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La nouvelle traduction liturgique de la Bible par Jean Ferrand 2014-02-05 15:14:01 Imprimer Imprimer

La nouvelle traduction liturgique de la Bible


En acceptant la nouvelle traduction liturgique pour les pays francophones, la Congrégation pour le culte divin demandait en même temps que deux exemplaires de l'édition imprimée lui fussent transmis. C'est dire qu'ayant pris connaissance des préfaces, des notes, ou des documents annexes de cette nouvelle Bible, elle en avalisait tacitement le contenu puisque elle ne l'a pas renié. On peut donc considérer que ces préfaces, notes ou autres annexes ne sont pas contraires à la foi catholique, qu'ils sont conformes à l'enseignement actuel de l’Église et que le fidèle peut les utiliser en toute sûreté.


On observera constamment que ces préfaces, dont nous donnons ci-dessous de larges extraits, tiennent peu compte des décisions de la Commission biblique qui avaient été prises au début du XXe siècle. Elles les considèrent presque comme des quantités négligeables. Le fidèle peut en conclure que ces décisions ne sont plus d'actualité, ni normatives pour la foi. Elles n'ont jamais été, d'ailleurs, des décisions infaillibles et irréformables.


Dans l'introduction au livre de la Genèse, on peut relever les affirmations suivantes : « L'utilisation des mythes d'origine mésopotamienne est l'une des originalités de ces pages. » Ce qui sous-entend, par exemple, que le récit du Déluge est un mythe emprunté aux civilisations païennes de l'Orient. Ou encore : « Le livre de la Genèse n’est pas l’œuvre d'un seul auteur. » Moïse n'est pas l'auteur, ou l'auteur principal, de la Genèse, contrairement à ce que professait la tradition ancienne. « Une trame narrative émane de cercles sacerdotaux aux alentours de l'exil. » La Genèse, comme l'ensemble du Pentateuque, aurait été mise en forme seulement au moment de l'exil à Babylone.


Quant au livre de l'Exode : « Rédigé, sous sa forme actuelle, après l'exil babylonien, c'est-à-dire plusieurs siècles après les événements rapportés, il contient des visions théologiques diversifiées. Il unifie et synthétise des documents écrits qui eux-mêmes puisent aux sources de la tradition orale... ». Ce livre ne remonte donc que de façon lointaine à Moïse, dont il est censé nous raconter l'histoire.


Le livre du Lévitique tient dans un intervalle d'un mois : car le livre de l'Exode, précédent, s'achève « le premier jour du premier mois de la deuxième année » (Ex 40,16) et le livre des Nombres, suivant, débute « le premier jour du deuxième mois, la deuxième année. » (Nb 1,1). « L'attribution à des prêtres de cette œuvre imposante ne fait guère de doute. Le contexte le meilleur est celui de l'exil, voire du retour de l'exil. » Là encore l'attribution à Moïse, comme auteur, n'est que fort lointaine. Le Lévitique est un ensemble de discours divins (en tout : 36) qui sont adressés littérairement à Moïse.


Le livre des Nombres, quant à lui, nous amène du Sinaï jusqu'en face de la Terre promise, en 39 ans. Il est formé de « différents matériaux littéraires ». « La composition finale des Nombres, vraisemblablement très tardive, les agence selon une perspective qui reflète davantage la réflexion théologique des milieux sacerdotaux dans la période postexilique. » Là encore l'attribution à Moïse reste lointaine, bien qu'il soit le personnage principal du livre.


Le Deutéronome est la « Seconde Loi. » « Il se présente comme le Testament de Moïse, prononcé à la fin du séjour au désert. Il s'agit assurément d'une fiction, car le peuple auquel s'adresse Moïse est sédentarisé depuis fort longtemps. Mais le recours à Moïse est significatif du rôle prépondérant qui lui est assigné par les rédacteurs dans la fondation d'Israël. »


Le livre de Josué, pour sa part, nous introduit en Palestine. C'est le récit de la conquête. « L'archéologie conteste l'historicité des événements rapportés dans ce livre, et l'analyse littéraire montre que la 'conquête' procède de l'aménagement tardif de récits isolés. » Tel n'est pas mon avis personnel. Si le livre de Josué paraît anachronique, d'un point de vue archéologique, c'est qu'on place trop tardivement l'entrée en Terre promise : au XIIIe siècle avant Jésus-Christ, au temps de Ramsès II. Les fouilles de Jéricho ont bien montré que la ville ancienne a été effectivement détruite et incendiée. Il subsiste d'ailleurs un Tell imposant, inhabité depuis. Mais cela se passait au plus tard au début du XVe siècle avant notre ère. La sortie d’Égypte n'a pu avoir lieu que vers la fin du XVIe siècle, et même antérieurement à la XVIIIe dynastie des Pharaons, au temps de la deuxième période intermédiaire. Les israélites en Égypte furent contemporains des Hyksos, s'ils n'étaient pas des Hyksos eux-mêmes. D'ailleurs les hébreux sont partis d’Égypte au moment où les Hyksos disparaissent de l'histoire, cela est très significatif. Selon le livre de Josué, les israélites, lors de leur conquête de Canaan, n'incendièrent pas seulement la ville de Jéricho, mais encore les villes d'Aï et d'Hasor (cf. Josué 8,18-19 et 11,11). Ces destructions, à pareille date, sont bel et bien confirmées par l'archéologie. Et d'ailleurs, si le livre de Josué n'était pas historique, on ne voit pas comment celui de l'Exode pourrait l'être.


Les livres de Samuel. « Une tradition juive en attribuait la rédaction au juge et prophète Samuel lui-même et, après sa mort, au voyant Gad et au prophète Nathan. Aujourd'hui, on les attribue, pour leur plus grande partie, aux rédacteurs 'deutéronomistes' pendant l'exil à Babylone, au VIe siècle av. J.-C. Les aventures de David sont nombreuses et, pour partie, symboliques (voir le combat contre Goliath). »


Les livres des Rois. « Une tradition juive a attribué leur rédaction au prophète Jérémie. […] Aujourd'hui, on considère cet ensemble comme le dernier grand volet de l''histoire deutéronomiste', rédigée au VIe siècle av. J.-C, par des scribes exilés à Babylone. » La nouvelle traduction biblique place « la mort de David à Jérusalem (vers 970 av. J.-C.) » Mais selon la chronologie établie scientifiquement par Gérard Gertoux (par la mise en parallèle des rois d'Israël et de Juda, et par des synchronismes) elle serait à placer plutôt en 1017 av. J.-C., la dédicace du Temple en 1013, et la mort de Salomon en 977, soit un très net allongement, et vieillissement, de la chronologie des Rois par rapport à la chronologie admise.


Les livres des Chroniques. « Vu l'importance accordée au Temple et au rôle des lévites, on pense que l'auteur – appelé 'Chroniste' par commodité – était un lévite (ou plusieurs lévites) du Temple de Jérusalem reconstruit après l'exil. »


« Probablement écrits au début de la période hellénistique (vers 330-300 av. J.-C.), utilisant des documents d'archive partiellement rédigés en araméen, les livres d'Esdras et de Néhémie sont comme les deux parties d'un même ouvrage. Ils sont assez proches, par bien des aspects, des livres des Chroniques, dont ils se présentent comme la suite, et rapportent des événements survenus après le drame de l'exil à Babylone. »


« Le livre de Tobie présente toutes les caractéristiques d'un roman, et c'en est un en effet. » « L'action est censée se déroulée dans l'empire assyrien, au VIIIe siècle, mais le récit date au plus tôt du IVe siècle av. J.-C. »


Le livre de Judith. « Le premier verset du livre montre déjà clairement qu'il ne faut pas y chercher l'exactitude historique. Nabuchodonosor, le roi de Babylone qui détruit Jérusalem en 587 et déporta les habitants de Juda vers la Mésopotamie, y est dit roi des Assyriens, dans la ville de Ninive. Plus loin on apprend que les fils d'Israël sont déjà revenus de la déportation, que le Temple a été reconstruit et consacré. » Le nom de Nabuchodonosor est donc anachronique et la ville où se passe l'action, Béthulie, n'a jamais existé. « Le livre de Judith peut donc être qualifié de 'parabole historique' » On pourrait dire : roman historique.


Le livre d'Esther. « L'intrigue, unanimement reconnue aujourd'hui comme fictive, porte sur la pérennité du peuple juif. » « La fête de Pourim est liée au livre d'Esther. » « La réception de ce livre apparaît problématique en milieu juif. » « Cette réception est encore plus problématique pour les chrétiens : hésitation des Pères, perspective de vengeance assez éloignée de l’Évangile. Le passage relatant le massacre perpétré par les Juifs a été omis par les manuscrits vieux latins, mais rétabli par saint Jérôme traduisant l'hébreu. Malgré cela ce livre, témoignant de la menace de pogrom qui n'a cessé de peser sur le peuple juif, a été reconnu par le concile de Trente comme livre inspiré. »


Le premier livre des Macchabées. « L'auteur, ardent partisan des Hasmonéens, fait un éloge inconditionnel des fils de Mattathias, au risque de déformer parfois la vérité historique. Il écrit peut-être à la demande de Jean Hyrcan ou peu après la mort de celui-ci, en 100 av. J.-C. Scribe du Temple, il semble proche de la tendance sadducéenne. »


« Le deuxième livre fut probablement écrit dans le dernier quart du IIe siècle av. J.-C., à Alexandrie dans la Diaspora. » « Ce livre témoigne d'une spiritualité profonde et vécue, clairement influencée par le milieu des Pharisiens. »


Rien n'est indiqué sur la datation du livre de Job, ni sur le milieu littéraire qui l'a rédigé, sauf que c'est un livre sapientiel.


Les psaumes. « Ils étaient accompagnés d'un instrument à cordes, le psaltérion, d'où vient le mot 'psautier'. » « La datation des psaumes […] est controversée. Certains pourraient avoir été composés avant l'exil à Babylone, qui eut lieu en 587 ; d'autres se réfèrent à l'exil (Ps 125 ; 136) ; les autres enfin datent de l'époque du second Temple (consacré en 515). » La nouvelle Bible ne semble donc pas les attribuer à David, même pas ceux qui portent expressément le nom de David dans leur titre.


Le livre des Proverbes. « Attribué à Salomon, ce livre est un recueil de collections anciennes de proverbes et autres expressions sapientielles. »


Le livre de Qohèleth. « En français, on dit l'Ecclésiaste, celui qui parle dans une assemblée. C'est un pseudonyme obscur. L'auteur, du IIIe siècle avant notre ère, est inconnu, et il se présente comme s'il était Salomon. »


Le livre de la Sagesse ou Sagesse de Salomon. « Écrit en grec aux abords de l'ère chrétienne, ce livre est solidement unifié. L'auteur, un inconnu d'Alexandrie, se présente sous les traits de Salomon dans toute sa gloire, non encore entaché de ses erreurs et s'adressant à ses collègues qui gouvernent les peuples. En réalité l'auteur est un Juif totalement fidèle à la tradition biblique, et en même temps très au courant de la culture et des pratiques de l’Égypte hellénisée. »


L'Ecclésiastique. « Jésus Ben Sira fut maître de sagesse à Jérusalem. Entre 200 et 175 avant notre ère, il rassembla en hébreu l'ensemble de son enseignement. Un demi-siècle plus tard, à Alexandrie, son petit-fils traduisit en grec l’œuvre de son aïeul, en ajoutant un prologue à sa traduction. Puis, au début de l'ère chrétienne, on procéda en hébreu et en grec à une réédition du livre avec corrections et additions. » La dernière version du livre serait donc, d'après les auteurs, contemporaine peut-être de Jésus-Christ.


« Isaïe, le prophète de Jérusalem, nous est bien connu grâce à l'information contenue dans le livre qui porte son nom. Il est né vers 765 av. J.-C. » « A partir du chapitre 40, le climat change complètement. […] Depuis la fin du XVIIIe siècle s'est lentement imposé parmi les spécialistes la conviction que ces chapitres ne peuvent être de la main d'Isaïe, le prophète du VIIIe siècle av. J.-C. Ils doivent provenir d'un prophète anonyme qui a exercé son activité vers la fin de l'exil. On l'appelle le 'Second Isaïe'. Malgré un décret de la Commission biblique (1908), cette conviction est communément reçue aujourd'hui, même dans l’Église catholique. Elle ne se fonde pas seulement sur le changement du cadre historique des oracles, mais aussi sur le style littéraire et le message, qui diffèrent à l'évidence des chapitres précédents. A la fin du XIXe siècle, un exégète émit l'hypothèse que les chapitres 40 à 66 eux-mêmes ne provenaient pas d'un seul auteur. Il attribua les chapitres 56 à 66 à un troisième auteur, appelé le 'Trito-Isaïe', ayant vécu à Jérusalem après l'exil. On pense aujourd'hui que ces chapitres du 'Trito-Isaïe' non seulement ne sont pas l’œuvre du 'Deutéro-Isaïe' mais qu'ils sont eux-mêmes une collection faite de prophéties émanant d'auteurs disparates. » Les décisions de la Commission biblique du début du 20e siècle ne sont donc pas à considérer comme des dogmes de foi, mais peuvent être prudemment remises en cause par les exégètes, sous le contrôle du magistère romain. C'étaient des décisions que l'on peut qualifier de 'prudentielles'. Bien que la nouvelle traduction rende toujours le tétragramme (YHWH) par 'le Seigneur', selon les nouvelles directives romaines, elle laisse entendre dans la préface d'Isaïe qu'elle le regrette presque. C'était bien au nom de Yahvé (quelle qu'en fût la prononciation exacte) qu'étaient annoncés les oracles d'Isaïe (le premier, le second ou les autres...) Elle le fait remarquer plusieurs fois. 'Le Seigneur', traduction approximative, bien qu'imitée de la Septante grecque et de la Vulgate latine, appauvrit l'original hébreu. YHWH n'était pas seulement 'le Seigneur', mais 'Il est'.


« Jérémie ne s'entoura pas de disciples et resta seul pendant des années, jusqu'au jour où lui fut donné Baruch, qui lui servit de 'secrétaire' et qui participa sans doute largement à la rédaction de son livre. Les chapitres autobiographiques peuvent facilement être attribués en grande partie au prophète lui-même, tant l'accent d'authenticité est grand, surtout dans les textes où Jérémie épanche son cœur devant Dieu. Les chapitres biographiques sont d'un autre style et peuvent être attribués à Baruch ou à quelque autre scribe inconnu, mais fidèle au message du prophète. »


Les Lamentations. « A s'en tenir au texte hébreu, on peut considérer ces Lamentations comme étant d'un auteur inconnu, de l'époque de Jérémie. »


Le prêtre Ézéchiel, déporté à Babylone voit en Orient la gloire de Yahvé, échappée du Temple détruit. Il rêve de la reconstruction d'un Temple immense. La nouvelle traduction liturgique fait se terminer le livre par les mots : 'Adonaï-shamma', le Seigneur est là. Mais en réalité il est bien marqué dans l'original hébreu : 'Yahvé-sham', c'est-à-dire : Yahvé est là.


« Le livre de Daniel regroupe plusieurs ensembles rédigés en trois langues : en hébreu, en araméen et en grec.  Cette diversité laisse entrevoir l'histoire compliquée d'une œuvre qui a été reçue, développée et actualisée dans des communautés diverses. » « Le point sensible de l’œuvre est l'établissement de l'empire d'un Fils de l'homme face à tous les peuples de la terre. Ce message vise à stimuler la fidélité de croyants exposés ou soumis à la persécution à l'époque d'Antiochus Épiphane. » Le livre de Daniel, qui est censé se passer du temps de Nabuchodonosor, rappelons-le, ne serait donc pas authentique au sens d'historique.


« Parmi les vingt-sept écrits du Nouveau Testament, les quatre évangiles sont des récits assez complets concernant l'activité publique de Jésus, qui aboutit à sa passion et à sa résurrection ; ils combinent des paroles et des actes, en particulier des miracles ; deux d'entre eux (Matthieu et Luc) ajoutent à cela des récits concernant l'enfance de Jésus. » Les évangiles sont donc de véritables biographies de Jésus, au moins au sens ancien du terme, bien que nos auteurs ne le disent pas, ou ne l'avouent pas.


Les synoptiques. « Les récits concernant le Christ, portés par la tradition orale, ont été rassemblés dans des recueils qui ont servi de sources aux auteurs des évangiles 'synoptiques'. L'existence d'une première source est déduite du fait que ces trois évangiles ont beaucoup en commun. Marc a 661 versets ; Matthieu en a 1068 et Luc, 1149. Or 80 % des versets de Marc sont reproduits (non sans modifications) dans Matthieu, et 65 % chez Luc. Ce qui est transmis en commun par les trois synoptiques est appelé 'la triple tradition' ; la plupart des spécialistes pensent qu'ici c'est Marc qui est la source des deux autres. Telle est du moins l'hypothèse qui permet d'expliquer de la façon la plus simple la plupart des passages convergents. Mais il y a aussi d'importants passages que Matthieu et Luc ont en commun et qui ne figurent pas chez Marc ; c'est ce qu'on appelle 'la double tradition', qui compte environ 220 à 235 versets, parmi lesquels notamment les Béatitudes et le Notre Père. Beaucoup de spécialistes expliquent ce fait en supposant l'existence d'un recueil, inconnu par ailleurs, que l'on appelle 'la source Q', du mot allemand Quelle, qui veut dire 'source'. Cette hypothèse reste discutée, et surtout son contenu précis, mais elle est commode pour rendre compte de la double tradition, qui, elle, est un fait. Matthieu et Luc auraient donc pour sources l'évangile de Marc et la source Q, ainsi que des sources propres à chacun. » Présentation qui reste non satisfaisante. Si les auteurs présentent la Théorie des deux sources comme la seule théorie explicative de la formation des évangiles (ils n'en proposent pas d'autre), ils ne signalent pas sa principale difficulté, qui pour certains est rédhibitoire : si Matthieu et Luc se sont inspirés indépendamment l'un de l'autre de deux sources : Marc et la source Q, comment se fait-il qu'il y ait entre eux des points communs contre Marc ? C'est ce qu'on appelle les accords mineurs de Matthieu et Luc, contre Marc. Ils sont assez nombreux. On peut les évaluer de l'ordre de 200.


Les auteurs se contentent de dire que la Théorie des deux sources est encore contestée, mais ils ne proposent rien pour la remplacer. On reste donc dans le brouillard pour expliquer la genèse exacte des évangiles synoptiques. Et leur datation aussi devient, de ce fait, aléatoire.


L'évangile de Matthieu. « L'auteur est-il l'Apôtre Matthieu qui est d'ailleurs nommé (Mt 9,9) ? En faveur de l'identification , on peut faire valoir le témoignage de Papias (vers 150), rapporté par Eusèbe de Césarée (255-340) : 'Matthieu mit en ordre les logia (les paroles de Jésus) dans la langue hébraïque et chacun les interpréta comme il pouvait'. » Mais les auteurs ne semblent pas s'apercevoir que ce premier Matthieu, hébreu ou araméen, ces logia, pourrait être précisément la fameuse source Q détectée par les exégètes allemands du XIXe siècle. Il est certain qu'elle ne comprenait guère que des paroles de Jésus, précisément. Il ne s'aperçoivent pas non plus qu'on pourrait comprendre le verbe 'interpréter' dans le sens plus obvie de : 'traduire'. Chacun les traduisit (de l'araméen au grec, ou autre langue) comme il pouvait. « Remarquons ensuite que le texte dans son état final n'est pas la traduction d'un original sémitique mais un véritable écrit grec. Les sémitismes sont nombreux, il est vrai. Mais le fait n'a rien d'anormal, si l'on songe que l'araméen était la langue de la Terre Sainte à l'époque de Jésus. Par ailleurs les citations de l'Ancien Testament sont faites le plus souvent d'après la version grecque des Septante. » Ici les auteurs s'opposent, pour moi avec raison, à la thèse des pères Carmignac ou autres, qui voyaient les évangiles d'abord écrits en hébreu. Or même les logia de Matthieu araméen avaient d'abord étaient traduits en grec avant d'être retranscrits dans Matthieu grec. On le voit d'après les parallèles avec le troisième évangile. « Lui-même judéo-chrétien, le dernier rédacteur écrit pour une communauté d'origine judéo-chrétienne, sans doute celle d'Antioche. » C'était donc un juif helléniste écrivant pour des hellénistes. Le portrait correspondrait bien au diacre Philippe, lui-même 'évangéliste' (cf. Ac 21,8). Mais la localisation à Antioche est tout-à-fait arbitraire, non prouvée. Pourquoi pas Césarée maritime et la Palestine ? La tension forte, que les auteurs détectent entre Israël et la nouvelle Église, s'explique en effet bien mieux en Palestine qu'à Antioche. Souvenons-nous des nombreuses persécutions rapportées dans les Actes. « Celle-ci [cette tension] est au cœur de l'évangile de Matthieu, écrit probablement vers l'année 85, donc bien après la chute de Jérusalem, en 70. » Encore une datation tout à fait arbitraire, et même invraisemblable. La tension à son maximum, c'était en Palestine avant la chute de Jérusalem, et non à Antioche en l'an 85 ! A cette dernière date la tension était retombée, par anéantissement ou marginalisation, de la nation juive. Et ce n'est certes pas ce spectacle qu'offre le premier évangile.


L'évangile de Marc. « C'est à une époque relativement récente (milieu du XIXe siècle) que la critique a reconnu l'évangile de Marc comme le plus ancien. De ce fait, il a acquis quelques titres de noblesse, tout en restant largement méconnu : on considérait surtout cet évangile comme un maillon permettant de remonter au Jésus de l'histoire. Ce faisant, on oubliait que proximité n'est pas nécessairement synonyme d'authenticité, et, surtout, on ne s'intéressait pas à l’œuvre de Marc pour elle-même. Il faudra attendre le milieu du XXe siècle pour que l'on regarde l'évangile de Marc comme un véritable évangile mettant en œuvre une christologie très élaborée. Reprenant les éléments d'une catéchèse ancienne (provenant sans doute d'un milieu influencé par l'apôtre Pierre), Marc les réécrit sous l'influence de la théologie paulinienne. » Les auteurs acceptent ici encore la Théorie des deux sources : Marc est l'une des sources de Matthieu et Luc, mais l'origine de Marc lui-même reste brumeuse. Les auteurs n'acceptent pas le fait, rapporté par l'ancienne tradition, que l'évangéliste Marc fut l'interprète et le secrétaire de saint Pierre, en même temps que, pendant longtemps, le compagnon de Paul. Ainsi on ne voit guère comment les récits de Marc peuvent se rattacher à la vie du Christ. De plus, les auteurs ne datent pas cet évangile. S'il n'est qu'une œuvre théologique, sans lien avec la biographie de Jésus, pour moi il n'a pas beaucoup de valeur. Et les évangiles qui le recopient dans sa presque totalité non plus...


Évangile de Luc. « Nous reprenons ici à notre compte l'hypothèse retenue par une majorité de biblistes et formulée ci-dessus, concernant les sources des synoptiques. Luc a connu une forme de l'évangile de Marc et l'a utilisée ; s'il écrit son évangile, c'est notamment pour que ses lecteurs n'aient pas à lire Marc, comme le laisse entendre le prologue. En second lieu il a puisé, comme Matthieu, à une collection de paroles de Jésus, 'la source Q'. Il a disposé enfin de sources qui lui sont propres. » Les auteurs reprennent ici sans vergogne la Théorie des deux sources, mais sans plus mentionner ni expliquer son aporie fondamentale : le problème des accords mineurs entre Matthieu grec et Luc, contre Marc. De plus, pourquoi Matthieu et Luc accordent-ils une telle autorité à l’œuvre de Marc, au point d'en faire le canevas de leur propre ouvrage, s'ils ne la savent pas issue d'un apôtre, et authentique sur le fond ? C'est incompréhensible. Et si l’œuvre de Marc n'est pas authentique, comment Matthieu et Luc peuvent-ils l'être ? La vie de Jésus dans les synoptiques tiendrait du roman édifiant. « L’œuvre est à dater des années 80-90. » Datation totalement arbitraire et non justifiée. On ne voit pas vivre Luc si longtemps, si c'est lui, et si ce n'est lui, qui est-ce ? Un inconnu sans autorité et sans mandat. Les évangiles ne peuvent se rapporter qu'aux apôtres ou à leurs adjoints. Les auteurs présentent l'évangile de Luc et les Actes comme un seul ouvrage, arbitrairement ou accidentellement séparé (depuis l'antiquité !). C'est oublier que Luc lui-même affirme avoir composé deux livres, avec deux dédicaces distinctes au même Théophile. Si c'était un seul tome il n'y aurait qu'une seule dédicace. « A-t-il accompagné Paul, comme le rapporte la tradition ? La réponse à cette dernière question dépend de la façon dont on interprète les sections en 'nous' du livre des Actes. » Mais si on se reporte par avance à l'introduction du lire des Actes, on voit que les auteurs concluent négativement à cette question. Luc, pour écrire les Actes, aurait seulement utilisé le livre de voyage d'un compagnon de Paul. Luc reste donc un pur inconnu et sa communauté absolument imprécise.


L'évangile de Jean. « Plus que les évangiles synoptiques, le quatrième évangile signale l'identité de son auteur. Il s'agit d'un mystérieux 'disciple bien-aimé', présent aux côtés de Jésus lors du dernier repas et considéré comme le témoin direct de sa mort, ainsi que l'auteur du premier acte de foi en la résurrection, au matin de Pâques, à la seule vue du tombeau vide. Certains le reconnaissent encore dans la scène initiale avec Jean-Baptiste – il serait alors le disciple anonyme accompagnant André – ou bien durant la Passion aux côtés de Simon-Pierre, qu'il aurait introduit dans la maison du grand prêtre. Quoi qu'il en soit, il jouit du privilège d'avoir été le témoin oculaire des événements définitifs de la mort et de la résurrection de Jésus. De plus, en lui confiant sa mère, Jésus l'a quasiment reconnu comme son frère, donc son héritier à la tête de la communauté des disciples. Dès lors, il paraît jouir d'une grande autorité et peut être présenté comme le véritable auteur de l'évangile, ayant joué un rôle décisif dans le processus de rédaction du livre. Le chapitre 21 nous informe sur la disparition du disciple, de mort naturelle, à la différence de Pierre, et semble-t-il à un âge avancé. » « L'anonymat du disciple a toujours exercé la sagacité des lecteurs. Depuis Irénée de Lyon (fin du IIe siècle), il est de règle de l'identifier avec Jean le fils de Zébédée, l'un des apôtres les plus proches de Jésus au dire des synoptiques, et le compagnon de Pierre au début de l’Église , si l'on en croit les Actes des Apôtres. Mais si l'on s'en tient au quatrième évangile , aucun élément ne vient étayer cette thèse. Autrement dit, le disciple bien-aimé reste pour nous un inconnu, et sans doute est-ce bien ainsi. » Quel charabias ! Heureusement encore que les auteurs n'identifient pas formellement l'auteur du IVe évangile avec un prêtre nommé Jean (lui aussi) du Temple de Jérusalem, et disciple clandestin de Jésus, ce serait le comble ! Ainsi il y aurait eu treize disciples à table avec Jésus, au moment de la Cène, contrairement aux déclarations formelles des autres évangiles. Les auteurs n'imaginent pas un instant que l'anonymat de l'auteur du IVe évangile pourrait être un anonymat volontaire, par modestie, de la part de l'apôtre Jean, fils de Zébédée. C'est pourtant la seule explication obvie, et que toute la tradition a, non seulement pensée, mais affirmée de façon péremptoire, depuis la plus haute antiquité. Irénée était quand même un témoin de l'âge apostolique, disciple de Polycarpe, qui lui-même avait connu Jean. Irénée sait de première main que Jean est l'auteur de l'évangile, de l'Apocalypse et d'au moins deux épîtres. Imaginer un disciple fantôme, qui suit Jésus depuis le Jourdain jusqu'au Calvaire, puis au tombeau, premier témoin de la Résurrection, sans que son nom soit connu, c'est du pur roman-feuilleton. Il aurait aussi embarqué subrepticement dans la barque de Pierre, pour les traversées du lac de Tibériade. Il eût été encore au puits de Jacob, témoin direct de la rencontre avec la Samaritaine. Pourquoi pas avec son magnétophone en bandoulière, quand on y est. Parlons du chapitre 21 : « Ce dernier chapitre témoigne-t-il de préoccupations relatives à la vie ecclésiale à la fin du Ier siècle, voire au début du IIe siècle, en tout cas après la mort des derniers témoins de l'âge apostolique. Le dernier chapitre est manifestement un ajout postérieur à la rédaction de l'ensemble de l'évangile, mais cela ne lui retire aucune valeur. Bien encore, le chapitre 21 rend compte de la façon dont le quatrième évangile, à bien des points de vue différent des trois autres, a cependant fini par se faire accepter de la Grande Église. Longtemps jalouse de son identité, comme l'atteste l'insistance sur la personnalité du disciple bien-aimé, la communauté johannique finit par accepter l'autorité posthume de Pierre, en quelque sorte réhabilité par Jésus et chargé de la mission de conduire le troupeau. » Le chapitre 21 ne serait ainsi qu'une invention destinée à réconcilier la communauté johannique avec celle de la Grande Église (sans doute Rome) dominée par la figure de l'apôtre Pierre, à la fin du Ier siècle ou au début du second. Exégèse peu vraisemblable, car on sait bien que les diverses communautés ont toujours tendance à évoluer de façon divergente, en accentuant leurs particularismes, ou leurs traditions propres. La querelle autour de la célébration de la fête de Pâques le montrera bientôt. D'autre part on sait que le chapitre 21 se lit dans tous les manuscrits complets du IVe évangile. Il fait partie indubitablement de son archétype. Or le plus ancien papyrus de l'évangile de Jean, trouvé en Égypte, est daté des environs de l'an 125. Ce qui rend peu probable une publication aussi tardive du IVe évangile dans son entier. Cette thèse néglige aussi le fait que ce chapitre 21 est du plus pur style johannique, à la fois par la pensée, par les personnages impliqués que par le vocabulaire et les tournures de phrase. C'est manifestement un ajout de l'auteur lui-même, avant la publication de l'œuvre . Il était bâti sur le même schéma que les autres épisodes du livre : un enseignement (ici la primauté de Pierre), un signe pour l'illustrer (ici une pêche miraculeuse). La scène racontée est un témoignage authentique, au même titre que les autres récits de l'évangile et non une invention. Jean l'affirme clairement dans les dernières lignes (cf. Jn 21,24).


« Le livre des Actes confirme que l'auteur a écrit après la chute du Temple de Jérusalem en 70. D'abord son histoire de la communauté de Jérusalem se clôt sur le dernier voyage qu'y fait Paul et sur son arrestation au début des années 60. Les événements tragiques de la guerre de 66-70 sont totalement oblitérés comme il était nécessaire de faire à l'intention d'un lectorat gréco-romain après l'échec de la révolte juive. » Raisonnement proprement farfelu et ahurissant ! La conclusion logique devrait être inverse : il a obligatoirement écrit avant la chute du Temple en 70. Si son livre se clôt sur le dernier voyage de Paul à Jérusalem, puis à Rome en compagnie de Luc, c'est précisément parce que son livre a été rédigé puis publié avant la catastrophe de 70. Que Luc ait oblitéré volontairement les événements de 66-70 pour faire plaisir à son lectorat gréco-romain, c'est le comble de l'invraisemblance. Ça ne tient pas debout. Dans son évangile, il aurait pu aussi cacher la Passion du Christ pour ne pas affliger son public ! « D'autre part, chaque fondation d’Église est présenté selon un schéma récurrent, qui tend à dissocier le christianisme du judaïsme : c'est parce qu'ils sont chassés des synagogues que les Apôtres portent l’Évangile au monde grec ou même à des barbares venus des extrémités de la terre. » Mais précisément cette dialectique, ou ce conflit, entre la synagogue et l’Église date du jour de la Pentecôte et s'est poursuivie jusqu'à la catastrophe de 70. On l'observe tout au long de la première partie des Actes. Après 70, elle n'a plus lieu d'être car la synagogue se trouve alors vaincue et humiliée, et l’Église bénéficiera d'un temps de paix, au moins jusqu'à Domitien. Après 70, synagogue et Église se trouvent disjointes. Elles deviennent étrangères l'une à l'autre. Avant 70 elles étaient en conflit certes, mais encore étroitement imbriquées. C'est ce premier stade, violent, qu'on observe dans les Actes.


Les épîtres de Paul. « Le 'corpus paulinien' se compose de quatorze lettres, qui sont toutes 'canoniques', c'est-à-dire reconnues par les Églises chrétiennes comme appartenant au recueil d'écrits inspirés qui forment la Bible. Mais toutes ne sont pas nécessairement 'authentiques', c'est-à-dire composées par Paul lui-même. Quelques-unes ont pu être rédigées au nom de Paul par des secrétaires ou par des disciples, qui ont préféré demeurer anonymes et ont attribué leurs écrits à Paul, dont ils estimaient exprimer la pensée. » Fraude pieuse, en quelque sorte. Mais scénario peu convaincant, quand on pense que dès l'origine les épîtres pauliniennes ont été constituées en recueil fermé, auquel on ne pouvait rien ajouter. L'épître aux Hébreux est à considérer à part, car elle ne se présente pas comme une lettre de Paul. Elle pourrait être l’œuvre d'un de ses disciples, ou peut-être même de saint Barnabé. « L'authenticité de sept lettres de Paul (Rm, 1 Co, 2 Co, Ga, 1 Th, Ph, Phm) n'a jamais été sérieusement contestée. Dans la Bible, elles sont classées traditionnellement par ordre de longueur et non par ordre chronologique. » La lettre aux Hébreux échappe à ce classement. Elle est placée en dernier. Preuve qu'elle ne fait pas partie du recueil original.


« La lettre de Jacques n'a d'une épître que l'adresse initiale. » « Elle se présente comme un écrit de sagesse à but d'exhortation. » « Elle manie avec aisance les procédés littéraires de la 'diatribe' (discussion) hellénistique ; son grec assez recherché n'est pas un grec de traduction. » « Elle est capable aussi de s'exprimer dans le registre de la philosophie stoïcienne, comme le faisaient déjà les juifs de la Diaspora. » « Cet ensemble de données internes est peu favorable à la tradition patristique, qui attribue la lettre […] à 'Jacques, le frère du Seigneur' parfois confondu avec l'apôtre Jacques, fils d'Alphée, l'un des Douze. Cette attribution supposerait au moins l'intervention d'un secrétaire et réclamerait une date antérieure à 62 (martyre de Jacques). Il paraît plus satisfaisant de recourir à la pratique, qui était bien reconnue en ce temps, de mettre un écrit sous un nom prestigieux, ici celui de Jacques. Bien que, dans l'adresse, il ne se présente ni comme frère du Seigneur, ni comme apôtre, c'est pourtant cette figure que la tradition a retenue, tellement son relief était grand dans la mémoire des Églises. Cette question de l'auteur littéraire ne met pas en cause l''autorité' ecclésiale de la lettre. » Cependant l'épître de Jude se présentera comme celle du frère de Jacques, et ce Jacques était bien le frère du Seigneur, premier évêque de Jérusalem, et c'est en sa qualité d'évêque qu'il adresse son encyclique 'aux douze tribus de la Diaspora', c'est-à-dire à tous les chrétiens. Assurément, c'est une exhortation apostolique, une parénèse. Mais raison de plus. Il ne fait aucun doute pour moi qu'il fut également apôtre, l'un des Douze. La tradition ancienne de l’Église n'a jamais connu que deux Jacques : le majeur, fils de Zébédée et frère de Jean, le mineur, 'frère du Seigneur', frère de Simon (ou Siméon), frère de Jude et premier évêque de Jérusalem. Tous les deux apôtres. L’Église de Jérusalem était bilingue, araméen et grec, avec en son sein une forte proportion d'hellénistes (les Sept furent des hellénistes). On observe ce fait dès l'origine de l’Église. Évidemment Jacques, s'adressant à la Diaspora, s’exprimait en grec et même dans un grec assez recherché.


La première lettre de Pierre.  « Cette lettre se présente sous le nom et l'autorité de 'Pierre, apôtre de Jésus-Christ'. Elle fait allusion à son rôle de 'témoin (au sens de martyr) des souffrances du Christ'. On peut admettre que, rédigée par un disciple de Pierre, elle a été mise sous son nom ; c'était une pratique courante en ce temps-là, de faire parler une autorité reconnue selon l'image et la mémoire que la tradition en avaient gardées. 'Le brasier' qui atteint la fraternité des chrétiens de par le monde peut difficilement s'identifier avec la persécution très localisée des chrétiens de Rome par Néron en 64, dans laquelle Pierre a succombé. L'épître reflète un climat de vexations qui conduira à des persécutions organisées en fonction du nom de 'chrétien', vers la fin du règne de Domitien ; mais ici elles viennent encore de la base. La lettre pourrait trouver place entre les années 70 et 90. » Autrement dit l'épître serait posthume et pseudépigraphique. Non, l'épître n'a pas été écrite par un disciple postérieur, mais bien par un secrétaire contemporain nommément désigné : Silvain. Le brasier dont est menacé le monde est une prophétie, et même une prophétie eschatologique. Il n'est pas celui de la persécution de Néron, qui n'a pas encore eu lieu, ni celle de la persécution de Domitien, dont l'existence même n'est pas prouvée historiquement (si ce n'est certaines vexations locales dans la ville de Rome).


La seconde lettre de Pierre. « L'attribution à Pierre de cette seconde lettre, au demeurant bien différente de la première, se heurte à de grandes difficultés : le style est très recherché, le langage hellénistique (ainsi 'la nature divine', 2 P 1,4), le démarquage étroit de la lettre tardive de Jude, l'existence supposée d'un recueil des lettres de Paul soumises à débat, les signes avant-coureurs de la crise gnostique (valorisation unilatérale de la connaissance). On pourrait ajouter : la 'haute christologie', selon laquelle le Christ est expressément désigné non seulement comme 'Seigneur', mais aussi comme 'Dieu' et 'Sauveur'. On ne s'étonnera pas dès lors que la plupart des spécialistes datent cette lettre de la première moitié du deuxième siècle (vers 125-130). Écrite d’Alexandrie ou de Rome, elle pourrait avoir eu les mêmes destinataires que la première lettre (Asie mineure et régions voisines). Mais son actualité ne se dément pas : dans les crises que traverse la foi, elle nous renvoie toujours opportunément aux Écritures et à la Tradition apostolique. » Ainsi elle aurait été écrite après la mort du dernier des apôtres, donc après la fin de la révélation divine. Bizarre. Ensuite, elle n'est pas démarquée étroitement de la lettre tardive de Jude ; mais c'est précisément l'inverse ! C'est Jude qui démarque l'épître de Pierre en déclarant réalisées les prophéties que celle-ci annonçait. Vérifiez dans le texte. La deuxième épître de Pierre a été écrite sans doute de Rome, peu avant la mort de Pierre, avec les mêmes destinataires que la première, car Pierre précise que c'est la deuxième lettre qu'il leur envoie. Elle affirme que Jésus est Dieu, comme le faisait déjà Paul, dans ses épîtres. Et dans sa première lettre, Pierre parlait déjà de Dieu comme Père (1 P 1,2) et comme Père de notre Seigneur Jésus-Christ (1 P 1,3) : ce qui suppose que ce dernier était Fils de Dieu, et Dieu. Les lettres de Paul furent rassemblées dès l'origine dans un recueil confectionné par son secrétaire, Luc, et c'est seulement ainsi, en tant que recueil, qu'elles sont parvenues jusqu'à nous. Sinon elles se seraient perdues. D'ailleurs plusieurs furent effectivement perdues. Et Pierre a eu connaissance de ce recueil, dès la venue de Paul à Rome.


L'épître de Jude. « L'auteur de l'épître se présente comme étant Jude, frère de Jacques. Parmi ceux qu'on appelle 'frères du Seigneur', l'évangile cite en effet Jacques, José (ou Joseph), Jude et Simon. Ils jouèrent un rôle important dans la communauté chrétienne de Jérusalem. Cette lettre comporte beaucoup de traits communs avec la Deuxième lettre de Pierre, qu'elle a peut-être influencée. L'une de ses particularités est de contenir une importante citation du livre d'Hénoch considéré comme apocryphe par les Églises chrétiennes, sauf en Éthiopie. » Jude était en effet le frère de Jacques, premier évêque de Jérusalem, et de Simon (ou Siméon) son successeur. Selon Eusèbe de Césarée, ils ont gouverné l’Église de Jérusalem jusqu'en l'an 107. Non ce n'est pas l'épître de Jude, comme nous l'avons déjà dit, qui a influencé la deuxième de Pierre, mais c'est l'inverse. Jude cite implicitement son devancier en posant que les prophéties faites par avance par les apôtres de Jésus-Christ se sont réalisées. Jude cite en outre Hénoch comme un livre inspiré, car en ce temps-là le partage n'était pas fait entre les livres canoniques et les autres. De plus, Hénoch ne peut pas être qualifié d'apocryphe, mais seulement de pseudépigraphique. C'est un livre inter-testamentaire.


L'Apocalypse. « L'auteur de l'Apocalypse dit s'appeler Jean. Cherchant à l'identifier historiquement, la tradition des deux premiers siècles y voit l'apôtre Jean des évangiles, l'un des Douze, à qui est attribué aussi le quatrième évangile (hypothèse à laquelle a succédé celle, privilégiée aujourd'hui, du 'disciple bien-aimé', maître d'une école johannique. C'est l'interprétation de Justin déjà, puis d'Irénée, qui n'hésite pas à prêter longue vie à l'apôtre, puisqu'il situe cette révélation sous le règne de Domitien, vers 94-95 (hypothèse encore majoritairement suivie aujourd'hui, aux dépens de celle des années 68-70, sous Néron). Durant cette période, en Occident et à Alexandrie, du fait de son apostolicité reconnue, l'Apocalypse est reçue comme un livre inspiré, donc canonique. On ne sait trop pourquoi certaines Églises d'Orient, par contre, ne l'inscrivent que tardivement au canon de leurs Écritures (VIe siècle en Syrie, plus tard encore en Grèce). C'est pourtant à Rome que le prêtre Caïus, au IIIe siècle, considérant l'Apocalypse comme un écrit gnostique, la fait proscrire comme hérétique et apocryphe. Peu après, Denys, évêque d'Alexandrie de 248 à 264, sans pour autant la rejeter hors du canon, refuse d'y voir la main de l'apôtre, la différence de style et de thèmes avec le quatrième évangile lui paraissant trop marquée. Prolongeant cette quête d'auteur, Eusèbe de Césarée propose d'identifier Jean de Patmos avec le 'presbytre Jean, disciple du Seigneur', dont il trouve mention dans un écrit de Papias. La question est donc posée : l'auteur est-il Jean l'apôtre, ou un autre Jean ? L'enquête historique ne permet pas d'en décider. S'intéressant comme Denys, à la question littéraire, l'exégèse critique du XIXe siècle échafaude quant à elle deux hypothèses – perdurant jusqu'aujourd'hui – qui sont diamétralement opposées. Se fondant sur des critères de langues et de style, la première juge impossible qu'une même main s'exprime d'une manière incorrecte dans l'Apocalypse (au grec truffé d'erreurs) et raffinée dans l'évangile. Elle renverse donc l'ordonnance chronologique postulée et fait de l'Apocalypse une œuvre antérieure du seul apôtre Jean (peu cultivé et relégué dans son île de Patmos), et de l'évangile un écrit plus tardif rédigé à Éphèse par des disciples lettrés. Quant à la seconde, se fondant principalement sur des repérages thématiques, elle juge que la présence dans l'Apocalypse de figures johanniques caractéristiques (l'Agneau, l'eau de la vie, etc.) permet de postuler une identité d'auteur. Cette position traditionnelle, qui demeure la plus solide, mentionne notamment les traits communs entre le quatrième évangile, les lettres de saint Jean et l'Apocalypse, comme, par exemple, la mention du Verbe de Dieu... » Les Pères apostoliques, Justin, Irénée, l'auteur du Canon de Muratori, Clément d'Alexandrie, Tertullien, étaient bien placés pour savoir que Jean l'apôtre avaient écrit l'Apocalypse, l'évangile et des épîtres. L’Église ancienne n'a connu d'autre Jean que l'apôtre et l'évangéliste, qui se nomme lui-même presbytre dans la 2e et 3e de Jean. C'est plus tard qu'on a cru devoir dissocier tous ces titres. Le texte de l'Apocalypse est unifié par un plan septénaire très solide, avec quelques excursus. En aucun cas elle n'est un écrit composite, fait d'éléments disparates, rédigés à différentes époques. L'Apocalypse ne peut avoir été écrite qu'au plus fort de la persécution de Néron. 666 ne peut désigner que César Néron. Les deux oliviers sont les deux apôtres Pierre et Paul qui viennent d'être mis à mort à Rome, avec une multitude de chrétiens. L'Apocalypse prophétise le triomphe de l’Église des douze apôtres de l'Agneau sur l'empire romain persécuteur.

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