La messe traditionnelle: que pourrait faire Léon XIV? - Par Stephen Bullivant et Stephen Cranney par New Catholic 2026-07-02 11:29:33 |
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# La messe traditionnelle en latin : que pourrait faire Léon ?
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*Stephen Bullivant et Stephen Cranney*
*30 juin 2026*
Selon plusieurs vaticanistes bien informés, la longue liste des dossiers que le pape Léon doit traiter comporte notamment une ligne intitulée « Messe traditionnelle en latin » — autrement dit l'ancien rite, la forme extraordinaire, l’*usus antiquior* ou, selon la terminologie désormais employée par le Saint-Siège, « le Missel antérieur à la réforme de 1970 ». Compte tenu de tout ce qui se passe actuellement dans l'Église et dans le monde, on pourrait supposer que cette question ne figure pas parmi les priorités immédiates. Pourtant, Léon semble faire preuve d'énergie et d'efficacité. Il est donc possible que ce dossier soit l'un des plus simples à régler de manière satisfaisante.
Il est certain qu'une décision devra être prise. Par le motu proprio *Traditionis custodes* de 2021, le pape François a fortement restreint la célébration de la messe traditionnelle en latin, revenant ainsi sur la large libéralisation instaurée en 2007 par son prédécesseur Benoît XVI avec *Summorum Pontificum*. Parmi les principaux motifs invoqués par François figurait le constat qu'au sein de nombreuses communautés attachées à cette liturgie existait un « rejet non seulement de la réforme liturgique, mais également du Concile Vatican II lui-même ». Des sources bien informées laissent entendre que la situation aux États-Unis constituait une préoccupation particulière à cet égard.
Néanmoins, le problème — s'il s'agit véritablement d'un problème — de communautés célébrant la messe traditionnelle particulièrement dynamiques, attirant de manière disproportionnée des fidèles nés bien après le Concile et qui devraient donc, en théorie, être trop jeunes pour nourrir de telles préférences, n'a nullement disparu. Pour certains, le caractère inhabituel, voire marginal, de cette liturgie n'a fait qu'accroître son attrait : une sorte d'« effet Streisand » appliqué à la vie ecclésiale.
Si le diagnostic posé par *Traditionis custodes* est exact, alors le remède devrait logiquement être beaucoup plus radical, allant jusqu'à une interdiction totale. Mais si ce diagnostic est erroné ? Autrement dit, si les restrictions imposées par le pape François, malgré leurs bonnes intentions, reposaient sur une appréciation inexacte de la réalité ? Dans ce cas, *Traditionis custodes* causerait inutilement un préjudice pastoral considérable et alimenterait précisément la polarisation et les divisions qu'il cherchait à réduire.
Les deux analyses bénéficient aujourd'hui de soutiens solides. Le pape Léon devra donc arbitrer entre elles, tout en prenant au sérieux — et en donnant clairement l'impression de le faire — les préoccupations des deux camps.
À cela s'ajoute la menace imminente de nouvelles consécrations épiscopales illicites par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), qualifiée au mieux de situation « canoniquement irrégulière », consécrations alors prévues pour le 1er juillet. Même si cette question n'est pas directement liée à celle de la messe traditionnelle, le Vatican a déjà utilisé la liturgie comme instrument dans sa politique à l'égard des milieux traditionalistes. Il serait sans doute imprudent pour le pape de faire dépendre sa politique liturgique du dossier de la FSSPX ; néanmoins, une prise de position favorable — ou, au contraire, défavorable — à l'ancienne messe à cette période revêtirait une forte portée symbolique.
Les observateurs chevronnés du Vatican seront donc particulièrement attentifs à la date du 16 juillet, cinquième anniversaire de la publication de *Traditionis custodes*.
Depuis quatre ans, nous — deux sociologues, l'un Américain membre de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, l'autre catholique britannique — étudions les catholiques américains qui assistent à la messe traditionnelle en latin au sein de l'Église catholique reconnue (c'est-à-dire en dehors de la Fraternité Saint-Pie X).
Nous avons mobilisé tout l'éventail des méthodes propres à notre discipline : enquêtes de terrain dans sept États américains, dizaines d'entretiens approfondis, enquêtes auprès de plusieurs centaines de catholiques pratiquants — qu'ils fréquentent ou non la messe traditionnelle — ainsi que de nombreuses conversations confidentielles avec des évêques et des cardinaux.
Conscients des limites inhérentes aux sciences sociales, nous estimons néanmoins avoir acquis une connaissance relativement solide de cette petite composante de l'Église catholique aux États-Unis. Nous présenterons l'ensemble de nos conclusions dans un ouvrage qui paraîtra plus tard cette année.
Au risque de révéler par avance certaines de nos conclusions, nous pouvons déjà dire que nous avons trouvé très peu d'éléments venant confirmer les stéréotypes négatifs souvent associés aux fidèles de la messe traditionnelle.
Ainsi, il est tout à fait courant que ces derniers participent également à la messe célébrée selon le *Novus Ordo*. Seule une infime minorité, située aux marges du mouvement, considère cette forme liturgique comme invalide. Il est donc parfaitement possible d'être attaché aux deux formes du rite romain.
De même, s'il existe effectivement des fidèles qui rejettent le Concile Vatican II — nous en avons rencontré quelques-uns au cours de notre enquête — ils demeurent minoritaires parmi les catholiques traditionnellement appelés les « tradis ».
Nous avons achevé la rédaction de notre livre à la fin de l'année 2025, soit environ six mois après le début du nouveau pontificat. À cette époque, rien ne laissait présager une initiative importante concernant la messe traditionnelle. La Fraternité Saint-Pie X n'avait pas encore annoncé son intention de franchir une nouvelle fois le Rubicon en procédant à des consécrations épiscopales.
Les spécialistes des sciences sociales sont généralement peu doués pour prédire l'avenir, et aucun de nous n'est porté sur les paris. Nous avons néanmoins estimé qu'il était de notre devoir de proposer une hypothèse raisonnable quant à ce que le pape Léon pourrait faire.
Par souci de transparence, précisons qu'il a été largement rapporté que nous avons eu l'honneur de présenter nos travaux au Saint-Père lors d'une audience privée en mars 2026. Le texte qui suit avait toutefois été rédigé avant cette rencontre et figurait déjà dans le manuscrit que nous lui avons remis.
Voici donc notre proposition, modeste et, nous l'espérons, empreinte d'un véritable esprit de paix.
En résumé, nous ne considérons pas qu'une « option nucléaire » — parfois évoquée au cours des dernières années du pontificat du pape François — constitue une perspective réaliste.
Quelles qu'aient été les circonstances exactes ayant conduit à la publication de *Traditionis custodes*, plusieurs informations récemment divulguées semblent indiquer que les données ayant servi à justifier ce document étaient beaucoup moins accablantes pour les communautés attachées à la messe traditionnelle qu'il n'avait été affirmé.
L'épiscopat mondial ne réclamait nullement, dans son ensemble, un durcissement majeur de la réglementation. Nombre d'évêques auraient probablement préféré que la situation demeure inchangée. Quelles que soient les dynamiques internes au Vatican ayant conduit à la promulgation de ce texte, il paraît aujourd'hui peu vraisemblable que subsistent la volonté politique et les soutiens nécessaires pour aller encore plus loin dans les restrictions.
Il convient également de relever que, dans de nombreux diocèses américains — sans que cela soit universel — l'application des nouvelles dispositions est demeurée relativement réservée. La plupart des évêques, tout en obéissant loyalement aux décisions du Saint-Siège, ne considèrent sans doute pas qu'ils disposent d'un nombre si important de fidèles pratiquants — notamment de jeunes adultes et de familles — qu'ils souhaitent leur rendre la vie religieuse plus difficile. Cette observation vaut également dans bien d'autres pays.
Le pape Léon, lui-même évêque américain avant son élection, ne peut guère ignorer cette réalité. Rien ne permet d'ailleurs de penser qu'il nourrisse une hostilité particulière envers la messe traditionnelle.
S'il a exprimé certaines inquiétudes face à ce que l'on pourrait appeler une instrumentalisation de cette liturgie — déclarant notamment que « certains se servent de la liturgie comme prétexte pour promouvoir d'autres combats. Elle est devenue un instrument politique, ce qui est très regrettable… Le débat est désormais si polarisé que beaucoup ne sont plus disposés à s'écouter mutuellement » — il a également autorisé, en octobre 2025, la première célébration publique de la messe traditionnelle dans la basilique Saint-Pierre depuis 2022.
Cette célébration, présidée par le cardinal Raymond Burke à l'occasion du pèlerinage annuel *Summorum Pontificum*, aurait réuni environ trois mille fidèles.
Dès lors, faut-il s'attendre à une abrogation de *Traditionis custodes* ?
Une remise en cause publique et officielle de la politique du précédent pontife paraît peu probable, d'autant plus qu'elle interviendrait peu de temps après le revirement qu'avait lui-même constitué *Traditionis custodes* par rapport au pontificat de Benoît XVI.
L'hypothèse la plus vraisemblable serait plutôt le maintien du texte actuel, accompagné d'un assouplissement substantiel de son application pratique.
À l'heure actuelle, *Traditionis custodes* impose une lourde charge administrative, aussi bien aux diocèses qu'au Saint-Siège. Les décisions concernant l'autorisation exceptionnelle d'utiliser une église paroissiale pour la célébration de la messe traditionnelle, ou encore l'autorisation accordée à un jeune prêtre pour commencer à la célébrer, relèvent désormais de Rome.
Un tel système, qui rappelle une économie entièrement centralisée, manque d'efficacité et va à l'encontre du mouvement général de décentralisation qui caractérise la vie de l'Église depuis le Concile Vatican II.
Il suffirait pourtant d'une modification relativement simple : confier davantage de responsabilités aux évêques diocésains. Ceux-ci pourraient continuer à transmettre officiellement leurs demandes au Dicastère pour le Culte divin, tout en étant informés de manière discrète que toute demande raisonnable serait réputée acceptée d'office, sauf notification contraire.
Dans les faits, Rome conserverait ainsi un droit de veto lorsqu'une situation locale justifierait une intervention — par exemple si certaines inquiétudes à l'égard des milieux traditionalistes s'avéraient fondées, ou si un évêque semblait dépasser les limites de la prudence — tout en évitant à l'administration centrale de gérer au cas par cas des décisions pastorales concernant des diocèses répartis dans le monde entier.
Certaines dispositions particulières de *Traditionis custodes* pourraient également être modifiées sans remettre en cause l'ensemble du texte, par exemple l'interdiction de créer de nouveaux groupes stables de fidèles ou de nouvelles paroisses personnelles.
Dans le même esprit, une sorte de « dépénalisation » tacite de certaines pratiques pourrait être envisagée, comme la simple publication des horaires des messes traditionnelles dans les bulletins paroissiaux.
Selon le langage caractéristique des documents romains, ces ajustements pourraient être présentés non comme une remise en cause de la pensée du pape François, mais au contraire comme une manière plus fidèle de réaliser son intention pastorale profonde.
Une telle évolution ne reviendrait pas simplement à restaurer la situation qui prévalait sous *Summorum Pontificum*.
Les évêques qui considèrent que la messe traditionnelle elle-même, ou certains groupes présents dans leur diocèse, posent des difficultés conserveraient pleinement les pouvoirs que leur confère *Traditionis custodes* pour réglementer étroitement cette question, y compris, si nécessaire, jusqu'à en interdire totalement la célébration.
Comme nous l'avons déjà indiqué, le Saint-Siège conserverait également une capacité d'intervention directe lorsqu'il l'estimerait nécessaire.
En revanche, ce rééquilibrage permettrait aux évêques favorables à la messe traditionnelle — ou simplement désireux de laisser coexister paisiblement différentes sensibilités liturgiques — d'adopter une approche différente, tout en conservant les moyens d'intervenir si les circonstances venaient à l'exiger.
En poussant encore davantage notre hypothèse, nous pouvons imaginer que le pape Léon accomplisse un geste que même Benoît XVI n'a jamais posé durant son pontificat : célébrer lui-même, ou présider, une messe traditionnelle en latin ouverte au public.
Le diocèse de Rome compte plusieurs églises où cette liturgie est célébrée, notamment la paroisse personnelle florissante de la Très Sainte Trinité des Pèlerins (*Santissima Trinità dei Pellegrini*), confiée à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP), que nous avons visitée au cours de nos recherches.
Une visite ponctuelle du Saint-Père à l'occasion d'une fête liturgique, ou encore la célébration d'une confirmation pour les nombreux enfants de cette paroisse, constituerait, d'une part, un acte pastoral tout à fait ordinaire.
Avant *Traditionis custodes*, il n'était d'ailleurs pas rare que des évêques, sans être particulièrement attachés à la messe traditionnelle, acceptent de la célébrer lorsqu'ils visitaient les communautés concernées dans l'exercice normal de leur ministère.
D'autre part, un tel geste enverrait un message particulièrement clair : celui que les communautés attachées à la liturgie traditionnelle appartiennent pleinement à l'Église et y trouvent légitimement leur place.
Une telle solution — certes largement spéculative — ne serait-elle pas, pour reprendre les termes mêmes de la Constitution du Concile Vatican II sur la liturgie, « pastoralement la plus efficace » ?
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*Les Tradis : les catholiques de la messe traditionnelle aux États-Unis* (*Trads: Latin Mass Catholics in the United States*), publié par Oxford University Press, paraîtra en décembre.
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