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Ne s'agit-il pas également de la question 16 ?
par Scrutator Sapientiæ 2011-05-12 21:31:04
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Bonsoir John L,

Voici les deux articles situés au milieu de la question 16 :

" ARTICLE 6: Est-il vrai de dire: "Le Fils de Dieu a été fait homme "?

Objections:

1. Puisque " homme " désigne une substance, être fait homme est être fait tout court, c'est un devenir absolu. Mais il est faux de dire: "Dieu a été fait." Donc il est faux de dire: "Dieu a été fait homme."

2. Être fait homme, c'est subir un changement. Mais Dieu ne peut être soumis au changement, selon cette parole (Mt 3, 6): "je suis le Seigneur, et je ne change pas."

3. Le mot homme, attribué au Christ, représente la personne du Fils de Dieu. Mais il est faux de dire: "Dieu a été fait personne du Fils de Dieu."

Cependant: il y a la parole en S. Jean (1, 14): "Le Verbe a été fait chair", et S. Athanase explique: "C'est comme si l'on disait: "Dieu a été fait homme."

Conclusion:

On dit qu'un être a été fait ceci, quel qu'il soit, lorsqu'on lui attribue ceci à nouveau. Or, être homme est véritablement attribué à Dieu, nous l'avons dit, de telle façon cependant qu'il ne lui convient pas d'être homme de toute éternité, mais dans le temps, par l'assomption de la nature humaine. Il est donc vrai de dire: "Dieu a été fait homme." Toutefois cette proposition est entendue diversement par divers auteurs comme " Dieu est homme", dont nous avons parlé plus haut.

Solutions:

1. Être fait homme est un devenir absolu dans tous les cas où la nature humaine commence d'exister dans un suppôt nouvellement créé. Mais on dit que Dieu a été fait homme en ce sens que la nature humaine commence d'exister dans le suppôt de la nature divine qui préexiste de toute éternité. Ce n'est donc pas là pour Dieu un devenir absolu.

2." Être fait " implique une attribution différente et nouvelle. Aussi, toutes les fois que cette attribution nouvelle comporte un changement dans celui dont on parle, " devenir " est synonyme de " changer". Et c'est le cas de toutes les attributions absolues; ainsi la blancheur et la grandeur ne sont données à un être que si celui-ci change nouvellement pour acquérir la blancheur ou la grandeur. Mais ce qui est relatif peut être attribué nouvellement à un être sans que celui-ci soit changé. C'est ainsi que par le déplacement d'un objet qui passe à sa gauche, un homme peut se trouver à sa droite sans subir lui-même aucun changement. Dans ce cas, tout ce qui devient n'est pas forcément changé, parce que cela a pu devenir par le changement d'autrui. On dit à Dieu, en ce sens (Ps 90, 1): "Seigneur tu es devenu pour nous un refuge." Or, être homme convient à Dieu en raison de l'union hypostatique, qui est une relation. On peut donc faire à Dieu une attribution nouvelle, en disant qu'il est homme, sans que cela comporte d'autre changement que celui de la nature humaine assumée dans la personne divine. Et c'est pourquoi, lorsqu'on dit: "Dieu a été fait homme", on n'entend pas mettre un changement du côté de Dieu, mais seulement du côté de la nature humaine.

3. Le mot " homme " représente la personne du Fils de Dieu, non pas dans l'abstrait, mais en tant qu'elle subsiste dans la nature humaine. Mais, bien qu'il soit faux de dire: "Dieu a été fait la personne du Fils", il est vrai de dire: "Dieu a été fait homme " parce qu'il est uni à la nature humaine. "


" ARTICLE 7: Est-il vrai de dire: "L'homme a été fait Dieu "?

Objections:

1. Il est écrit (Rm 1, 2): Cet évangile que Dieu " avait promis par ses prophètes dans les Saintes Écritures, concernant son Fils qui a été fait pour lui de la descendance de David selon la chair..." Mais le Christ en tant qu'homme est de la descendance de David selon la chair. Donc l'homme a été fait Fils de Dieu.

2. S. Augustin écrit: "Cette assomption était capable de faire de Dieu un homme, et de l'homme un Dieu." Mais, à cause de cette assomption, il est vrai de dire: "Dieu a été fait homme." Pareillement, il est donc vrai de dire: "L'homme a été fait Dieu."

3. S. Grégoire de Nazianze écrit: "Dieu a été humanisé, et l'homme a été déifié, que vous le disiez de n'importe quelle façon." Mais Dieu a été humanisé en ce sens qu'il a été fait homme. Au même titre, nous disons que l'homme est déifié parce qu'il a été fait Dieu. Ainsi est-il vrai de dire: "L'homme a été fait Dieu."

4. Quand on dit: "Dieu a été fait homme", le sujet du changement n'est pas Dieu, mais la nature humaine signifiée par le mot " homme". Mais il semble que le sujet du changement est celui à qui on l'attribue. Il est donc plus véridique de dire: "L'homme a été fait Dieu", plutôt que " Dieu a été fait homme."

Cependant: S. Jean Damascène précise: "Nous ne disons pas que l'homme a été déifié, mais que Dieu a été humanisé." Or devenir Dieu et être déifié sont synonymes. Donc il est faux de dire: "L'homme a été fait Dieu."

Conclusion:

Cette proposition peut s'entendre de trois manières.

1° Le participe " fait " détermine d'une façon absolue soit le sujet, soit le prédicat. En ce sens, la proposition est fausse, car ni le prédicat " a été fait Dieu " ne se dit absolument de l'homme, ni " être fait " ne se dit absolument de Dieu, nous le dirons plus loin Dans le même sens il serait faux de dire: "Dieu a été fait homme." Mais ce n'est pas ce sens qui est ici en question.

2° Le participe " fait " peut être compris comme déterminant la composition du sujet et du prédicat, si bien que " l'homme a été fait Dieu " signifierait: "Il a été fait que l'homme est Dieu." En ce sens il est vrai de dire aussi bien: "L'homme a été fait Dieu " et " Dieu a été fait homme." Mais tel n'est pas le sens propre des locutions de ce genre; à moins peut-être de ne pas représenter par le mot " homme " une personne, mais l'homme en général. On ne peut pas dire en effet que cet homme a été fait Dieu, puisque cet homme ou ce suppôt n'est autre que la personne du Fils de Dieu, qui est Dieu de toute éternité; il reste vrai cependant que l'homme, à le prendre en général, n'a pas toujours été Dieu.

3° Enfin, au sens propre de la proposition, le participe " fait " implique un devenir de l'homme, dont le terme serait Dieu. Sous ce rapport, étant donné qu'il n'y a qu'une seule personne, hypostase ou suppôt, de l'homme et de Dieu, comme nous l'avons montré plus haut, la proposition est fausse. Car, quand nous disons: "L'homme a été fait Dieu", le mot " homme " désigne une personne; ce n'est pas en effet en raison de la nature humaine que l'homme peut être dit Dieu, mais en raison du suppôt. Or ce suppôt de la nature humaine, dont nous disons qu'il est Dieu, n'est pas autre chose que l'hypostase ou la personne du Fils de Dieu, qui a toujours été Dieu. On ne peut donc pas dire que cet homme a commencé d'être Dieu, ou qu'il devient Dieu, ou qu'il a été fait Dieu.

Les nestoriens prétendent au contraires que Dieu et l'homme constituent, dans le Christ, des personnes ou hypostases distinctes, et qu'on les attribue l'un à l'autre en les associant sous le rapport de la dignité personnelle, ou de l'amour, ou de l'habitation. Dans cette opinion, l'on pourrait dire au même titre: "L'homme a été fait Dieu", c'est-à-dire uni à Dieu, ou: "Dieu a été fait homme", c'est-à-dire uni à l'homme.

Solutions:

1. Dans le texte de l'Apôtres le relatif " qui", se rapportant à la personne du Fils de Dieu, ne doit pas se comprendre du côté du prédicat, comme si un être déjà existant, issu de David selon la chair, avait été fait Fils de Dieu. C'est le sens de l'objection. Il faut comprendre ce relatif du côté du sujet. Le sens est alors que " le Fils de Dieu a été fait", c'est-à-dire homme, " pour lui", c'est-à-dire, selon la Glose, à l'honneur du Père, alors qu'il existe comme issu de la race de David selon la chair. C'est comme si l'on disait: "Le Fils de Dieu est devenu possesseur d'une chair issue de la race de David, pour la gloire de Dieu."

2. La parole de S. Augustin doit s'entendre en ce sens que, du fait de l'Incarnation, il s'est fait que l'homme soit Dieu et que Dieu soit homme. Les deux locutions, entendues de cette manière, sont vraies, nous l'avons noté.

3. La même réponse s'applique ici, car être déifié et être fait Dieu sont synonymes.

4. Le terme sujet doit être pris matériellement, comme désignant le suppôt; au contraire, le terme prédicat doit être pris formellement comme signifiant la nature. Par conséquent, lorsqu'on dit: "L'homme a été fait Dieu", le devenir est attribué, non à la nature humaine, mais au suppôt de cette nature, lequel, étant Dieu de toute éternité, ne peut pas devenir Dieu. Et quand on dit: "Dieu a été fait homme", on signifie que le devenir se termine à la nature humaine elle-même. C'est pourquoi on peut dire, à proprement parler: "Dieu a été fait homme", tandis qu'il est faux d'affirmer: "L'homme a été fait Dieu." Ainsi, lorsque Socrate, qui est déjà homme, devient ensuite blanc, on peut dire en désignant Socrate: "Cet homme, aujourd'hui, est devenu blanc "; mais on ne peut pas dire: "Ce blanc, aujourd'hui, a été fait homme."

Pourtant, à supposer que l'on représente la nature humaine par un nom abstrait, on pourrait en faire le sujet du devenir et employer l'expression suivante: "La nature humaine a été faite nature du Fils de Dieu." "

Précision importante, que l'on trouve en page 353 de l'encyclopédie "Jésus le Christ chez Saint Thomas d'Aquin", aux éditions du Cerf : "la foi chrétienne (...) tient (...) qu'une personne divine a assumé une nature humaine singulière, de telle sorte que cette même personne est devenue la personne de cette nature humaine (singulière)."

Apparemment, l'Incarnation est donc, en acte, concrètement, incarnation au sein d'une nature humaine particulière, et ne serait "incarnation", au sein de la nature humaine universelle, qu'en puissance, ou abstraitement, du fait d'une formulation métaphorique, qui signalerait et soulignerait la dimension eschatologique et téléologique de l'Incarnation, mais qui ne serait pas à considérer "au sens propre".

Bonne soirée.

Scrutator.

     

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      Un commentaire.... par Meneau  (2011-05-11 20:10:27)
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      G S 22. Le Christ, homme nouveau. par Scrutator Sapientiæ  (2011-05-11 21:22:06)
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