Imprégnation - répétition, banalisation-normalisation, orientation irréversible. par Scrutator Sapientiæ 2011-04-02 17:26:02 |
|
Imprimer |
Rebonjour à Bertrand Decaillet,
Nous sommes en présence de ce que j'appelle une pensée liquide : elle n'est ni solide, ni fragile, ni solide, ni gazeuse, mais liquide, et elle fonctionne à l'imprégnation par répétition, ou, si vous préférez, par banalisation ou normalisation, synonyme d'auto-légitimation méthodique et progressive.
Cette pensée liquide a l'ambition ou la prétention d'impulser ou d'incarner une orientation irréversible, bénéfique par principe, maléfique par exceptions, aussitôt appelées "abus", "excès", auxquelles il est "remédié" par recadrages officiels, mais rarement par sanctions effectives.
Cela me fait penser de plus en plus à la construction européenne : les artisans et partisans de la construction européenne me donnent de plus en plus l'impression qu'ils entendent bien être jugés, mais toujours sur leurs intentions, et jamais sur leurs résultats, en matière d'écologie, d'économie, d'éducation, de santé, de sécurité, etc.
En ce qui concerne l'Eglise, cette pensée liquide est aux commandes depuis, non pas 40 ans, mais un peu plus de 50 ans, si l'on considère que le discours de Jean XXIII, fin janvier 1959 (discours par lequel il annonça sa décision de réunir un Concile), en a été un élément précurseur.
Ce qui est très intéressant à analyser, c'est l'articulation entre pensée liquide et pensée magique : quand, en apparence, cela marche de moins en moins, en réalité, cela marche de mieux en mieux :
- de moins en moins de pratiquants, mais des fidèles de plus en plus "authentiques", "autonomes", "responsables" dans l'Eglise ;
- de moins en moins de prêtres, mais des communautés de plus en plus capables...de s'en passer, jusqu'au jour où elles disparaissent, à leur tour ;
- des croyants non chrétiens de moins en moins exhortés à la conversion, mais en qui on "découvre" ou "reconnaît" de plus en plus de valeurs religieuses, sapientielles, spirituelles, pour ainsi dire "christiques", et que l'on aurait donc bien tort, dans ces conditions, d'exhorter à la conversion, sous la conduite et en direction de Jésus-Christ.
Mon espoir est qu'à un moment donné le non-sens rouvre la porte au bon sens, car c'est bien le bon sens qui fait défaut aux adeptes et aux apôtres de cet angélisme, de cet irénisme, de cet utopisme, d'autant plus incohérent, inconséquent, mais aussi intolérant, quand il est mis en face de ses contradictions, qu'il s'évertue à neutraliser, par "ajustements" ou "dépassements" successifs.
Mon analyse extrêmement pessimiste, j'en ai bien conscience, n'est pas valable pour toute l'Eglise catholique ; elle n'est même pas valable pour toute l'Eglise qui est en France. Mais ce qui m'intéresse, en l'occurrence, c'est la confusion entre objectivité et phraséologie, entre miséricorde et pusillanimité, entre compréhension et approbation, qui est à l'origine de cet état d'esprit.
Il ne m'appartient pas de dire si l'Eglise va mieux ou moins bien qu'en 1959, mais une chose est sûre, la mentalité "bienveillante sans vigilance" que je m'efforce de décrire est considérée comme "somme toute normale", aujourd'hui, dans l'Eglise, ce qu'elle n'était probablement pas, avec cette ampleur là, à la fin des années 1950.
Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour cette réponse indirecte et longue à votre question directe et brève, et je vous souhaite une bonne fin de journée.
Scrutator.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|