Une triple erreur : de diagnostic, de prescription, de thérapie. par Scrutator Sapientiæ 2011-04-04 00:23:03 |
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Bonsoir Vianney,
Tout ou presque est dans le titre, face à un monde moderne qui se sait gravement malade, mais qui ne veut pas beaucoup, ou pas du tout, se soigner, l'Eglise, au Concile, a commis une triple "erreur médicale" :
- une erreur de diagnostic : il suffit ici de rappeler la soumission officielle de l'ensemble du Concile à l'angélisme utopiste, vis-à-vis du monde moderne, dès le discours de Jean XXIII, début octobre 1962 ;
- une erreur de prescription : désormais, la prescription n'a pas pour objet un remède à prendre d'une manière absolument impérative, mais d'une manière relativement indicative : si pouvez prendre ce remède, c'est très bien ainsi, dès lors que vous respectez les Droits de l'Homme, et si vous ne pouvez pas prendre ce remède, c'est très bien aussi, à peine moins bien ou un peu moins bien, dès lors que vous vous engagez à aller en direction du respect des Droits de l'Homme.
- une erreur de thérapie : c'est l'erreur la plus grave ; le bon médecin, constatant que le diagnostic établi aboutit à la rédaction d'une prescription dont la prise en compte provoque un résultat fréquemment opposé à celui espéré, revoit aussitôt son diagnostic, fait refaire des analyses, en examine soigneusement les résultats, afin et avant de modifier, d'une manière appropriée et proportionnée, non seulement son diagnostic, désormais plus réaliste, mais aussi sa prescription, désormais plus opérante.
Dans le cas du Concile, malgré un diagnostic et une prescription notoirement erronés, il a été décidé de persévérer, globalement, en continuant à appliquer une thérapie, à tout le moins, contre-productive.
Ce n'est pas avant tout sur les questions relevant des moeurs que je constate et déplore cette triple erreur, c'est sur les questions relevant de la Foi, de la Foi en Dieu, Père, Fils, Esprit, mais aussi de la Foi en l'unique Eglise de Dieu et en l'unique Parole de Dieu.
J'ai en effet la conviction que nous vivons une crise de la Foi bien plus qu'une crise des moeurs, même si, évidemment, au Concile, l'absence de condamnation suffisamment radicale et spécifique, rigoureuse et vigoureuse, de l'apostasie issue de l'athéisme théorique, de l'idolâtrie issue de l'athéisme pratique, et de la civilisation du "produire pour consommer" des désirs, des loisirs et des plaisirs, a été particulièrement caractéristique d'un état d'esprit plus bienveillant envers les personnes que vigilant sur les principes et les pratiques.
Une crise de la Foi, cela s'attrape facilement, quand on se met à considérer que les bonnes nourritures sacramentelles et spirituelles, qui n'ont pas vocation à être toujours agréables, mais qui ont vocation à être toujours profitables, sont devenues mauvaises, et inversement, quand on se met à considérer que les mauvaises nourritures sacramentelles et spirituelles sont désormais bonnes, tellement bonnes, qu'il n'est pas grave de faire en sorte qu'elles ressemblent, le plus possible, aux nourritures prises par les chrétiens non catholiques.
Une crise de la Foi, cela s'attrape facilement, quand on exhorte les catholiques,
- non avant tout à rejeter tout ce qui est faux et non saint dans les religions non chrétiennes, c'est-à-dire, tout de même, l'englobant, l'essentiel,
- mais avant tout à ne rien rejeter de tout ce qui est vrai et saint, dans ces mêmes religions, c'est-à-dire, dans le meilleur des cas, des éléments de vérité, qui relèvent de la religion naturelle, mais pas de la Foi surnaturelle ;
- non avant tout à exhorter les croyants non chrétiens à la conversion, sous la conduite et en direction de Jésus-Christ,
- mais avant tout à faire preuve de "compréhension", de "coopération", dans un esprit de "dialogue", autour de "valeurs communes".
Voilà, je le crois, où nous en sommes ; cette crise de la Foi, je me trompe peut-être, est beaucoup plus grave que la crise des moeurs face à laquelle l'Eglise du Concile et de l'après Concile a au moins condamné, dénoncé, entre autres, l'eugénisme, l'euthanasie, mais en s'en prenant beaucoup moins, me semble-t-il, aux origines économiques et philosophiques du libéralisme culturel, lequel a pour véritables répercussions le libertarisme moral, une espèce d'anarcho-individualisme hédonitariste et humanitariste, face auquel l'Eglise, les Etats, les familles, sont, dans le meilleur des cas, à la fois impuissants et lucides.
On ne peut évidemment pas reprocher aux Pères du Concile une lucidité qu'ils n'auraient pas pu avoir, mais on doit évidemment leur reprocher un aveuglement volontaire, fait de bienveillance sans vigilance, d'esprit de charité fraternelle sans esprit de correction fraternelle, qu'ils se sont presque fait une obligation d'avoir.
Comme je l'ai déjà écrit ici, regardez la liste des oeuvres de miséricorde spirituelle, dans le Catéchisme de Saint Pie X, dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, puis dans le Compendium qui en a été publié, sous la direction du futur Benoît XVI, et vous y verrez ce qui y figurait, ce qui en a disparu, et ce qui y est réapparu...
Quand on a foi en la Foi, on n'hésite pas à exhorter les pécheurs
- à se détourner de ce qui fait qu'ils commettent des péchés, y compris, quand c'est le cas, dans l'ordre de la Foi, quand ils commettent des péchés contre le seul vrai Dieu, ou des péchés contre la seule véritable Eglise ;
- à se convertir, sous la conduite et en direction de Jésus-Christ, qui est en mesure de les leur pardonner et de les en libérer.
Faute de temps, je ne développe pas davantage, vu l'heure tardive, je ne garantis évidemment pas la pertinence, nécessairement toute relative, de ce que je viens d'écrire, sous la forme, j'en ai bien conscience, d'un billet d'humeur.
Bonne nuit et bon début de semaine à Vianney, et au plaisir de vous relire.
Scrutator.
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