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Plus on sensualise les pensées des jeunes, et moins on leur permet de réfléchir.
par Scrutator Sapientiæ 2011-04-30 16:12:35
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Bonjour jejomau,

Plus on sensualise les pensées et les actions des jeunes, et moins on leur permet d'analyser et d'anticiper, de réfléchir et de réagir, au contact du sort et du tort qui leur sont faits par ailleurs, notamment sur le plan économique, dans le domaine fiscal et en matière sociale, en matière de logement, sur le marché et dans le monde du travail, etc.

Aucun gouvernement, dans aucun pays du monde, n'a intérêt à dire à ses jeunes qu'il ne peut pas grand chose, sinon presque plus rien pour eux, mais qu'il les conduit, d'une année à l'autre, au sein du système éducatif, du "miroir aux alouettes" aux "abattoirs à illusions".

En particulier, il y a une chose qui est peu connue, parce que nous croyons qu'elle constitue une spécificité européenne ou hexagonale, alors que c'est un phénomène mondial : c'est l'ampleur du chômage de masse des jeunes, y compris des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur, ce qui explique en assez grande partie l'actuel printemps arabe, mais c'est une autre histoire, quoique...

Donc, la solution "culturelle" qui a été trouvée, depuis déjà au moins trente ans, a consisté à promouvoir auprès des jeunes un certain type de cinéma, de musique, d'idolâtrie, de sexualité, de tenue alimentaire, argumentaire, gesticulaire et vestimentaire, qui leur permet le moins possible d'acquérir puis de renforcer une personnalité intellectuelle, une vie intérieure, de prendre de la hauteur, du recul, d'acquérir les rudiments de la distanciation et du discernement, vis-à-vis du "système" affligeant qui leur est infligé.

Quand on ne veut pas que quelqu'un accède à la connaissance, à la compréhension, du sens, des motifs, des ressorts, d'une action en cours de déroulement, surtout quand elle lui est défavorable, alors qu'il ne faut absolument pas qu'il en acquière conscience, il suffit de créer un effet de diversion, de saturation et de sidération : l'exaltation du libre accès sexuel, du libre échange sexuel, constitue un instrument parmi d'autres, certes plus puissant que les autres (le cinéma, la musique, les vêtements), au service d'une stratégie d'achat-vente du consentement universel au contentement artificiel, dans le cadre d'une véritable aliénation aveuglante, individuelle et collective.

Formulé autrement, cela revient à dire ceci : la soumission des jeunes d'une même classe d'âge à "l'ordre" de l'Eros, leur permet le moins possible de déceler,

- d'une manière précoce, les désordres qui "structurent" la Polis, qui fragilisent et précarisent, sur les plans éducatif, économique, intellectuel, relationnel, axiologique, psychologique, les jeunes qui "y passent" avant eux,

- avant que chacun de ces jeunes d'une même classe d'âge "y passe" à son tour, du miroir aux alouettes aux abattoirs à illusions,

- mais, c'est le plus important, y passe tout seul, et non en groupe, en tout cas, surtout pas en masse, pour qu'aucune capacité de rébellion collective ne puisse se mobiliser, s'organiser, devenir inquiétante ou menaçante.

Dans les sociétés traditionnelles, il y avait des rites de passage de l'adolescence à l'âge adulte, à la vie adulte, tous ces rites n'étaient pas nécessairement recommandables, sur le plan moral, mais ils structuraient l'entrée des futurs adultes dans la vie active, dans la vie réelle.

Dans les sociétés industrielles, tant que l'on est en période de croissance économique, l'absence de rites de passage ne constitue pas un problème majeur, surtout si quelques institutions subsistent, qui incarnent tant bien que mal le passage de la vie rêvée à la vie réelle ; pendant longtemps, cela a été la fonction du service national, avant que celui-ci, sur la fin, se mette à exercer une fonction de garderie.

En période de stagnation, voire de récession économique, durable et profonde, il n'y a pas de structures mentales et sociales d'encadrement de ce passage, alors que des centaines de milliers de jeunes se déversent, à la fin de chaque année scolaire, sur le marché du travail.

Il ne faut absolument pas qu'ils prennent conscience à l'avance de ce qu'ils vont subir, alors qu'on les a amenés à intégrer, à grands renforts de publicité, une vision du monde et de la vie totalement déconnectée de la dure réalité qui va s'imposer à eux, tout au long de leur vie, car pour eux la vie active et réelle sera surtout la vie subie.

Le coup de malin génie va donc consister à leur dire en substance, pendant leur adolescence : plus vous serez concupiscents, et plus vous serez civilisés ; plus vous vivrez, sans penser, ou en pensant le moins possible, dans l'assouvissement de vos désirs les plus charnels, dans l'intensification du moment présent et des sensations présentes, et moins vous serez ringardisables, stigmatistes.

En plus, cela fait d'eux des acteurs économiques avant la lettre et à part entière, sauf qu'ils n'ont ni à financer leur consommation, ni à en assumer les contre-parties, ou alors, le moins possible, et de préférence dans le cadre d'une posture victimaire : "je suis tombée enceinte et pas mes copines, qui font l'amour autant que moi, c'est vraiment trop injuste", dira alors Jennifer à Kévina.

Il ne faut pas que les jeunes soient vraiment sérieux, mais il faut qu'ils soient faussement heureux, c'est vraiment très important pour le "système" ; c'est Jack LANG qui a impulsé et incarné cette stratégie de désarmement intérieur, mental et moral, intellectuel et spirituel, des jeunes générations, et aucun ministre de la culture, aucun ministre de l'éducation, depuis lors, ne sont revenues sur cette stratégie, que je suis tenté d'appeler la stratégie de "l'effet produit", du divertissement sans avertissement, de l'aveuglement sans éclairage.

Je ne crois pas affabuler, exagérer, extrapoler, à l'occasion de cette herméneutique augustinienne, pascalienne et tocquevillienne, des raisons profondes et des effets durables ce qui est à la fois un procédé et un processus opposé à la responsabilité individuelle de chacun des acteurs : les parents, les enfants, les enseignants et formateurs.

Il est à noter, je termine là dessus, que quelques humoristes contemporains ont bien compris et bien dépeint la part de ridicule qu'il y a dans le comportement des adolescents adulescents d'aujourd'hui ; mais ce qui est moins aisément compris, moins fréquemment dépeint, c'est le fait que ce ridicule, qui est en même temps dramatique, voire pathétique, relève davantage de l'ordre du PRESCRIT médiatique symbolique que du PERMIS juridique et légal.

Je vous souhaite une bonne fin de journée et je vous dit à bientôt.

Scrutator.

     

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