L'article du Figaro par Francis Dallais 2026-07-21 19:37:05 |
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« Puy-de-Dôme : le père supérieur d'une abbaye enlevé et molesté, la piste d’un règlement de comptes entre Bénédictins privilégiée »
Par Nicolas Daguin, Le Figaro, 21 juillet 2026
RÉCIT - Le père Placide, supérieur des Bénédictins de Notre-Dame de Bellaigue depuis quinze ans, serait au cœur de vives tensions entre moines autour de la direction de l’abbaye.
Du rififi chez les Bénédictins. Que s’est-il vraiment passé dans la nuit du 23 au 24 juin derrière les murs austères de l’abbaye Notre-Dame de Bellaigue, sise à l’écart du hameau de Virlet, entre Montluçon et Clermont-Ferrand, au cœur de la campagne puydômoise ? Telle est la question que se posent depuis près d’un mois les gendarmes chargés de l’enquête portant sur l’enlèvement et la séquestration du père Placide, supérieur du monastère.
Cette nuit-là, l’ecclésiastique disparaît. D’après La Montagne, qui a révélé l’information, la nouvelle crée la stupeur dans les rangs des moines, qui se seraient aperçus de son absence lors du premier office de la journée, sur le coup de 5 heures. Dans sa cellule, ses affaires ont disparu et le ménage a été fait. Dans la foulée, la communauté prend connaissance d’un mail de leur supérieur envoyé pendant la nuit pour leur faire part de son intention de démissionner. Tout indique alors que le père Placide a jeté l’éponge. Mais dans l’esprit de quelques-uns, la nouvelle sonne faux. Comme le rapporte le quotidien régional, ceux-là sont convaincus que l’abbé n’est pas parti « de son propre chef ». Les gendarmes sont prévenus.
L’abbé retrouvé près de Limoges
L’information est prise au sérieux par les autorités qui déploient un vaste dispositif de recherche mobilisant une trentaine de militaires, un hélicoptère, une équipe cynophile et des techniciens en identification criminelle. Quarante-huit heures plus tard, le moine est localisé grâce au bornage de son téléphone portable. D’abord à Montluçon, puis à Bourges, et enfin près de Limoges (Haute-Vienne), où il est retrouvé dans une petite gare isolée. Il est vivant, bien que son corps porte les stigmates des nombreux coups qu’il semble avoir reçus. L’enquête préliminaire, ouverte pour « disparition inquiétante », bascule alors sur un volet criminel des chefs d’« enlèvement et séquestration ». Ce que confirme au Figaro le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Éric Serfass. Le magistrat se refuse par ailleurs à tout autre commentaire. « Pour l’instant, avant d’avoir un premier résultat solide des investigations, je ne souhaite pas communiquer davantage sur les circonstances de cette affaire », explique-t-il.
Très vite, les investigations s’orientent vers la piste d’un règlement de comptes entre moines, malgré le silence du supérieur, lequel se refuse à détailler les conditions de son enlèvement. « Cette affaire semble être liée à des tensions, eues regard des enjeux de direction de l’abbaye », éclaire une source proche de l’enquête. Le soir de la disparition de l’abbé, onze moines, soit environ la moitié des membres de la communauté, auraient de fait proposé une nouvelle organisation au sein du monastère, « dans l’optique d’en prendre le contrôle », écrit La Montagne. Se dessine dès lors la toile d’une espèce de putsch, bien loin des règles imposées par Benoît, saint patron des Bénédictins, fondateur de leur tradition monastique. « Les moines doivent obéir à l’abbé. Le premier vœu dans la règle de saint Benoît, c’est celui d’obéissance. Il est le chef de la communauté et il est désigné par les moines. En dehors de l’abbé, il n’y a pas d’autorité supérieure », rappelle Ludovic Viallet, professeur d’histoire médiévale et spécialiste de la vie religieuse à l’université de Clermont Auvergne (UCA), dans les colonnes du Pays.
Reste qu’à ce jour les circonstances des faits demeurent floues. Idem s’agissant du mobile. Aucun religieux n’a été placé en garde à vue à ce stade, ni personne d’autre d’ailleurs. On ignore même si le père Placide a déposé plainte. Contactée, la communauté n’a pas donné suite à nos demandes. Fondée au Moyen Âge, délaissée lors de la Révolution française puis relevée au début des années 2000 par quatre moines du monastère de la Sainte-Croix du Brésil, l’abbaye Notre-Dame de Bellaigue est l’un des principaux monastères bénédictins de tradition liturgique ancienne en France. « Sans appartenir à la Fraternité Saint-Pie X, elle est connue pour son attachement à la liturgie traditionnelle et accueille de nombreux fidèles venus participer à ses offices et retraites spirituelles », détaille le site La Tribune Chrétienne. Depuis 2019, la Fraternité Saint-Pie X aurait rompu tout lien avec Bellaigue depuis que ses moines se seraient rapprochés du mouvement de Richard Williamson, défendant une vision encore plus conservatrice de l’Église et dont le fondateur - un évêque anglais - était connu pour ses positions controversées, notamment négationnistes.
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