En effet par Jean-Gab 2026-07-05 14:31:15 |
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Pour savoir s’il existe un état de nécessité, il faut d’abord se demander quelle est la nécessité en question. La mission première de l’Église est de transmettre intégralement la foi catholique, les sacrements et la Tradition reçue des Apôtres. C’est à la lumière de cette mission qu’il faut examiner la situation actuelle.
La première question est donc simple : y a-t-il aujourd’hui une crise dans l’Église ? Si oui, de quelle nature est-elle ? Est-elle seulement morale ? Est-elle doctrinale ? Liturgique ? Ou bien ces différents aspects sont-ils liés ?
Force est de constater que, depuis plusieurs décennies, et plus encore depuis le Concile Vatican II, l’Église a connu une chute spectaculaire des vocations, un effondrement de la pratique religieuse dans de nombreux pays, une fermeture de séminaires, ainsi qu’une perte de la foi chez un grand nombre de baptisés. Depuis quelques années, on constate certes un certain renouveau grâce à de jeunes prêtres diocésains qui redonnent une place au sens du sacré. C’est un signe d’espérance.
À cette crise s’ajoutent plusieurs événements qui ont profondément troublé de nombreux catholiques : le baiser au Coran par Jean-Paul II, les rencontres interreligieuses d’Assise, la présence d’une statue de Martin Luther au Vatican alors que son excommunication n’a jamais été levée, ou encore la Déclaration d’Abou Dhabi, que certains estiment difficilement conciliable avec l’enseignement traditionnel de l’Église sur l’unicité de la vraie religion.
Sans préjuger de l’intention de leurs auteurs ni des explications qui peuvent en être données, ces événements ont contribué à nourrir le sentiment d’une crise profonde.
Si l’on reconnaît l’existence d’une telle crise, la question de l’état de nécessité ne peut être écartée d’un revers de main.
Une objection revient : « Il n’existe jamais de nécessité de consacrer des évêques contre la volonté du Pontife romain. »
En temps normal, cette affirmation est juste. La nomination des évêques relève de l’autorité du pape, et nul ne conteste sa primauté ni son autorité suprême dans l’Église.
Mais précisément, tout le débat consiste à savoir si la situation actuelle est normale ou si elle constitue un état de nécessité exceptionnel. Car si la transmission de la foi, du sacerdoce et de la Tradition est gravement menacée, alors la question n’est plus celle de la discipline ordinaire, mais de savoir comment assurer concrètement cette transmission.
À cet égard, la situation des instituts issus des accords de 1988 est révélatrice. Près de quarante ans après leur fondation, aucun ne dispose de ses propres évêques alors même que ce devait être prévu.
Leur avenir dépend donc entièrement de la décision des autorités romaines
Or, rien ne laisse penser que Rome souhaite leur donner cette autonomie. Au contraire, le motu proprio Traditionis Custodes a marqué une volonté de restreindre fortement la place de la liturgie traditionnelle dans la vie de l’Église. Plus récemment encore, les prises de position des autorités romaines à l’égard des consécrations épiscopales de la Fraternité Saint-Pie X montrent qu’elles ne vont pas dans le sens d’une reconnaissance ou d’un développement durable de la Tradition.
Dans ces conditions, une inquiétude apparaît légitime : si la Fraternité Saint-Pie X n’avait pas ses propres évêques, et si, demain, Rome décidait qu’aucun évêque diocésain ne pouvait plus conférer les confirmations ou les ordinations selon les livres liturgiques traditionnels, qui assurerait alors la transmission du sacerdoce traditionnel ? Les instituts Ecclesia Dei eux-mêmes se trouveraient dans une situation de dépendance totale, sans garantie pour l’avenir. Les événements récents montrent que cette hypothèse n’est plus seulement théorique.
C’est précisément pour éviter qu’une telle situation ne puisse un jour interrompre la transmission de la Tradition que Mgr Marcel Lefebvre, puis aujourd’hui ses successeurs, ont estimé nécessaire de garantir la continuité de l’épiscopat traditionnel. Leur intention n’était pas, selon leurs propres déclarations, de s’opposer au pape ni de créer une Église parallèle, mais de préserver les moyens de transmettre la foi catholique, les sacrements et le sacerdoce jusqu’à ce que la crise soit surmontée.
Toute la question repose donc sur un point unique : existe-t-il réellement un état de nécessité ?
Si la réponse est non, alors les consécrations épiscopales ne peuvent être justifiées.
Mais si la réponse est oui, alors ces consécrations apparaissent comme une mesure exceptionnelle répondant à une situation elle-même exceptionnelle, non pour rompre avec l’Église, mais pour conserver ce qu’elle a toujours transmis.
Au regard de la crise doctrinale, morale et liturgique que traverse l’Église depuis plusieurs décennies, de l’absence d’évêques propres pour les instituts traditionnels, des restrictions apportées à la liturgie traditionnelle et des incertitudes pesant sur son avenir, beaucoup estiment qu’il existe aujourd’hui un véritable état de nécessité.
Ils voient dans cette situation un écho aux paroles du Christ : « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). Sans prétendre juger les personnes, mais en constatant les difficultés objectives que traverse l’Église, ils considèrent que la sauvegarde de la foi, de la Tradition et du sacerdoce justifie, dans des circonstances exceptionnelles, des mesures exceptionnelles.
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