Messages récents | Retour à la liste des messages | Rechercher
Afficher la discussion

« Le veto secret qui a donné saint Pie X à l'Église — et son avertissement glaçant concernant l'Antéchrist »
par Vistemboir2 2026-08-03 16:09:42
Imprimer Imprimer

Traduction d’un article de Robert Lazu Kmita paru sur The Remnant le 3 août 2026 sous le titre : « The Secret Veto That Gave the Church St. Pius X—and His Chilling Warning About the Antichrist »
-------------------------
L'élection de saint Pie X fut l'œuvre de la Providence. Le conclave de 1903, marqué par un veto impérial, changea le cours de l'histoire ; saint Pie X émergea et lança un avertissement saisissant contre le « Fils de Perdition ». Plus d'un siècle plus tard, le conflit entre la vision de l'Église de saint Pie X et le « paradigme pastoral » post‑conciliaire éclaire la crise actuelle plus profondément qu'on ne le croit.

L'élection des Souverains Pontifes est l'un des chapitres les plus tumultueux de l'histoire de l'Église. Considérant qu'il s'agit d'une institution remontant à l'époque de Jésus‑Christ, il est naturel que la dimension politique y ait toujours été profondément impliquée. Tout au long du premier millénaire du christianisme et du Moyen Âge, les rois et les empereurs d'Europe rivalisèrent d'influence sur la nomination des papes. Avant l'avènement de l'État‑nation, chacune des grandes puissances – la France, l'Espagne et le Saint-Empire romain germanique – cherchait à placer sur le trône de Saint‑Pierre un pontife qui lui serait favorable. Le Grand Schisme d'Occident fut la conséquence directe de ces ambitions concurrentes, la France et Rome étant les principaux antagonistes.

Au-delà de leur caractère controversé, l'implication des rois et des empereurs dans les élections papales illustre le lien étroit – quoique imparfait – entre la tiare et la couronne. En tant que communauté catholique unie, l'Europe jouissait d'un ordre politique et spirituel sans précédent dans l'histoire, ordre ébranlé par la Réforme protestante, qui donna naissance à l'une des idéologies les plus dangereuses des temps modernes : le nationalisme. Abstraction faite de cette histoire tragique et bien connue, il demeure évident qu'il existait un lien profond entre autorité spirituelle et autorité temporelle, lien qui s'est exprimé jusqu'à l'apogée de la doctrine de la « Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus‑Christ » (doctrine désormais totalement abandonnée par les hiérarques de l'Église).

Pendant des siècles, les rois intervinrent directement dans l'élection des pontifes romains. Cependant, l'essor des monarchies absolues s'accompagna d'un renforcement de l'autorité papale, réduisant progressivement l'influence séculière sur les conclaves. Dès lors, l'intervention royale et impériale ne devint possible que de manière négative, par le biais du fameux jus exclusivae (droit d'exclusion), grâce auquel les souverains catholiques exerçaient un droit de veto pour désigner les cardinaux inaptes à la papauté.

Bien que l'Église n'ait jamais formellement reconnu ce privilège, elle a toujours considéré une telle ingérence avec suspicion et réserve. Ce n'est donc que sous saint Pie X que cette pratique fut définitivement abolie en 1904 par la Constitution apostolique Commissum Nobis. Paradoxalement –  et providentiellement – l'intervention de l'empereur François‑Joseph aboutit finalement à l'élection du pontife même qui dénonçait l'émergence de ce qu'il qualifiait de « synthèse de toutes les hérésies », à savoir le modernisme.

La mort du pape Léon XIII, le 20 juillet 1903, à l'âge vénérable de 93 ans, ne laissait guère de place au doute. Le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro (1843‑1913), secrétaire d'État, était largement considéré comme le seul successeur plausible au trône de saint Pierre. Les premières séances du conclave semblaient confirmer cette attente. Au second tour, tenu le matin du 2 août 1903, Rampolla obtint le plus grand nombre de voix – 29 – suivi du cardinal Giuseppe Melchiorre Sarto avec 21 voix. Bien que l'écart ne fût pas écrasant, il n'en demeurait pas moins décisif.

Il y a de bonnes raisons de craindre que le « Fils de la perdition » dont parle l’Apôtre soit déjà présent dans le monde.

À ce moment précis, un événement inattendu se produisit. Le cardinal Jan Puzyna de Cracovie se leva devant les cardinaux et lut le veto de l'empereur François‑Joseph Ier (1830-1916) d'Autriche‑Hongrie. Bien que les historiens aient avancé plusieurs explications à l'opposition de l'empereur, la plus plausible renvoie à la tragédie qui avait frappé la famille impériale lorsque le seul héritier du trône, le prince héritier Rodolphe François‑Charles Joseph (1858-1889), était décédé dans des circonstances mystérieuses à Mayerling, dans ce qui semblait être un suicide. À ce jour, il demeure incertain s'il s'agissait réellement d'un suicide ou si, comme l'affirma plus tard l'impératrice Zita de Bourbon‑Parme (1892-1989), Rodolphe avait été assassiné dans le cadre d'un complot français orchestré par le futur Premier ministre Georges Clemenceau. Ce qui est certain, en revanche, c'est que le cardinal Rampolla s'opposa fermement à ce que le défunt présumé suicidé reçoive des funérailles chrétiennes. Selon une interprétation, cette opposition aurait incité l'empereur François‑Joseph à exercer son droit de veto.

Par un concours de circonstances exceptionnel, le texte du veto impérial lu par le cardinal Puzyna nous est parvenu intact. Le voici :

« C'est un honneur pour moi, ayant été appelé à cette fonction par la plus haute autorité, de demander très humblement à Votre Éminence – à la fois en sa qualité de doyen du Sacré Collège des Cardinaux de la Sainte Église romaine et en sa qualité de camerlingue de la Sainte Église romaine – de bien vouloir prendre note et de notifier officiellement, au nom et par l'autorité de Sa Majesté apostolique François‑Joseph, empereur d'Autriche et roi de Hongrie, qui souhaite faire usage d'un droit et privilège anciens, un veto d'exclusion contre le très éminent cardinal Mariano Rampolla del Tindaro. »


La réaction des cardinaux fut unanimement négative. Néanmoins, le veto eut l'effet escompté : les votes pour Rampolla commencèrent à décliner, tandis que ceux pour Sarto augmentèrent immédiatement. Après trois tours de scrutin indécis, le 4 août 1903, Sarto obtint 50 voix au septième et dernier tour, tandis que Rampolla n'en recueillit que 10. À 11h50, le nouveau pape fut officiellement proclamé. Choisissant pour devise Instaurare Omnia in Christo, Pie X entra dans l'histoire comme le dernier grand pontife à lutter contre l'offensive sans précédent des hérésies contre la vraie foi. Ce que peu de gens savent, c'est que sa position était motivée par une profonde conviction apocalyptique, exprimée dans la première encyclique publiée après son élection.

Dans l'encyclique E supremi (4 octobre 1903), le pape Pie X exprima des opinions très fermes concernant la possible présence dans le monde du plus grand adversaire de l'histoire de notre Seigneur Jésus-Christ, l'Antéchrist :

« Qui pèse ces choses a droit de craindre qu'une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement "le fils de perdition" dont parle l'Apôtre (2 Th 2,3) n'ait déjà fait son avènement parmi nous. Si grande est l'audace et si grande la rage avec lesquelles on se rue partout ã l'attaque de la religion, on bat en brèche les dogmes de la foi, on tend d'un effort obstiné à anéantir tout rapport de l'homme avec la Divinité ! En revanche, et c'est là, au dire du même Apôtre, le caractère propre de l'Antéchrist, l'homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur en s'élevant "au‑dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu." C'est à tel point que, impuissant à éteindre complètement en soi la notion, de Dieu, il secoue cependant le joug de Sa majesté, et se dédie à lui-même le monde visible en guise de temple, où il prétend recevoir les adorations de ses semblables. « Il siège dans le temple de Dieu, où il se montre comme s'il était Dieu lui-même » (2 Th 2,2). »


La propagation sans précédent des erreurs dirigées contre les dogmes sacrés fut pour le pape Pie X le signe annonciateur de l’activité possible du « fils de perdition ». L’importance qu’il accordait à l’« éclipse » de la foi était directement liée – selon son interprétation des textes bibliques (en particulier ceux de saint Paul) – à la fin des temps, dont il conditionnait l’imminence à l’impossibilité de préserver intacte la Vérité contenue dans le trésor de la foi. Voici ses paroles tirées d'une lettre pastorale écrite durant son patriarchat de Venise :

« Lorsque cette doctrine ne pourra plus être conservée intacte et que le règne de la vérité sera impossible dans le monde, alors le Fils unique de Dieu se manifestera lors de son second avènement. Mais jusqu'à ce jour ultime, nous devons conserver ce dépôt intact et répéter la glorieuse profession de foi de saint Hilaire : “Il vaut mieux mourir en ce siècle que de corrompre, sur ordre de quiconque, la chaste virginité de la vérité.”»


Il convient ici de souligner un point essentiel concernant la vision des papes du XXe siècle. Deux paradigmes diamétralement opposés se sont affrontés jusqu'à ce que l'un prévale. Le premier paradigme, à la fois dogmatique et apocalyptique, est celui représenté par saint Pie X. Le second, qui a donné lieu au concile Vatican II et à la célèbre expression « le printemps de l’Esprit », a été inauguré par le pape Jean XXIII dans son discours d’ouverture :

« Il arrive souvent que dans l’exercice quotidien de Notre ministère apostolique Nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités ; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés ; ils se conduisent comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d’autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les mœurs et la juste liberté de l’ Église. Il Nous semble nécessaire de dire Notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin.


Bien qu’il ne le mentionne pas explicitement, celui dont il conteste ici la vision apocalyptique est, comme le reconnaissent certains historiens, le pape saint Pie X. La différence entre ces deux approches est saisie par deux métaphores particulièrement pertinentes. La première, rigoureusement dogmatique, est celle d’une ville (ou d’un château) assiégée lors de l’ultime confrontation entre la Lumière et les Ténèbres. La seconde, strictement pastorale, est celle de portes grandes ouvertes et d’une nouvelle évangélisation. À la seule exception du pape Benoît XVI, dont les références aux visions de sainte Hildegarde de Bingen semblaient indiquer une certaine ouverture à une interprétation apocalyptique des signes des temps, tous les pontifes post-conciliaires sont restés fermement ancrés dans la vision du pape Jean XXIII, béatifié par le pape Jean‑Paul II en 2000 et canonisé par le pape François en 2014.

Le fameux « changement de paradigme » a eu lieu il y a longtemps. Aujourd'hui, nous en constatons les fruits.

Le manque d’ouverture du Vatican aux messages émanant des communautés catholiques traditionnelles reflète la prédominance de cette vision « pastorale », où la pratique prime sur la doctrine. Perçue comme une source de division, l’orthodoxie doctrinale est enfermée dans une ecclésiologie façonnée par un œcuménisme sans frontières. Les valeurs fortes et intransigeantes sont marginalisées et exclues, tandis que le dialogue est érigé en principe suprême de la nouvelle évangélisation. Comme le soulignent ses détracteurs, la repentance et la conversion sont quasiment exclues, et le déclin spirituel des fidèles eux-mêmes – qui, à de rares exceptions près, vivent sous l’emprise de la mentalité contraceptive dominante – est traité avec une extrême prudence. Une seule chose est sûre : le fameux « changement de paradigme » a eu lieu depuis longtemps. Aujourd’hui, nous en constatons les conséquences.

     

Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !


  Envoyer ce message à un ami


 « Le veto secret qui a donné saint Pie X à l'Église — et son avertisseme [...] par Vistemboir2  (2026-08-03 16:09:42)
      Le veto impérial par Lycobates  (2026-08-03 21:18:07)
          Le véto était secret au moment du conclave... par Vistemboir2  (2026-08-03 21:34:15)
      Le rapport entre protestantisme et nationalisme ? par Ptitlu  (2026-08-05 22:31:48)
          Une réponse par Jean-Paul PARFU  (2026-08-06 15:18:29)


74 liseurs actuellement sur le forum
Mentions Légales
[Valid RSS]