Dater l'exode, un inextricable problème.. par Argali 2012-12-16 22:15:46 |
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Bonjour à tous,
Visiblement, encore une fois, nous nous sommes tous inclinés devant les arguments et nous refusons de répondre...
Comme cela fait presque une semaine sans réponse à mon dernier message, j’en ai profité pour reprendre tout depuis le début pour essayer de tordre définitivement le cou à cette chimère… (D'où le changement de fil)
Un jour, j’essayerai de reprendre l’intégralité de la chronologie égyptienne pour soulever les erreurs contenues dedans.
La thèse de M. Gertoux de dater l’exode de la fin de la seconde période intermédiaire est exprimée dans ces pages :
- http://www.chronosynchro.net/wordpress/R10/
- http://www.chronosynchro.net/wordpress/R09/
- http://www.chronosynchro.net/wordpress/cv-moise/
- Chronologie Israelite : http://www.chronosynchro.net/wordpress/controversees/ (à partir de la page 53)
- Période des juges : http://www.chronosynchro.net/wordpress/royales/
Brève bibliographie :
-Chr. Barbotin, Ahmosis et le début de la XVIIIe dynastie, 2008.
Il s’agit de la meilleure étude récente sur le début de la XVIIIe dynastie. Elle remet à elle seule en cause un certain nombre de « preuves » avancée par M. Gertoux. M. Barbotin est conservateur en chef au département égyptien du musée du Louvre et est un des meilleurs spécialistes du Nouvel Empire.
-M. Dessoudeix, Chronique de l’Egypte Ancienne, 2008.
Bien pratique, ce livre est une chronologie égyptienne dans lequel l’auteur relève entre autre, les titulatures royales.
-Margueron et Pfirsch, Le Proche Orient et l’Egypte Ancienne, 2005.
Ce livre permet une première approche de l’histoire égyptienne.
-P. Grandet, Les pharaons du Nouvel Empire (1550-1069 av. J.-C.) : Une pensée stratégique, 2008.
Il s’agit d’un excellent livre qui permet de découvrir le contexte politique du Nouvel Empire et le rôle de l’Egypte au Levant.
-Goyon, Les Travaux de Chou et Les Tribulations de Geb dans le Naos 2248 d'Ismailia (Kémi, VI, 1936)
Cela fait toujours du bien de relire les textes originaux.
Dans le paragraphe « LA GUERRE DES HYKSOS A-T-ELLE EU LIEU ? » de la chronologie israélite (mais les autres pages éutilisent les mêmes arguments), M. Gertoux essaye de prouver sa théorie. Nous allons donc en faire une lecture suivie.
P. 53 : Pour critiquer l’histoire telle que l’enseigne les égyptologues, il déclare qu’ « aucune source égyptienne ne décrit cette "guerre de libération". »
C’est une erreur puisqu’il existe entre autres, les textes provenant de la tombe d’Iahmes, fils d’Abana qui a participé à cette guerre, le papyrus mathématique Rhind, la biographie de Iahmes Pennekhbet… (Chr. Barbotin à partir de la page 76).
P. 53 : Ensuite, M. Gertoux présente le texte de Manéthon comme étant la seule source égyptienne. Manéthon est un auteur qui vécut au moins mille ans après les événements. Si son étude est intéressante, il est impossible de prendre cela pour argent comptant.
Manéthon n’est pas aussi clair que le dit l’auteur et il parle dans le même texte de divers rois : Tethmôsis, Aménophis. L’association de Tethmôsis et d’Ahmosis serait à expliquer davantage puisque les noms ne s’ont pas similaires.
Et immédiatement, M. Gertoux va utiliser les synchronismes à partir de ces textes extrêmement tardifs et parmi des dates allant de 2050 à 1453 avant J.-C. Mais pas de problème puisque selon lui, cela prouve le lien entre Apopi et Moïse.
P. 55 : Après avoir choisi de citer un exemple de 1941, il critique « la plupart des égyptologues », alors que la majorité des égyptologues ne défendent plus cette thèse. Pour se défendre, il cite un autre égyptologue, Vandersleyen, qui écrit en 1995 dans un livre de « grande diffusion » un passage allant dans son sens. Ice serait un minimum de citer les autres théses avancées.
Quand Vandersleyen explique que Sequenenré Taâ II est mort au combat ainsi que le prouve la momie, M. Gertoux parle juste d’ « imagination » de l’auteur alors que toutes les études récentes le confirment. (Barbotin p.60) et réaffirme qu’aucun document égyptien n’évoque cette guerre, ce qui est faux comme nous l’avons prouvé au début de cet exposé.
P. 56 : Le texte d’Hatchepsout ne nie pas l’existence d’une guerre mais est issus d’un contexte très particulier. Les Hyksos furent considérés par la majorité des égyptiens comme légitimes (Papyrus Sallier I). Suite à leur départ, la légitimité va se reporter sur la XVIIe dynastie et la XVIIIe. C’est le sens de ce bout de phrase « abominable gouvernement dans
l'ignorance de Rê ». Il faut prouver que les Hyksos ne gouvernaient pas selon la Maât, l’ordre juste. C’est ce que l’on retrouvera dans le papyrus Sallier I. Le désaccord n’est pas d’ordre religieux mais bien politique, les deux étant liés dans l’Egypte pharaonique.
La citation « Mais nous, nous sommes en paix avec notre Égypte » est intéressante et appartient aux louanges du Pharaon que l’on trouve depuis l’Ancien Empire dans les König novellen. Pour faire simple, le roi a un projet, les courtisans le contredisent en disant que cela ne sert à rien, que c’est impossible. Le roi fait l’action et réussi. Les courtisans (et le lecteur par extension) sont alors obligés de reconnaitre la royauté du roi.
Selon la stèle de Kamosis, le titre « prince de Retenou » apparait quand il est encore dans Avaris (ville qui ne sera prise que sous Ahmosis). Ce terme est mis dans la bouche du roi égyptien Kamosis, justement parce qu’il ne le reconnait pas comme roi d’Egypte.
P. 58 : Tous les rois de la XVIIe dynastie portaient le titre de roi de Haute et Basse Egypte. Kamosis a mis le siège devant Avaris mais n’a pas réussi à prendre toute la ville (Nous sommes dans un texte de propagande) puisqu’il dut diriger son armée vers ses adversaires de Nubie (Barbotin, p.64)
P. 59 : Il serait bon que M. Gertoux explique l’origine de ses durée de règne car il est aujourd’hui admis que Kamosis a probablement régné 11 ans et non 3 (Barbotin, p.81).
Enfin, M. Gertoux reconnait l’existence de Iahmes fils d’Abana (mais il ne va pas jusqu’à faire la suite logique, critiquer Vandersleyen).
Ce n’est pas parce qu’il y a une coïncidence (un événement en l’an 3) qu’il s’agit du même régne. Barbotin prouve bien qu’il s’agit de l’an 3 du régne d’Ahmosis. La chronologie de M. Gertoux sur la période est donc fausse.
La représentation en adulte d’Ahmosis n’est pas étonnant puisque l’image correspond à des codes (de la même manière que Ramsès II est représenté en enfant avec la couronne royale, ce qui est impossible). C’est la reine Ahhotep qui dirigera les opérations durant les premières années du régne d’Ahmosis.
P. 60 puis p. 64 et suivantes : La stèle de la tempête est intéressante mais un texte égyptien n’est jamais un descriptif historique d’un événement précis. J.P. Allen y voit les effets d’une crue du Nil dévastatrice et une propagande liée à la restauration de l'ordre par le pharaon. Lors des périodes troubles sur le plan politique, nous trouvons à chaque fois des textes racontant des événements météorologiques catastrophiques (Prophétie de Neferti).Il en est de même pour les Admonitions d’Ipouer. C’est une manière de dire que lorsque le pouvoir ne respecte pas la Maât, tout va mal. Ce texte est difficile à dater et un certains nombre d’égyptologues continuent à le dater du Moyen Empire ou de la période intermédiaire donc bien avant la XVIIe dynastie.
P. 61 puis p.67 : Le naos 2248 est un texte mythologique qui évoque les guerres sous les règnes des dieux Chou et Geb et non, un événement réel. (Goyon p.28)
L’étude du Naos 2248 contient de nombreux raccourcis et de nombreuses imprécisions. M. Gertoux ne prouve pas ses dires, tout particulièrement que l’on puisse rapprocher le roi Hyksos Apopi et le dieu Apophis. S’inspirer d’une période ne signifie pas en faire l’histoire (Tout comme on peut dire que « Narnia » ou « La Dernière Tentation du Christ » s’inspire de la vie de Jesus). Le texte hiéroglyphique parle bien de App et non de Ippi. Le nom n’est pas accompagné de titre royaux mais le déterminatif est bien celui de la divinité ophidienne. (Goyon p.11 et p.27)
La capitale de la XIIe et de la XIIIe dynastie était Lisht. Lors de la DPI, plusieurs capitales remplaceront Lisht dans les royaumes du Nord. La capitale de la XVIIe sera Thèbes (Cf : Barbotin, Dessoudeix… mais aussi la Stèle de Kamosis à Karnak) et celle des Hyksos, Avaris.
Moïse aurait du faire presque 800km à chaque trajet entre son peuple et Pharaon !
« Voici que cette perruque [La perruque de Rê] se changea en crocodile. Elle prit contact avec l’eau et devint Sobek de Yat Nebes » (Goyon, p. 36)
Il ne s’agit donc pas du pharaon mais de la « perruque ce Rê », par extension Rê Horakhty lui-même Le texte est clair. C’est le dieu Shou qui vole (Goyon, p.32). Ici, deux épisodes ont étés mélangées car la scène de bataille dans l’eau n’est présenté que page 36. Le dieu qui combat dans l’eau est Rê Horakhty.
P. 68 : Tanis (Fouille de Ph. Brissaud) et Avaris (Fouilles de M. Bietak) sont séparées d’une centaine de kilomètres.
P. 71 : Comme nous l’avons vu, l’an 11 ne signifie pas obligatoirement Sequenenré Taâ II mais peut aussi concerner Kamosis. Et en effet, l’an 11, Kamosis effectue une campagne dans le Nord de l’Egypte ce qui permit de couper Avaris de ses bases palestinienne. Il ne s’agit toujours pas de la chute d’Avaris.
Par toutes ces erreurs, nous voyons que la chronologie synchronisée égyptienne est à revoir et que l’association Apopi/Moïse ne peut s’appuyer sur celle-ci.
Seqenenré Taa est mort d’une mort violente par des « armes de type asiatique ». (Barbotin, p. 60) Des études menées sur sa momie ont montré qu’il a reçu un coup de bas en haut qui lui écrasa la pommette droite, puis deux coups de hache, le premier de bas en haut, le second au niveau du front. Un dernier coup l’a touché en haut du crâne…. Les coups de bas en haut prouvent qu’il était en hauteur, probablement sur un char. Le corps a été momifié provisoirement avant l’inhumation.
Je ne pourrais pas vous dire à quelle bataille ou à quel escarmouche il est mort mais en tout cas, sa mort est bien documentée. Il est mort au combat.
P.72 : Le nom de mw-sa, qui serait à l’origine du nom de Moïse n’est pas attesté et Chr. Barbotin explique (conférence 2011, Louvre) que le nom Moïse provient de Ms « né de », « l’enfant ». Il explique alors que le lien avec l’eau fut construit à postériori pour l’expliquer. De plus, en égyptien, le génitif direct conserve le même ordre des mots qu’en français (sauf quelques cas particuliers dans lequel mw-sa ne rentre pas).
P. 73 : Sequenenrê reprocherait plutôt à Apopi de ne pas respecter les dieux égyptiens (sauf Seth). Il s’agit d’un texte plus récent qui fait parti de ce contexte de rabaissement de la mémoire des Hyksos. J. Assman explique qu’à partir de l’époque ramesside, on a projeté sur toutes les périodes de troubles la stigmatisation d’Akhenaton. Il s’agit de la Reductio ad hitlerium, de l’accusation de « fascisme » de l’époque.
Mais dans les faits, les hyksos ont vénéré d’autres divinités comme Rê. Il suffit de regarder les noms des rois pour le voir. C’est encore un texte à portée politique et ne prouve en rien un monothéisme.
(En passant, regardez la note de bas de page p.74, M. Gertoux connait les conclusions de M. Barbotin et ne les utilisent pas alors que cela remet tout en cause)
Pour conclure, l’exposé de M. Gertoux est très attrayant car tout semble aller dans son sens et tout semble fonctionner. Mais la manière dont les opposants sont ridiculisés, comme étant toutes des personnes douées d’imagination (p.53) doit nous interroger…
On observe que les sources ne sont pas comprises dans le contexte égyptien (admonitions et autres catastrophes), que la lecture des sources va toujours dans le sens de l’auteur qui y voit ce qu’il cherche (Soit disant monothéisme hyksos), que des sources peu fiables sont utilisées sans une réelle remise en question (Manéthon), que l’Egypte est considérée comme un bloc monolithique, que certains documents sont passés sous silence (Iahmes, fils d’Abana), que les auteurs qui font autorité et qui écrivent récemment ne sont pas pris en compte.
La thèse de la datation de l’Exode sous les Hyksos pose encore trop de problème :
-Elle ne colle pas avec les dernières études sur la chronologie.
-L’emplacement de la capitale de la XVIIe dynastie fait que les Hyksos et la capitale sont séparés de presque 800 km.
-La suzeraineté des Hyksos sur les thébains est une incohérence profonde avec le texte biblique.
-Qui a pu tuer Sequenenré Taâ II ?
-Que faire des anachronismes bibliques (comme le fait de nommer la ville de Ramsès longtemps avant sa fondation) ?
-Pourquoi sous Merenptah, Israël est encore considéré comme une population semi-nomade si elle s’est installé depuis le debut de la XVIIIe dynastie.
Et ce ne sont que quelques exemples des multiples problèmes de cette théorie.
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