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« Comment la crise du Vatican a mis en lumière l'erreur fatale de l'"hyperpapalisme" »
par Vistemboir2 2026-06-23 11:42:09
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Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 23 juin 2026 sur The Remnant sous le titre : «How the Vatican Crisis Exposed the Deadly Error of Hyperpapalism »
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Et si l'une des plus grandes erreurs du catholicisme moderne n'était pas le modernisme lui-même... mais notre mauvaise compréhension de la papauté ? Pendant des décennies, on a enseigné à de nombreux catholiques qu'une obéissance aveugle à Rome était synonyme de fidélité au Christ. Or, le Vatican moderne, « hyperpapaliste », a mis en lumière une faille dangereuse dans ce raisonnement...

Dans un article récent pour Tradition & Sanity, le Dr Peter Kwasniewski a analysé l’essai d’un ecclésiastique allemand paru sous le pseudonyme de Vigilius, intitulé The Performative Contradiction of the Society of St. Pius X. Contrairement à ce que ce titre pourrait laisser supposer, l'auteur soutient en réalité les consécrations épiscopales effectuées par la FSSPX sans l'aval de Rome ; ses critiques à l'égard de la Fraternité portent plutôt sur un ensemble d'idées que le Dr Kwasniewski a contribué à mettre en lumière ces dernières années : celles relevant de l' « hyperpapalisme », ou d'une conception exagérée de la papauté. Pour les besoins du présent article, les nuances et la crédibilité de l'argumentation de Vigilius importent peu ; l'intérêt de son essai — et de la réponse qu'y apporte le Dr Kwasniewski — réside avant tout dans l'introduction d'une idée selon laquelle de nombreux catholiques entretiennent une vision de la papauté qui est non seulement erronée, mais également offensante pour Dieu.

L'Église va se détruire elle-même en se pliant aux principes révolutionnaires introduits en son sein par ses propres autorités.

Pour se faire une idée de cette vision exagérée de la papauté, on peut se tourner non pas vers les propos d'hérétiques, mais vers ceux de saint Pie X. Vigilius a cité le passage suivant, tiré d'une allocution de saint Pie X (18 novembre 1912) aux prêtres de l'Union apostolique :

« Ainsi, lorsque l'on aime le Pape, on ne discute pas de ce qu'il ordonne ou exige, ni jusqu'où doit aller l'obéissance ou en quelles matières il convient d'obéir ; lorsque l'on aime le Pape... on ne remet pas en question ses ordres... ; on ne limite pas la sphère dans laquelle il peut et doit exercer son autorité ; on ne place pas l'autorité d'autres personnes au-dessus de celle du Pape, aussi savantes soient-elles... Celui qui est saint ne peut s'écarter du Pape. »


Certes, il convient d'interpréter ces paroles de la manière la plus favorable, et l'on peut être relativement certain que saint Pie X n'avait nullement l'intention de modifier l'enseignement catholique sur la papauté. Toutefois, il est aisé de comprendre comment ces propos pourraient être perçus comme créant un conflit potentiel entre la vérité immuable de Dieu et l'autorité du pape. Après tout, même en supposant (à tort) que le pape ne puisse jamais s'écarter de la vérité divine, les catholiques sensés devraient reconnaître que, si une telle situation venait à se produire, il faudrait se ranger du côté de la vérité de Dieu. Autrement, nous placerions une créature au-dessus de Dieu. Le Dr Kwasniewski a réagi à cette citation de saint Pie X en soulignant que même des papes saints peuvent se tromper dans leurs opinions privées :

« Au sujet de la déclaration de saint Pie X selon laquelle "il ne peut y avoir de sainteté là où il y a désaccord avec le pape", Jean Madiran livre une réflexion instructive dans la notice nécrologique qu'il a consacrée au père Roger-Thomas Calmel, O.P. : "Le père Calmel rejetait énergiquement cette proposition. L'autorité en question n'ébranlait pas sa certitude. Saint Pie X est saint Pie X, il le vénérait de tout son cœur, mais il s'agissait ici d'une opinion privée erronée. L'histoire de l'Église nous montre des saints canonisés qui étaient en désaccord avec des papes... Le père Calmel en appelait à la théologie — et au bon sens." Madiran ajoute également que sa revue Itinéraires s'était rendue coupable d'une exagération papaliste dans les années 1950 et que, parmi ses collaborateurs, seuls Calmel et Louis Salleron y avaient résisté. »


Ainsi, le père Calmel vénérait saint Pie X mais estimait que les propos du pape cités plus haut étaient erronés. Plus pertinent encore pour la présente analyse est le constat qu'il a bel et bien existé, au sein de la pensée catholique antérieure à Vatican II, un courant prônant une vision exagérée de la papauté.

L'hyperpapalisme fait subtilement passer le catholicisme d'une vision centrée sur Dieu à une vision centrée sur le pape.

À première vue, cette conception exagérée de la papauté peut ne pas sembler particulièrement dangereuse en temps normal, lorsque l’Église catholique résiste fermement à l’hétérodoxie. Toutefois, on constate une réelle différence entre les deux formulations suivantes concernant les motifs de notre adhésion à la foi catholique :

• Je crois toutes les vérités de la foi catholique parce qu’elles ont été révélées par Dieu, qui ne peut ni Se tromper ni nous tromper.
• Je crois toutes les vérités de la foi catholique parce qu’elles sont préservées par le pape, que nous devons suivre si nous voulons sauver nos âmes.

En temps normal, l’une ou l’autre de ces formulations conduit les catholiques à adhérer au même ensemble de vérités catholiques. Pourtant, la seconde formulation pourrait néanmoins porter atteinte à l’honneur dû à Dieu si les fidèles venaient à perdre de vue que : (a) la vérité de Dieu est immuable, même si le pape affirmait le contraire, et (b) la seule raison pour laquelle nous suivons le pape est qu’il nous aide à parvenir à la vérité divine. Toutes choses égales par ailleurs, cette conception exagérée de la papauté, prévalant dans les années 1950, a probablement incité certains catholiques à concevoir leur religion davantage comme étant centrée sur le pape que sur Dieu.

Si l’on associe cette vision exagérée de la papauté aux erreurs du modernisme et du libéralisme qui menaçaient encore l’Église dans les années 1950, on comprend que le terrain était préparé pour la crise que nous avons vue se développer depuis Vatican II. Comme le racontait Mgr Marcel Lefebvre dans sa Lettre ouverte aux catholiques perplexes, une grande partie du mal était déjà faite avant que Jean XXIII n’ouvre le Concile :

« Mon aventure personnelle ne cesse de m’étonner : ces évêques, pour la plus grande partie, ont été mes condisciples à Rome, ils ont été formés de la même manière. Et voici que soudain je me retrouvais tout seul. Eux avaient changé, ils renonçaient à ce qu’ils avaient appris. Moi, je n’avais rien inventé de nouveau, je continuais. Le cardinal Garrone m’a même dit un jour : « On nous a trompés, au séminaire français de Rome. » Trompés sur quoi ? N’avait-il pas fait réciter des milliers de fois aux enfants de son catéchisme, avant le concile, l’acte de foi : "Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Église, parce que vous ne pouvez ni vous tromper ni nous tromper" ? Comment tous ces évêques ont-ils pu se métamorphoser de la sorte ? J’y vois une explication : ils sont restés en France, ils se sont laissé infecter lentement. En Afrique j’étais protégé. Je suis rentré juste l’année du concile ; le mal était déjà fait. Vatican II n’a fait qu’ouvrir les vannes qui retenaient le flot destructeur. Et en un rien de temps, avant même la clôture de la quatrième session, c’était la débâcle. Tout ou presque allait être emporté et, pour commencer, la prière. »


Comme pour la plupart des autres maux de notre existence, l’offense initiale faite à Dieu peut être relativement subtile tout en ayant des conséquences considérables. Ainsi, le fait que de nombreux évêques s’étaient déjà quelque peu accommodés de ces erreurs avant le Concile préparait le terrain au désastre, même si la plupart des catholiques ne soupçonnaient guère que de graves problèmes se profilaient à l’horizon.

Dieu a permis que cette crise dévoile le modernisme, le libéralisme et l'hyperpapisme pour ce qu'ils sont réellement : des erreurs anticatholiques.

Dieu aurait pu amener Jean XXIII à éradiquer toutes ces erreurs, mais nous savons qu'Il a au contraire permis à ces désordres théologiques de perdurer. À cet égard, les paroles du père Joseph Schryvers, tirées de The Gift of Oneself [Le Don de soi], semblent particulièrement pertinentes lorsque nous considérons aujourd'hui l'état de l'Église à la veille de Vatican II :

« Mais tout désordre porte en soi son propre châtiment, et ce châtiment signifie le rétablissement de l'ordre bafoué. »


Les désordres qui affectaient les catholiques avant le Concile incluaient une certaine indifférence face aux erreurs du modernisme, du libéralisme et de ce que le Dr Kwasniewski appelle l'  « hyperpapalisme ». Chacun de ces désordres menace non seulement les catholiques, mais offense également Dieu. Ainsi, en suivant la sagesse du père Schryvers, nous pouvons affirmer que la crise qui en a résulté a constitué le châtiment devant mener, à terme, au rétablissement de l'ordre bafoué — à moins que Dieu n'intervienne directement pour rétablir l'ordre.

Pour obtenir sans doute le meilleur résumé du désordre et du châtiment, on peut se référer à la manière dont Mgr Tissier de Mallerais a décrit l’analyse de Mgr Lefebvre :

« En effet, "le coup de maître de Satan a été de jeter toute l’Église, par obéissance, dans la désobeissance à sa Tradition". L’Église va se détruire elle-même par voie d’obéissance aux principes révolutionnaires introduits dans l’Église par l’autorité de Église. Dès 1968, Paul VI n’a-t-il pas lui-même parlé publiquement de l’"autodémolition de l’Église" ? Le 29 juin 1972, il a avoués : "Par quelque fissure, la fumée de Satan est entrée dans le temple de Dieu (...) Satan (...) est venu gâter et dessécher les fruits du concile." Paul ne veut pas voir où se trouve la fissure. Marcel l’a voite et la dénonce : c’est la rupture avec la Tradition. Mais déjà le prélat pressent que sa clairvoyance va lui valoir une condamnation : "Satan, dit-il, a vraiment réussi un coup de maître : faire condamner ceux qui gardent la foi par ceux-là mêmes qui devraient la défendre et la propager !" » (extrait de Mgr Marcel Lefebvre – Une vie par Mgr Bernard Tissier de Mallerais, p. 494‑495)


Le châtiment se manifeste par les maux liés à l’abandon de la Tradition ainsi que par l’angoisse de devoir choisir entre l’obéissance et la Tradition. En choisissant la Tradition, nous plaçons Dieu au-dessus de l’obéissance aveugle et remédions aux désordres à l’origine de la crise ; en rejetant la Tradition, nous choisissons l’obéissance et non Dieu, et perpétuons les désordres qui ont causé la crise.

Le coup de maître de Satan a été d’amener l’Église, par le biais de l’obéissance, à désobéir à la Tradition.

Gardant à l'esprit cette réalité capitale qu'est l'honneur dû à Dieu, la réponse adéquate a toujours été celle que Mgr Lefebvre a énoncée dans sa Déclaration du 21 novembre 1974 :

« Cette Réforme, issue du libéralisme et du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l’hérésie et aboutit à l’hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques. Il est donc impossible à tout catholique conscient et fidèle d’adopter cette Réforme et de s’y soumettre de quelque manière que ce soit. La seule attitude de fidélité à l’Église et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d’acceptation de cette Réforme. C’est pourquoi, sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre œuvre de formation sacerdotale sous l’étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la Sainte Église Catholique, au Souverain Pontife et aux générations futures. »


Pour ceux qui sont en désaccord avec Mgr Lefebvre, ces paroles ne sont rien d’autre que de la désobéissance envers Rome. Mais en réalité, elles reflètent le choix de Dieu plutôt que celui de l’autorité, à une époque où l’autorité ne suit plus Dieu. Pour ceux qui partagent la vision de Mgr Lefebvre et de la FSSPX, l’alternative consisterait à choisir l’autorité au détriment de Dieu, ce qui serait un choix maudit.

On peut se demander pourquoi la position de la FSSPX n’a pas abouti à un rétablissement de l’ordre si elle constitue véritablement la réponse appropriée à la crise. Bien qu’il suffise de rappeler que nous ne sommes pas maîtres du calendrier divin, la circonstances actuelles entourant les consécrations épiscopales offre une image d’une clarté inédite : la FSSPX suit et défend la vérité de Dieu, tandis que les tenants de la révolution de Vatican II (représentés par Léon XIV et Tucho) s’y opposent. Ainsi, en laissant la crise se dérouler comme elle l’a fait, Dieu a montré sans équivoque que choisir l’autorité plutôt que la Tradition a conduit à une désorientation diabolique. Le modernisme, le libéralisme et l’hyperpapalisme se sont révélés être anti-catholiques et, par conséquent, opposés à Dieu. Si l’ordre n’est pas encore rétabli, nous avons atteint un stade où le désordre a été mis à nu pour ce qu’il est réellement, ce qui constitue une étape cruciale du rétablissement.

Si le modernisme, le libéralisme et l'hyperpapalisme étaient acceptables pour de nombreux catholiques, par ailleurs sérieux, sous les pontificats de Jean‑Paul II et de Benoît XVI, ils ont perdu tout attrait sous François et désormais sous Léon. Des catholiques raisonnables pouvaient être déconcertés quant aux positions en présence en 1988, lorsque Jean‑Paul II excommunia les évêques de la FSSPX ; mais aujourd'hui, une telle ambiguïté n'existe plus. Au-delà de la simple démonstration du bien-fondé de l'action de la FSSPX, cette réalité nous amène à reconnaître que Mgr Lefebvre avait raison de s'opposer à la révolution de Vatican II. Dieu nous offre l'occasion de Le choisir, Lui et la vérité catholique, plutôt qu'une autorité dévoyée et des blasphèmes ; il semble que le moment soit venu de faire un choix avisé, car nous ignorons combien de temps encore Il se laissera bafouer.

Cœur Immaculé de Marie, priez pour nous !

     

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