Corpus Domini et la transsubstantiation : homélie d'un prêtre de Palestine par jejomau 2011-06-25 07:51:50 |
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"Jésus vient de rassasier les foules (Jn 6, 1 – 20) . Il se rend compte, amèrement, que les personnes "le cherchent, non pour avoir vu les signes, mais parce qu'ils ont mangé le pain à satiété" (v. 26). Le "type" romain païen ne différait pas beaucoup : "panem et circenses", "du pain et des jeux!" Jésus ne reste pas dans son désenchantement. Il n'hésite pas à exhorter ses contemporains matérialistes , auxquels nous ressemblons parfois : "Travaillez non pour la nourriture qui se perd mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'homme…" (v. 27).
Dans une dureté de cœur et d'entendement – que nous voyons parfois en nous et autour de nous- les Juifs, pourtant bénéficiaires de la multiplication des pains et des poissons, osent demander sans sourciller au Thaumaturge Nazaréen :"Quel signe fais-tu donc, pour qu'à sa vue nous te croyions..? Quelle œuvre accomplis-tu.? " Questions d'autant plus ahurissantes qu'ils viennent de se rassasier miraculeusement grâce à Lui! Les voilà qui renchérissent, feignant d'ignorer le miracle insigne de Jésus : "Nos pères ont mangé la manne dans le désert"! Et, eux, ils n'ont rien mangé! Ils n'ont rien vu de spectaculaire!
Nier la réalité, renier les bienfaits, ignorer et oublier les miracles de Dieu semble bien être "notre pain quotidien". "Rien de nouveau sous le soleil" brûlant: toujours dans le désert, quelques siècles auparavant, les Hébreux se plaignaient de Dieu et de Moïse (Ps 106 (105), 21, 25). "Ils n'étaient pas revenus de leur désir, leur manger encore en la bouche" (Ps 78 (77), 30), comme les gens de Capharnaüm!
Jésus déclare : "Je suis le Pain de vie… Qui mangera ce Pain vivra à jamais: c'est ma chair pour la vie du monde". Les Juifs se mettent alors à discuter fort entre eux : "Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger?"
Notre Saint Cyrille de Jérusalem (+ 386) nous instruit (Catéchèse mystagogique IV, 1,2, 4) : "Puisque Jésus a dit du pain "Ceci est mon corps" (Mt 26, 26), qui ose douter après cela? Quand Lui-même affirme, d'une façon catégorique, "Ceci est mon sang" (Mt 26, 28), qui peut objecter et proclamer que ce n'est pas Son sang? Jésus avait déjà, par la force de sa volonté, transformé l'eau en vin à Cana de Galilée (Jn 2, 1 – 11). N'a-t-il aucune crédibilité quand il transforme le vin en Son sang? Il a accompli ce miracle (de Cana) lorsqu'il a été invité à des noces de ce monde. Et quand Il accordera aux amis de l'Epoux (Mt 9, 15) de savourer Son Corps et Son Sang, n'allons-nous pas reconnaître davantage Sa puissance? Un jour, Jésus dit aux Juifs: "Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n'aurez pas la vie en vous". Ceux qui n'ont pas compris le sens spirituel des paroles de Jésus ont été scandalisés et se sont éloignés de Lui, en imaginant que le Sauveur les invitait à manger (physiquement) son corps humain. "
Oui, Celui qui a multiplié pains et poissons peut multiplier Sa présence sous les espèces du pain et du vin. "Le Verbe par qui tout a été fait" (Jn 1, 3) peut se rendre présent partout sous des formes sensibles et tangibles.
Au cours de l'histoire, beaucoup de personnes ont nié la présence réelle. Certains ont manipulé leur traduction en "Ceci contient ou signifie mon corps" au lieu de "est mon corps". D'autres comme Kuhn, ont réduit l'Eucharistie à un rite essénien qui aurait été à peine retouché par Jésus. Mais Jeremias réfute cette théorie en signalant les différences substantielles et essentielles entre l'Eucharistie et les repas esséniens, comme la participation des femmes dans le "repas" chrétien du Seigneur dont la présence réelle est unique. Jeremias note avec raison que la bénédiction du pain et du vin est un rite juif général.
Paradoxalement, c'est le caractère peu commode de la déclaration de Jésus à Capharnaüm et pendant la dernière Cène qui prouve son absolue crédibilité. A nous de croire et de vivre! "Il est grand le Mystère de la foi!"
P.P. Madros - Né à Jérusalem, il entre au séminaire à Beit-Jala et sera ordonné prêtre à Jérusalem, à la Concathédrale, par S.B. le patriarche J.J. Beltritti en 1972. On lui doit la traduction du Psautier en arabe en 1973. Il exerce toujours en Palestine.
Mgr Shomali (évêque auxiliaire de Jérusalem), dans son homélie, ce même jour, précise ce Mystère dans la contemplation de l'Eucharistie qu'il nous invite à redécouvrir : "L’Eucharistie prolonge parmi nous l’Incarnation. Le Christ est vraiment présent dans le Pain et le Vin. Mais avec une différence. Dans son Incarnation, Jésus était soumis aux lois de la physique. Ici il a un corps glorieux, libre des lois de la physique, des restrictions du temps et de l’espace et c’est pourquoi, il peut se trouver simultanément dans toutes les hosties et dans tous les calices consacrés et dans les 5 continents.
Face à ce grand mystère d’amour, notre attitude devrait être: la foi, la gratitude, l’adoration et la disponibilité à nous sacrifier pour nos frères"
Fête du Corpus Domini au Saint-Sépulcre
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