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Homélie de Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique
par jejomau 2011-06-21 15:44:44
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présent lors de la vigile de la Pentecôte à l'occasion du quarantième anniversaire de la création du diocèse de Saint-Étienne et le lendemain pour les 86 confirmations.



L’Église est par nature missionnaire


"Un missionnaire a raconté un jour une histoire qui lui est arrivée lorsqu’il a rencontré, au cours de son ministère d’évangélisation, un homme âgé d’une communauté d’autochtones d’Amérique du Nord.
Après lui avoir parlé de Jésus et de Dieu le Père qui l’a révélé, il commença à lui apprendre la prière du Notre Père. Quelle ne fut pas sa surprise de voir que cet homme le connaissait déjà par coeur et le récitait avec lui !
« Qui te l’a enseigné ? », lui demanda-t-il – « La voix du vent », répondit-il. Il l’avait appris en écoutant la radio.
Pour nous, la transmission de la voix par les ondes de la radio n’est plus un mystère. Mais pour capter et exprimer les vérités des mystères de la foi, la Bible et la Liturgie ont recours aux images qui nous aident à comprendre ce que la raison ne réussit pas à saisir par elle-même.
Les réalités spirituelles sont toujours difficiles à définir, et c’est pourquoi la Parole de Dieu et la Tradition de l’Église utilisent des images pour parler de ces réalités. Les images contenues dans les textes bibliques pour expliquer l’Esprit Saint, nous les trouvons résumées dans l’hymne Veni, Creator Spiritus : « fons vivus, ignis, caritas et spiritalis unctio », ce qui veut dire : "source vive, feu, onction spirituelle, et surtout charité."

Saint Irénée, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, se sert de l’image de l’eau pour exprimer la fécondité de l’action de l’Esprit dans la vie de l’homme plongé dans l’eau du baptême.
Les Actes des Apôtres nous parlent de ce qui est arrivé le jour de la Pentecôte quand l’Esprit Saint descendit sur les Apôtres et sur la Vierge Marie réunis, en prière au Cénacle de Jérusalem : "à l’improviste survint du ciel un grand bruit, comme un violent coup de vent, et apparurent ce qui ressemblait à des langues de feu. Tous furent remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler dans d’autres langues, chacun s’exprimant selon le don de l’Esprit".
Nous pouvons considérer trois cadres bibliques, pris dans le récit des Actes des Apôtres, qui nous aident à mieux comprendre le sens de ce qui est advenu et de ce qui advient encore maintenant par l’action de l’Esprit Saint dans la vie des chrétiens.

1. Le vent impétueux, typique de la théophanie, c’est-à-dire de la manifestation de Dieu, rappelle le moment où Dieu, au milieu des éclairs et des coups de tonnerre, se révèle à Moïse au Mont Sinaï et lui donne la Loi pour le peuple d’Israël.
2. Les langues de feu expriment le lien et l’accomplissement de la prophétie de Jérémie quand Dieu, se référant aux temps messianiques, déclare : « Voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle du Seigneur : je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur coeur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple » (Jr 31, 33).
3. Le prodige des langues que tous comprennent est la réponse positive à ce qui arriva lors de la construction de la tour de Babel lorsque le péché d’orgueil de l’humanité, autrement dit le refus de l’autorité de Dieu, avec la volonté de s’élever par les seules forces humaines à la hauteur de Dieu, mena à la confusion des langues et donc à la division et aux rivalités.

Le vent ne se voit pas, ne s’entend pas, il fait sentir sa force sur tout ce qu’il rencontre sur son passage et nous pouvons percevoir les effets de son action, sur les arbres, sur l’eau, dans le déplacement des objets. Ainsi en est-il de la présence et de l’action de l’Esprit de Dieu : on ne perçoit cette action que par ses effets et par les fruits qu’elle produit en ceux qui en bénéficient, dans la vie des saints : apôtres et missionnaires de l’éducation, saints et martyrs de la charité.
Le vent de la Pentecôte montre que Dieu est présent et pousse l’humanité dans une nouvelle direction, finale, définitive, qu’il forme un peuple nouveau, marqué du sceau d’une alliance nouvelle, celle que Jésus a scellée de son sang, qu’il a inscrite dans les coeurs : la loi de l’amour.

À la Pentecôte, les disciples, réunis avec Marie, commencent à parler de nouvelles langues : c’est le premier effet visible du don de l’Esprit qu’ils ont reçu et dont le vent est le signe, et tous se comprennent.
De ce don de l’Esprit vient à naître un nouveau peuple qui, à son tour, transmet par le baptême la vie et l’alliance nouvelle, rendue possible précisément par le don de cet Esprit de Dieu. Cette communauté, rassemblée par des liens de fraternité autour du même Père, qui communique son amour, c’est l’Église.
Un petit groupe d’homme, avec quelques femmes, ignorants, tout simples, pécheurs, devient une force qui a révolutionné l’histoire du monde, non pas au moyen de la richesse, de la science ou des armes, mais par la puissance de l’amour et du témoignage que l’Esprit Saint leur a conférée. L’Église commence alors, au milieu des contradictions souvent dramatiques, son cheminement dans l’histoire de l’humanité, et devient le signe d’une communauté réconciliée dans l’amour, réconciliée avec Dieu qui a pardonné le péché dans la mort de Jésus sur la Croix, une communauté qui est donc appelée à être un signe de réconciliation et de communion entre les hommes, dans l’amour mutuel qui devient la nouvelle loi institutionnelle des chrétiens. Tel est le signe distinctif, comme le Seigneur lui-même l’a demandé, la vie de ceux qui se reconnaissent comme ses disciples : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 35).
En cette fête de la Pentecôte, de l’effusion du Saint-Esprit, nous célébrons la naissance de l’Église, qui est née non par décision d’une volonté humaine, mais par la force de l’Esprit de Dieu. Elle naît, de par les circonstances et les signes qui accompagnent cette naissance, comme une communauté unie dans la prière et universelle dans sa composition.
Saint Augustin définit l’Église « societas Spiritus », société de l’Esprit Saint. Et saint Irénée encore affirme dans ses écrits : « Là où se trouve l’Église, là se trouve l’Esprit de Dieu, et là où se trouve l’Esprit de Dieu, là se trouvent l’Église et toute grâce, et l’Esprit est la vérité ; s’éloigner de l’Église signifie refuser l’Esprit et donc s’exclure de la vie » (III 24,1).

Le pape Benoît XVI dans une homélie d’il y a quelques années (2008), soulignait avec lucidité et précision la nature de l’Église des origines :
« Lors de l’événement de la Pentecôte il apparaît clairement qu’une multitude de langues et de cultures différentes appartiennent à l’Église ; dans la foi, celles-ci peuvent se comprendre et se féconder réciproquement. Saint Luc veut clairement transmettre une idée fondamentale, c’est-à-dire qu’au moment même de sa naissance l’Église est déjà « catholique », universelle. Elle parle dès le début toutes les langues, car l’Évangile qui lui est confié est destiné à tous les peuples, selon la volonté et le mandat du Christ ressuscité (cf. Mt 28, 19). L’Église qui naît lors de la Pentecôte n’est pas tout d’abord une communauté particulière – l’Église de Jérusalem – mais l’Église universelle, qui parle les langues de tous les peuples. De celle-ci naîtront ensuite d’autres communautés dans toutes les parties du monde, des Églises particulières qui sont toutes et toujours des réalisations de la seule et unique Église du Christ. L’Église catholique n’est pas cependant une fédération d’Églises, mais une réalité unique : la priorité ontologique revient à l’Église universelle. Une communauté qui ne serait pas catholique en ce sens ne serait même pas une Église. »

Dès son origine, l’Église naît missionnaire. L’Évangile de Luc se termine par le récit de la séparation physique de Jésus à l’Ascension et par les dernières instructions données aux Apôtres, qui seront revêtus de la force de l’Esprit pour être témoins jusqu’aux confins de la terre.
Le même auteur, saint Luc, reprend le récit de la vie de l’Église primitive en racontant dans le livre des Actes des apôtres l’événement de la Pentecôte, et il continue à décrire son développement jusqu’à ce que saint Paul arrive à Rome, où il conclut son activité missionnaire, au coeur du monde alors connu, d’une manière symbolique, en accomplissant le commandement du Seigneur, jusqu’aux limites de la terre.
Le dynamisme du témoignage apostolique, soutenu par l’annonce de l’amour de Dieu dans la réconciliation du pardon des péchés, est la force qui a affermi la vie de l’Église depuis le commencement jusqu’à nos jours. Nous sommes le dernier élément d’une chaîne ininterrompue qui, depuis la première Pentecôte, continue à maintenir vivant le feu de l’amour de Dieu, cet amour qui embrase les coeurs, transforme le monde, établit des liens de fraternité, de solidarité et de paix, qui bâtit, en un mot, la civilisation de l’amour.
Aujourd’hui, cette communauté ecclésiale, l’Église qui vit dans le diocèse de Saint-Étienne, se rappelle et célèbre le quarantième anniversaire de sa naissance, avec son évêque, Mgr Dominique Lebrun, et les deux pasteurs qui l’ont précédé, Mgr Paul-Marie Rousset et Mgr Pierre Joatton. En cette occasion, je suis heureux d’être l’expression du lien de communion avec le Successeur de Pierre, le Pape Benoît XVI, qui par la volonté du Seigneur est le garant de la foi apostolique ensemble avec tous les évêques de l’Eglise catholique. C’est pour moi un honneur de vous assurer de la proximité spirituelle et de l’affection du Saint-Père et de transmettre à tous sa Bénédiction apostolique.

Quarante années, c’est une période relativement brève de l’histoire, mais suffisante pour motiver l’action de grâce qui monte vers le Seigneur, pour tout le bien accompli, pour toutes les grâces reçues, et aussi pour nous souvenir avec gratitude de tous ceux et celles qui ont donné leur vie, leurs énergies et leur dévouement pour faire de ce diocèse une communauté vivante.
Si le diocèse de Saint-Étienne est né il y a quarante ans comme communauté locale, la foi et la vie ecclésiale sont enracinées dans les nombreux siècles de l’histoire qui relie cette communauté à l’Église-mère de Lyon, laquelle se glorifie à juste titre de la sainteté de son grand évêque Irénée. Se tourner vers le passé n’est pas seulement une occasion de satisfaction nostalgique mais aussi et surtout un motif d’inspiration pour reprendre conscience de sa propre identité et pour ranimer la volonté de projeter vers l’avenir la mission de l’Église.
En reprenant une récente exhortation du Pape, je pense que l’on peut adresser au diocèse de Saint-Étienne les orientations d’actions qui doivent inspirer cette communauté chrétienne :
« Dans les situations complexes (de notre temps), vous êtes appelés à promouvoir le sens chrétien de la vie, à travers l’annonce explicite de l’Évangile, apporté avec une fierté délicate et une joie profonde dans les divers domaines de l’existence quotidienne. De la foi vécue avec courage jaillit, aujourd’hui comme par le passé, une culture féconde faite d’amour pour la vie, de sa conception à sa fin naturelle, de promotion de la dignité de la personne, d’exaltation de l’importance de la famille fondée sur le mariage fidèle et ouvert à la vie, d’engagement pour la justice et la solidarité. Les changements culturels en cours exigent que vous soyez des chrétiens convaincus “toujours prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous” (1 P 3, 15), capables d’affronter les nouveaux défis culturels dans une confrontation respectueuse, constructive et consciente avec tous ceux qui vivent dans cette société » (Discours au IIe Congrès d’Aquileia, 7 mai 2011).

Le Concile Vatican II, pour exprimer et décrire la nature de l’Église comme mystère de l’union personnelle de tout homme avec la Trinité et avec les autres hommes, a recouru au concept de communion (koinonia) :
« L’Église est une réalité, non pas repliée sur elle-même, mais plutôt ouverte de manière permanente à la dynamique missionnaire et oecuménique, puisqu’elle est envoyé au monde pour annoncer et témoigner, actualiser et diffuser le mystère de communion qui la constitue : rassembler tout et tous dans le Christ ; être pour tous sacrement inséparable d’unité… (n° 4).
« L’Église du Christ, proclamée une, sainte, catholique et apostolique dans le Symbole, est l’Église universelle, c’est-à-dire la communauté universelle des disciples du Seigneur, qui devient présente et agissante dans la particularité et la diversité des personnes, des groupes, des époques et des lieux. Parmi ces multiples expressions particulières de la présence salvifique de l’unique Église du Christ, on trouve dès l’époque apostolique des expressions qui sont en elles-mêmes Églises, parce que, bien qu’elles soient particulières, l’Église universelle est présente en elles avec tous ses éléments essentiels. Elles sont par conséquent
constituées “à l’image de l’Église universelle”, et chacune d’entre elles est “une portion du peuple de Dieu confiée à un évêque pour qu’avec l’aide de son presbyterium il en soit le pasteur
” (Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 28.05.1992) (n° 7).
Chère Église qui es à Saint-Etienne, aujourd’hui tu remercies le Seigneur pour les dons que tu as reçus et tu célèbres l’Esprit Saint qui t’anime et te vivifie. Les dons reçus par le passé deviennent une promesse qui suscite ton engagement et ton témoignage. Dans la célébration de l’Eucharistie tu te reconnais communauté et famille de Dieu dans le partage du pain. Le Christ est présent avec sa force dynamique qui nous unit à Lui et à nos frères.
« La communion avec le Seigneur est toujours communion avec les autres. C’est pourquoi notre vie spirituelle dépend essentiellement de l’Eucharistie. Sans elle, la foi et l’espérance s’éteignent, la charité se refroidit ». (Benoît XVI, Venise, 8 mai 2011).
Que le jour du Seigneur, le dimanche, soit pour toi la fête qui illumine la vie et les activités de tous les jours. « À l’Eucharistie, source d’amour divin, tu pourras puiser l’énergie nécessaire pour apporter le Christ aux autres et pour conduire les autres au Christ » (ib.). Lui-même, qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, a promis d’être avec nous jusqu’à la fin des temps. Que la Vierge présente avec les disciples à la Pentecôte obtienne pour toute la communauté diocésaine de Saint-Etienne, Évêque, prêtres et fidèles, le don de la pleine fidélité à la parole du Seigneur !"

Mgr Ventura - Samedi 11 juin 2011

     

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 Homélie de Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique par jejomau  (2011-06-21 15:44:44)


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