Traduction de l’article de Gaetano Masciullo paru le 4 septembre 2026 sur The Remnant sous le titre : « Catholicism’s Surrender to Maoism: Beijing Chooses Communist Bishops. Rome Says Yes. »
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Pékin a choisi un nouvel évêque catholique qui a promu l'idéologie communiste, participé à la « rééducation » politique maoïste et rejeté les signalements de persécutions visant les catholiques de son propre diocèse. Rome a tout de même donné son aval. La consécration de Paul Liu Honggang constitue, selon Gaetano Masciullo, un exemple frappant des fruits de l'accord sino‑vatican : le régime communiste choisit, et Rome s'y rallie.
La farce diplomatique de l’Ostpolitik du Vatican a atteint un nouveau sommet de désolation. Le 31 août dernier, Paul Liu Honggang a été consacré évêque de Datong. Cette nomination avait été officialisée par le pape le 10 août, plusieurs mois après que l’Association patriotique des catholiques chinois l’avait « élu » unilatéralement le 28 avril. Comme c’est désormais la règle : Pékin choisit, Rome ratifie et consacre.
La figure de Liu Honggang incarne parfaitement le drame de la « sinisation » du catholicisme : un processus qui ne cherche pas à expliquer la foi à la culture locale — comme le prétendent les défenseurs du mécanisme sino‑vatican mis en place ces dernières années sous la direction de Bergoglio et de Parolin — mais qui subordonne la doctrine de l’Évangile à l’idéologie marxiste.
L'évêque qui qualifiait d'« inventés » les rapports faisant état de persécutions
Le parcours du nouvel évêque de Datong est éloquent. En octobre 2018, Liu a personnellement présidé des cérémonies de levée du drapeau visant à promouvoir les « valeurs socialistes fondamentales ». Lorsque, en novembre 2018, huit fidèles de son diocèse ont signé et publié sur AsiaNews une lettre désespérée dénonçant la destruction d'une croix et d'une église ainsi que la saisie de bibles, Liu n'a pas agi en pasteur ; il a au contraire nié la persécution, publiant une lettre dans laquelle il qualifiait de pures inventions les accusations portées par ses propres fidèles.
« Cette lettre est une pure invention », y est-il écrit. « Après enquête, nous avons constaté qu'aucune église ni aucun lieu de prière de mon diocèse n'a été fermé ou suspendu, et qu'aucune croix ni icône n'a été détruite. »
Comme si cela ne suffisait pas, Liu a tenté de retourner l'accusation : « Ces huit personnes ne sont pas des fidèles de notre diocèse ; pourtant, elles ont indûment utilisé les noms de nos fidèles pour signer conjointement la déclaration. (…) Notre diocèse demande instamment à votre association (Asia News) de retirer cet article et de faire une déclaration publique à ce sujet. »
Asia News a répondu indirectement à l'accusation de Liu le 31 août dernier, en ces termesÂ
« Après deux ordinations épiscopales à Chifeng et Bameng en juillet, une nouvelle ordination a eu lieu en Chine dans le cadre de l'accord entre le Saint‑Siège et le gouvernement chinois. (…) Comme c'est l'usage lors de telles cérémonies, le site Internet de l'Association patriotique catholique chinoise a rapporté que "le père Yang Yu, secrétaire général du Conseil des évêques catholiques chinois, a lu le décret d'approbation du Conseil (c'est-à -dire celui de l'Association patriotique)", sans mentionner la nomination du nouvel évêque par le pape Léon XIV. (…) Depuis vingt ans, à l'instar de nombreux autres diocèses en Chine, le Shanxi (province où se trouve le diocèse de Datong) subit des restrictions toujours plus sévères imposées par le Parti communiste. En février 2023, un bâtiment historique appartenant à la communauté catholique locale, situé dans une zone à forte valeur immobilière, a été démoli. »
En juin 2021, Liu a même emmené ses confrères prêtres en voyage de « rééducation politique » au musée Dongfanghong pour étudier et vénérer les reliques de Mao Zedong, couronnant cette démarche par la composition d'un véritable hymne lyrique célébrant le centenaire du Parti communiste chinois.
L'accord sino-vatican : le pouvoir de Pékin ne cesse de croîtrePar cette nomination,
le Saint‑Siège a apposé son sceau sur un homme qui a formé ses prêtres à la mythologie de Mao plutôt qu’à la doctrine de Jésus‑Christ. Tandis que le Vatican se retranche derrière un silence embarrassant et scandaleux pour ne pas compromettre les canaux bilatéraux avec Pékin, les catholiques chinois fidèles à Rome se retrouvent doublement trahis : écrasés par la violence de l’État et abandonnés par celui qui devrait agir en tant que Vicaire du Christ et successeur de saint Pierre.
En outre,
la disparité de traitement entre les évêques de l’Église patriotique chinoise et ceux de la FSSPX devient de plus en plus indéfendable.La consécration de Liu comme évêque de Datong n’est rien d’autre que l’aboutissement extrême — déjà prévu par beaucoup — de l’accord sino‑vatican désastreux et pharisaïque, signé sous le pontificat de François et déjà renouvelé à plusieurs reprises.
Les premières étapes significatives du parcours diplomatique complexe ayant mené à la signature de ces pactes remontent — pour autant que l’on puisse le savoir — au début des années 2000, époque à laquelle Mgr Pietro Parolin noua les premiers contacts avec les autorités chinoises pour tenter de dénouer une « question asiatique » délicate et confidentielle.
À l’époque, Jean‑Paul II régnait encore, mais la Secrétairerie d’État agissait déjà en parallèle et de manière quasi autonome, cherchant à mener une politique de dialogue différente avec le bloc communiste. Le pape Wojtyła poursuivait, en fait, une stratégie de
Realpolitik. C’est aussi pour cette raison qu’il était haï par de larges secteurs du Vatican (principalement des francs‑maçons et des jésuites) qui, pour des motifs parfois divergents, préféraient agir en affinité — et non en opposition ouverte — avec l’Union soviétique.
La
Realpolitik, défendue plus tard également par Benoît XVI, est une politique pragmatique fondée sur la réalité concrète et non sur des principes idéologiques abstraits ; elle reconnaît l’existence de blocs géopolitiques mais agit pour protéger sa propre sphère d’intérêt, en exerçant une pression sur l’adversaire grâce au
soft power de la culture.
Selon Jean‑Paul II, le régime communiste soviétique était un système intrinsèquement voué à l’effondrement, dans la mesure où il agissait en niant la nature spirituelle de l’homme ; l’objectif du pontife polonais n’était donc pas de coexister avec ce régime ou de le « gérer », mais de le vaincre en accélérant, si possible, sa chute. À l'inverse, l'Ostpolitik — historiquement élaborée par la Secrétairerie d'État sous le cardinal Agostino Casaroli, puis mise en œuvre par Pietro Parolin et son protégé en pleine ascension, Paolo Rudelli (actuel Substitut de la Secrétairerie d'État) — privilégie une « politique des petits pas ». Celle-ci repose sur un dialogue bilatéral constant et sur des accords visant à obtenir, par étapes, des marges de liberté pour les communautés catholiques locales. Cette approche considère le régime totalitaire comme un interlocuteur incontournable avec lequel il faut coexister — un interlocuteur qu'il convient de « gérer » en acceptant des compromis —, tout en imposant au Saint‑Siège une diplomatie de silence médiatique sur les persécutions internes afin de préserver les fragiles canaux de négociation avec les autorités.
C'est dans ce contexte de canaux informels qu'a eu lieu, en août 2003, la visite privée à Pékin du cardinal controversé Theodore McCarrick. Deux ans plus tard, en 2005, le Vatican a officiellement reconnu l'évêque « patriotique » Aloysius Jin Luxian. Le pape Benoît XVI était alors en fonction.
Le pontife allemand a lui-même tenté de freiner cette dérive en réaffirmant avec fermeté, en 2007, la ligne officielle du Saint‑Siège. Dans sa célèbre
Lettre aux catholiques de Chine, le pape a rappelé la nécessité absolue de la pleine communion avec Pierre, excluant que la diplomatie puisse jamais l'emporter sur la cohérence de la foi catholique ou sur le droit pontifical de nommer les évêques.
Malgré cela, avec l’élection de François, l’
Ostpolitik de Casaroli l’a emporté, mais le véritable tournant institutionnel a eu lieu le 22 septembre 2018, avec la signature à Pékin du premier accord provisoire et secret sur la nomination des évêques, vivement souhaité par François et négocié par le secrétaire d’État Parolin. Cet accord, théoriquement destiné à favoriser la réconciliation entre le clergé officiel et le clergé clandestin, a immédiatement suscité la ferme opposition du cardinal Joseph Zen.
Les accords secrets sino‑vatican doivent être compris non seulement à la lumière de la doctrine de l’Ostpolitik poursuivie par Parolin, mais aussi et surtout à la lumière de la pensée politico‑économique de Bergoglio.
Il existait, en effet, une profonde affinité de vision, de priorités et de sensibilités géopolitiques entre François et Xi Jinping. Cette convergence idéologique a été le facteur clé ayant conduit la Curie vaticane à considérer les accords secrets de 2018 non seulement comme diplomatiquement utiles, mais aussi comme doctrinalement cohérents.
Les principales affinités concernaient l’antiaméricanisme — entendu comme un anticapitalisme —, l’approche multilatérale des tensions géopolitiques et une forte empreinte tiers‑mondiste. Dès 2016, le cardinal Theodore McCarrick décrivait l’harmonie entre les deux dirigeants comme une opportunité historique, soulignant que les questions cruciales pour Pékin — telles que le souci des pauvres et, surtout, l’écologie — correspondaient précisément aux sensibilités qui tenaient à cœur à François.
Un autre point de convergence réside dans la conception de l’État. Xi Jinping et François (et aujourd’hui Léon XIV) reconnaissent un droit de contrôle quasi absolu de l’État sur la vie des citoyens, y voyant une solution décisive à la pauvreté, prétendument causée par le capitalisme occidental.
Ces affinités s’étendent également aux aspects liturgiques et ecclésiologiques, comme l’inculturation de la liturgie et la synodalité. Des figures éminentes de l’Église officielle soumise au régime, tel Mgr Aloysius Jin Luxian, ont justifié l’ingérence du régime communiste dans la nomination des évêques en arguant que, dans l’Église primitive, les pasteurs étaient élus par le « peuple » (un concept largement instrumentalisé par les dirigeants communistes) et en prônant une contamination culturelle des rites eucharistiques tout à fait analogue à celle promue par divers théologiens néo‑modernistes sous le pontificat de François. Enfin, la formation théologique de François lui‑même était liée – comme cela est désormais largement connu et documenté – à la « théologie du peuple » argentine, une doctrine sociale centrée sur les classes populaires et issue de la théologie de la libération (condamnée par Jean‑Paul II) ; bien que caractérisée par des nuances « moins nettement rouges », cette doctrine a néanmoins préparé la ligne de conduite du Vatican en faveur du dialogue et du compromis avec les régimes socialistes.
Le cardinal Zen avait mis Rome en garde. Rome n’a pas écouté.Les manifestations ainsi que la tentative du cardinal Zen de rencontrer Bergoglio à Rome pour le convaincre de reconsidérer les accords se sont révélées vaines. Parallèlement, l’étau du régime s’est resserré sur les plans civil et religieux : le 30 juin 2020, Pékin a imposé à Hong Kong la loi restrictive sur la sécurité nationale, entraînant l’arrestation, le 10 août suivant, du célèbre éditeur catholique Jimmy Lai.
Malgré cette intensification de la persécution des chrétiens, le deuxième renouvellement biennal de l’accord secret a été conclu en octobre 2022, dans un climat de tension croissante illustré également par l’arrestation du cardinal Zen lui-même, en mai de la même année.
Cet équilibre fragile a montré de profondes fissures le 4 avril 2023, lorsque Pékin a ordonné unilatéralement le transfert de Joseph Shen Bin à la tête du prestigieux diocèse de Shanghai, n’informant indirectement le Saint‑Siège que peu de temps avant l’installation — et ce, par voie de presse — tout en violant de manière flagrante l’esprit des accords.
À cette occasion, chacun a compris que
les accords secrets n’étaient qu’une farce et le signe de la capitulation totale du Vatican face à la volonté du régime communiste chinois.Malgré cela, la diplomatie vaticane a maintenu sa ligne de silence et ainsi, le 22 octobre 2024, a décidé de renouveler l’accord non plus pour deux ans, mais pour quatre ans, prolongeant sa validité jusqu’en octobre 2028.
À peine un mois plus tard, en novembre 2024, Shen Bin a personnellement dirigé un séminaire à Shanghai exhortant le clergé à étudier l’idéologie du Parti communiste et la « sinisation des religions » théorisée par Xi Jinping, révélant ainsi la dérive idéologique imposée à l’Église officielle.
La sinisation est la stratégie politique et culturelle promue par Xi Jinping visant à soumettre totalement toutes les expressions religieuses — et la foi catholique en particulier — à l’idéologie marxiste‑léniniste et aux valeurs fondamentales du socialisme. Loin de constituer une authentique adaptation culturelle, elle prend la forme d’un processus d’assimilation forcée par lequel la doctrine chrétienne est dépouillée de son identité surnaturelle pour être revêtue d’une rhétorique de propagande, allant jusqu’à imposer au clergé l’étude de la pensée de Xi Jinping au détriment du magistère du pape.
Le pape Léon XIV et la poursuite de l'Ostpolitik du VaticanL’élection du nouveau pontife, Léon XIV, sembla marquer un début de tournant, bien que très bref : le 5 juin 2025, Léon XIV nomma Joseph Lin Yuntuan, membre du clergé clandestin, évêque auxiliaire de Fuzhou ; cette nomination fut officiellement acceptée par le gouvernement chinois le 11 juin de la même année. Il semblait donc que l’ordre des choses s’était inversé : Rome nommait, Pékin approuvait. Mais ce n’était qu’une apparence.
En effet, la pression de Pékin s’intensifia de nouveau en tirant parti de la vacance du Siège apostolique survenue après la mort de François, période durant laquelle l’Association patriotique avait sélectionné des personnalités soutenues par le régime. Le 11 août 2025, le Saint‑Siège approuva secrètement l’ordination d’Ignatius Wu Jianlin comme évêque auxiliaire de Shanghai (consacré par la suite le 15 octobre 2025), s’inclinant ainsi devant une décision unilatérale prise au préalable par les responsables communistes.
Le 8 juillet 2025, Léon XIV était même allé jusqu’à supprimer les diocèses historiques « clandestins » de Xuanhua et de Xiwanzi pour créer le diocèse de Zhangjiakou, s’alignant ainsi sur le découpage diocésain établi par l’État. Pour ce nouveau siège, le pontife confirma l’évêque issu de l’Association patriotique, Wang Zhengui — consacré le 10 septembre 2025 et connu pour avoir fait appliquer, en 2019, les décrets étatiques stricts interdisant aux mineurs l’accès aux sacrements.
Afin de consolider son contrôle idéologique, le Bureau des affaires religieuses de Pékin publia, le 15 septembre 2025, un « Code de conduite du clergé sur Internet » très strict, visant à censurer systématiquement les prédications et les formations en ligne.
Cette trajectoire dramatique concernant les accords, doublée du silence du Saint‑Siège, se poursuivit en 2026. Le 8 février, le tribunal de Hong Kong condamna l’éditeur catholique Jimmy Lai à vingt ans de prison ; le Saint‑Siège accueillit cette lourde peine par un silence diplomatique embarrassant. Le pape Léon XIV déclara explicitement : « Je ne peux pas faire de commentaire à ce sujet. » Le sommet bilatéral entre Donald Trump et Xi Jinping s'est tenu à Pékin les 14 et 15 mai ; c'est à cette occasion que le président américain, et non la diplomatie pontificale, a publiquement dénoncé la violation des droits de l'homme et appelé expressément à la libération de Jimmy Lai.
Quand l’autel cède le pas au trôneIl ne faut pas oublier que la quasi‑« dogmatisation » de cette
Ostpolitik est intervenue sous le pontificat de Léon XIV, lorsque celui-ci publia, le 15 mai, sa première encyclique,
Magnifica Humanitas. Dans ce document, le Souverain pontife érige la pratique diplomatique du dialogue et du compromis multilatéral en véritable nécessité doctrinale ; il désigne la « crise du système multilatéral » comme la cause principale des guerres actuelles et condamne le « faux réalisme » politique – à savoir la
Realpolitik – fondé, selon lui, uniquement sur la force militaire et la dissuasion.
Le Vatican n’emploie évidemment pas le terme d’
Ostpolitik pour désigner sa doctrine. Il lui préfère l’expression de « multipolarisme » (ou de « multilatéralisme » géopolitique) : une configuration mondiale où le pouvoir n’est plus polarisé entre deux blocs antagonistes, comme ce fut le cas durant la guerre froide, mais réparti entre une pluralité de nations émergentes et de grandes institutions supranationales telles que l’ONU et l’UE.
Dans ce scénario, le Saint‑Siège choisit d’agir comme un simple médiateur au sein du système afin de préserver la coexistence mondiale, quitte à atténuer sa liberté prophétique et à garder le silence face aux persécutions religieuses systématiques.
Le sacre de Liu Honggang ne constitue pas seulement une erreur diplomatique, mais le symbole d’une Église ayant perdu sa transcendance.
Lorsque l’Évangile devient un instrument d’équilibre géopolitique, l’autel cède le pas aux exigences du trône. Il est manifeste que la « sinisation » ne relève pas du dialogue culturel, mais d’une capitulation spirituelle : le catholicisme réduit à un catéchisme d’État. Et tandis que Rome garde le silence, Pékin évangélise non seulement la Chine, mais le monde entier, avec son nouveau « maoïsme rituel ».