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Les combats de Messieurs En-Marche, Encore-Un-Peu-De-Patience et On-Nous-L'A-Déjà-Fait
par Réginald 2026-06-10 13:18:07
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Dans le vaste monde de la liturgie romaine vivent trois espèces de catholiques.

Tous aiment l'Église. Tous aiment la liturgie. Tous souffrent de la crise.

Et tous sont persuadés que les deux autres sont le problème.

Il y a d'abord Monsieur En-Marche. Puis Monsieur Encore-Un-Peu-De-Patience. Enfin Monsieur On-Nous-L'A-Déjà-Fait.


Monsieur En-Marche

Monsieur En-Marche est un homme heureux.

Pour lui, la question liturgique est réglée depuis longtemps. Il chante le Requiem. Non pas pour les défunts. Pour la tradition.

Le Concile a parlé. La réforme a été promulguée. L'affaire est close.

Lorsqu'il rencontre un fidèle attaché à la liturgie traditionnelle, il lui adresse un sourire paternel :

— Vous savez, il faut vivre avec son temps.

Puis il célèbre une messe où l'on entend successivement une guitare, un saxophone, trois intentions spontanées, un témoignage de scout, une bénédiction des cyclistes et une chorégraphie liturgique réalisée par le groupe des collégiens.

A la sortie, il explique :

— L'essentiel est que les gens participent.

Or précisément, les gens ne participent plus. Mais cela ne l'inquiète pas. Ils reviendront. Il le dit depuis 1970.

Monsieur Encore-Un-Peu-De-Patience

Monsieur Encore-Un-Peu-De-Patience est un homme d'espérance.

Là où d'autres voient un problème, il voit une opportunité.

Chaque fois qu'un évêque prononce le mot « tradition », il croit apercevoir l'aube d'une restauration.

Chaque fois qu'un séminariste apprend le latin, il prépare déjà intérieurement le Te Deum.

Chaque fois qu'un curé installe six cierges sur son autel, il estime que le redressement est en marche.

Monsieur Encore-Un-Peu-De-Patience ne veut supprimer personne.

Il veut corriger. Améliorer. Rééquilibrer. Réenraciner.

Son idéal est simple. Il rêve d'une messe moderne avec davantage de latin.

Davantage de silence. Davantage d'encens.Davantage de génuflexions. Davantage de chant grégorien. Davantage de sacré.

Bref, une messe moderne qui ressemblerait progressivement à l'ancienne. Mais sans le dire trop fort.

Depuis trente ans, Monsieur Encore-Un-Peu-De-Patience annonce que la réforme de la réforme est imminente.

Il en parle avec la même assurance qu'un météorologue annonçant le beau temps pour demain.

Demain n'arrive jamais. Mais son optimisme demeure intact.


Monsieur On-Nous-L'A-Déjà-Fait

Monsieur On-Nous-L'A-Déjà-Fait est un homme méfiant.

Il a vu passer trop de plans de sauvetage pour croire encore aux annonces.

On lui a promis la réforme de la réforme. Puis l'enrichissement réciproque. Puis la paix liturgique. Puis la réconciliation. Puis une nouvelle paix. Maintenant une nouvelle guerre.

A la longue, il a développé une méfiance professionnelle.

Monsieur On-Nous-L'A-Déjà-Fait ne cherche plus à sauver Rome.

Parfois même, il décide de s'en séparer.

Il sauve sa chapelle. Il enseigne le catéchisme. Il soutient les séminaires. Il élève ses nombreux enfants.

Il entretient la flamme. Parfois même dans un garage.

Lorsqu'on lui présente un nouveau projet destiné à résoudre la crise liturgique, il répond généralement :

— Très dangereux. Inadmissible.

Ou bien :

— On nous l'a déjà fait.

Car Monsieur On-Nous-L'A-Déjà-Fait a remarqué une chose.

Tous ceux qui annonçaient sa disparition ont disparu avant lui. Les commissions passent. Les experts passent. Les plans pastoraux passent.

La messe demeure.

Cette observation lui inspire une sérénité qui exaspère profondément Monsieur En-Marche et rend nerveux Monsieur Encore-Un-Peu-De-Patience.

Il faut reconnaître que Monsieur On-Nous-L'A-Déjà-Fait possède une qualité rare : depuis cinquante ans, il annonce que tout va mal. Il chante le Dies irae.

Et pourtant ses chapelles sont pleines, ses écoles se développent et ses séminaires recrutent.

Ce qui lui permet d'être pessimiste avec une remarquable bonne humeur.

Epilogue


Le dimanche suivant, les trois hommes se retrouvent.

Monsieur En-Marche attend l'extinction de la tradition. Il s'appuie sur Traditionis Custodes.

Monsieur Encore-Un-Peu-De-Patience attend le retour de Summorum Pontificum.

Monsieur On-Nous-L'A-Déjà-Fait attend le nouveau Syllabus.

Tous trois attendent.

Dieu aussi.

Mais Lui seul sait comment sa Providence transformera l'histoire.

     

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      A noter par Justin Petipeu  (2026-06-10 14:01:54)
      Sur un ton badin par Le Cap  (2026-06-11 09:21:17)
      à ces trois messieurs j'ajoute une dame Madame Pas-Assez-Loin par Luc Perrin  (2026-06-11 11:09:59)
      et puis il y a aussi les Régis ... par Cristo  (2026-06-12 17:02:20)


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