Sur la comparaison de Quanta cura et de Dignitatis Humanae par gégé81 2016-02-08 16:05:21 |
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Suite aux objections que Maître Parfu m’a présentées au sujet de la doctrine sur la liberté religieuse présentée dans Dignitatis Humanae, voici un extrait de la Réponses du Cardinal Ratzinger aux Objections Théologiques (dubia) de Mgr Marcel Lefebvre, pages 42 à 46 (également disponible en ligne
ici). Chacun pourra apprécier que de Quanta cura à Dignitatis Humanae, l’Eglise ne s’est nullement contredite. Bonne lecture :
Sur la comparaison de Quanta cura et de Dignitatis Humanae
Les propositions condamnées par Pie IX dans l’Enc. Quanta cura et les affirmations correspondantes de DH, entre lesquelles on pourrait avoir l’impression qu’il existe une identité ou une relation de nécessaire implication, sont les suivantes :
I/ Proposition condamnées par « Quanta cura » : « La meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir l’office de réprimer par des peines légales les violateurs de la religion catholique, si ce n’est lorsque la paix publique le demande » (AAS 3 (1867) p. 162).
Enseignement de « DH » : « En matière religieuse, que nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience, en privé et en public, seul ou associé à d’autres, dans les justes limites » (DH, 2/a).
II/ Proposition condamnées par « Quanta cura » : « La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme, qui doit être proclamé et garanti par toute société correctement constituée ».
Enseignement de « DH » : « La personne humaine a droit à la liberté religieuse. (…) Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse doit être reconnu dans l’ordre juridique de la société, de manière à ce qu’il constitue un droit civil » (DH, 2/a).
Malgré les apparences, il n’existe aucune incompatibilité entre les condamnations de Quanta cura et les enseignements de DH.
Pour comprendre les raisons qui justifient cette réponse, il convient de rappeler que la question ici posée a été prise en compte dans l’élaboration de DH dès les premiers schémas, présentés dans la Salle conciliaire, qui signalaient la continuité avec la doctrine antérieure. Les explications apportées par le Relator contribuent à mettre en évidence le sens dans lequel les Père comprenaient les termes employés par la Déclaration, et selon lesquels ils l’approuvèrent :
« Cette façon de voir est fort utile à l’intellection droite de nombreux documents pontificaux du l9ième siècle qui, traitant de la liberté religieuse, se servaient de mots qui semblaient condamner celle dont nous traitons. L’exemple le plus typique est à trouver dans l’encyclique Quanta cura de Pie IX, où on lit : « De cette idée complètement fausse d’un régime social (i.e. naturalisme), on ne craint pas de fomenter une opinion erronée de l’église catholique et extrêmement dommageable au salut des âmes, appelée délire par notre prédécesseur de pieuse mémoire, à savoir que la liberté de conscience et des cultes est un droit que possède chaque homme, droit qui doit être proclamé et protégé par la loi dans toute société droitement constituée ».
Comme il est facile de voir, le Souverain Pontife condamne cette liberté de conscience à cause de l’idéologie prônée par les rationalistes, qui s’appuyaient sur ce principe que la conscience individuelle est hors la loi, de sorte qu’elle n’est brimée par aucune norme divinement transmise. Le Pape condamne donc cette liberté du culte dont le principe est l’indifférentisme religieux, selon lequel l’Eglise elle-même doit être incorporée dans cet organisme moniste qu’est l’Etat, et soumise au pouvoir suprême de l’Etat.
Pour une exacte interprétation de ces condamnations, il faut chercher à y découvrir la doctrine de l’Eglise, la sollicitude constante de l’Eglise envers la vraie dignité de la nature humaine et de sa vraie liberté. Car le fondement ultime de la dignité humaine consiste dans le fait que l’homme est la créature de Dieu. Il n’est pas Dieu mais l’image de Dieu. De cette dépendance absolue de l’homme envers Dieu, découle tout droit et tout devoir de réclamer pour lui et pour autrui la liberté religieuse sous son véritable nom. C’est pourquoi tout homme est subjectivement tenu à l’adoration de Dieu selon la norme droite de sa conscience, parce que dans la réalité des choses il dépend totalement de Dieu. C’est pourquoi personne -- pas même les pouvoirs publics (civils ou religieux) -- ne possède le pouvoir d’interdire à quelqu’un le libre exercice de sa religion, pour que, sous aucun prétexte, on ne vienne rompre sa dépendance d’avec Dieu. En menant un combat contre les postulats philosophiques et politiques du laïcisme, l’Eglise combattait avec les armes de la raison, en faveur de la dignité de la personne humaine et pour sa véritable liberté. Il s’ensuit donc que l’Eglise, selon sa règle de continuité d’hier avec aujourd’hui, en dépit des conditions changeantes des choses, demeure toujours d’accord avec elle-même. »
Il est donc nécessaire d’affirmer que les deux propositions de l’Enc. Quanta cura déjà citées ont une signification différente des deux propositions correspondantes de DH.
Il est certain que les erreurs mentionnées par l’Enc. Quanta cura furent condamnées en elles-mêmes, et non seulement en raison des circonstances historiques de l’époque. Cependant, il convient d’avoir bien présent à l’esprit quelles étaient ces erreurs, pour comprendre correctement les termes sous lesquels elles sont désignées dans l’Encyclique. On voit ainsi que l’on se trouve en présence d’un cas – qui n’est pas unique dans l’histoire – où est condamnée une doctrine exprimée avec des mots qui, plus tard, seront utilisés par l’Eglise elle-même en leur donnant une signification différente.
On peut trouver d’autres cas de contradictions apparentes entre des textes du Magistère. L’exemple le plus ancien est peut-être celui du mot consubstantiel, rejeté par le Concile d’Antioche en 264, dans le sens modaliste que lui avait donné Paul de Samosate, qui l’utilisait pour nier la distinction réelle entre les Personnes du Père et du Fils. Il fut ensuite adopté par le Concile de Nicée en 325, dans un sens différent, le seul correct, défini par le Concile lui-même (52).
Dans l’Ecriture Sainte, elle-même, on peut trouver des exemples de ce type. Les paroles du Seigneur : « Moi et le Père nous sommes un » (Jn 10, 30) peuvent paraître – à qui ne lit pas la Sainte Ecriture in sinu Ecclesiae – incompatibles avec l’affirmation « Le Père est plus grand que moi » (Jn 14, 28). De même, les textes du Magistère, de manière analogue à ceux de la Sainte Ecriture, doivent être lus in sinu Ecclesiae, en évitant l’interprétation libre (53).
Dans le cas qui nous occupe, l’expression « liberté de conscience et de culte » dans l’Encyclique Quanta Cura et l’expression « liberté religieuse » dans la Déclaration Dignitatis Humanae désignent des réalités différentes.
Comme le signale l’Enc. Quanta cura, les propositions condamnées sont le résultat de l’application « à la société civile du principe impie et absurde appelé naturalisme » (54)
Ce principe affirme que « la raison humaine, sans tenir compte en aucune façon de Dieu, est l’unique arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal, est à elle-même sa propre loi, et suffit par ses seules forces naturelles, à procurer le bonheur des individus et des collectivités (55). Elle affirme aussi que toutes les vérités religieuses ont pour origine la vigueur native de la raison humaine. Cette raison est la norme royale qui peut et doit procurer à l’homme la connaissance de toutes et de chacune des vérités. » (56)
Dans ce contexte doctrinal, la relation entre la raison humaine et la vérité particulière à la religion et au culte, sont définies d’une seule manière : autonomie ou liberté. Ainsi, la liberté de conscience et de culte condamnée par Pie IX signifie-t-elle qu’il est permis à chacun ou de professer la religion qui lui plaît ou de n’en professer aucune » (57).
(52) Cf. Dictionnaire de Théologie Catholique, vol. I, col. 1434 ; vol. III, col. 1611-1612 ; vol. XII, col. 50.
(53) Cf. Paul VI, Discorso, 20-XII-1976 : « Insegnamenti di Paolo VI », 14 (1976), p. 1088.
(54) PIE IX, AAS 3 (1867) p. 162.
(55) Syllabus, n. 3 : Denz-Sch 2903.
(56) Syllabus, n. 4 : Denz-Sch 2904.
(57) Léon XIII, Enc. Libertas : ASS 20 (1887) p. 603
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