Article de Libération sur l'école niçoise des dominicaines de Brignoles par Candidus 2026-09-30 00:34:51 |
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A l’occasion de la première visite officielle en France du pape Léon XIV, «Libé» part à la rencontre de catholiques de différents horizons. Dans cet épisode, des traditionalistes d’une paroisse des Alpes-Maritimes dissertent sur leur pratique de la religion et sur leur place dans la société.
Il est 16 h 30 et sœur Marie Alix attend devant le portail, aussi blanc que sa robe. La religieuse, l’une des enseignantes de l’école catholique Maris Stella à Nice, se fend d’un bon mot aux parents des petits nouveaux, s’assure que la grille ne se referme pas sur leurs voitures et fait un dernier sourire aux écoliers. Du 25 au 28 septembre, toutes ces obligations tiendront sœur Marie Alix éloignée de la tournée du pape en France. « On va y aller par la prière », assure-t-elle depuis l’entrée de cette résidence en surplomb de Nice, où la scolarité d’une vingtaine d’élèves est chapeautée par une congrégation de sœurs dominicaines desservies par la Fraternité Saint-Pie X, un mouvement traditionaliste catholique surveillé par la Miviludes pour des soupçons de dérive sectaire. Une élève passe : « Au revoir ma mère ! »
Sœur Marie Alix n’a jamais vu le pape. Elle est allée à Rome l’été dernier dans cet espoir, et elle ne l’a pas croisé. Et à l’école ? « Bien sûr qu’on en parlera. C’est une grâce d’avoir le pape qui vient. » Il n’y a pas d’écran de télévision dans la communauté, mais ses membres suivront la visite à la radio et dans les journaux. De Léon XIV, pape plutôt progressiste mais prudent, en place depuis mai 2025, sœur Marie Alix « aimerait bien qu’il remette à l’honneur la messe traditionnelle car on est d’obédience traditionnelle ».
« Ma foi est une chose privée »
Issue d’une famille catholique, la religieuse a « toujours été croyante ». Entrée au couvent à l’aube de sa vingtaine, la place de la foi dans son quotidien est toujours « immense » trente ans après. Si sa pratique de la religion est «magnifique» (elle dit : «Jésus est ma vie»), sœur Marie Alix estime qu’être catholique en France en 2026, ce n’est «pas facile». « A cause du monde qui nous entoure, expose-t-elle derrière ses lunettes rondes. La France n’a pas d’institution catholique. » Parmi toutes les questions sociétales, la loi sur la fin de vie l’inquiète. « Quand on a des proches handicapés, ça fait peur. En tant que catholique, on n’aime pas que la vie soit détruite. » Une vision partagée par les parents d’élèves interrogés par Libération.
Enéa, 49 ans, et Ascanio, 4 ans, passent le portail et sautent dans le bus. Le père a inscrit son fils dans cette école car «c’est l’ancien programme». Hors contrat, l’école ne suit pas les prérogatives de l’éducation nationale. Ici, par exemple, les élèves écrivent à la plume. Selon Jean-Luc, un autre père de famille, les temps de l’indicatif sont connus avant le CM1 et l’histoire raconte «le grand roman national». Enéa juge durement le monde qui l’entoure : « Il y a un abêtissement de l’école publique. On est envahi par les écrans et le matérialisme. C’est toute l’Europe qui est en chute libre, juge-t-il. La société avance et la majorité est contre moi. Je ne vais pas m’insurger seul. Ma foi est une chose privée. »
Enéa a renforcé sa pratique religieuse depuis la naissance de son fils. Il se rend à la messe, en latin et en famille, tous les dimanches. Enéa a du mal avec certaines avancées de la société : « C’est l’Etat et ses prérogatives. Moi, j’ai le choix de ne pas jouer le jeu. Je ne me sens pas dans la persécution. J’ai toujours mon libre arbitre. L’avantage de la foi, c’est de croire qu’après la vie nous attend un monde meilleur. »
« C’est le tissu social »
Enéa non plus n’ira pas voir le pape. On sent une distance. Ou bien est-ce de la rancœur ? En juillet, des évêques, sacrés par la Fraternité Saint-Pie X, ont été excommuniés par l’autorité pontificale à cause de leurs consécrations considérées comme illégales. Un schisme entre le Vatican et cette communauté. Et une rupture pour 600 000 fidèles, dont Enéa. « C’est un peu difficile avec l’excommunication, pointe-t-il. Je souscris à la pensée pontificale mais, là, je ne suis pas fan. » Du reste, Léon XIV est « trop récent » pour avoir un avis sur son pontificat.
Au tour de Colombe de passer devant le portail. Elle avait été scolarisée chez les sœurs dominicaines au lycée. Elle y a inscrit ses deux aînés. La petite famille, arrivée à Nice en 2020, a immédiatement trouvé le soutien. « Quand on va à la messe le dimanche, on a une paroisse. C’est le tissu social, une vraie base, estime la mère de famille de 32 ans qui travaille dans le marché de l’art. Il y a une entraide énorme qui se crée. » Il peut bien y avoir des mauvaises nouvelles, la religion la réconfortera toujours.
« Etre chrétien en France ou dans le monde, c’est une lueur d’espérance dans cette société qui va mal. Quand on voit ce qui se dégage des infos, des faits divers, je comprends que des gens le vivent douloureusement. En tant que chrétien, c’est plus facile, formule Colombe, plus tard par téléphone. Pour nous, après la mort, il y a un après qui est magnifique. La souffrance n’est pas vaine. » Tous les élèves sont sortis, et sœur Marie Alix laisse le portail blanc se refermer.
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