarchique de l’Assemblée des Apôtres qui a reçu l’Esprit-Saint à la Pentecôte. Les apôtres et leurs successeurs, tout en recevant une inspiration commune, l'expriment chacun d’une manière spécifique, qui est celle d’un "point de vue" correspondant à la diversité de leur position (*).

(*) Le caractère nécessaire et providentiel de cette diversité est d'ailleurs marqué par le nombre symbolique des apôtres.

Chacune des "voix" apostolique est ainsi comme le retentissement sur un airain diversement façonné du "choc" initial qu’est la manifestation indifférenciée en elle-même de la Vérité. Cette voix se mêle aux autres dans un unisson, un "point commun" où ces voix multiples sont une harmonie parfaite : ainsi est harmonieuse la définition proclamée par le Pape, par Pierre, jouissant d’une prérogative particulière.

Cette prérogative est, de toutes les façons, unique : sa source unique, la fonction de Pierre réside en un seul homme, son successeur, et tous les pouvoirs du Pape sont issus de celle-ci.

C'est la fonction de Pierre qui non seulement garantit, mais encore constitue en fait l’essentiel du pouvoir pontifical. C’est elle, en puissance dans chaque pape régulièrement élu, qui se manifeste en acte dans les actes pontificaux légitimes, et dans eux seuls.

C'est bien en tant que successeur de Pierre qu’un pape est véritablement pape, c'est en remplissant cette fonction qui, avec l’aide de l 'Esprit-Saint, et selon les promesses de Notre Seigneur, se perpétue d’âge en âge dans la personne des pontifes légitimes (*). Le Pape définissant la Foi "ex cathedra", c'est-à-dire sur le siège de Pierre est infaillible en tant que l’infaillibilité doctrinale a été donnée à Pierre (**).

(*) On se souvient de l'acclamation conciliaire : "Pierre à parlé par Léon, Pierre a parlé par Agathon ! "

(**) Jésus a prié pour Pierre afin que sa foi ne manque pas, et il lui donné grâce et force pour "confirmer ses frères" (Luc XXII : 32), et la prière de Notre Seigneur est celle que "le Père exauce toujours" (Jn. XI)

Toute la dignité du Souverain Pontife réside dans cette puissance qui est en lui, tout le pouvoir qui est le sien réside dans l’acte de cette fonction divine donnée à Pierre seul (***). C’est à dire que cette fonction ne pouvant s’opposer à elle-même, un pape en tant que pape est nécessairement en accord avec l’enseignement de ses prédécesseurs.

(***) "Le bienheureux apôtre Pierre donne dans ses successeurs ce qu’il a reçu Lui-même" (quod accepit, hoc tradidit). St. Sixte III.

Et tout ce qui, dans l’enseignement et les actes d’un pontife s’éloignerait de l’enseignement commun de ses prédécesseurs, serait pur néant, étranger à Pierre, et extérieur à l 'Église même, (****) qui est Une : néant, tout acte pontifical où les considérations humaines - qu’elles soient adoptées ou imposées l’emportent sur la Foi : néant les actes hétérodoxes d'un pape pressé par le monde, et contraint par lui, tel Vigile par l'empereur Justinien, tel l’infortuné Libère, dont la déclaration de Sirmium n’est strictement rien pour l’Eglise, quand la fermeté de St Athanase lui est un modèle éternel.

(****) Étranger à Pierre : "Le chemin du serpent ne laisse aucune trace sur la pierre" (Origène, citant à propos de Pierre le Proverbe (In Mat. Migne 1003).
Extérieur à l 'Église : "Qui cathedram Petri, super quam fundata est Ecclesia, deserit, in Ecclesiae esse confidit ?" (Saint Cyprien ; De Unitate cap. IX).

Néant les actes de Pie VII captif' : "Nullam vel temporalem , vel spiritualem exercere potuit juridictionem", comme l’expose son Bullaire.

La fameuse lettre privée d'Honorius à l'hérétique Sergius est néant ; ce pape est anathémisé non certes pour son hérésie, (*) comme l’ont soutenu les gallicans mais pour son laxisme et sa soumission au monde. Car la sainteté personnelle est tout autre chose que l’infaillibilité, qui ne la suppose nullement (**).

(*) Dom Guéranger : " Le pape Honorius n'est pas compris parmi eux (les hérétiques). L'anathème lui a été infligé pour avoir seulement donné lieu par ses coupables ménagements au développement de leurs opinons impies. "Le sixième Concile a inscrit Honorius parmi ceux qui "tout en demeurant orthodoxes dans leur pensée et dans leurs écrits, ont eu le tort d’exposer la sûreté de la Foi par leur silence, lorsque leur devoir est de la proclamer et de la défendre".

(**) ...du moins tant qu’elle est en puissance. L’adresse de "Sa Sainteté" donnée au souverain Pontife ne désigne pas la personne, mais la fonction. "Sa Sainteté" ne se dit pas en effet d'un pape défunt. On peut ajouter qu’il en va de même des autres titres et marques honorifiques dans l’Église ou dans toute autre institution sacrée. Ainsi, par exemple, si le port de la soutane reste un problème d'éthique religieuse, on ne peut en dire autant du port de la pourpre cardinalice : ceux qui prétendent se dispenser de leur propre autorité de paraître revêtus des insignes de leur fonction ont-ils pour celle-ci le respect qu’ils doivent ? Dans le cas de la pourpre, qui symbolise le martyre sanglant, un tel geste est au moins malheureux.

Du Pape, on peut dire en effet que du moment qu’il est investi de la fonction de Pierre, il reçoit une grâce particulière, un charisme qui est celui de Pierre. Cette grâce cependant peut être refusée ou méconnue de Lui, soit à l’occasion, soit toujours, selon les décisions de son libre-arbitre : recevant d’une fonction le pouvoir de l’exercer, il ne perd pas pour autant le pouvoir de refuser cette fonction (*), et cette grâce particulière qui la constitue. Le charisme pontifical est donc, il faut bien le remarquer, tout différent de l’inspiration prophétique.

(*)…et même de la refuser formellement par démission, comme Célestin V

Si l’esprit prophétique descend dans un homme injuste, comme Balaam annonciateur malgré lui de l’Etoile, ou Caïphe (**) témoignant par avance de la rédemption, c’est au-delà de sa volonté.

(**) Ce mot de "pontife" appliqué à Caïphe n’est peut-être pas très heureux dans tous les cas. La fonction pontificale, encore qu’elle soit commune à plusieurs formes traditionnelles, garde une "coloration" proprement romaine. Caïphe prophétisant est revêtu de l’"éphod" propre a la tradition juive, qu’il serait imprudent de vouloir retrouver entière et dans le détail dans les usages liturgiques chrétiens. Vouloir mêler les choses à tout prix, par goût "historicistes" des "sources" ou par peur de reconnaître dans notre liturgie des éléments "païens" pourtant très naturellement intégrés, conduit trop souvent à des aberrations regrettables, dont la fable "judéo-chrétienne" n’est pas la moindre.


Si l'Esprit-Saint éclaire surnaturellement le discernement naturel d’un pape, c'est selon son acquiescement, et comme l’a montré Saint Thomas, selon sa préparation volontaire à la grâce. Ce "refus" n'est évidemment pas refus de quelque chose que l'on connaitrait, car si le pape connaissait pleinement cette grâce, il ne pourrait s’opposer à elle : une telle connaissance supposant une identification qui serait ici l’accomplissement parfait de la fonction de Pierre.

Il faut considérer qu’en vertu de l’acte du "Premier Moteur", la "préparation à la grâce" dont la possibilité réside dans la nature humaine est en puissance dans le Pape comme dans tout homme. Mais aussi, comme pour tout homme, elle reste chez lui objet du libre arbitre et de la volonté propre : ainsi le "refus" du charisme pontifical est possible, et l’effet de ce refus sera une ignorance volontaire et coupable : ce refus peut de bien des façons se comparer à celui des Juifs : la culpabilité de ceux-ci, réside bien, comme la montré saint Thomas", dans une ignorance volontaire.

La où les Juifs méconnaissaient la Sainteté du Fils dans son évidence immédiate, un pape coupable méconnaitrait volontairement la Sainteté de l'Esprit. A ce refus s’ajouterait celui des signes multipliés devant lui par la Bonté divine : comme les juifs, il ignorerait délibérément les prophéties, et comme eux il compterait pour peu le témoignage des Saints.

Là où le péché contre l’Esprit suffirait à expliquer qu'un pape, infaillible en puissance, puisse néanmoins être damné, on doit considérer le péché contre les trois hypostases : contre le Père en refusant de participer à l'acte du Premier Moteur présent dans la puissance de l'Image et Ressemblance (*) ; contre le Fils qui a manifesté en acte cette Image et s’est présenté comme Voie ; contre l’Esprit enfin, comme nous l’avons vu, en refusant les grâces surnaturelles accordées à Pierre, ainsi que Sa manifestation directe dans les prophéties et les avertissements inspirés aux Saints.

(*) Saint Augustin indique bien que le péché est radicalement "contre-nature". Le refus d’accomplir sa nature, accomplissement dont toutes les possibilités résident dans chaque homme porteur de l’"Image et Ressemblance", est ici refus d’"actualiser" une des plus hautes "identités" possibles, l’identité à la Vérité même. Le degré de cette identité est tel qu’il suppose à la fois intelligence et expression parfaite de cette vérité : l’Infaillibilité.

Comme bien on pense, le problème qui se pose ici n'est pas celui du salut personnel d'un pontife, mais bien des conséquences qui découlent naturellement de la définition doctrinale de la fonction pontificale : il s’agissait moins de prétendre déterminer les "limites" de cette fonction (*) que d’en indiquer la source intemporelle sans voiler les faiblesses possibles de celui qui en est investi.

(*) Certaines propositions "intégristes" rappellent trop clairement les erreurs du Gallicanisme pour qu'une "mise en garde" dans ce sens soit superflue... les fautes de Philippe le Bel semblent toujours durer…

Ces conséquences s’étendent jusqu’au domaine "temporel" qui n’est pas pour autant "profane" et il faudrait sans doute en dire quelque chose, elles s’étendent en tout cas au domaine juridique : ce qui est évident dans société traditionnelle où le juridique est soumis au spirituel, l’est bien plus encore dans une seule personne en qui autorité spirituelle et pouvoir juridique sont réunis – dans la mesure où cette autorité est actuelle, c'est-à-dire orthodoxe et inspirée.

Elles s’étendent, en fait, dans tous les domaines qu'embrasse la fonction de Pierre : c’est dire que le cas des conciles, par exemple, ne peut être examiné à part, la validité des conciles supposant l’approbation de Pierre.

Mais la première de ces conséquences reste bien pour nous la vénération et la soumission à Pierre et à son autorité intangible, ne considérant avec Saint Léon sur sa chaire que "celui dont la dignité ne défaille pas, même dans son indigne héritier".

Et la dénonciation sans ambigüité par S.S Paul VI des "fumées de Satan" qui aveuglent tant de prélats nous empêche de penser un instant que ce pape n’a pas reçu dans une élection régulière le pouvoir du Prince des Apôtres.


Avril 1976


Cordialement

Origenius
























     

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